LA GRANDE NUIT
Le regard à la fois surpris et fasciné, On voit dans une étable où le givre s’attache Le charpentier Joseph et sa femme sans tache
Contempler à genoux un enfant nouveau-né.
On voit ce frêle enfant réchauffé par l'haleine
Des deux seuls animaux qu'abrite le réduit;
On voit un ange aller, dans l'ombre de la nuit,
Parler à des bergers au milieu d’une plaine.
On entend paipiter dans le lointain des voix Qui de l'hymne sans fin sont les échos fidèles, On entend par moments des bruissements d'ailes
Mélés à des accords de luth et de hautbois.
On entend proclamer l’ineffable mystère Du Verbe qui s’est fait chair pour nous racheter;
On entend dans les airs des chérubins chanter :
— Gloire à Dieu dans le ciel! paix aux hommes sur terr
Entre les bras du rêve on monte jusqu’au ciel, Et, le cœur palpitant, les prunelles voilées, On s’enivre du chant des harpes étoilées
Qui célèbrent celui qu’attendait Israël.
Puis l’on écoute encore en son âme attendrie Vibrer sur Bethléem l’hosanna trioniphant; On revoit, inclinés sur un petit enfant,
Dans leur réduit glacé, Joseph avec Marie.
E: quand pâlit l’ardeur des cierges de l’autel,
Par des chemins où l’aube a mis ses reflets roses
Les croyants, tout joyeux, à leurs maisons bien closes S’en vont faire flamber ta bûche de Noël.
Ce feu nouveau proclame aussi le doux mystère Du Verbe qui voulut parmi nous habiter, Et son pétillement semble nous répéter :
— Gloire à Dieu dans le ciel! paix aux hommes sur terre! —