‹ Les assemblées provinciales dans l'empire romainChapitre 48 sur 73 · DÉCRETS HONORIFIQUES · texte numérisé non relu

DÉCRETS HONORIFIQUES

étrangers. Le moindre d'entre eux nous fait voter des louanges et plus fréquemment des accusations. Nos magistrats sont comme des candidats qui brigueraient les suffrages de leurs administrés ^^l» En conséquence, une loi fut promulguée sous Néron pour interdire aux concilia qui avaient eu un bon gouverneur de transmettre au sénat leurs éloges ^^l Mais cette mesure rigoureuse tomba presque aussitôt dans l'oubli, et l'ancien usage ne tarda pas à prévaloir. Il avait l'avantage d'opposer un frein, si faible fût-il, à l'arbitraire des représentants du prince, et de réserver aux provinciaux un moyen d'action indirect sur des fonctionnaires trop puissants pour ne pas abuser quelquefois de leur pouvoir.

C'est d'ordinaire aux gouverneurs que les assemblées adressaient leurs remerciements^^'. Mais elles étaient libres de traiter de même quiconque détenait une parcelle de l'autorité publique. On a découvert à Rome un monument érigé par le xoivév d'Asie à un ancien questeur de la province '*l Un proquesteur d'Achaïe fut l'objet d'un décret analogue de la part du xoiv6v qui comprenait les Béotiens, les Eubéens, les Locriens, les Pbocidiens, les

(') Tacite, Ann., XV, xxi : «Olim quidem non modo prastor aut consul, sed privali etiam miltebantur qui provincias visèrent et quid de cujusque obsequio viderelur referrent, trepidabantque gentes de œstimatione singulorum. At uunc colimus externos et adularaur, et quoraodo ad nutum alicujus grates, ita promptius accusatio decernitur. . . In modum candidatorum suffragia conquirimus. »

(') Ibid., XXII.

(^^ Bernard, Le temple d'Auguste, p. 98 : «L. Ji]m(iIio). . . (Q)uirina Fron(toni ou tino) (ieg. A)ug. pr. pr. prov(inciœ Lug)du. cos. très (provinciœ) Galliœ. n D'après un premier fragment de cette inscription, Renier avait cru qu'il s'agissait là de L. Septimius Severus, le futur empereur, qui fut aussi légat de la Lyonnaise (Spou- Renier, p. 978-283). C. I. L., III, lAia : « . . . Evenit quod a primo advenlu suo P. F(uriu8) S(aturninus) Ieg. Augustor. donec provincia décéder, ita singulos universosq. benignitate sua tractarit, oneribus etiam releva vorit n(omini) felicissimo et prœcipuis virtutib, ejus obstricta simul et devota provincia lieri curabat.n C. 1. L., III, 1 7/11 : «P, Corne(lio) Dolabell(a;) . . . (I)eg. pr. pr. divi A(ugusti) etTi. Ca;saris Angu8(i civitates superioris provincia; Hillyrici. » X, i43o : ff(M. Nonio M. f.) Balbo procos. (commune) Cretensium patrono.» Cf. i43i, iltS',^. Ibid., 3853 : «T. Ciodio M. f. Fal. Eprio Marcello provincia Cypros.n C. I. G., 3902 b.

'^' C. L L., VI, 3835 : «P. Numicio Picœ Gœsiano prœf. equitum vïviro q. pro pr. provinciœ Asiœ Ir. pi. provincia Asia. »

Doriens, c'est-à-dire toute la Grèce centrale ''l Les Gaules exprimèrent pareillement leur satisfaction à un chevalier qui, «se conformant aux ordres des empereurs, les deux Augustes, avait exercé avec une très grande intégrité et un très grand désintéressement les fonctions de procurateur chargé de faire le recensement^^'. »

Cette pratique impliquait naturellement le droit pour les assemblées de rechercher jusqu'à quel point les agents de l'empereur méritaient d'être loués. Pendant toute l'année, les populations avaient l'œil ouvert sur eux , et ceux-ci devaient se préoccuper sans cesse de l'opinion que le concilium se ferait de leurs actes. Ils étaient donc, dans une certaine mesure, soumis au contrôle de leurs subordonnés; et, quand même il serait établi que cette surveillance, parfois efficace sous un bon prince, était le plus souvent illusoire, il n'en subsisterait pas moins que les provinciaux trouvaient là une raison de se figurer qu'ils n'étaient pas complètement désarmés contre un mauvais administrateur.

(') C. 1. A., III, 568. Cf. Mommsen, Eph. epigr., I, i5i.

'-) Wilmanns, 1269. Renier, Mélanges d'épigraphie, p. 52-53: «Tib. Aniistio Faiisli fil. Quirina Mai ciaiio . . . secundum mandata Inipp. dominer, nn. Augg. intogerrim. abstinentissimoque procur. très provinc. Galliœ primo unquam eq. r. a censibus accipiendis ad aram Caesarum statuam equestrcm ponendam censuerimt. » Cf. VVihnanns, 160g. Une inscription très mutilée de Lyon (Spon, p. 3o) paraît être, à Renier, tfun fragment de l'épilaplie d'un fonctionnaire que l'assemblée des trois provinces avait honoré d'un témoignage public de satisfaction ou de reconnaissance, n Voir une autre inscription, de Gighthis en Afrique, dans le Bulletin archéoL du Comité des travaux historiques, i8b6, p. Ii6.

Page 1