‹ Les aspirations [microforme]Chapitre 72 sur 82 · DANS L'OMBRE · texte numérisé non relu

DANS L'OMBRE

De l’immease miroir qu'encadre la forêt S'élève une vapeur translucide et rosée, Dans un déroulement si calme, qu'on dirait Les ondulations d’un voile de rosée.

Et le dernier reflet du jour agonisant

Vient de s'évanouir sur le velours des grèves.

L'ombre mystérieuse enveloppe à présent La forêt et le lac absorbés dans leurs rêves.

Mais voici qu’au-dessus des grands arbres pensifs Le croissant apparait, serein comme la gloire, Versant ses lueurs d’or, à travers les massifs,

Aux sentiers que les cerfs suivent pour aller boire.

L'onde sous ses rayons luit comme du métal

Où les feux de la forge étincellent encore,

Et les mélèzes verts ombrageant son cristal

A leurs sommets altiers ont des reflets d’aurore.

Le silence partout s'étend comme un linceul, Et le flot, le pétrel, la mauve, la bruyère, Le nid et le rameau, l’ajonc et le glaïeul

Ont un calme sans nom qui semble une prière.

Tout à coup, au milieu du feuillage muet,

Le bruit d’un pas léger tressaille sur la rive. Et bientôt un chevreuil, furtif et l'œil au guet, Débuche d’un hallier et marche vers l’eau vive.

Il sonde du regard, avant de s’abreuver, Le rivage endormi que nul oiseau ne rase, Puis, fixant le croissant qui vient de se lever,

Pousse comme un soupir de tristesse ou d’extase.

En contemplation devant l’immensité Des ondes et des cieux éclairés par la lune,

Il promène en tous sens son grand œil velouté, Souvent vers le zénith lève sa tête brune.

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