‹ Les aspirations, poésies canadiennesChapitre 45 sur 82 · U IN DUO · texte numérisé non relu

U IN DUO

Une troupe d’enfants flâneurs Écoute, charmée, ébahie,

Les accords qu’aux gais promeneurs Jette un orgue de Barbarie.

Ces sons, plus ou moins argentins, Sont vendus sous les cieux sans lune Par deux pauvres Napolitains :

Un beau blond, une belle brune.

Le mari, Pair fier, résolu, Tourne, distrait, la manivelle Du vieil orgue d’où sort moulu Le grain d’or de la tarentelle.

Et l’épouse, en quêtant les sous,

Lève un œil noir si plein de flammes, Qu’elle met sens dessus dessous Le cœur des hommes et des... femmes.

Elle amène au moulin de l’eau Avec son patois qui roucoule,

Et la recette, au trémolo De l’orgue essoufflé coule, coule.

Et, pendant que l’Italien Dévide des sons dans la neige Qui couvre en tombant tout son bien, Il songe au pays du Corrège.

Il songe aux marbres, aux saphirs Reflétant les feux du Vésuve,

Et l’essaim des vieux souvenirs Verse dans son cœur son effluve.

Il rêve... Dans un lointain clair Apparaît pour lui l’Italie Le front ceint d’un bandeau d’éclair, Et sa main quelquefois s’oublie.

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