DE LA PRESIDENCE DES ASSEMBLÉE
Le président de rassemblée était le prêtre de l'autel provincial O.
On s'est imaginé qu'il y avait auprès de chacun de ces autels un collège de pontifes , et que l'un d'eux avait une certaine prééminence sur les autres ^^'. Au premier abord, quelques documents semblent venir à l'appui de cette opinion. Une inscription de Narbonne fait mention d'un taurobole offert au nom de la province per C. Batonium Primum Jlaminem Aug(ustorum) ^^K Au lieu de voir dans Primum un cognomen^'^\ on a parfois \u primum, et on a pris ce mot pour un adjectif se rapportant à Jlaminem; mais la conjecture n'a rien qui la justifie. Un texte épigraphique découvert près d'Orange dit d'un personnage dont le nom nous
échappe : IIVIR-LVDOS'FE ET'OLEVM-PRI.. . . FLA-
MEN-R.OM-ET HVIC-D'D. Il est évident qu'il s'agit
là d'un flamine municipal, et qu'entre les mots pri{mus) et jlamen devait se trouver un verbe, tel que dédit proposé par M. Allmer, pour régir oleum, qui ne saurait dépendre àefe (cit) ^^\
(') La preuve nous est fournie par ce fait que partout le grand prêtre nous apparaît comme le premier personnage de la province. Exemples : les Panhellènes semblent avoir eu pour divinilé particulière le dieu Hadrien {Q-eos kSptavôs). Or le prêtre de ce dernier était en même temps ap^uv tûv nai'eAArif«i'.(Lebas-Wadd. , hiscr. d'Asie Min., 867, 8Ô9.) Vipyjepevs d'Asie est appelé asiarque, et il en est de même dans plusieurs autres contrées (voir le chapitre suivant). UpÛTos kaicts, dans les Mittheil. des d. Itistit. in Alhen, i883, p. 33 1.
<^' HiJbner, Hermès, I,p. ii3-ii6; Aug. Bernard, Le temple d'Auguste, p. 70, note 3 ; Boissieu, Inscr. de Lyon, p. 83.
(■') Herzog, Galliœ Narbon. histoi-ia, append., n° 7.
W Ce cognomen n'est pas rare; voir VIndex de Wilmanna, II, p. SgS.
(^) Revue épigr, du midi de la France, n° 99/1.
La célèbre inscription de Trebellius Rufus^'* n'est guère plus probante. Ce Rufus était originaire de Toulouse; il passa une partie de sa vie en Gaule, l'autre à Athènes, et dans ces deux contrées, il fut comblé d'honneurs. Il devint notamment àpx^epéa 'SïpcoTov êTfap^eias tijs èx Nap^ôîvos. Gomme il vivait probablement au début du second siècle, -orpwTos ne doit pas avoir ici une signification chronologique^'-', et l'on a conclu que Rufus avait été le président du collège des prêtres provinciaux de la Narbonnaise. On a oublié que l'expression rspwTos sTrap^/as est assez commune dans les textes'^'; dès lors rien de plus légitime que de séparer àpy^ispéa. de 'cspcoiov par une virgule. Il résultera même de cette ponctuation un léger doute sur la nature du sacerdoce exercé par Rufus. Apx,i£péa. isolé paraît désigner ici un prêtre du culte impérial; mais il n'est pas sûr que ce soit un prêtre provincial '*l
Ces documents, les seuls qu'on invoque, ne confirment nullement, comme on voit, l'opinion rapportée plus haut, et il en est, en revanche, qui établissent l'opinion contraire. Les prêtres d'une province sont fréquemment qualifiés y?rtmmes. Or ce terme exclut toute idée de collégialité. Le flamine est investi d'une sorte de sacerdoce individuel; il a, pour ainsi dire, le monopole d'un culte, et il tire son nom du dieu qu'il est seul chargé de prier f-"'.
C' C. /. A., III, 623-6a/i. Cf. Lebègue, Bulletin epigr., 188/1, p. 69-7.3.
'') Marquardt dit à ce propos : trQiiod vero primiis sacerdos provinciiB appellatur, id ad tempus reiero; cum enim Drusi consuils sacerdos postea fueiit, Tiberii aetale vixisse censendus est. 75 [Eph. epigr., 1, 2o3.) Il y a là une grave erreur. Un prêtre vivant de Drusus est mentionné sur une liste éphébique de l'année 61 (C. LA,, III, io85) et sur des documents du second siècle {tbid., 656, 669). M. Ditlenberger n'hésite pas à placer l'inscriplion de Trebellius Rulus sous le règne de Trajan ou sous celui d'Hadrien.
'^) C. I. G., 8953 1; Perrot, Exploration de la Galatie, p. 235; Mémoiren d'archéoL, p. 168; Dumont, lnscr.de Thrace, 72 j : Tov tspùirov rrii -crdAews xai TÛv tAAiirwi»; Bulletin de corr. hellén., i883, p. 16, n" 3; 'zspûzos kaias (voir cidessus, p. 82, note 1). C. I. L., III, to5i : «primus municipiin,
'*) Une inscription de Bétique mentionne un «Ilamen Augustalis in Bœtica primusn {C. I. L., Il, 8271). Peut-être primuH a-l-il ici un sens chronologique; peut-être aussi faudrait-il une virgule après Augustalis.
'') Cicéron, De leg., II, viii, 20 : rfDivisque aliis alli sacerdotcs, omnibus pon-
En outre, s'il y avait plusi(3urs prêtres délégués par les cités pour former le collège dont on parle, ils auraient été élus par leurs concitoyens, et nous remarquons que tous les prêtres de l'autel fédéral étaient nommés par le concilium^^\ 11 faut donc admettre qu'il existait un prêtre unique par province, appelé, suivant les pays, àp)(^iepsv$ , Jlamen , ou saccrdos.
L'élection se faisait, en Asie, de la façon suivante. L'assemblée dressait une liste de candidats, rangés peut-être par ordre de préférence; elle n'était pas tenue de les prendre nécessairement parmi les députés présents au congrès; cette liste était envoyée au proconsul, qui choisissait^^', et le grand prêtre ainsi désigné n'entrait en fonctions que l'année d'après '''. Rien ne montre que l'on procédât de la même manière dans les autres provinces. Les règles usitées en Asie n'étaient pas toujours communes à tout l'empire. 11 est possible notamment que ce mode de nomination lui ait été particulier. Un document paraît attester qu'un certain Q. Licinius Tauricus reçut des Trois Gaules le sacerdoce fédéral, sans doute par voie d'élection directe. Le malheur est qu'on n'arrive à ce sens que par une restitution due à M. Mommsen''*'. Dans la Bélique, on nous signale un personnage qui est devenu flamine par l'accord unanime de la province ^^', et aucune allusion n'est faite à l'intervention du proconsul. Tacite nous dit de Sigismond, prêtre de l'ara Ubiorum, qu'il fut nommé [creatus)V année même où les Germanies se révoltèrent^^'. Ailleurs
tifices, singulis flatnines siinto.» Varron, De îingua lalina, V, xv : «Honim (les flamines) singuli cognomina liabent ab co deo cui sacra faciunt.T Mommsen, dans Borghesi, V, 201, note 6.
'') Marquardt, Eph. epigr. , I, 902.
(^) Aristide, I, p. 53i-532 (Dindorf).
'^) C. I. G., 3761 : EtJpv«Ar)ï, àp;^. kaioa àitoèeèsiy^évoi.
W Annales de Vlnstùnt archéol. de Rome, i853, p. 60 : fpQ. Licinio). . . (T)aurico Q. Licin(i. . . fil. siinim)is honoribus fun(cto apud ?uos, item a t)ribus provinciis Ga(llis ornalo sacerdol)io.» Aiig. Bernard reslilue ainsi : « . . . fun(cto in t)ribus provinciis Ga(liiœ. . . n
('') C. I. L., Il, 9 3/1 A : trHic provinciae Bœticœ consensu flaminis nmniis est consequutus. n
'"> Tacite, Ann., I, lvii.
il est question d'une femme qui a été honorée des plus hautes dignités par sa province et par sa patrie ^^^. Nulle part enfin, sauf en Asie, on n'aperçoit la main du gouverneur dans ces élections. La seule règle qui semble avoir été partout en vigueur est celle qui faisait désigner le grand prêtre un an à l'avance.
Dans les pays latins, on n'atteignait ces fonctions qu'après avoir géré les magistratures municipales ^"-l H va apparence que c'était là en Gaule une condition absolue; car nous ne voyons personne qui en ait été dispensé. En Narbonnaise, tous les flamines ont passé également par le duumvirat ou par une charge analogue. On connaît un seul prêtre des Alpes Cottiennes; il a été décurion et duumvir de la cité d'Embrun (^'. Nous possédons le cursus d'un habitant de la Bétique, qui a été d'abord pontife et flamine à Cordoue, puis duumvir, et finalement prêtre provincial'^'. L. Junius Maro n'obtint ce sacerdoce en Tarraconaise qu'après avoir rempli dans sa patrie tous les honneurs locaux , spécialement le duumvirat deux fois'^l En Dacie, P. iËlius Strenuus fut décurion de la colonia Drobelavum , ensuite augure et duumvir des colonies d'Apulum et de Sarmizogethusa avant d'être, comme on disait, sacerdos arœ Augusti''^K Plusieurs inscriptions décrivent la carrière complète de divers prêtres de la Pannonie; chacun d'eux a été au préalable décurion, duumvir, quinquennalis , flamine municipal '^l Dans toutes ces provinces,
('') C. /. L., II, 2a'jo : ffFlamen designatus provinc. Baet.n 5i2/i : «Fiamini des. pr. H. G.»
'^) C. I. L., V, 7959 : frT. Cassio T. fil. Quir. Sextino dcc. et uviro civilalis Ebrodunens. flamini Aug(iislali) provinciœ (C)ottianœ.n
'*) Eph. epigr., 1877, p. 87 : trL. Juniiis P. f. Pauliniis pontif(ex) flam(en) perpet(uus) iivir c(olonorum) c(oloniyp) P(atricix') flarnen provJn(ciœ) B8el(ica;) . . . n
'•) C. I. L, III, 1909 : «P. jEl(io) P. fil(io) Pap(iria) Slreiiuo, eq(no) p(ublico), sacerd(oli) arae Aug(usli) , auguri et iivirai(i) col(oniie) Sarm(izegethusœ) , augiir(ij col(oniœ) Apul(i), dec(urioni) coI(oni,'e) Drob(clariim).7î
C) C. I. L, III, 3368 : trT. iEi(ius) Verinus dec(urio) col(oniœ) Aq(.iinci), (larae(n), duumviralis, sacerdos urbis Roinœ.n 8936 : «Viclorinus dec(iirio) col(oniaB) Sisc(ia;) iivir (ileruin?) eq(ues) rom(aniis), sac(erdos provinciœ?). n 4 108 : «M. Anrel. Maximinus dec. coi. Pœt. honore iivir q(q.) ex curât. sac(e)r(d)os provinci(a)e
il arrive fréquemment que le sacerdoce fédéral soit confié à des chevaliers romains; mais ceux-ci sont, en général, du pays même^^'.
En Orient, les titres décernés à ces sortes de prêtres ne laissent non plus aucun doute sur la noblesse de leur naissance. Voici par exemple un dp)(^t£pevs d'Achaïe qui descend de Persée et des Dioscures; il a été trois fois stratège de la confédération des Achéens, agonothète de sept jeux différents, amphictyon, panhellène; il a exercé plusieurs charges h Argos; enfin il a été envoyé en ambassade à Rome auprès du sénat et de l'empereur ^2^. En voici un autre, président du xoivév de Bithynie, qu'un document appelle «le plus généreux des citoyens, illustre par ses ancêtres, un des dix premiers (de Prusias), sénateur et censeur à vie; il a rempli brillamment les fonctions d'agoranome, fidèlement celles de défenseur de la cité, conformément aux lois celles de greffier; il a été éprouvé dans toutes les charges; il a été trésorier du sacré sénat; il a été désigné sous d'heureux auspices premier archonte, prêtre et agonothète de Zeus Olympien *^^.» On nous indique un individu, M. Ulpius Damasippus,
Pann. Siiperi.» Eph. epigr., II, p. 358 : «C. Tit(ius) Antonius Peculiaris dec(urio) col(oniaî) Aq(uinci?) dec(urio) m(unicipii?). . . g. iivir flam(on) sacerdos ara; Au?;(nsti) n(ostri) P(annonia;) Infer(ioris) . . . -^
'*' C. I. L., /iaSS : wM. Porcio M. 1. Aniens. Apro iiviro pra-fec. fabr. trib. milit. leg. vi ferrât, proc. August. ab alimentis flamini P. H. G.?? Les lionneiirs sont évidemment énumérés dans l'ordre direct. C 7. L. , III, i5i3 : «M. Cominius Qnintus pontif. et bis q.q. col. eq. r. sacerdos arœ Aug. n SgSô : «Victorinus dec(urio) co!(onia;) Sisc(iae) iivir. . . cq(ues) rom(anus), sac(erdos provinciœ?)." C. I. L., VIII, 7986 et 7987. Wilmanns, 9228 : « . . . Prœf. colom'œ actori public, iiviro ab œrario item iiviro a jure dicundo flamini Augustali cui Divus Aurel. Antoninus centenariam procuration, prov. Hadrymetinœ dédit sacerdoti ad arani Caes. n.» On connaît, d'autre part, beaucoup d'individus qui ne conquirent le titre de chevalier romain qu'après avoir été prêtres provinciaux. C. 7. L. , II , Zî 9 a 5 ; III, 1909; Revue épigraphique du midi de la France, i883, n° 38/i : «L. Sammio L. fil. Vol. iE(mil)iano eq. publ. (haben)ti allect. in v (decu)r. luperco flam. provinciœ Narbonensis prœf. cohorlis 11 Hispaniac Vasconum.» Herzog, append. , n° i oH : «Eq(uum publicum) babenti (flamini pro)vinc. (Narb. quaest. ou œdili) co(lonia; Nemaus.).»
<'^' CL G., 119/i.
(3) Porrol, Exploration de Galatie, p. 3a.
dont le père avait été béotarque, et qui lui-même s'était acquitté de toutes les liturgies dans sa patrie, qui avait été archonte à Amphiclée, amphictyon, béotarque, grand prêtre du dieu Dionysos, panhellène '^l Un prêtre de Galatie , chevalier romain, avait été deux fois premier archonte d'Ancyre , deux fois agonothète, trois fois ambassadeur auprès de l'empereur Caracalla, flamine d'Auguste; on le qualifiait même de «fondateur de la métropole » ^'^\ Une inscription mentionne un àpy^ispsv'i d'Asie qui a été en toutes choses le premier de la ville et de la province ^^\ et les médailles nous en signalent un très grand nombre qui ont occupé dans leurs cités des situations officielles'*'.
Certaines familles eurent le privilège de fournir plusieurs prêtres à leur province. Nous en connaissons au moins deux pour la Gaule. L'une, originaire de la cité des Petrocorii, donna pour prêtres à l'autel de Lyon C. Pompeius Sanctus et son fils, M. Pompeius Libo ^^K L'autre, sortie de la cité des Lemovices, fut représentée auprès de cet autel par Q. Licinius Tauricus, et par son fils Q. Licinius Venator '*'l Mais il faut avouer que le lait n'est pas commun en Occident '"'l Au contraire, il est très fré-