LÉON XIII
Son faite altier reçoit tous les rayons du ciel, Son flanc recèle un suc limpide et délectable, Et, sous le fer tranchant qui le blesse, l’érable,
Aux premiers jours d’avril, verse des pleurs de miel.
L’érable a la bonté qu’apporte le grand âge ; Aux hommes, aux brebis, aux oiseaux amoureux,
Il ouvre largement ses longs bras généreux ;
A la vipère même il donne son ombrage.
En vain le vent de mer le tord, en vain le gel Fait tomber tous les ans sa chevelure épaisse, Il garde sa fraicheur, sa sève, sa jeunesse,
Et l'arbre séculaire est un arbre immortel.
Le bras du temps qui peut tout rompre et tout dissoudre
Épargne ce géant, qui berce un nid d’oiseau,
Il tombera pourtant, comme l’humble arbrisseau,
Il tombera, frappé par la hache ou la foudre.
304 LES ASPIPATIONS
Il tombera, le torse encor plein de verdeur.
Sa chute formidable ébranlera la terre;
Et c’est couché, le front blanchi par la poussière, Que l'arbre apparaîtra dans toute sa grandeur.
Et l'oiseau n’ira plus gazouiller sous son dôme, Nul ne demandera de l’ombrage au titan ; Mais longtemps le pasteur au bord de l'Océan Croira voir ondoyer son gracieux fantôme.
IT
Arbre majestueux et fort comme j’airain,
Sur un sommet sacré qui domine le monde,
Cette mer inconstante où s’ég're la sonde, Un vieillard rayonnait d’un éclat souverain.
Il rayonnait au bord de l’onde universelle, Projetant un reflet céleste sur les flots, D'un regard inquiet suivant les matelots
Sur le pont du navire où l’écume ruisselle.