‹ Les aspirations, poésies canadiennesChapitre 29 sur 82 · LES MARINS DE LA « JEANNETTE · texte numérisé non relu

LES MARINS DE LA « JEANNETTE

Et l’océan polaire, ignoré du soleil,

Incessamment voilé d’une nuit sans réveil,

Jeta durant des mois son râle et son écume A ces preux endormis pour toujours dans la brume.

Pour retrouver ses fils et recueillir leurs os,

La patrie en deuil a versé son or à flots;

Et, pendant que, roulés dans les plis du suaire,

Ils traversaient l’Europe, un long glas mortuaire A tinté dans les cœurs, la bouche des canons A tous les vents du ciel a répété leurs noms ;

Partout ont résonné les cloches, les fanfares, Partout, la nuit, les tours ont lui comme des phares, Et devant les cercueils de ces sublimes tous La France enthousiaste est tombée à genoux;

Et puis son œil rêveur a suivi sur la lame La nef portant les os des vaillants qu’on acclame;

Et lorsque l’Amérique a reçu ses héros,

Quand leurs frères, parmi les vivats, les sanglots, Sont allés les coucher sous la funèbre voûte, Flottant sur des Français inclinés sur la route,

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Les trois couleurs au vent déployaient leur éclat, La France dans ses fils était encore là.

Ah ! c’est que cette France admire le courage, Honore les martyrs, sait toujours rendre hommage A tous ceux qui sont prêts à mourir, s’il le faut, Soit au fond d’un désert ou sur un échafaud.

Chaque peuple aujourd’hui sait la triste aventure De ces marins tombés dans une lutte obscure,

E! leur échec toujours devra navrer les cœurs. Vaincus, ils ont au front le nimbe des vainqueurs Leur dévoûment peut-être était de la folie...

Soit ! mais devant celui qui va donner sa vie Pour servir la science, aider l’humanité,

Moi d’admiration je me sens transporté.

Et ceux qui lestent droits quand la France s’incline N ont jamais rien senti battre dans leur poitrine.

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