LF PREMIER DE L'AN
Dans le désert des ans, dans cette aride plaine Qu'en suivant notre étoile il nous faut tous franchir, Il est des oasis où, pour se rafraichir,
S’arrêle quelquefois la caravane humaine.
Ce sont pour nous des jours d’un éclat idéal :
De ses rayons divins l'espérance les dore;
Et sitôt que notre œil en voit poindre l'aurore, Nous la saluons tous d’un long cri triomphal.
Demain nous entrerons, malgré nos froids sévères, Dans un de ces édens riants et gracieux, Et là, rangés autour de mets délicieux,
Pour boire au nouvel an nous choquerons nos verres.
Las de marcher toujours en quète de bonheur, Las de courir après tant de chimères vaines,
Nous nous reposerons sous des ombres sereines,
Bercés à des refrains qui monteront du cœur.
Demain, à bien des pleurs des chants succéderont ; L'enfance frémira d’une joie infinie;
Aux foyers tout sera paix, lumière, harmonie,
Et dans un même élan tous les cœurs s’uniront.
Et quand nous quitterons, l’âme toute ravie,
Ce paradis qui point à l’horizon neigeux,
Nous nous sentirons tous plus forts, plus courageux, Pour affronter encor le désert de la vie.
Réjouissons-nous donc d’avance au coin du feu,
Et, comme les Bédouins saluant la ramée
De l’oasis ombreuse et toute parfumée,
Levons les yeux au ciel et disons : « Gloire à Dieu! »