CHAPITRE Vï
Sous l'Empire , on était très avide et très prodigue de décrets honorifiques. On compte par milliers les inscriptions qui contiennent de pareils témoignages d'estime ou de reconnaissance, et, sans parler même des particuliers, il n'y avait point de corps constitué qui n'aimât à récompenser de la sorte ses bienfaiteurs. Ce n'est pas que l'on attachât une importance réelle à ces hommages. Souvent on ne voyait là rien de plus qu'une politesse banale, et il n'était pas rare qu'on les décernât à des gens pour qui l'on n'éprouvait guère qu'un sentiment voisin de l'indifférence. Mais l'usage voulait qu'on s'en montrât peu avare, et les assemblées provinciales ne manquèrent pas de s'y conformer.
Parmi ceux qui en étaient l'objet se trouvaient d'abord les provinciaux qui avaient acquis des titres à la gratitude de leurs compatriotes soit par quelque service, soit par la gestion d'une charge fédérale. Tels étaient les prêtres de l'autel régional. A Lyon, leur nom paraît avoir été inscrit, généralement sans éloges, sur un grand mur qui portait au bas, en grosses lettres, les mots TRES PROVINCIAE GALLIAE^'l En Espagne, la plupart d'entre eux avaient leur statue auprès du temple *^l Partout on leur votait des remerciements, et l'on confiait à un monument public le soin d'en perpétuer le souvenir. On faisait de même à l'égard des autres fonctionnaires, par exemple les stratèges du conseil des Achéens ^^\ les trésoriers (allectores,
'^' On n'a qu'à parcourir, pour le constater, les recueils de Boissieu et de Bernard.
^'^ C. I. L., II, 93A4; 4a48 : «Slatuam inter flaminales vires posilam. n
(•^) Arch. Zeit., 1879, p. i36 : Ta xoivov tSiv hyaiSiv TjS. KAaô<î<oi> n^Aowa. . .
judices arcœ), les commissaires-enquêteurs [inqutsiioresY^\ les agonothètes, les secrétaires '^^ Si un individu remplissait une ambassade, surtout heureuse et gratuite, il en était loué dans un beau décret que l'on gravait sur pierre ou dans une inscription plus courte que surmontait habituellement sa statue ^^^ Enfin nous possédons des documents épigraphiques où l'on aperçoit des Koivd honorant comme leurs bienfaiteurs des personnages qui semblent être du pays, sans que nous sachions rien sur la nature du bienfait f*^
Parfois c'était à une famille entière que la province étendait ses hommages. En Gaule (^\ comme dans l'île de Chypre ^^^, on associait volontiers les femmes des prêtres à la gloire de leurs maris. Une faveur du même genre fut accordée par le concilium de Lyon à la famille du Ségusiave P. Maglius Priscianus ^^^ et à celle du Sénonais Sex. Julius Thermianus (**l Julius Taurus, parent sans doute d'un prêtre fédéral, reçut des Trois Gaules un témoignage officiel de sympathie, alors qu'il n'avait pas encore vingt ans ^'■^K Nous voyons même le concilium d'Afrique dédier un monument à un enfant, fils d'un procurateur et petitfils d'un flamine^"^^^.
70V a1pa.Trjyov rûv k)(a.iMv xcà ypa^y.a7éa to |3', -aciavs Hvexev dpeTfjs xai Tîjis eis éavTovs eCvoias. Ibid., 1877, P- **^6' ^'' ^^5 P- *9^' "° 97 i ^^791 P' ^37; i88o, p. 56.
<•) Wilmanns, aai8; Spon-Renier, p, i38, i4a, ih'], i/jg, 198, 3i5,367.
'-' Bulletin de corr. hellén., 1886, p. 5i.
(') C. I. G., lôaf) (inscription de 87 lijjnes). Lebas-Wadd. , 7' partie, 2784; Arch. Zeitung , 1878, p. 177 : Ta xowov tûv k-/aiSiv . . . M. kviwviov kpialéav Aâixuvos, 'apscfêeéatxvra 'sspi tov xotvov tcSv k^atuv ispoïxa, xaï èiti ^iov xoa- (iioTTiTi ;ca< auÇipocTÛvri. C. I. L.,II, Zio55, ^192, A201, iaoS.
C') Foucart, Inscr. du Pélop., a56 : To xoivov tâv Èy^evdepoXaxûvuv Taiov îoij- Xtov S.âxecva EJpuxA^ous rjiov, tov ïêsov eCsp-yéTr)v. Dnmont, Inscr. de Thrace, n° 39. C. /. L., II, 4917 : kL. Septimio Manuo c(iarissimo) v(iro) concilium P. H. C.»
'^) Bernard, Le temple d'Auguste, p. 76 : «Jul(iœ) Salica:! (Ti. E)ppi Bellici (tr)es provinc. Galliœ.n Spon-Renier, p. i56; Bernard, p. 6A.
f") Bulletin de corr. hellén., 1879, p. 178.
'') Boissieu, Jnscript. de Lyon, p. lao; Bernard, p. 58.
W Renier, Mém. de l'Acad. des inscript., XXVI, 1" partie, p. 119 et suiv.
(') Boissiou, p. 609; cf. Spon-Renier, p. 366.
<'"' Eph. epigi'., V, p. 389 : «Annio Arminio Do(nalo claEis)simo piiero C. Anni