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TROISIÈME PARTIE - L'APPLICATION

La décadence de l'Autorité est historiquement une chose fatale. Au point de vue empirique, on peut dire que la rébellion consacrée fait le Parlementarisme.

Le Corps social n'est pas un être raisonnable.

Nous pensons que c'est à tort qu'on a voulu regarder les éléments du Corps social comme rationnellement volontaires. On a donc substitué le Droit divin du Peupie au Droit divin du Roi. C'est l'antithèse en face de la thèse. On a ainsi produit la loi mal entendue des Majorités.

En prétendant poser comme base le Principe des Majorités, on n'a fait que l'instabilité, qui se réalise au plus haut point dans le régime parlementaire.

Le Parlementarisme comporte deux fonctions :

A. La fonction législative.

B. La fonction executive.

La mobilité essentielle du régime se retrouve dans chacune de ces deux fonctions.

On s'est efforcé de suppléer à la stabilité, qui fait défaut, par un système de balancement. C'est un va-etvient perpétuel. L'oscillation se retrouve partout. Les ingéniosités compliquées et pénibles, qui ne sont point l'Ordre, essaient en vain de remplacer l'Ordre.

A. C'est ainsi que dans la fonction législative, au. lieu du renouvellement insensible des éléments dont se composent les Législatures, on a l'alternance des partis. Le régime parlementaire n'est qu'une cote mai taillée entre eux. Bascule de l'oppression, qui s'éternise de temps en temps, pour peu que le système se détraque, entre les mains d'un même parti.

Les conséquences, quoi qu'il arrive, sont également ruineuses , et le résultat forcé est l'épuisement graduel de la Nation.

Les membres des Assemblées sont en général incompétents. Ils le sont en raison de leur point de départ, car ils sont avant tout les hommes-liges des partis, aux vues desquels ils subordonnent même les questions économiques, qui sont la vie des représentés.

Les Députations sont d'ailleurs fatalement incapa* blés :

1° De par leur origine électorale;

2° Et en second lieu par la manière dont elles se forment, une fois élues, en Corps délibérants.

1° Les Législatures sont nommées soit au scrutin d'arrondissement, soit au scrutin de liste.

Le premier procédé est surtout sujet au reproche de corruption ;

L'autre est encore plus oppressif et tout à fait escamoteur.

Tous les deux se montrent dépravants autant qu'ils sont faux; tous les deux ne peuvent donner que de mauvais produits.

2° Les Chambres sont condamnées à l'incapacité en raison de la manière dont les Députations se forment en Assemblées délibérantes.

Le fonctionnement organique ou communaliste, — c'est tout un, — est toujours primé dans les Chambres par la tendance politique.

Les députés se distribuent en bureaux et se forment en commissions. Mais avant tout ils supposent en partis, en factions et fractions, en groupes et en sousgroupes; voilà le côté politique.

Il en résulte que là où il ne faudrait que des Délégations nationales pour l'expédition des affaires, les factions sont mises en présence.

Il en résulte que les surprises et les faux-semblants, qui sont la tactique des partis, sont à Tordre du jour; il en résulte qu'on gaspille en partage le temps des séances; il en résulte que l'esprit des Assemblées, absorbé qu'il est par les petites préoccupations, descend nécessairement à un degré très inférieur. Les hommes de surface et d'intrigue, les ambitieux, les orateurs faciles, qui sont les pires influences dont l'ascendant puisse dominer les Corps parlementaires, régneront sur eux nécessairement. Les légistes, qui seront tou-

jours en grand nomhre à cause de leurs talents de métier, ne manqueront pas de paralyser ces Assemblées, qui ne peuvent avoir d'elles-mêmes qu'une valeur révolutionnaire. Contradiction trop éprouvée. Ils y introduiront les habitudes vicieuses d'une fausse légalité, jointes à un formalisme qui rendra impossible la fonction des Législatures.

Le prochain résultat de cette anarchie sera dans les Chambres gouvernantes l'empire de la médiocratie, qui est assurément tout ce qui peut être imaginé de plus détestable, et dans la masse gouvernée la fatigue et l'indifférence, qui sont pour les peuples le commencement de leur extinction. Le Pays sera bientôt on ne peut mieux préparé, c'est ce que nous avons vu, à subir les usurpations et les proditions nationales.

Mieux vaudrait certainement la distribution organique des aptitudes; mieux vaudrait, ici comme ailleurs, la division du travail; il serait préférable de comprendre enfin que les affaires publiques doivent se faire aussi sérieusement que les affaires privées et par les mêmes procédés. Mais ces idées, à ce qu'il paraît, sont trop savantes pour l'époque.

B. L'instabilité que nous constatons dans la fonction législative du Parlementarisme n'est pas moindre dans l'executive, qui est d'ailleurs subordonnée à la première, et participe ainsi de son inconsistance.

Les ministres sont choisis de la manière la plus vicieuse ; ils le sont par l'esprit de parti et de coterie, par le favoritisme et la camaraderie.

. Leur instabilité les rend incapables de rien entreprendre qui exige de la suite et qui puisse avoir une portée.

Les réformes qu'ils apportent se, bornent forcément à un remaniement du fonctionnarisme et à une direction

toujours nouvelle, — lesquels ne sont en somme que perturbateurs.

Le système de la responsabilité ministérielle ne peut fonctionner que par ruptures. Il est destructeur du respect gouvernemental , subversif, anarchique et révolutionnaire.

Il résulte invariablement de cette situation des ministres, lorsqu'ils sont au pouvoir, qu'ils font en peu de temps volte-face, et le fond de leur sac est désespérément l'application de l'arbitraire. Les moyens sont toujours les mêmes.

L'impuissance des ministres est inévitable en face des Assemblées. Elles annihileraient un Richelieu.

Les ministres ont d'ailleurs derrière eux, ou au-dessus d'eux,* les Bureaux, qui peuvent être regardés comme les organes premiers et nécessaires de la Centralisation ; autoritaires par leur nature, permanents, routiniers, immuables. Leur action absolue concourt, avec l'instabilité des ministres., à rendre ceux-ci impuissants.

Tableau du Parlementarisme; insuffisance des députés de fraîche date; dépravation incurable des autres; les membres de la Législature doivent forcément s'embrigader; moyens et petits emplois des députés; les conditions du gouvernement centralisé rendent d'ailleurs impossible leur tâche de gouvernants.

Les dessous du Parlementarisme sont assurément ce qu'on peut concevoir de plus malpropre. On y voit les querelles de personnes prendre incessamment le pas sur l'intérêt public. Les succès dont on se targue ne sont obtenus que par les intrigues les plus viles. Les vote» sont, comme on dit, enlevés par des artifices malhonnêtes. Les Majorités sont formées par des alliances monstrueuses. — Exemple de l'union des républicains bourgeois avec les héritiers des chouans contre la Révo-

lution de Paris en 1871 ; exemple de la coalition des factions monarchistes contre les institutions républicaines en 1877. — C'est la puissance des mots, le règne du petit esprit, la domination de l'empirisme, le triomphe de-la mauvaise foi, la dépravation effrontée et permanente. Tout cela s'appelle de l'habileté. Rien ne saurait plus fausser et corrompre le caractère d'une Nation.

Les Obstructionnistes : — Leur procédé n'est, en définitive, pour ridicule qu'il se montre, que la réduction pratique du régime parlementaire à l'absurdité.

Le dernier mot de cette forme de gouvernement est le pouvoir numérique des pleutres, l'empire de la médiocr-atie. C'est le renversement diamétral de la* solution politique, tout ce qu'on peut imaginer de plus méprisable.

Malheureux sont les peuples où la queue mène la tète!

Quoi que prétendent les Assemblées, leur manière de finir la plus habituelle est la dissolution. Mais, quand par exception cette fin est normale, on comprend qu'elle réponde à leur manière de vivre. Ce sont de la part des députés in extremis les courtisan eries les plus épaisses à l'adresse de leurs électeurs. Ils multiplient avec d'autant plus de facilité les propositions populaires qu'ils ont la certitude qu'elles ne peuvent plus aboutir. Ce n'est que du temps perdu.

Il peut d'ailleurs se faire, par suite de 1'interrègnç des Chambres, que le Pays se trouve, pendant un temps plus ou moins long, entre une vieille qui s'en va et une nouvelle qui vient, dans la situation ridicule de n'être pas représenté avec deux- Assemblées pour le représenter.

Nomenclature des Assemblées depuis 4789 : — La plupart ont fini, quand le Despotisme n'était plus là pour faire le contrefort du Parlementarisme, par la dissolution plus ou moins forcée. Ce qui signifie simplement que, livrées à elles-mêmes, elles en viennent d'ordinaire à se montrer impossibles.

Nous concluons en premier lieu que, dans le système du gouvernement parlementaire, le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif sont frappés de la même impuissance, qui tient aux racines du système. Nous pourrions facilement demander des exemples de cette double impuissance à des peuples étrangers, chez lesquels on a importé ce régime de civilisation fallacieuse et bourgeoise, lequel était de toute évidence antipathique à leur tempérament. Mais nous avons eu chez nousmêmes un exemple à l'appui, qui est entre tous décisif : nous parlons de l'Assemblée rurale. Ce mot dit tout.

La Constituante de Bordeaux et de Versailles a mis en pratique tout ce que nous avons pu reprocher au Parlementarisme : l'absence la plus éhontée d'esprit patriotique; l'abus effronté du mandat; l'usurpation flagrante et prolongée; la violation de toutes les règles qui semblent nécessaires; l'impuissance la plus ridicule; le morcellement indescriptible- la déconvenue finale ; la dissolution obligée. Cet incomparable palabre, destiné à rester typique, apparaîtra aux yeux de l'histoire comme l'ultime décomposition d'un monde «ocial et politique. C'est, si on arrive à le bien voir, l'effondrement de Tordre bourgeois. Les ruraux ont fait tout le contraire de ce qu'ils s'étaient proposé au début de leur législature, mais ils n'ont pas seulement proclamé, en fin de compte" par leur aveu forcé, l'existence nécessaire de la République. Le Parlement de

Versailles a fait plus et mieux qu'on ne Ta compris généralement. Il a été la réfutation vivante et complète de l'utopie parlementaire, il a tué le Parlementarisme.

Une multitude de questions ont été posées, qui peuvent être agitées à perpétuité, relatives à la façon de constituer d'une part le pouvoir législatif, et, d'autre part, l'exécutif dans la donnée d'une République parlementaire. Elles ont été jusqu'à ce jour diversement résolues, nous ne disons pas chez divers peuples, mais chez un même peuple qui est le nôtre.

Cette diversité de solutions, sans résultats, fait voir seulement que le Parlementarisme est une source de contradictions , parce que son principe est faux et que l'expression de République 'parlementaire n'est pas un assemblage de mots qui corresponde à une idée. Les allures de la Vérité n'offrent pas cette complication.

Les fractions de la majorité de 1871 ne furent, on peut le dire, autre chose que le détritus du passé. Les Assemblées républicaines qui ont suivi ont été , en raison du mouvement de va-et-vient qui est celui de l'Opinion, l'antithèse historique de l'Assemblée rurale.

La Députation de 4871 a montré ce que la France, dans les plus fâcheuses conditions, peut donner de pire avec les procédés électoraux qui sont en crédit; la Députation des 363 a fait voir au contraire ce qu'elle peut, par les mêmes procédés, dans des conditions favorables, produire de moins mauvais.

Il est malheureusement à craindre que nos députés ne poussent l'antithèse jusqu'au bout; il est à craindre que leur inintelligence des moyens financiers et politiques, par où la République pouvait et devait être assise d'un seul coup sur la base puissante de l'affection des masses, ne les amène à la défaire temporairement,

avec autant d'inconscience que leurs prédécesseurs en ont mis à la faire. <**

Ce jour-là l'expérience du Parlementarisme ne laissera rien- à désirer.

Quand on envisage leur conduite, l'histoire à la main, au point de vue du patriotisme, on arrive en peu de temps à cette conviction que les prétendues Représentations nationales n'ont jamais su faire autre chose que discréditer la Nation qu'elles représentent, et, à Toc casion, la livrer.

On oppose comme une exception la Con\ention de 1792, qui sauva, dit-on, la Patrie.

A cela nous répondons d'abord que la Convention ne fut pas un Parlement au sens admis de l'expression. Ensuite elle ne sauva le Pays que lorsqu'elle devint, par une usurpation violente, contre la masse nationale, qui ne se serait pas défendue, l'instrument d'une minorité qui voulait et savait se défendre.

On n'a pas assez vu, jusqu'à présent, à quel point tout fut lié dans le mécanisme de la Révolution. On en viendra plus tard à comprendre, par exemple, que les Septembrisades ne concoururent pas moins que Valmy et Jemmapes à nous obtenir cette délivrance paradoxale. C'est à prendre ou à laisser. Notre choix, quant à nous, est fait depuis longtemps. Nous ne voyons pas, après tout, que les hommes qui furent sacrifiés dan£ ces batailles, fussent moins intéressants que les contrerévolutionnaires qui périrent aux Septembrisades.

La Convention était loin d'avoir atteint, heureusement pour elle et pour nous, la perfection de formalisme qui règne aujourd'hui dans nos Chambres.

La Convention ne fut même pas nommée, comme doit l'être régulièrement une Assemblée parlementaire,

par la majorité du Corps électoral. Cette majorité qui était, naturellement, plus^royaliste que patriote, fut écartée du scrutin par l'épouvante que lui inspirèrent, après l'insurrection du 10 août, les exécutions sommaires de Septembre.

La Convention ne fut ainsi, fort heureusement, que la délégation de la minorité patriote.

Encore n'aurait-elle fait, à cause de sa division inévitable en majorité et minorité , en Girondins et Jacobins, que ce que font toutes les Assemblées : elle aurait perdu dans le parlage la France et sa Révolution, si les Sections de Paris, mettant la main sur la Représentation nationale, ne l'avaient pas fait marcher de force pour sauver la France malgré elle et malgré sa Représenation.

11 se produisit de cette façon, par la force des événements, une Sélection révolutionnaire. Ce fut ce triage de patriotes, qu'on sacrifia, bien entendu, ensuite, quand ls cessèrent de pouvoir inspirer la terreur, qui fit le salut de la Nation.

Les Nations ne seront jamais conduites et sauvées que par leurs minorités.

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