A M. LE CAPITAINE J.-E. BERNIER
Amant des grandes eaux, des vastes horizons,
Dans l’âme te sentant la flamme des Jasons,
Tu brûles de voguer vers la zone lointaine Qui vit sombrer, hélas ! tant de puissants agrès,
Et, pour collaborer à l’œuvre du progrès,
Tu vas risquer tes jours, ô vaillant capitaine !
Oui, chez toi c’est le sang des découvreurs qui bat; Le danger te séduit, nul vent ne te courba,
Nul fardeau n’est trop lourd pour ta robuste épaule, Et, vers le but rêvé tournant ton front d’airain,
Tu jures de vouloir distancer tout marin,
Tu promets de porter ton navillon au pôle.
Guidé par les jalons que des preux immortels Ont semés à travers les glaçons éternels Que l’Arctique sans fin bouleverse et tourmente, T i vas, j’en suis certain, écarter tout revers,
Tu vas toucher du doigt le bout de l’univers, Réaliser bientôt le projet qui te hante.
Tout ce que la nature a de rude et d’amer, Toute l’horreur qui doit régner sur une mer Que l’hiver boréal incessamment entoure,
Tu T auras à combattre, ô noble aventurier! Nul tourment ne fera fléchir ton cœur d’acier, Rien ne triomphera de ta mâle bravoure.
Tu sortiras vainqueur de ce combat sans nom Où jamais ne devra dominer le canon,
Mais bien plutôt ta voix, ta grande voix qui vibre, En faisant répéter à de mornes échos,
Qui n’ont jamais frémi qu’au grondement des flots, Les allègres refrains d’un jeune pays libre.