L’ÉRABLE
Ces larmes sont une richesse, Elles font faire bien des pas,
Mais la ferme est clans la détresse Si l’érable ne pleure pas.
Parce qu’il est fécond, on l’aime, Et les aïeux, dans leur fierté,
Ont pris sa feuille pour l’emblème De leur nationalité.
Le jour de la Saint-Jean-Baptiste, Quand juin, venu pour éblouir, Rayonne comme une améthyste, De joie il se sent tressaillir.
Il est content, l’arbre civique,
Car c’est aussi sa fête à lui.
Pour qu’elle soit plus magnifique, Le beau soleil d’or plus tard luit.
Ce jour-là le géant superbe Est honoré comme pas un ;
Sur ses pieds les cent fleurs de l’herbe Répandent leur plus doux parfum.
Les oiseaux s’en viennent en foule Saluer ses beaux rameaux verts, Et dans l’ombre qu’il leur déroule Jusqu’au soir lui disent des vers.
La jeune fille, folle ou sage,
Pour suivre alors notre drapeau, Fixe sa feuille à son corsage Ou bien l’épingle à son chapeau.
Les hommes à leur boutonnière La portent orgueilleusement;
Sous cette étoile printanière Leurs cœurs battent plus librement.