‹ Les assemblées provinciales dans l'empire romainChapitre 25 sur 73 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Il existait dans la plupart des provinces orientales un dignitaire dont le caractère pendant longtemps n'a pu être bien démêlé. En Asie il s'appelait Xnsiarquc, et ailleurs il portait des noms analogues. On le retrouve en Achaïe, en Bitliynie, dans le Pont, à Lesbos, en Galatie, en Cappadocc, en Lycie, en Pampbylie, en Syrie, en Phénicie et en Crète ^^l Les uns voient en lui le même personnage que le grand prêtre de la province; les autres en font un personnage distinct; ils pensent «qu'il était chargé de la direction des jeux du xoivév et qu'il les présidait ?? f^l Marquardt a déjà opposé des objections très fortes à cette dernière opinion ^^'. Nous allons reprendre à notre tour cette discussion, en tâchant de les confirmer par quelques considérations supplémentaires.

On remarquera d'abord que les jurisconsultes du iif siècle regardent cette dignité comme un sacerdoce. Eôvovs iepap;(,/a, dit Modestinus, oJov Ka-iapy^lct, hi9vvictp)(^ia, KcnrTraSox.ap^iot , zsa.pé)(ti dXeiTOvpyiia-iav otTro sTmpoTTwv '^^. On répond , il est vrai , que «ce passage ne prouve rien; la présidence des jeux avait nécessairement dans l'antiquité un caractère sacré, et on pouvait parfaitement dire (|ue Vasiarchin était un sacerdoce nalio-

>'' Ephem. epigr,, I, 308,

'-^ Waddington, Inscr. d'Asie Min., 885; Perrot, De Galatia prngincia rornana, p. i5o et suiv.; Dictionnaire des antiquités, de Daromberg cl Saglio, an mot AsiAncHiA.

'■') Epli. epigr., I, p. 210-319; llom. Staalfvei'waltuiijf , ], p. .ji)5, noio .5 (9* cdit.). L'auteur donne dans celle note quelques détails biJjliogFapliiqiiPS sur la question.

'^' Dig., XXVTl, I, 6, 1/1. Cf. un texte de basse époque cité par Kckliel (IV, no8).

98 DE L'A SI ARQUE

nal, sans aucunement l'assimiler à la grande prêtrise d'Asie^'lw Mais où voit-on qu'une fonction réduite ù la présidence des jeux ait jamais été désignée par un terme aussi précis que celui de

Ispctp^ia ?

L'asiarque et le grand prêtre d'Asie étaient tellement identiques que parfois on employait ces deux expressions l'une pour l'autre. Marquardt cite à ce propos la lettre de l'Eglise de Smyrne où est raconté le martyre de saint Polycarpe. A quelques pages d'intervalle, Philippe de Tralles y est qualifié àp^ispsûs et da-idp- XV^^'^'i or nous savons que ce Philippe fut dp)(^t£pev$ Ao-/a?^'l

Il v avait dans certaines cités d'Asie un temple, d'ordre non pas municipal, mais provincial, dont le caractère sera déterminé ultérieurement. Chacun de ces temples était desservi par un prêtre dont le titre ofïicicl était àpyjiepsvs rrfs Aa-îa? vaôjv rôjv èv È(pé(7(f), ou év 2fjtupvjj, ou êv Uepydfjiù) '''^\ Les documents nous font connaître plusieurs de ceux-ci; mais il nous font connaître également des asiarques de ces mêmes sanctuaires. Le litre de ces derniers est assez caractéristique. Aurelius Pinutos, par exemple, est àaidpyris volcov tuv êv ^fxvpvrj ^^l Cn. Dottius Plancianus est asiarcha templorum spkndichsshnœ civitalis Ephesinœ^^K II est fort probable que ces asiarques et ces grands prêtres ne diffèrent pas les uns des autres, et la chose paraît tout à fait sûre, lorsqu'on rapproche ces deux inscriptions :

1 " AyœvoôsTOvvros Si' aluvos Ti€. louX. Prjysivov àpx^^P^^^ ^' vcLwv tôjv èv ¥j(péa-OL).

(') Waddington, limer. d'Asie Mineure, j). 2^6.

f-) Ruinart, Acta martyrum , p. /n : TawTa }^éyovres éT:e§àù}v xal rjpûruv tov àaiâp)(riv <t>iXfintov, i'va èi:a.<Prj tw IIoAyxapTrço Xéovtct. P. A 5 : 'I.vveM'^^V ^è v-kù îlpciSov, èitl ip^tepéas Q>iXlintov TpaXXtavoH, àvdvnoneûovTos SraT/oo KoSpdTov. M. Waddinglou place le proconsulat de Statius Qiiadratiis dans l'année i5/i-i5.^) {FaHles des prov. rt«m(.,n° \hh) el le marlyre de Polycarpo au aS février 155 (Mm. de l'Ac. dea iiiscr. , XXVI, i" partie, p. 'j/)o).

W Lebas-Wadd. , Inscr. d'Asie Min., iG^a c; Bull, de cnrr. lielL, i88(), p. /)56.

W 6'. /. G., 27/11; Lebas-Wadd., i/iG. GaG, G5;i, 755, 8/ia, 885, :>897 h. 3/161, 3/19/1. Ci'. Eph. cpigr., 1, «09.

''■"I Bulletin de corr. Jiellé II. , 1880, p. /i/i/i.

«*) C. I. L, III, 9 oG.

9° AycovodeTOvvTOs Se' aicovos TiS. lovX. Pïfysivov daidp^ov /3'

L'helladarque n'est pas plus que l'asiarque un simple président de jeux. Les documents nous le représentent toujours comme le premier personnage delà province d'Achaïe. EXAa<îap- Xn(^oLs et ap^a? iris ÈXXciSos semblent être synonymes. Ce terme d'helladarque implique si bien une idée de prééminence, que les amphictyons de Delphes et les Achéens finirent par l'emprunter à l'Achaïe pour désigner le chef de leurs xoivoi respectifs; de là les expressions, en apparence singulières, de ÈXXaSdpx^rjs A(jl- (pimv6vcov '-' et de ÈWaScip^ïjs Sià (2iov toù xoivov rwv A)(^txicov^^K 11 est manifeste que tous les titres analogues ont un sens pareil. Le bithyniarque est évidemment le personnage qu'on appelle ailleurs âp^cov tov xoivov twv èv ^eiOvvla. YiXkrivwv ^^\ et le lyciarque ne se distingue en rien de Yâpyjav èOvixàç de Lycie ^^\ A défaut de preuves, l'étymologie seule atteste que c'étaient là des dignités considérables; mais nous avons en outre le témoignage formel de Strabon, qui définit la Avxiapxiot: èv iw crweSpicp 'STpcÔTï] àpyri tov avcrlrlixaTos ''''. Il n'en résulte pas cependant que ces magistratures aient été purement civiles. Le texte de Modestinus cité plus haut (p. y^) ne laisse, au contraire, subsister aucun doute sur leur caractère religieux; même au iv" siècle, la syriarchia passait officiellement pour être un sacerdotium ^~\

On a prétendu que les asiarques étaient bien des grands prêtres d'Asie, mais que tous les grands prêtres d'Asie n'avaient pas été asiarques. L'asiarque serait le pontife suprême de la province, en tant qu'il présidait les jeux quinquennaux, et

•*' Wood, Discoveries at Ephnsus; inscriptions du grand théâtre, p. fio et (i8. ■^ Cl. G., 119^.

'^ Ibid., 1718.

'' Lebas-Waddington , Inscr. d'Asio Min., 117^. ■'' Ibid., 1991, 1 297.

"' Strabon, XIV, m, 3.

') Code Justin., V, xxvii, 1 : 'tOiios in civitatibus. . . sacordotii, id est Pbd'nicîirchiiP vel SyriarchiiP ornamcnta condecorant.r (Conslantin, H3fi.)

100 DE L'ASIARQUE

ceux-là seuls, parmi les àp^tspe7s, auraient eu droit à ce titre d'asiarquc qui avaient l'honneur d'exercer la prêtrise dans l'année où se célébraient ces fêtes extraordinaires ^'l

Cette conjecture se heurte à de graves objections. On ne conçoit guère, si elle est fondée, que, pour la période comprise entre les années 29 avant J.-G. et 268 après J.-C, les documents nous donnent les noms de soixante-dix asiarques, alors qu'il y en aurait eu au total soixante-dix-sept dans ce même intervalle'-'. Est-il vraisemblable que dès à présent les fastes de

('' Monceaux, I)e communi Asiœ, p. 58-Os.

(^' Voici la lisle des asiarques acliiellemprit connus. Nous avons complète et rectifié sur un grand nombre do points celle que donne M. Monceaux (p. 6/1-C6):

ISO M S.

T. Flavius Arisl()l)ulc. . . .

Cliersiplu'on

Aurel. Menelaos

Fronton

Philippe (peut-être deux fois)

Ti. Ciaudius Pii^oninus. . .

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