‹ Les aspirations, poésies canadiennesChapitre 39 sur 82 · I.ES DERNIERS M 0 N T A G N A I S · texte numérisé non relu

I.ES DERNIERS M 0 N T A G N A I S

Aux lointaines rumeurs de FOuiatchouan qui fond Eu avalanche d’or dans un gouffre sans fond,

Au murmure enivrant de la forêt voisine Leur soufflant ses senteurs de sève et de résine.

Ils aiment le grand lac.

Lorsque sur son flot clair Ils poussent leurs canots, leur œil lance un éclair, Et, dès que le géant se soulève et divague,

Ils courent, fous de joie, au-devant de sa vague,

Lui jettent des défis, et, cheveux dans le vent,

S’y bercent tout le jour dans le bouleau mouvant, Dans le bouleau mouvant que Fonde à peine lèche, Léger comme la plume et prompt comme la flèche.

Bien souvent on les voit, au milieu de la nuit,

Si le vent est muet et si l’étoile luit,

Assis au bord du lac qui mollement balance Ses eaux dont es soupirs troublent seuls le silence,

Écoutant, tout rêveurs, l’indicible concert De l’immensité bleue où leur regard se perd ;

Et, sitôt qu’ils l’ont fui, pour chasser, à l’automne. Sitôt qu’ils ont cessé d’ouïr son flot qui tonne,

Ils se sentent ployer sous le poids de l’ennui,

Ils promènent un œil morne comme la nuit.

Le Montagnais n’a plus d’ennemis à combattre,

Et ne porte la foudre aux bras que pour abattre L’animal dont la robe opulente est le pain Qu’il voit dans son sommeil agité par la faim.

Dès longtemps de la guerre il enterra la hache.

Il ne s’embusque plus sous les bois, comme un lâche. Pour attendre et scalper le blanc ou le Huron :

L’eau régénératrice a coulé sur son front,

Et devant les autels avec nous il s’incline,

Il boit le sang tombé de la sainte colline.

Mais si le prêtre a pu sous l’étendard sacré Faire courber enfin l’Indien régénéré,

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