‹ Les assemblées provinciales dans l'empire romainChapitre 47 sur 73 · DECRETS HONORIFIQUES · texte numérisé non relu

DECRETS HONORIFIQUES

guère rëvélée que par leurs décrels en l'honneur du chef de l'Etat; on dirait qu'ils n'ont de voix que pour remercier et bénir. Les assemblées, d'ailleurs, ne se bornaient pas à décerner des hommages purement humains; leur respect affectait volontiers la forme de l'adoration, et elles s'inclinaient devant la divinité du prince comme devant sa puissance '^l Dans tout cela il y avait sans doute quelque servilité ; mais il y avait encore plus de sincérité et d'adresse. L'empereur était le maître; de lui émanait tout bien et tout mal; c'en était assez pour inspirer cette vénération mêlée de crainte qui était au fond de tous ces décrets, et l'on était d'autant plus enclin à les lui prodiguer, qu'on avait, du moins dans les provinces, plus à se louer qu'à se plaindre de lui. Quelques-uns, parmi tant de Césars, en étaient pleinement dignes; d'autres les méritaient fort peu; mais il est des circonstances oii l'éloge est le seul moyen de formuler un vœu ou de déguiser un reproche.

Auguste défendit aux provinciaux de conférer aucun honneur aux fonctionnaires impériaux pendant la durée de leur charge ni dans les soixante jours suivants ^^L Cette règle fut constamment observée après lui. Elle n'eut pas pour résultat de garantir d'une manière absolue l'impartialité des diètes régionales; elle laissa, au contraire, subsister deux graves abus. Premièrement, chaque gouverneur nouveau exigeait que les députés rendissent un témoignage aussi favorable que possible à l'administration de son prédécesseur ^•''l D'autre part, il dépendait souvent des principaux personnages du pays qu'un magistrat romain reçût ou non des actions de grâces, et il suffisait d'être en bons termes avec eux pour avoir droit aux éloges de tous^^l II ne faut donc pas envisager toujours au pied de la lettre les marques d'estime ou

") CL L.,m, 1/.5Z1; C. LA., III, 10.

<"^) Dion,LVI, XXV (11 après J.-C); Renier, Me'/ang'es d'épigraphie , p. loG.

<^) Cela 86 faisait déjà sons la République; cf. Cicéron, AdfamiL, III , x et xi.

'*' Tacite, Ann., XV, xx. Le Cretois Claudius Timarclius, un de ceux que l'historien appelle tf pnevalidi provincialium et opihus minus ad injurias niinoruin elalin, disait un jour trin sua potestate situm, an proconsulibus qui Crelani oldinuissout grates agercnlur.» Plus Ioin,Tacile parle de «luus falsa et precibus expressa» {ibid.,

de malveillance dont les provinciaux accompagnaient le d(^part des légats ou des proconsuls. Néanmoins, si l'on compense l'un par l'autre le double inconvénient que nous signalons, on peut dire qu'en somme les louanges des assemblées répondaient au sentiment réel des populations.

Celles-ci prenaient fort au sérieux le droit qu'elles avaient de se prononcer sur la conduite des agents du prince. Au moment de nommer leurs délégués au concilmm, les décurions des cités déterminaient le jugement qu'il convenait de porter sur l'ancien gouverneur, et leur décision avait toute la valeur d'un mandat impératif ^^*. Une deuxième discussion s'engageait ensuite au sein de la diète provinciale, et l'on adoptait finalement une de ces trois solutions: l'éloge exprimé sous diverses formes, le silence équivalant au blâme, la plainte allant parfois jusqu'à la mise en accusation. Le décret, quel qu'il fût, arrivait à la connaissance de l'empereur, souvent par voie d'une députation spéciale, et il en était généralement tenu compte. «C'est une excellente chose, disait Pline dans son Panégyrique, que les gouverneurs aient la certitude d'être récompensés de leur intégrité et de leur zèle. Le meilleur des titres pour s'élever à une magistrature plus haute est d'avoir bien rempli la fonction précédente. Les décrets des villes et des provinces recommandent un candidat mieux que tout le reste, et il n'est rien de tel que de le remercier pour lui procurer un avancement -l 55 Quelques Romains de vieille roche trouvaient même qu'on avait, à cet égard, trop de complaisance pour des vaincus. «Jadis, s'écriait Thraséa en plein sénat, les nations sujettes tremblaient à la seule vue des préteurs, des proconsuls, ou des simples particuliers que l'on envoyait chez elles pour nous renseigner sur leur docihté. Aujourd'hui, c'est nous qui distribuons nos hommages et nos adulations aux

XXI ). Rapprocher ce passage de l'inscriplioii de Thorigny : ctlnstinctii quorum(dam) qui ab co propter mérita sua ia'(si) videbnntur. n

(') «Quod patria ejus, cuni inler ceteros iegatum eum ci'casset, nihii de accusalione mandassent, immo contra laudassent» (inscription de Thorigny).

(-' Pline, Panégijrique , lxx. Lainpride, Alexandre Sévère, xu : ctPrœsidcs provinciaruni, (|uos vere, non faclionibus laudari comperit. . . muneribus adjuvil.»

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