LA GRANDE NUIT
La froide nuit d'hiver plane sur les logis, Et la neige étincelle et les astres flamboient.
Dans l’ombre, les vitraux d'église au loin rougeoient
Avec tout l'éclat pur et pompeux des rubis.
Depuis quelques instants les cioches carillonnent, Et dans l’air glacial leur grande voix d’airain, Dont l'écho va se perdre au fond du ciel serein,
Appelle les croyants aux temples qui rayonnent.
Et comme les bergers accouraien’ autrefois Adorer l’Enfant-Dieu vagissant dans ses langes, La foule, avec émoi, sous le regard des anges, S'en vient se prosterner devant le Roi des rois.
Hommes, femmes, enfants, adolescents et vierges Fixent, tout frémissants d’indicibles frissons, Sur les autels dorés les petits Jésus blonds
Tout inondés des feux éblouissants des cierges.
Et, mariant leur voix aux vieux noëls naïfs Dont on chérit toujours la douceur infinie, Les orgues font couler de longs flots d'harmonie
Qui transportent bien loin les fidèles pensifs.
La voix des souvenirs aux âmes qu’elle embrase Parle d’un soir béni par-dessus tous les soirs, Et, doré des rayons du plus doux des espoirs,
Bethléem apparait aux fervents en extase.