‹ Les assemblées provinciales dans l'empire romainChapitre 22 sur 73 · CL G · texte numérisé non relu

CL G

W Mionnet, II, p. bhg, n" 235^ III: lonie, 1173, i4o7, lAsS; IV, p. 55, n° 385, p. 128, n" 727, p. 201, n" 3i et 35; siippl., V, p. 377, n"" 10 et 11 ; p. l\liti, n° 1091 ; VII, p. 359, n"' 190-191.

'*^ Aug. Bernard, Le temple d'Auguste, p. 7A : rrC. Pompeio M. Pompei Libonis sacerdolis fiUo G. Pompei Sancll sacerdotis nepoli Quirina Saiicto.n II s'agit bien là de deux prêtres de l'autel de Lyon; ou a trouvé, en effet, à Périgueux l'inscription suivante : « . . . Et deo ApoUiui Gobledulilavo M. Pompeius C. Pomp. Sancti sacerdot(is) arensis fil. Quir. Lib(o) sacerdos arensis.55 (Galy, Catalogue du musée de Périgueux, p. 43.)

'^' Mommsen, Annales de l'Institut archéoL, i853, p. 60 : «Q. Licinio)... (T)aurico Q. Licin(i . . . fil.). . . (a t)ribus provinciis Ga(llis ornato saccrdot)io. . .n Ibid. : «Q. Licinio Venat)ori Licini (Taurici fil.). . . sacerd. . . Lemo(vic.).» Aug. Bernard croit même que la prêtrise fut encore exercée par Julius Sabinianus, oncle de Licinius Venator (qu'il appelle Ulpianus), et par Victor Licinius, fils de Sabinianus; mais ses restitutions paraissent trop hardies.

''' C I. L., II, /i33i, 4382. Exemple de deux frères, flamines de la Tarraconaise.

quent dans les pays helléniques. T. Ulpius ^Elianus Papianus fut président du xoivôv de Bithynie, et son père l'avait été avant lui^^'. M. Aurelius Thoantianus, prêtre de Lycie, était d'une maison qui avait compté dans son sein des lyciarques et des pampbyliarques ^^l Une inscription de Thyatire mentionne un grand pontife d'Asie, dont le père, l'aïeul et le bisaïeul avaient été promus à cette dignité (^^. Philostrate nous dit du sophiste Scopelianus qu'il fut àpy^iepeis d'Asie, et que tous ses ancêtres avaient occupé la même charge de génération en génération '*l Une famille de Sébaste exerça ce sacerdoce en l'année 5 après J.-C, et plusieurs fois dans la suite jusqu'au début du iif siècle ^^l L'asiarque Tib. Claudius Polémon était fils, frère et petit-fils d'asiarques ^*^l Qu'on n'aille pas croire d'ailleurs que ce soient là des singularités. Nous avons choisi ces exemples parmi beaucoup d'autres, et il serait aisé d'en étendre la liste. C'était vraiment un titre pour être élevé à ces prêtrises que d'avoir des ancêtres qui les eussent déjà obtenues; non que les assemblées fussent conduites par une sorte de respect invétéré pour le principe de l'hérédité, mais plutôt parce que les suffrages se portaient naturellement sur les hommes qui se recommandaient à elles par l'illustration de leur race.

On avait égard également au prestige qui résultait de la gestion des magistratures romaines. Mais, tandis que les prêtres d'Occident sortaient au plus du rang équestre, il n'était pas rare qu'en Orient ils appartinssent à des familles sénatoriales et consulaires. Un des chefs du xoivfiy d'Achaie, Tib. Claudius Saethida

'') Lebas-Waddinglon , Inscr. d'Asie Min., 1178.

!^) Ibid., 132^1.

P> C. 1. G., 3/195. Cf. 3/J97.

•'*' Philostrate, Vies des sophistes, I. xvi, 1? : kp)(^iepeùi ijévero tris kalas aôx6s Te xai 01 tsp6yovoi avrov -aale èx tsarpos tsivTss. L'assertion est sans doute exagérée.

'*) Bulletin de corr. hellén., i883, p. Ulig-lxbi.

'*' Ibid., 1878, p. 59/1 : TiSépiov KXavStov TloXéfiMva, àcFtdp)(riv iitttixov, Ti€epioD KXavSiov lépcovos iaidpyov Sis xolI àpy^itpéws Sis viov, Ttëeplov KXavSiou àniorrtpiavov àaiip'/pv àSsXÇidv, Mapx/ow àriiompiavov hiKiipyov xaî <S>Xaëlov KpuTépo'j dfiidp^ov Sis Hti ipyjepéms êxyovov ...

Caelianus, était fils d'un consul, et il parcourut lui-même toute la hiérarchie des fonctions réservées aux hommes de sa classe, depuis le vigintivirat jusqu'à la prêtrise '^l Une inscription de Sinope porte le nom d'un pontarque dont la sœur était de rang sénatorial '^l Un galatarque eut pour fils et petit-fils des personnages de la même condition ^^\ Une famille de Carie, dont plusieurs membres furent grands prêtres d'Asie , avait place depuis longtemps dans l'aristocratie la plus haute de l'Empire^'*'. Un asiarque, originaire de Milet, avait un père ctvvxXïitixôs^^^ ; un autre comptait d'anciens consuls parmi ses ancêtres '*"' ; Thoantianus, pontife fédéral de Lycie, était, nous dit un document, yévovs avvxXïjTixov xoà VTTctrtxov^'^K

Dans certaines provinces d'Orient, surtout en Asie, on voit toute une catégorie de personnes arriver souvent à la prêtrise, sans parfois que leur naissance y soit pour rien ; ce sont les rhéteurs et les sophistes. Ces virtuoses de la parole et de la philosophie étaient, pour la plupart, des hommes considérables; on les écoutait avec un plaisir extrême ; on se faisait gloire de suivre leurs leçons; et chaque ville s'efforçait de les fixer chez elle. Ils acquéraient par là de grandes richesses et une immense renommée. C'était un précieux avantage pour une cité que de les posséder. On avait en eux des professeurs qui groupaient de nombreux auditeurs dans leurs écoles, des orateurs capables de prononcer dans les fêtes officielles un de ces morceaux d'apparat qui donnaient au moins l'illusion de l'éloquence, enfin des défenseurs toujours prêts à prendre en main la cause de leurs concitoyens, et à accomplir auprès du gouverneur ou du prince des missions dont ils s'acquittaient d'ordinaire avec bonheur ^^K

f) Foiicart, Inscriptions de Messénie, p. iSg.

(=) C. I. G., /Il 57.

P) Bulletin de corr. hellén., i883, p. iG.

W CI. G., 978a.

f') Revue archéoL, 187/1, ^' semestre, p. i 10.

W C. LA., III, 712 a.

'') Lebas- Waddington , Inscr. d'Asie Mineure, 122 4.

'*' Vidal-Lablache, Hérode Atticus , p. 26-29, /i3-/i/i,63.

Les empereurs, soit par goût personnel, soit par désir de plaire aux populations, ne furent pas moins bien disposés pour eux. Ils en appelèrent quelques-uns aux fonctions les plus élevées de l'Etat (^^ et ils conférèrent à tous en bloc de précieuses immunités ^2'. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner que ces rhéteurs, que ces sophistes aient été fréquemment jugés dignes des sacerdoces provinciaux. Plusieurs, parmi eux, avaient une noble origine. Tel est cet Héraclide de Lycie qui, d'après son biographe, était 'aarépcov àyaBwv ^^\ ou encore ce Scopelianus qui eut des aïeux si illustres <*'. Le rhéteur Aulus Plotius Satyrus était fils d'un asiarque, frère d'un béotarque, et l'on vantait sa famille d'avoir été de tout temps la bienfaitrice de sa patrie ''''. Pomponius Cornélius Lollianus Edianus, «asiarque et rhéteur 55, avait pour parents des consulaires ^"^^ Mais il en est aussi qui semblent avoir été des parvenus. Sans doute nous ne rencontrons nulle part la mention expresse de leur humble extraction; leur vanité habituelle n'y eût pas trouvé son compte ; mais on peut sans témérité interpréter dans ce sens le silence des documents, quand ils se taisent sur leur noblesse, et il en est ainsi dans un assez grand nombre de cas. Pour ces derniers, on dérogea quelquefois à l'usage qui réservait les prêtrises aux membres de l'aristocratie. La règle n'en subsista pas moins, et elle ne souffrit guère d'exception qu'en Asie.

Y avait-il des conditions d'âge ? Si l'on en croyait un document épigraphique restitué par M. Mommsen , il aurait été pos-

'•' Le rhéteur Quadratus fui consul et proconsul d'Asie. (Waddington , faslei des prov. asiat., n" ii4.) Hérode Atticus, à l'âge de vingt-cinq ans, fut nommé SiopdccTT^s des villes libres d'Asie (Vidal-Lablache, p. 39), et il devint consul éponyme en i^3 {ibid., p. Sg). Cf. Waddington , Mém. de l'Acad. des tn«cr,,XXVI, 1" partie, p. 257-958.

'^' Voir, par exemple, un rescrit de Septime Sévère, où il dit ijue les sophistes ont dréXeiav tûv /.snovpyiùv. (C. 1. G., 3718.) On reviendra plus loin sur cette question.

(■'') Philostrate, Vies des sophistes, II, xxvi. t.

W Ibid., l, XXI, 1.

W Ibid., 3 i^t.

sible d'aspirer au sacerdoce des Trois Gaules dès l'âge de vingtdeux ans^^l Mais ce texte, d'une lecture douteuse, n'a pas à lui seul une autorité suffisante pour trancher la question , et le champ reste ouvert à toutes les hypothèses.

La nomination n'était pas faite à vie , mais à temps. Les inscriptions mentionnent plusieurs flamines de la Bétique arrivés au terme légal de leur mandat'-'. Un ancien duumvir de l'île de Minorque nous apprend lui-même sur un monument dressé par ses soins qu'il a occupé le sacerdoce de la Tarraconaise ^^\ Dans beaucoup de provinces, il y avait un nom, celui de sacerdotalis, pour désigner les prêtres fédéraux qui étaient sortis de charge '*\ et ils étaient si peu en activité , qu'on pouvait être admis parmi eux par voie àiadlectio^^\ On a une inscription de Prusias consacrée à la louange d'un personnage encore vivant qui avait été à la tête du xoivov de Bilhynie'*^'. On connaît enfin des individus qui ont obtenu deux fois le pontificat suprême de Galatie'^', et d'autres qui ont eu trois et quatre fois dans leurs mains celui d'Asie'^'. Si ces fonctions n'étaient pas viagères, étaient-elles du moins conférées pour une longue période?

('' Mommsen, Annales de l'Institut archéoL, i853, p. 60: aQui sacerilotiuni apud aram duo et (viginti annos natus obtinuit).» Cf. une autre inscription roiative au même personnage : ff(Qui duo et vi)ginti aDno(s). . . -n Aug. Bernard croit que ces vingt-deux années indiquent la durée de sa prêtrise; on verra que cette opinion est erronée. Il est à remarquer que le cas actuel est présenté comme une exception; on n'en saurait donc déduire une règle générale, même si l'on acceptait la restitution de M. Mommsen.

f*^ C /. L. , II, 2195 : «Exacto flamonio votum reddidcrunt.n Peut-être est-ce là un sacerdoce municipal. 9991 : ffConsummato hono(re flam)oni (provincian).?) 234i : «Peracto honore flamin.n

(^) C. i. L. , II, 871 1 : « . . . Ter nviratu in insula funclus, eliam flaminatu provinciœ Hispaniae Citerions ob acternitatem honorum suorum memorioe conlocavit.«

'*) Voir la fm du chapitre.

'*) C. L L., X, 7618 : (rAdleclo. . . inter sa(c)erdotales prov. Sard.»

(6) Perrot, Exploration de Galatie, p. 82.

f*' C. I. G.,3igo i Tov Sis àmdpyr)v. Lebas-Wadd. , Inscript, d'Asie Mineure, ao. Mionnet, Phrygie, 768 : datâpxpis -y. Corn. Vettinianus fut même asiarquc quatre fois (Mionnet, IV, p. 128, n° 727).

Rien n'atteste qu'il en fût ainsi ^^\ Il serait donc naturel de penser, même à défaut de preuves positives, que la durée de cette charge ne devait pas dépasser l'intervalle annuel compris entre deux sessions consécutives, et cette opinion est plus qu'une simple conjecture, depuis la découverte récente du document invoqué plus haut, où l'on voit qu'un personnage a été «en telle année prêtre de la province d'Afrique 55 ^^\

11 est probable que cet honneur était très recherché de ceux tout au moins qui se trouvaient en état d'en supporter le poids, et nous voyons par Julius Paulus que la brigue allait souvent très loin^^l D'abord il entourait l'homme d'un grand prestige; de plus, c'était là le meilleur moyen pour un ambitieux de se signaler à l'attention du gouverneur et du prince. Il y avait cependant des cas, assez rares, oii l'on était en droit de le décliner. Tout père de famille qui n'avait pas moins de cinq enfants était libre de refuser cette dignité; la règle avait été posée par Septirae Sévère, en premier lieu pour l'Asie seule, et ultérieurement pour toutes les provinces ^*l Le même privilège avait été octroyé aux philosophes, aux rhéteurs, aux grammairiens, et aux médecins. Le Digeste, en effet, cite un rescrit proclamant que tous ceux-ci seront exemptés, entre autres choses, des sa-

(•> Peut-être la grande prêtrise durait-elle quatre ans en Galatie (voir plus haut, p. 77 ). Une inscription de Pamphylie porte ces mois: kpx^iepaadfievov TerpaeTiccv . . . Kal dycovodsTi^actvra tous (leydXovs -sseviaetriptxoùs àyùvcts xai joiis "Xoinovs tsâv-tas èv Tjj reTpaeria. {Bulletin de corr. hellén., i883, p. a63.)On ne voit pas clairement si le sacerdoce dont il est question dans ce texte est d'ordre provincial.

(^1 Voir ci-dessus, p. 78. Cf. C. I. L., VIII, /i58o : «Sat. Aug. L. Papius L. fil. Pap. Apollo jediiis q. nvir. prapf. j. d. pro iiviris q.q. ob honoreni sacerdoti sui statuam sibi anno expleto posuit itemque dedic.55 11 n'est pas sûr, toutefois, qu'il s'agisse ici de la prêtrise fédérale.

'') Julius Paulus, V, xkx : «Peliturus magistralum vel provinciic sacerdotium, si turbam suffragiorurn causa conduxerit, servos advocaverit, aliamve quam multitudineni conduxerit, convictus, ul vis publicie reus in insulam deporlalur.n (Giraud, Enchtridion juris romani, p. 106.)

f"' Papinien, au Diff., L, v, 8 : «In Asia sacerdotium provinciœ suscipcre non cogiintur numéro liberorum quinquc subnixi,quod optinius maximusquc princeps noster Severus Augustus decrevit, ac postea in ceteris provinciis servandum esse constituit.n

cerdoces et, en général, de toute charge provinciale ^^l II est vrai que le nombre en était strictement limité dans chaque catégorie de villes ^^l Mais un homme d'un mérite exceptionnel, fixé dans une cité qui n'était pas son lieu d'origine, pouvait, même si ce nombre était déjà atteint, jouir aussi de cette immunité, en vertu d'une décision rendue sans doute par l'empereur ^^'. Enfin une dernière excuse considérée également comme valable était la gestion antérieure de la même prêtrise , nul n'étant rééligible à ces fonctions contre son gré ^^'. Ces réserves faites, l'acceptation était obligatoire.

Les empereurs recommandaient aux gouverneurs de veiller à ce que dans les villes les magistratures qui entraînaient des pertes de temps ou d'argent fussent réparties d'une manière équitable sur l'ensemble des citoyens aptes à les remplir '^l Montraient-ils la même sollicitude en ce qui concerne les sacerdoces provinciaux? Avaient-ils soin que chaque cité, à tour de rôle, en fournît les titulaires, afin de partager entre elles l'honneur que cette dignité conférait, et les charges qu'elle imposait (°'? Cela est possible, bien qu'on n'en trouve aucune trace dans les textes. Nous nous contenterons de noter que , dans les provinces

(') Ce texte, emprunté à Modestinus {Dig., XXVII, i, 6, 8), n'est pas très clair. D'abord, on ne voit pas bien si ce rescrit émane de Marc Aurèle ou d'Hadrien. En outre, il n'est pas certain qu'il s'applique aux fonctions conférées par la province; on n'y trouve, en effet, que les expressions de lepoavvciSv et de vitvpeaîav èOvtXT^v, lesquelles peuvent également désigner des magistratures municipales.

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