‹ Les aspirations, poésies canadiennesChapitre 46 sur 82 · UN DUO · texte numérisé non relu

UN DUO

L’esprit plongé dans l’infini,

Il voit Naples, Rome et Venise, Et ses amis, lazaroni Couchés sous un soleil qui grise.

Il voit un ciel étincelant Embraser le golfe de Gênes,

Où le soir le flot indolent S’endort aux refrains des sirènes.

Il entend des chants familiers Sur les lagunes que sillonnent En tous sens les bruns gondoliers, Et ses membres souvent frissonnent.

Il rêve, morose, abattu,

Le poing appuyé sur la hanche; Il rêve, et l’instrument s’est tu; Il rêve, et sa tête se penche.

Et, quand un oisif fait de l’œil A la sémillante quêteuse,

Au lieu d’en prendre de l’orgueil, Elle en est chagrine, honteuse.

Au lieu de sourire gaîment,

Quand parfois quelqu’un la taquine Elle cache son front charmant De son châle ou de sa basquine.

Au lieu d’avoir un air joyeux Lorsque le cuivre à flots lui tombe, Elle a des larmes dans les yeux, Elle est morne comme la tombe.

Car elle songe qu’au départ,

Le matin, toujours elle laisse Son enfant aux bras du hasard, Ce vieux nourricier sans caresse..

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