‹ Les aspirations, poésies canadiennesChapitre 20 sur 82 · A CHOPIN · texte numérisé non relu

A CHOPIN

L’âme de la Pologne en toi devait survivre; Aussi dans ta Berceuse au murmure idéal Il nous semble écouter le souille boréal Et le balancement des sapins blancs de givre.

Patriote toujours sublime de fierté,

Tu chantes ton pays, et ta moindre ballade Évoque les douleurs d’une race malade Qui marche vers la mort ou vers la liberté.

Tu chantes ta patrie en des accents suaves,

Et, pendant que les sons ruissellent sous tes mains, La douce mélodie entre ses bras divins Emporte tous les cœurs vers la terre des Slaves.

La vague de tes chants se déroule à plein bord, Et tu fais palpiter cette onde mélodique Comme à travers la brume âpre et mélancolique Qui flotte sur les eaux de l’Océan du nord.

L’esprit toujours hanté d’indicibles délires,

Tu fais pâlir les fronts, épanouir les cœurs;

Tu sais entremêler dans tes accents vainqueurs De l’ombre et des rayons, des pleurs et des sourires.

Pleins de soupirs d’amour, de longs cris affolés, Tes airs versent en nous l’ivresse et les alarmes, Et toi seul dans tes chants as mis assez de larmes Pour pleurer sur les morts et sur les exilés.

Non, divin maestro, jamais muse attendrie N’a pu comme la tienne exprimer les sanglots, Rendre les cris de l’âme et le râle des flots.

Nul n’a su mieux que toi célébrer la patrie.

Aussi, quand s’est ouvert le funèbre caveau Ou devra reposer toujours ton front d’artiste, La Musique a pleuré son amant le plus triste, L’arbre national son plus tendre rameau.

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