‹ Les assemblées provinciales dans l'empire romainChapitre 18 sur 73 · DU SIEGE · texte numérisé non relu

DU SIEGE

tive, ni même par désir de maintenir toujours l'assemblée sous l'œil vigilant du représentant de l'empereur. On obéit à des sentiments tout différents. Les assemblées de Lyon n'étant apparemment que la continuation d'une ancienne solennité, il fallut bien les convoquer à l'endroit où celle-ci avait coutume d'être célébrée. Ailleurs la capitale de la province ne fut désignée pour cet objet que parce qu'elle avait été la première à instituer le culte des empereurs, et elle en avait pris l'initiative, parce qu'il était naturel que le signal de cette adoration partît de la cité la plus considérable du pays. C'est ce qui arriva, par exemple, à Tarragone et à Nicomédie^^l Le choix de tous ces chefs-lieux ne se fit donc pas par suite d'un dessein prémédité; il fut plutôt l'effet des circonstances.

Quelques-unes de ces assemblées se réunissaient non pas dans l'intérieur d'une ville, mais dans le voisinage. Celle des Gaules tenait ses séances dans la péninsule que forment les deux fleuves, sur une espèce de territoire fédéralisé '^l On ne connaissait pas dans le langage officiel «l'autel de Lyon»; on disait toujours : «l'autel situé au confluent du Rhône et de la Saône. » Peut-être en était-il de même dans d'autres provinces. Mais nous ne constatons le fait, en dehors de la Gaule, que pour la Pannonie Inférieure et la Dacie ^^'.

Ici encore l'Asie avait adopté une organisation spéciale. Les grandes villes de cette contrée rivalisaient entre elles de vanité. Chacune aspirait à la prééminence, et toutes prétendaient y avoir droit. Elles ne se contentaient pas de se distinguer des cités secondaires, en se parant du titre pompeux de Métropole '^'^^•^ les métropoles à leur tour étaient en conflit perpétuel d'ambition ^^^,

f') En Asie, le culte de Rome et d'Au{jiiste eut d'abord son centre à Pergame; mais celle ville avait élé la capitale des Allales; de plus, Ephèse possédait déjà le culte de César et de Rome.

('' Strabon, IV, p. iga : Tè hpov . . . -crpo tarjrns l'Spvrai rijs -crdAews, èitl t^ av(jiêo}^^ TÛv ■aoTtx'jLÛv. Tite Live, Epilome, cxxxvii : ff Ara Cœsari ad confluenlem Araris et Rhodani.75

C Mommsen, Epb. epifrr., IV, p. 65.

'*) Marqiiardt, fiow. StaaUv., p. 3 A 3 (a* édit.).

('' Voir le /ia" discours d'Aristide (éd. Dindorl) et le 38° de Dion (ihrysoslome.

et les Romains avaient beaucoup de peine à calmer ces querelles ^^\ Au fond il ne s'agissait dans tout cela que d'une question d'amour-propre; mais, si mince que fût l'objet de ces disputes, on se montrait intraitable. Pergame se vantait d'avoir été la capitale du royaume qui était actuellement la province d'Asie. Ephèse alléguait qu'elle était la résidence officielle du proconsul; Milet faisait valoir l'antiquité de son origine et l'immense prospérité dont elle avait joui jadis ^-^; Sardes, Smyrne, toutes en un mot donnaient leurs raisons, parfois singulières, et aucune ne voulait céder ^^'. Un empereur, Macrin, finit par se prononcer en faveur d'Ephèse, et celle-ci s'empressa de graver sur ses monnaies cette légende : eoeCIQN MONQN TTPQTQN ACIAC**'. Mais, sous les règnes suivants, Smyrne l'imita, et le débat recommença de plus belle. On conçoit dès lors qu'il fût difficile de réserver à une ville unique l'énorme privilège de voir s'assembler chez elle les députés de l'Asie entière. On décida, en conséquence, que le xoivov siégerait alternativement dans les principales villes de la province'^'. Les documents nous montrent que cette pratique était déjà en vigueur au premier siècle, peut-être même sous Caligula ^*'*. Quelques indices permettent de croire à l'existence d'une coutume semblable chez les Eleuthérolaconiens et en Lycie.

Voici, dans l'état actuel de nos connaissances, les listes :

f'' Lcbas-WacMington , Imcr. d'Asie Mineure, 1/180.

'*^ Une inscription du temps de Septime Sévère appelle Milet : Trjs tspeînvs Trjs tciûvias ciKKTjxévvs ««« ixrjrpo-nôXeei^s tsoXXûv xal (lejdXuyv ■jsôXeecv è'r ts Tijîî ïlôvrcf) xai Tri Ai'yuTiT^ xal -nroAAaj^oû rrfs oiKov(iévris MiXr^aiav ■aoXsui. (Lebas-VVaddinjjlon, ai a.)

W Tacite, Ann., III, l\i-l\iii.

W Mionnet, III : lonie, 365.

(^) On a prétendu que ces villes étaient celles qui eurent le privilège d'être chefs-lieux de conventus, et, plus tard, de porter le litre de me'tropoln!). (Monceaux , De communi provinciœ Asiœ, p. 37-88.) Le malheur est : 1° que beaucoup de chefs-lieux de conventus n'avaient pas rang de métropoles (Digesle, XXVII, i, 6, 2); 9' que les documents ne permettent d'établir une complète concordance ni entre les villes où siégea le xoivSv et les chefs-lieux de conventus, ni entre ces mêmes villes et les métropoles. La (juestion reste donc douteuse.

W Eckhel, III, 117.

7a DU SIÈGE

i" des provinces oii la capitale politique et la capitale religieuse se confondent; 2° des provinces où elles sont distinctes.

Tarraconaise Tarragone'*'.

Bétique Cordoue '^'.

Narbonnaise Narbonne'^'.

Bretagne Camulodunum

Germanie Inférieure Colonia Agrippina

Alpes Marilimes Gemenelum

Thrace Philippopolis ^'',

Liburnie (partie de la Dalnialie). . . Scardona ^^K

Bilbynie Nicomédie '"'.

Galalie Ancyre ''"',

Gappadoce Césarée '"'.

Syrie Anlioche

Cilicie Tarse ''^'.

Chypre Paphos ''''.

Afrique Carlhage '' '^

Trois Gaules Confluent du Rhône et de la

Saône '"*'.

Pannonie Supérieure. . ^ Savaria '"^.

f) C. l.L.,n, hiSS elsuiv.

f^' Ibid., 3991, 933o. Pour la Liisilanie, nous u'avons aucun renseignemoni.

f'^' Herzog, Gallicp Narb. historia, p. 95/1-969, et appcnd., n" 7.

(*) Tacite, Annales, XIV, xxxi.

'•'' Jung, Die roman. Landschaften , p. 2A1-

(" Eckhel, II, 43; Mionnet, I, p. '117.

Page 1