CHAPITRE VllI
DU RÔLE DES ASSEMBLÉES PROVINCIALES DANS LES GUERRES CIVILES DE L'EMPIRE.
L'empire romain fut plus troublé qu'on ne croit d'ordinaire. 11 n'est peut-être pas de prince, pendant les trois premiers siècles, qui n'ait eu à réprimer plusieurs séditions. Quelquesunes, il est vrai, furent peu sérieuses; mais il y en eut aussi qui faillirent tout mettre en péril. Ces insurrections n'eurent pas toutes un caractère purement militaire: la population civile y prit part plus d'une fois, soit que le signal partît d'elle, soit qu'elle se joignît à des soldats déjà révoltés. Nous n'avons pas à rechercher ici dans quelle mesure elle s'y associa, ni quels furent les sentiments qu'elle y apporta, il nous suffira d'examiner si, pour les exprimer, les assemblées provinciales lui servirent d'organe. Le malheur est que, sur ce point, les documents sont, en général, peu exphcites. Très souvent les historiens nous parlent des dispositions des provinces; mais il est visible que, dans la plupart des cas, il faut entendre par là les légions, les cités, ou même les gouverneurs. Il convient donc de n'user de tous ces textes qu'avec une extrême précaution; on risquerait de tomber dans de graves erreurs, si l'on se fiait aux apparences.
Nous écarterons tout d'abord un certain nombre d'agitations où l'armée joua seule un rôle. Tels furent le soulèvement des légions de Pannonie et de Germanie sous Tibère ^^\ celui de Scribonianus, gouverneur de Dalmatie, contre Claude ^'^', enfin celui de L. Antonius Saturninus, légat de la Germanie Supé-
'•> Tacite, Annales, I, xvi-xlv.
'^' Dion, LX, xv; Suélone, Clatule, xiii ot xxxv.
rieure, pendant le règne de Domitien^'l 11 est possible que les habitants de ces divers pays ne soient pas demeurés complètement indifférents, au milieu de ces rébellions; mais ils ne furent appelés ni à les aider, ni à les combattre. Nous laisserons également de côté quelques troubles sans importance que les auteurs mentionnent à plusieurs reprises dans le cours du premier siècle ^^l Nous négligerons même la guerre des Juifs, en raison de la condition toute spéciale de ce peuple et des motifs qui l'excitèrent contre Rome. Il ne nous restera donc à étudier, sous les Césars et les Flaviens, que la révolte de Florus et de Sacrovir, les formidables insurrections qui arrachèrent l'Empire à Néron pour le donner successivement à Galba, Othon, Vitellius, Vespasien, et, en dernier lieu, le mouvement dirigé par Classicus, Tulor et Sabinus.
Avec Florus et Sacrovir, le complot prit naissance chez les Trévires et chez les Eduens^^^; mais il s'étendit à la Gaule presque entière. «Il n'y eut peut-être pas de ville, dit Tacite, à l'abri de la contagion^*', v et de fait nous voyons qu'elle gagna au nord une bonne partie de la Belgique, et à l'ouest les cités de Tours et d'Angers ^^^ Mais nulle part il n'est question du concilium des Gaules, ni d'une assemblée analogue. A défaut de Lyon, qu'ils n'attaquèrent même pas, les rebelles firent d'Autun le centre de leur résistance'^'; ils ne songèrent pas à y convoquer les notables des trois provinces; ils se contentèrent de garder comme otages les jeunes nobles qu'ils avaient trouvés dans les écoles déjà
fi) Dion, LXVIt, xi; Suélone, Domilien, vi-vii; Renier, Comptes rendus de l'Acad. des insa-ipt., 1872, p. h^S-hs']; Jung, Die rom. Landschaften , p. ahh.
'^) Tacite, Ann., III, xxxviii-xxxix ; IV, xlvi-li; VI, v; llisL, II, lxi; Suétone, Galba, vu.
(') Tacite, yl»ma/e«, m , xl : cfEodem anno, Galliarum civitales. . . rebcliionem cœplaverc, ciijus exstimulator acerrimus inler Treveros Julius Florus, apud yEduos Julius Sacrovir.»
<*) Tacite, ihid., xli : tfHarid ferme ulla civitas inlacla seminibus ojus motus fuit.»
('■' Ibid., XL : nCompoDunt Florus Belgas, Sacrovir propiores Gallos concire.» xu : «Eriipere primi Andecavi acTuroni.»
W Ibid., xLiii-xLvi.
célèbres de cette ville (^'. Le conseil fédéral, en somme, ne fut invité à se déclarer ni pour eux ni contre eux, et le gouverneur de la Lyonnaise sentit aussi peu que Sacrovir la nécessité de l'appeler auprès de lui.
Quand Vindex se fut résolu à délivrer le monde de Néron, il dut s'efforcer de gagner les Gaulois à sa cause, d'autant plus qu'il n'avait aucune légion sous ses ordres ^^l Son illustre origine ^^', son titre de légat impérial de la province lyonnaise^*', facilitèrent sa tâche, et il n'eut pas de peine à recueillir de nombreuses adhésions dans l'aristocratie indigène, d'où il était luimême sorti '^'. Pour entraîner ses compatriotes, il eut recours aux moyens les plus variés ^'''; il n'omit qu'une chose, ce fut de réunir le concilium Galliarum. Nous savons, en effet, avec certitude que, pendant toute la durée de la crise, cette assemblée ne siégea pas une seule fois. D'abord la ville de Lyon conserva une fidélité immuable à Néron, si bien qu'elle ne craignit pas de fermer ses portes à Vindex ^^^. En outre, l'insurrection commença au mois de mars 68 pour se terminer en mai'*^; or la diète s'ouvrait habituellement le i"" août, et rien n'atteste qu'il y ait eu cette année-là une session extraordinaire. Les Gaulois pourtant s.e montrèrent fort empnîssés à soutenir l'homme qui n'aspirait qu'à l'honneur d'affranchir l'univers '^^; mais c'est seulement
'') Tacile, Annal, III, xliii : reAiigusloduniim. . . Sacrovir occupaverat, et nobilissimam Galliarum sobolem liberaiibus studiis ibi operalain, ut eo pigriore parentes propinquosqiie oonim adjungeret.n
'-) Tacite, Hisf., I, xvi : «Vindex cum inermi provincia.n Cf. Desjardins, Géogr. de la Gaule romaine, III, p. /io3.
'■*' Dion, LXIII, XXII : FaXarns àvi)p Vaios loûXios BivSi^, e« (ièv tspoyovoiv Anvravoi , tov ^airthKov yévoxjs.
W Suétone, Néron, xl.
'*' Josèphe, De hello Judaico, IV, vui, i : Ovtvêi^ df/xa io7s Swaroîs tùv èitt- ^apluv <x<peaTi}s ^épuvos.
(") Suétone, Néron, xli; Dion, LXIII, xxii ; Philostrate, Vie d'Apollonius, V, x; Zonaras, XI, xiii.
(') Tacite, llist., I, li : vlnfensa Lugdunensis coionia et pertinaci pro Ncrone fid c.» Cf. Lxv.
^"i Mommsen, Der lelzle Kamp/derrom. Repuhlik{ Hermès, 1878, p. 98 et 99),
'"' Ibid., p. 9I3, note 3.
en s'enrôlent sous ses drapeaux qu'ils purent lui témoigner leurs sympathies '^>.
L'exemple de Vindex fut imité par ses collègues d'Aquitaine et de Belgique, par Galba en ïarraconaise, Othon en Bétique, Clodius Macer en Afrique ^^l Dans les trois dernières provinces, on n'eut pas plus qu'en Gaule l'idée de mettre à profit l'autorité de l'assemblée régionale. Si l'on en croit Suétone, Galba s'entoura d'un sénat composé d'hommes recommandables par leur sagesse ou ])ar leur àge'^', et il eut soin de le consulter sur toutes choses. Il Y a loin assurément d'une commission de ce genre à une diète élue par les populations. Celte mesure, d'ailleurs, ne fut prise que par Galba, et elle s'explique par la situation particulière que firent dès le principe à ce personnage ses prétentions à l'Empire. A vrai dire, ce n'était là qu'un conseil d'Etat; non une représentation nationale, et il est probable qu'à côté de quelques Espagnols on y introduisit plusieurs fonctionnaires.
Tacite, en divers endroits de ses Histoires, énumère les ressources des compétiteurs qui se disputaient le pouvoir ^^l Ce qui le préoccupe surtout, c'est l'état de leurs forces militaires. 11 note aussi les sentiments des provinces désarmées, mais sans jamais faire allusion à une assemblée fédérale. 11 ne faut pas en effet attribuer à certaines de ses expressions plus de valeur qu'elles n'en ont. Lorsqu'il raconte que la Narbonnaise prêta serment à Vitellius^^', on est tenté de penser que ce fut le concilium qui s'engagea pour elle. On aurait tort toutefois de l'affirmer; car il nous rapporte un peu plus haut que l'Aquitaine prêta le même serment à Othon ^^\ et l'Aquitaine n'avait pas
'"' Tacite, Hist., I, lxxxix : «Provinciaii bello qiiod inler legioncs GaUiasque .veliit externiim [ou exlremum) fuit.fl Plularcjue, Galba, iv et vi.
'^' Snélone, Galba, \\\ Othon, iv; Plutarque, Ga/6a, vi; Lcnormant, La monnaie dans l'antiquité. II, p. SSg.
'^' Suélone, Galba, x : «E primoribus prudenlia atqiie aetale praeslanlibus veliit instar senaliis, ad quos de majore re qiiotiens opus esset referrelur, inslitiiit.n
W Tacite, Hist., I, viii-xi, lxxvi; II, xxxii, lxxix-lxxxvi.
'^' Itisl., II, XIV : cfProvinciae Narboiiensi in verba Viteilii adactae.»
'"' Hist., I, Lxxvi ; ^^Aquitania. . . ab Julio Cordo in verba Olhonis obsiricla.'»
d'assemblée. Le procurateur de la Corse voulait que l'ile se prononçât pour Vitellius; il réunit les notables du pays, leur communiqua ses intentions, et, comme il rencontrait parmi eux de la résistance, il en tua deux pour contraindre les autres par la terreur. Il n'y eut là rien de comparable à un concilium provincial, puisque le chef de l'escadre mouillée dans les eaux corses assistait à la délibération ^'^ Il vint un moment où la Narbonnaise, menacée par la flotte d'Othon, eut besoin des secours de Vitellius; ce ne fut pas la diète qui les sollicita au nom de tous, ce furent les députés des colonies'^'. Un renseignement fourni par Tacite nous montre comment se faisait l'adbésion d'une province à tel ou tel parti. «L'Afrique, dit-il, se rangea du côté d'Othon, sur l'initiative de Carthage. Sans attendre que le proconsul Vipstanus Apronianus se fût déclaré, Crescens, affranchi de Néron, donna à la populace un banquet pour fêter le régime nouveau; le peuple de la ville se hâta d'acclamer Othon, et les autres cités suivirent'^'.» Les progrès de Vespasien en Syrie et dans tout l'Orient s'accomplirent de la même manière. Les villes adhéraient, non en bloc, par l'organe de l'assemblée commune, mais individuellement, et chacune pour son compte*^'. Civilis paraît avoir eu l'idée bien arrêtée de se créer une principauté indépendante dans la vallée du Rhin'^l Doué d'une vive intelligence et de certains talents militaires. Barbare aux yeux des Germains, Romain et même fonctionnaire impérial aux yeux des Gaulois (''^ ce personnage à double face avait tout ce qu'il fallait pour réussir au milieu des troubles qui agitaient les esprits et énervaient partout l'autorité. Il n'eut pas de peine à obtenir
"' Tacite, Uist.,ll, xvi.
(^' Uish, II, XIV : «Aderant legati coloniarum auxilium orantos. n
'^) Hist., I, LXXVl.
'*^ Cela paraît ressortir de Tacite, Hist., II, lxxxi, surtout de celte phrase : « Ante idus Julias Suria omnis in eodem sacramento fuit.»
f^' Tacite, Hist., IV, xviii : tfla Gaiiias Germaniasque intonlus, si destinala provenissent, validissimarum ililissimarumque nationum rogno imniinebat. »
'"> Ibid., XVI : cr Cohorte, cui prœerat.îi xxxii : «En ego prœfectus unius cohorlis... Pericula quae per quinque et viginti annos in castris romanis exhausissel. »
l'appui des Germains; il suffisait pour cela de leur montrer le riche butin qui les attendait en deçà du fleuve ^^l Quant à la Gaule, elle refusa d'abord de prêter l'oreille à ses exhortations, et elle commença par défendre la domination de Rome'^'. Mais, à mesure que Civilis se fortifiait, elle sentait sa fidélité chanceler, et finalement, après la mort de Vitellius, une insurrection éclata, sous la conduite de Glassicus, Tutor et Sabinus^^'. Un accord fut conclu entre ces chefs indigènes et le Batave; néanmoins, des deux parts on poursuivait un but distinct. Givilis continua d'agir dans l'intérêt de sa propre ambition '^^ et les trois autres travaillèrent à constituer un empire des Gaules, que Sabinus espérait gouverner un jour^^l Deux cités seulement, celles d'où ils étaient originaires, se joignirent à eux'*"'; mais il est manifeste que plusieurs penchaient de leur côté. Malheureusement les rebelles éprouvèrent dès le début un grave échec. Sabinus se jeta sur les Séquanes et fut vaincu ^^'. Il se fit aussitôt un brusque revirement dans les dispositions des Gaulois, et la nouvelle qu'une puissante armée approchait les ramena tout à fait dans le devoir '*^l C'est le moment que choisirent les Rèmes pour provoquer la réunion d'une sorte d'assemblée nationale. L'autorité impériale approuva sans doute le projet, car les Rèmes
'■' Tacite, Hisl., IV, xxi : «Excita nuntiis Germania ad prœdam famamque.n Lxuii : «Eadem semper causa Germanis Iranscendendi in Gallias, lil)ido atque avaritia, et mutandœ sedis ainor.»
'-) lùid., XVII : «Galliarum socielatem Civilis arte donisque adfeclabat.n xxv : «Adfluenlibus auxiliis Galiorum , qui primo rem romanam enixe juvabant.»
'') Ibid., xxv : «Mox, valescenlibus Germanis, plerœque civilales adversum nos arma cepere.n liv : rrAudita intérim per Galiias Germaniasque mors Vitellii duplicaverat bellum. . . Galli snstulerant animos.»
''') Ibid., Lxi.
(^' Ibid., Lv, Lviii, Lix : «Juravere qui adcrant pro imperio Gailiarura.» lx : .ffNeque ante preces admissae qiiam in verba Galliarum jurarent.D lxvii : trjuiius Sabinus projectis fœderis romani moniiinentis Gœsarem se salutari jubet.»
t") Ibid., LV : Piurima vis pênes Treveros ac Lingonas.n Même à ia fin de la guerre. Tacite nous montre cent treize Trevei'orutn senatores auprès de Tutor et de Glassicus (//wf., V, XIX ).
(') Tacite, Uist.,iy, I.XVII.
W Ibid., lAviii : ffVenientis exercilus fama et suople ingenio ad mitiora inclinanlcs Galliarum civitates.»
étaient dévoués à Rome. Nous ne savons pas si les soixante cités gauloises envoyèrent toutes des députés. Peut-être n'y eut-il guère que ceux de la Gaule septentrionale, bien que Tacite affirme que le décret de convocation fut lancé dans les trois provinces '^l L'assemblée délibéra librement. Dans un discours véhément, le TrévireJulius Valentinus prêcha la révolte; le Rème Julius Auspex conseilla la soumission, et l'on adopta son avis par résignation. L'idée d'un soulèvement était en elle-même assez séduisante; mais les difficultés de l'entreprise sautaient aux yeux. Quel serait le chef de la guerre, et, plus tard, quelle serait la capitale du pays? Cette seule question ravivait toutes les anciennes rivalités, et l'on se disputait la prééminence avant même d'avoir conquis l'indépendance. En somme, la crainte de l'avenir fit préférer le présent, et l'on décida d'adresser «au nom des Gaules» une lettre aux Trévires pour les engager à déposer les armes ^'^*. La lettre fut écrite, mais elle ne produisit aucun effet '^l Les Trévires et les Lingons luttèrent encore pendant quelques semaines, et la force des légions put seule avoir raison de leur résistance.
On a dit h propos de tous ces faits qu'un jour peut-être «les conciles provinciaux ont sauvé la domination romaine», et que ce fut lorsque les délégués des cités gauloises ordonnèrent aux Trévires de rentrer dans l'obéissance^*'. Nous avons vu combien cette démarche fut peu efficace. On ne saurait même pas leur attribuer le mérite d'avoir localisé la rébellion dans les deux cités de Langres et de Trêves; car ces cités étaient les seules qui eussent pris les armes; et ce n'est pas au moment oii six légions accouraient vers la Gaule (^' que les autres pouvaient se risquer
(') Tacite, Hist., IV, lxvu : «Remis, qui per Gallias edixere ut, missis legalis, in commune consuitarent.»
(') Ibid., Lxviii-Lxix. Cf. Fuslei de Coulanges, Hist. des instit. polit, de la France , I, 67-/18 (2'édit.).
W Tacite, Hist., IV, lxix-lxx.
W Duruy, Histoire des Romains, IV, li6. Cf. la réserve formulée au même endroit, note 2.
(^) Les noms de ces six légions sont donnés par Tacite (IV, Lxvni).
dans une aventure aussi périlleuse. On remarquera d'ailleurs qu'entre l'assemblée de Reims et celle de Lyon il y avait de grandes différences. La première rappelait ces conseils extraordinaires que tenaient parfois les Gaulois dans les rares circonstances où le salut commun dépendait de l'union de tous'^', et elle présentait fort peu d'analogies avec les diètes du confluent de la Saône et du Rhône. Une inscription lyonnaise porte ces mots: «A Epona et à Mars Segomon, du produit des offrandes d'une année. Q. Adginnius Martinus, fds d'Urbicus, Séquanais, prêtre de Rome et d'Auguste , a fait la dédicace sous le consulat de M. Neratius Pansa (c'est-à-dire en 70 apr. J.-C). A la demande de la cité des Séquanais, les trois provinces de la Gaule ont décerné ces honneurs à leurs sauveurs ^^^.55 Renier pense que ce monument a été élevé en souvenir de la victoire des Séquanes sur Sabinus. Si cette conjecture est fondée, elle nous permet d'apprécier la nature du rôle que jouaient en pareil cas les assemblées provinciales : elles se bornaient à remercier les dieux et les hommes des événements dont elles avaient été témoins.
Le second siècle fut assez paisible ^^l II ne fut guère troublé
(') César, De bello Gallico, I, xxx : les députés des peuples gaulois demandent à César «uli sibi concilium lotius Gallia; in diem certam indicere. . . liceret.» VII, Lxni : ttXotius Galliœ concilium Bibracie indicitur. Eodem conveniunt undique fréquentes. . . Ab hoc concilie Rémi, Lingones, Treveri afuerunt.?i VII, lxxv : rGaili concilio principum indicto non omnes eos qui arma ferre possent, ut censuit Vercingetorix, convocandos staiuunt, sed certum numerum cuique civitati imperandum.»
f*' Spon-Renier, p. i5A :
Eponœ et Mo)RTI-SEGOMONI-SACRVM
ex stipe) ANNVA
Q. Adginnius f/r)BICI • FIL • MARTINVS Sequanus «ac) ERDOS- ROM AE-ET- A VGdedicavit M. Ner) AT lO -PANSA- COSpostulante ct')VITATE - SEQVANORVM très provincia)E- GALLIAE-HONORES conservatoribus)SVlS-DECKEVEKVNT.
(•■') Voir pourtant Capitolin, Antonin,v et xii; Marc Aurèle, xxii; Pescennius Niger, lu; Lampride, Commode, xiii; Capitolin, Pertinax , m; Dion, LXXII, viii; Zonaras, XII, iv.
que par une révolte sérieuse, celle d'Avidius Cassius sous Marc Aurèle'^', et aucun indice ne nous autorise à croire que les xoivd d'Orient se soient engagés à un titre quelconque dans la querelle. 11 faut descendre jusqu'au règne de Septime Sévère pour retrouver l'image des dissensions qui avaient accompagné la mort de Néron. Sévère était gouverneur de la Pannonie Supérieure, quand il fut proclamé empereur en avril i ()3. Sa rébellion fut au début toute militaire, et elle resta telle jusqu'au bout. Ce furent les soldats qui lui donnèrent l'Empire, et c'est par les soldats qu'il le conquit ^^^. Il se préoccupa fort peu du sentiment des populations, et il travailla médiocrement à leur plaire ^^l II se hâta d'envoyer ses messagers dans les contrées voisines; mais le mot eOvtj qu'emploie à ce propos Hérodien ne doit pas nous faire illusion; les lettres que Sévère expédia ainsi étaient adressées aux gouverneurs, et sollicitaient avant tout l'appui des légions '*l
Pescennius Niger, légat de Syrie, se déclara empereur en même temps que lui^^l Les actes de ce dernier trahissent un désir sincère de gagner le cœur des provinciaux ^°', et il y réussit d'autant mieux que son entreprise flattait les vagues tendances séparatistes des Grecs d'Orient. Il provoqua de vives sympathies
(') Dion, LXXI, xxii-xxvui; Zonaras, XII, m; Capilolin, Marc Aurèle ,\\\-\\.sit, Vulcatius Gallicanus, ^vîrfîMs Cassius, vii-ix.
'^' Spartien, Didius Julianus, \: a Pescennius Niger in Syria, Septimius Sevorns in Ulyrico cum exercitibus quibus prœsidebant a Juliano descivere.» Sévère est destitué par l'empereur aquasi posset ei succedi qui miiitem jam sibi tenebat.» Spartien, Sévère, v: trA legionibus. . . imperator est appellatus.n Hérodien, II, ix-xiii; de Ceuleneer, Essai sur le règne de Septime Sévère, p. 34-/i5.
(^) La seule concession qu'il leur fit, ce fut de se déclarer le vengeur de Pertinax, qui avait jadis administré ces contrées de manière à y laisser un bon souvenir (Hérodien, II, ix, 8-9).
W e9j;os désigne généralement l'ensemble des populations d'une contrée (Hérodien, H, x, 7; VII, III, /i), et parfois un xo«rd:)(Foucart,/wscrîpt. de Lacome, p. ]i3). Mais ici le langage d'Hérodien ne prête à aucune équivoque : 0 (Sévère) S' ùs êyva Tttv TÙv Hatovcov yvé^i-Dv , Stéi:e(i.ite xal es ta yenviuvra êôvr} xai <apos tsdvTas TOUS âpyovccts tmv vtc' âpxrw Pcofictlois SovXevovTuv èdvûv (II, ix, la). QepaTisvaas oZv Sià -ypoLfiftciTCûv 'usivtas tous xazà to iXXvpixàv. . . (peut-être aTpaTtanas) â'fia «a» âpyovtas (II, x, i).
'°' Spartien, Sévère, v; Pescennius Niger, ii.
("' Hérodien, II, vu.
en Syrie, en Asie Mineure, en Egypte; il réunit sans peine une armée considérable; il eut tout l'argent qu'il voulut; beaucoup de villes se mirent officiellement de son parti, et gravèrent son effigie sur leurs monnaies '^^. Seuls, les Koivd demeurèrent muets ^^'. Aucun d'eux ne s'assembla, aucun d'eux n'éleva la voix, même dans les contrées où l'autorité de Niger était le plus solidement assise. Cela s'explique sans doute par les rivalités tantôt sourdes, tantôt ouvertes, qui divisaient toujours les cités. Un grand nombre d'entre elles étaient indifférentes au débat qui s'agitait, et elles ne s'y intéressaient que dans la mesure où il leur permettait de satisfaire leurs rancunes locales. L'essentiel pour Nicomédie, pour Laodicée, pour Tyr, n'était pas que Sévère triomphât, mais que le prétendant soutenu par Nicée, Antioche ou Béryte échouât '^l On conçoit dès lors l'imprudence qu'il y aurait eu à rapprocher de pareilles animosités en convoquant ces villes au xoiv6v provincial. C'eût été préparer une sorte de champ clos pour leurs querelles, et aigrir par le contact leur irritation réciproque. Sous prétexte de favoriser l'union des populations, on eût engendré la discorde, et chacun des deux adversaires aurait connu par là ce qu'il importait le plus de cacher, à savoir l'étendue réelle des forces qui seraient opposées aux siennes.
Niger vaincu et tué, un nouveau compétiteur surgit à l'autre extrémité de l'Empire. Sévère avait réduit à l'inaction le légat de Bretagne, Clodius Albinus, en lui accordant quelques titres honorifiques, et en lui prodiguant les promesses ^'*^. Une fois maître de l'Orient, il voulut l'être de tout l'Occident, et il marcha contre son allié de la veille ^^l Albinus avait pour lui la majorité
W Dion, LXXIV, viii; Hérodien, II. \iv,7; III, i,i-3; III, ii, a; iv, i;vi,9. Spartien, Sévère, ix; Eckhel, VII, 167; de Ceuleneer, p. 197.
'"^) Hérodien dit bien : Upeaëetal ts ait' èxeivuv tûv èOvûv (les populations asiatiques) es titv kvTiôysiaiv ùs •crpos ^aaiXéa ô(ioXoyovfievov èaléXXovTO (il, VIII, 7). Mais ces députations furent envoyées par les cités.
P) Hérodien, III, 11; III, m, 3; de Ceuleneer, p. 81-89.
''' De Ceuleneer, p. 57-60.
(^) Ibid., p. 91-99.
du sénat de Rome et plusieurs gouverneurs de province^^l L'Espagne tout entière, et la Gaule'-', sauf la Narbonnaise '^', embrassèrent sa cause; il eut même en son pouvoir la ville de Lyon'*^'; mais il se garda bien d'y réunir la diète fédérale. Il y a apparence qu'il la remplaça par un sénat analogue à celui qu'avait jadis formé Galba; nous ignorons d'ailleurs de quelle façon il le constitua ^^K
S'il est une circonstance où l'on s'attendrait à voir parler et agir une assemblée provinciale, c'est celle qui porta Gordien I" au pouvoir suprême. Ici le principal rôle appartint de toute évidence à la population civile. Gordien n'était pas ambitieux; son âge avancé aurait suffi à lui seul pour l'en détourner'*^'; et, quand même il eût aspiré à la couronne, il n'avait pas les
f) Capitolin, Atbinus, \n : «A senalii amatus est quantum nemo principum.» Hérodicn, III, v, 9.
('-) Hérodien, III, vir , 2. Après la mort d'Albinus, Sévère fit partout rechercher et punir ceux qui avaient élé partisans de son rivai. Or Spartien nous dit [Sévère, XII ) : ffHispanorum et Gallorum proceres multi occisi sunt... Magnam parlera auri per GalHas, per Uispanias. . . fecit.» WiJmaiins, 1201 : «(Tib. Ci. Candido COS.) xvvir. s. f. leg. Augg. pr. pr. provinc. H. C. et in ea duci terra marique adversus rebelles H(ispaniœ) l)(ostes) p(opuli) r(omani).n Wilmanns ajoute : «Rebelles Hispaniff! reliqma; sine dubio sunt faclionis Clodii Albini.»
f^) De Ceuleneer, p. 106, note h, et p. 177.
''' Une monnaie d'argent frappée à Lyon porte d'un côté : IMP-CAE-D* CLO-SEP-ALB-AVG-; de l'autre : GEN-LVG- COS-II (Cohen, Monnaies intpm:, p. 294, n° 22). On a prétendu qu'en 19^ les trois Gaules célébrèrent un taurobole en l'honneur de Sévère et d'Albinus, alors que ceux-ci étaient encore alliés (de Ceuleneer, p. 98). Le document qu'on invoque à ce sujet ne montre rien de pareil. Wilmanns, 121 : «Pro sainte imp. L. Seplimi Severi Pertinacis et (D. Clodi Seplimi Albi)n(l Cœs.) domusque divinœ et statu C. C. C. Aug. Lug. tauroboliura fecerunl Aufuslia Alexandria et Sergia Parthenope ex voto praîeunte JElïo Castrense sacerdote tibicine FI. Restiluto. . .,» etc.
''•) Le fait a été contesté (de Ceuleneer, p. 95). Voir pourtant Spartien, Sévère, XI, 5, et surtout une monnaie d'argent où on lit : IMP-CAES' CL- SEPT- ALBIN-AVG- et au revers : S- P- Qj.R.P-P-OB -C-S. On a allégué qu'elle fut frappée à Rome par ordre du sénat, à la nouvelle de quelque succès d'Albinus (do Ceuleneer, p. 107, note 5). Eckhel (VII, i64) donne d'assez bonnes raisons pour croire qu'elle fut fabriquée à Lyon; ce qui tendrait à prouver que le sénat qui s'y trouve mentionné était différent du sénat romain. On remarquera que la monnaie dont il s'agit ne porte pas les lettres S"C.
'"' On sait qu'il avait alors quatre vingts ans.
isixcaiE hatiokalz.
moyens de s'en emparer, le proconsul d'Afrique ne disposant d'aucune autorité militaire. 11 était si loin de songera l'Empire, qu'il éprouva un effroi très sincère lorsqu'il dut l'accepter^^'. Tous les documents s'accordent à montrer que l'initiative du mouvement qui l'éleva au trône partit des Africains eux-mêmes. Capitolin met dans la bouche de Maximin une phrase très nette à cet égard, et il est certain que les Afri dont il parle en cet endroit sont des habitants du pays, non des légionnaires '^\ Gordien, à peine proclamé, écrivit au sénat une lettre on se trouvaient ces mots : «Des jeunes gens {^juvencs'j m'ont appelé malgré moi à l'empire^-^l» Dans la séance oii elle fut reçue, un des consuls annonça que les deux Gordiens, le père et le fds, avaient été nommés empereurs ])ar une nombreuse multitude d'Africains, et déclara qu'il fallait par suite rendre grâces à la jeunesse de Thysdrus et au peuple de Carthage *^'.
Les récits des historiens confirment pleinement ces témoignages officiels. La révolution fut l'œuvre des indigènes seuls. Ce sont les gens de Thysdrus qui, las de la tyrannie de Maximin et de ses fonctionnaires, s'insurgèrent les premiers, sans autre secours que l'appui des paysans de la contrée. Ils tuèrent d'abord un procurateur qui les accablait d'exactions; puis, effrayés de leur propre audace, ils firent un nouvel empereur, pour échapper à la colère du prince régnant *^'. Les révoltés étaient tous
(') Capitolin, Maximini , \i\ ; Gordiani, viii; Hérodien, VII, v. f^) Capitolin, Maximini, xvin : «Afri fidem fre{][erunt. . . Eamus contra senatum et Afros, quorum omnia bona vos liabobitis.» Zosime, 1, xiv : 0« tvv Xiêvvv oï-
XOVVfSS.
(') Capitolin, M(mr/îmi, xvi : «Invitum me juvcnos... ad imperinm vocarunt.» Héroflien, VII, vi, 3 : t^^itoiinae Srjfiôata ypoifuiotTot zspàs te tov Pcofialajv Sfjftov xal triv avyxXvjjov, Si' wv Trji» te Ajêwwj» èS-^Xov es éavTov (rûfiiivotav.
<') Capitolin, Gordiani, xi : trMagno Afrorum consilio imperatores sunt appcllali. Gratias ijjitur agamus Thysdritanœ juventuti, gratias Carthaginiensi populo.??
'*' Hérodien, VII, iv et v; Capitolin, Maximini, xiv; Gordiani, vu. Eutropo commot une erreur évidente, lorsqu'il prétend que Gordien fut élu (tconsensu militumn (IX, 11). Do même Aurelius Victor, De Cœmrilms, xxvi : crAb exercitu priucops apiid Thysdri oppidum absens fit.» Capitolin {Maximini, xiii. Ci) fait une réflexion que dément son propre récit.
propriétaires'^', et ils avaient pour chef un décurion influent, appelé Mauritius '-l II eût été, semble-t-il, tout naturel que Gordien se ménageât immédiatement le concours du concilium d'Afrique. Il était trop sûr de sa popularité pour avoir à craindre la moindre opposition '^>, et les sympathies unanimes que les députés des villes ne pouvaient manquer de lui apporter n'étaient pas, en somme, à dédaigner. Gordien néanmoins ne jugea pas nécessaire de convoquer le conseil fédéral, et les cités qui embrassaient sa cause le reconnurent toutes isolément. On dirait que les diètes n'étaient pas comprises alors parmi les corps constitués de l'Empire. Le sénat notifia l'avènement de Gordien à toutes les provinces, en leur demandant de travailler au salut et à la liberté de tous. Sa circulaire fut adressée aux proconsuls, aux gouverneurs, aux légats, aux commandants militaires, aux tribuns, aux magistrats, aux cités, aux municipes, aux oppida, aux vici, aux places fortes; on n'oublia que les concilia et les xoiva.^'^\ Il n'est pas moins étrange d'avoir à constater l'insignifiance politique de ces mêmes assemblées durant la période des Trente tyrans. Vers le milieu du m"* siècle, il s'éleva dans tout l'Empire une foule de prétendants qui, pour n'avoir pas été proclamés par le sénat, furent tous considérés comme des usurpateurs. On en compte plus de vingt, et ils apparurent dans une quinzaine de contrées diverses. Si l'on examine de quelle façon chacun d'eux saisit le pouvoir, on remarque que les soldats contribué-
es Les mëcontonls sont veaviaKovs Ttvà? tcav . . . eu yeyovotosv xrd 'sXovaÎMv que l'on veut dépouiller ^txrpelûCDv te xai 'vspoyovixwv ovatôiv. Ils font venir de nuit TOUS èx TMv iypôôv o/xeras (Hérodien , VII , iv, 3-6 ). Capitolin , Gordiani, vu : «Nobilibus et consularihns viris. n
<^) Capitolin, Gordiani, yn, h : «Tum quidam Mauritius nomine, potens apud Afros decurio, jiixla Tliysdrum nobilissima postliac oralione apud plcbem vel urbanam vel rusticanam in agro suo velut concionabundus est locutus.Tî
(•^) Ibid., v : «Amatus est ab AlVis, ita ut nemo antea proconsulem , ita ut eum alii Scipionem, Catonem alii, mulli Mncium ac llutilium aut Lœlium dicerent.n
(*) Capitolin, Maximini , \s : rrLitterarum senatus exemplum hoc fuit: S. P. Q.R. . . proconsulibus, prœsidibus, legatis , ducibus, Iribunis, magistratibus, ac singulis civilatibus et muuicipiis, et oppidis, et vicis, et castollis salulem. . . dicit.» rapprocher Vopiscus , Ffonanus , win.
rcnt largement à leur nomination *'l c^Macrianus, dit Zonaras, aspirait à la tyrannie, et les Asiatiques l'accueillirent volontiers ''^'. » Trebellianus fut salué empereur en Isaurie par les habitants eux-mêmes, qui cherchaient à se donner un chePl II est probable qu'en Egypte ^milianus fut poussé a l'empire par une émeute populaire, et ([ue l'adhésion de l'armée ne vint qu'après ^*l Celsus reçut la couronne des Africains, sur l'initiative du proconsul de la province et du commandant de la marche de Libye ^^l Quelques-uns de ces princes éphémères furent aimés de leurs sujets. L'avènement de Postumus excita en Gaule une joie générale, et l'affection qu'il inspira ne dura pas moins de neuf années ^^\ Ingenuus avait de nombreux partisans en Pannonie; car, lorsque Gallien triompha de lui, il dut, pour les écraser, détruire la [)opulation mâle de la plupart des cités ^^l La ville d'Emèse, où Quietus avait fixé sa capitale, lui garda pendant un certain temps une fidélité inviolable, et se résigna pour lui à toutes les horreurs d'un siège '^^. Regalianus rencon-
(') Trebellius Pollion, Triginta tyraniii, xi : «Coacliis a militibus sumpsit imperium.» IX : «A Mœsiacis lejjionibiis in)perator est diclus.n x : «A principiis iiiipcrator est salulatus.n xii : «Factiis est. . . cunctis militibiis volenlibus, imperator.» xxiii : «Ab exercitibus sumpsit imperium.n xxxiii : «Ab is ipsis (mililibus) a quibiis faclus fiicrat intercmplus ost.n Aurelius Victor, De Cœsnribus, xxxiii, 17 : ffAurcobis,quiira per Rbœtias logionibiis pra>esset . . . sumpto impcrio. j5 Zonaras, XII, XXIV : Twv Se iv Trj Mucr/a alpariajùv axoLaïaaiviwv xat lyjsvovov âvToxpdropa dvemàvTûûv.
'"^' Zonaras, XII, xxiv : 01 èv Tri Aalq. dafiévcûs atÎToi» 'jspoaeSé^avTo.
'^' Trebellius Pollion, Triginta ttjranni, xxvi : «Trebellianum factum in Isauria principem. . . ipsis Isauris sibi clucem quarentibus.»
W Nous entendons do la sorte le récit peu vraisemblable de Trebellius Pollion, xxit. Celui-ci raconte qu'une émeute éclata à Alexandrie , que la foule marcha vers le palais d'iEmilianus, et que ce dernier «sumpsit imperium, cum sciret sibi undecnmque pereundum. Gonsenserunt ei iEgyptiacus exercitus maxime in Gallieni odium.»
(^) Trebellius Pollion, XXIX.
C) Ibid., III : «Ab omnibus Gallis Postumus {(ratanlcr acccplus. . . Amor er{»a Postumum omnium erat in Gallicanorum mente populorum.»
(') Ibid., IX : ffin omnes Mœsiacos tam milites quam cives asporrimo sa-vit. . . nsque adeo asper et Iruculentus ut picrasquc civilales vacuas a virili sexu relinqueret.»
(') Fragm. histor. Grœcor., IV, p. 19.^), n" 8.
Ira la incme faveur en Mésic, jusqu'au moment où la crainte d'une répression sévère détermina les habitants à le sacrifier ^^'. Des cités entières se prononcèrent parfois pour ces empereurs, et nous avons des monnaies municipales où figurent leur nom et leur effigie ^'-l Quant aux diètes provinciales, jamais à cette époque il n'est question d'elles.
On conçoit, à la rigueur, qu'elles aient été négligées par les prétendants qui avaient l'ambition de gouverner tout l'Empire et de régner dans Rome même. Mais il y en eut dont les vœux plus modestes se bornèrent à la possession d'une ou plusieurs provinces, et ceux-ci devaient avoir intérêt à provoquer les sympathies des po])ulations qu'ils administraient. 11 est vrai que les habitants du pays trouvaient dans les curies un moyen facile de faire entendre leur voix. Il est vrai aussi que les armées étaient partiellement recrutées dans la contrée même où elles campaient, et que par suite les légionnaires étaient «comme les représentants de ceux dont ils étaient les défenseurs obligés w^^l Néanmoins, il n'eût pas été indifférent que ces usurpateurs auxquels manquait la sanction du sénat, la seule qui fût réellement efficace, eussent pour eux toutes les autres, et que leur pouvoir fût en quelque manière légitimé par la députation provinciale. Rien de pareil pourtant ne se montre dans les documents. On alléguera peut-être la rareté des textes, et la médiocrité des historiens qui racontent ces faits. L'objection est plausible pour la plupart des Trente tyrans; elle ne l'est pas pour tous, notamment pour les empereurs gaulois, qui nous sont assez bien connus, sinon par les récits de leur biographe, du moins par un petit nombre d'inscriptions et par une longue série de médailles '*l
Entre les années 268 et 278, la Gaule a été régie par trois
") TrebelliusPoilion, x.
<2) Eckhel, VII, p. /.()7-/i68.
'■^' Duruy, Histoire des Romains, VI, p. ^139.
'*^ Ces médailles sont décriles et reproduites dans de Witto, Rcclierclies sur le empereurs qui ont régné dans les Gaules au m' siècle de l'ère clirélienne ( Paris , 1 868 ) elles y sont au nombre de i,t/f^i.
princes qui ont exercé la souveraineté dans toute sa plénitude'"'. Leur autorité s'est étendue même aux pays voisins. On a prétendu que la Narbonnaisc avait échappé au dernier, à Tetricus^^'; mais la raison qu'on en donne n'est pas péremptoire. De ce que, dans l'année 269, il y avait à Grenoble un corps de troupes impériales, il n'en résulte pas que l'empereur régnant, Claude II, fût le maître de toute la province '■'l En revanche, on sait positivement que la Bretagne obéit à Postumus, à Victorinus et à Tctricus''*^ D'autre part, on a découvert en Espagne, presque sur les confins de la Bétique, des bornes milliaires qui attestent la domination de Postumus ^^\ et la Péninsule ne fut guère perdue par ses successeurs que vers 269 '''l
Ce vaste empire, qui embrassait presque tout l'Occident, fut une imitation exacte de l'empire romain. On a quelques motifs de croire que le culte de Rome et d'Auguste continua d'y être pratiqué^'''; mais aucun document ne contient la moindre al-
(') Postumus (258-367), Victorinus (967-2G8), Telricus( 268-373). On peut ne pas tenir compte de Laclianus et de Marius.
'^^ Zévort, De gallicanis imperatoribus , p. 55.
'^' Bulletin épigraphique , i, p. 4 (inscription trouvée à Grenoble) : «rimp. Caîsar. M. Aur. Claudio Pio Felici Invicto Aug. Germaiiico Max. P. M. Trib. potestatis II COS. patri patria; proc. vcxillationes adque équités ilemque prœpositi et duccnari protect(ores) tendenles in Narb. prov. sub cura Jul. Placidiaiii v. p. prtcfect. vigil. devoti numini inajestatiq. ejus.» D'après Renier, ce monument est au plus tôt de l'année 269. Il n'est pas probable que ces détaclienienls aient été dispereés dans toute la Narboniiaise. On avait dû les envoyer de Rome pour garder la ligne des Alpes, et ils étaient sans doute cantonnés à Grenoble et dans les environs.
W CL L.,VI1, ii5o(Henzen, 55/19), 1160 (Heiizen, 55/i8), iiGi.Cf. 8ao, 893,823.