‹ Les aspirations, poésies canadiennesChapitre 28 sur 82 · LES MARINS DE LA « JEANNETTE · texte numérisé non relu

LES MARINS DE LA « JEANNETTE

L’Amérique a produit, brave autant que féconde, Ces marins dont l’échec émeut encor le monde, Et que la gloire, au front toujours grave et serein Fit asseoir au milieu de son temple d’airain.

Quand ces audacieux, croyant à leur étoile, Eurent à l’âpre vent des mers ouvert la voile, Qu’ils eurent salué les grands arbres ombreux Du rivage natal décroissant derrière eux,

LES MARINS DE LA « JEANNETTE î

Des chants d’enthousiasme et des flots d’harmonie S’élevèrent des bords de la Californie,

Et Londres, qui prend part aux plus hardis travaux, De loin, les acclama de délirants bravos.

Explorateurs que rien n’arrête et ne déroute,

Ils s’en allaient frayer une nouvelle route,

Et, comme la France est de tous les grands essais,

Leur navire à son flanc portait un nom français.

Pionniers du progrès, orgueilleux de leur rôle,

Ils allaient hardiment, l’œil tourné vers le pôle;

Ils espéraient franchir les gouffres inconnus D’où tant d’audacieux ne sont pas revenus,

Et rêvaient de porter la bannière étoilée Plus loin qu’aucune voile encor n’était allée.

Parfois, dans les beaux soirs, quand les vents se taisaient, Et que les astres d’or dans les vagues luisaient,

Groupés au pied des mâts, ils narraient des histoires;

Du pays des aïeux ils évoquaient les gloires,

Ils vantaient le soleil de ces bords séduisants Où tant de cœurs émus battaient pour les absents. Bien avant dans la nuit ils causaient sous les voiles, Et, mollement bercés par les flots pleins d’étoiles, Après que tout causeur dans l’ombre s’était tu,

Us restaient là pensifs et le front abattu ;

Us songeaient aux dangers dont l’Arctique fourmille, Us revoyaient au loin le seuil de la famille,

Où tout, naguère encore, était calme et serein...

Et des soupirs gonflaient leur poitrine d’airain...

Mais l’aube les voyait joyeux à la manœuvre.

Leur dévoûment était aussi grand que leur œuvre.

Dévoùmerit inutile ! Hélas ! ils ont grossi Le nombre des héros qui n’ont pas réussi,

Us sont morts, en laissant leur tâche inachevée,

Sans pouvoir pénétrer dans la zone rêvée,

Sans atteindre le but splendide et radieux,

Sans qu’une oreille amie ait reçu leurs adieux,

Sous des cieux ou 1 oiseau n’ouvre jamais son aile,

Au milieu des horreurs de la glace éternelle.

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