XXVIII, VI
'^) On a cru que ce Romanus était gouverneur de l'Afrique ( Bulletin des antiq. afric, 188/1, p. 338). C'était un commandant militaire ayant le titre de cornes AJricœ {Notitia, p. 1 7A , Socck).
'^' Ammien ne dit pas par qui l'empereur fut informé de cotic deuxième incursion. Nous croyons que ce fut par le gouverneur Ruricius. Plus bas, en effet, il est question d'un rapport sévère qu'il aurait rédigé contre Romanus (XXVUI, VI, 29).
par lui-même le bien-fondé des griefs de la province, dans son rapport il conclut contre elle. L'instruction de l'affaire fut alors confiée au vicaire d'Afrique, assisté de Palladius. Tous deux se rendirent dans la Tripolitaine pour se livrer à une nouvelle enquête. Mais les intrigues de Romanus furent telles, que tous les témoignages recueillis lui furent favorables. L'iniquité alla si loin, ajoute l'auteur, que Jovinus finit par rétracter tout ce qu'il avait dit. Les innocents, en somme, payèrent pour les coupables. Deux citoyens de Leptis furent condamnés à avoir la langue coupée. Le gouverneur Ruricius fut frappé d'une sentence capitale. Jovinus fut mis à mort avec trois prétendus complices, et un autre envoyé, Flaccianus, aurait péri également, s'il ne s'était enfui. Plus tard, on découvrit la vérité; mais il n'était plus temps, et le mal était fait.
Le tableau tracé par l'historien est complet. On y voit à nu la bonne volonté du souverain qui s'applique à détruire les abus, et qui n'y réussit pas, parce qu'on les lui cache, la vénalité des fonctionnaires, dont le principal souci est de s'enrichir, la timidité des populations, qui devant les menaces de l'autorité n'osent soutenir leurs réclamations jusqu'au bout, enfin l'impuissance de ces assemblées qui n'ont d'autre arme que la plainte, et dont les doléances souvent ne sont suivies d'aucun effet, quand par hasard elles parviennent à destination. Sans doute, il serait injuste de trop généraliser, et de se figurer que les suppliques des provinces avaient toujours le même sort. Mais de telles iniquités étaient à tout instant possibles, et l'institution des concilia n'était guère capable ni de les conjurer, ni de les réprimer. Au fond, ces conseils n'avaient pas d'attributions véritables: ils pouvaient parler de tout, mais ils ne pouvaient rien résoudre. Leur rôle était comparable à celui que joue, dans les sociétés modernes, la presse périodique, sans être aussi efficace. Il est d'ailleurs à présumer que leur influence réelle variait d'un pays à l'autre. On était probablement mieux disposé à accueillir les demandes des provinces riches et étendues, parce qu'on avait intérêt à les
ménager davantage. On avait égard également à la qualité des personnes qui siégeaient dans les assemblées ou qui portaient la parole en leur nom. Mais le défaut capital de ces diètes n'en subsistait pas moins : elles n'avaient aucun pouvoir propre, et la mesure de leur autorité ne dépendait ni d'elles-mêmes, ni des lois.
Nous avons essayé de recueillir et de mettre en œuvre la plupart des documents que l'on possède sur les assemblées provinciales. Cette étude paraîtra sans doute fort incomplète ; encore craignons-nous d'avoir par moments trop affirmé. Ce que l'on connaît le mieux, en somme, de cette institution, c'est la partie extérieure. On sait d'une façon à peu près exacte comment ces diètes étaient composées, en quels lieux elles se réunissaient, de quelles matières elles s'occupaient, quels actes elles accomplissaient. Mais combien ne serait-il pas plus intéressant de lire les discours qui s'y prononçaient, de pénétrer dans l'âme des députés, de mesurer, enfin, le degré de liberté qui leur était laissé! Ceci malheureusement nous échappe, et c'est à peine si quelques rares textes projettent sur ces points obscurs de faibles lueurs.
Il est possible néanmoins de se faire une idée assez nette de l'objet et de l'esprit de toute cette organisation. Pour bien l'apprécier, une précaution est nécessaire : il faut au préalable oublier les principes du droit moderne, et se placer au point de vue antique. Il serait oiseux, par exemple, dangereux même, de rechercher si les règles du Self-government trouvaient ici leur application. Les Romains n'avaient prévu ni la Grande Charte, ni nos lois sur les conseils généraux de département. Nulle [)ensée théorique ne leur inspira la création des assemblées dont nous avons esquissé l'histoire. Ils ne se dirent pas qu'il était rationnel d'associer les populations à la gestion de leurs propres affaires, et ils ne jugèrent pas que ce fût un droit strict pour
elles de surveiller l'administration des fonctionnaires publics. Ils virent, dans beaucoup de contrées de leur Empire, des réunions de ce genre déjà toutes constituées; ils les respectèrent là où elles existaient, après les avoir rendues inoffensives; là oii ils n'en rencontrèrent pas, ils permirent d'en établir, et ils tirèrent parti des unes comme des autres.
Ces diètes ne furent, en réalité, qu'un instrument de règne et un moyen de gouvernement. Loin d'accroître la somme d'indépendance dont les hommes jouissaient, elles les rattachèrent par un lien encore plus étroit à la domination de Rome. Elles ne furent pas pour les vaincus le refuge et la forteresse de l'esprit parliculariste; elles aidèrent, au contraire, à propager partout la langue, les mœurs, les lois, l'influence de Rome. Rome et l'Empereur reçurent d'elles non pas seulement les marques de la plus complète obéissance, mais aussi celles de l'adoration; et tous les ans elles étaient astreintes à renouveler en leur honneur un serment politique sanctionné par la religion.
Les assemblées furent même quelque chose de plus. Par elles, le prince avait dans toutes les provinces, établie à demeure, une sorte de police officieuse, d'autant plus portée à dénoncer les abus qu'elle était la première à en souffrir. Ce n'est pas que par cette voie indirecte il fût tenu au courant de tout ce qui se passait dans ses Etats. Ces conseils n'étaient généralement pas assez libres pour dire toute la vérité, et souvent ils mentaient ou se taisaient par contrainte. Il n'était pas rare pourtant que leur parole servît à éclairer le souverain, et à lui signaler soit les mérites réels, soit les torts graves de ses agents. Les fonctionnaires savaient dès lors qu'il fallait compter avec eux, et ainsi ils se sentaient soumis à un contrôle qui, pour n'être pas absolument efficace, avait cependant de quoi troubler leur quiétude. Les plus hardis se croyaient assez forts pour étouffer les plaintes, et, s'ils étaient traduits en justice, pour empêcher toute condamnation. Mais il y a toujours une part d'imprévu dans les choses humaines, et l'espoir très fondé d'un acquittement ne vaut pas, en définitive, la certitude de n'être point poursuivi.
Tel fut l'avantage essentiel que présenta cette institution. Ce sont là assurément de médiocres franchises, surtout si on leur compare celles dont bénéficient la plupart des nations modernes. Mais un fait est ici digne de remarque. C'est sous un régime despotique que ces libertés ont été octroyées et pratiquées; ce sont des princes investis par la loi d'un pouvoir illimité et vénérés à l'égal des dieux, qui d'eux-mêmes ont poussé leurs sujets à formuler leurs griefs, à exprimer leurs vœux, à porter, enfin, des jugements sur leur administration. On chercherait inutilement, dans les empires qui de nos jours offrent quelque analogie avec l'empire romain, l'exemple d'une pareille générosité; si bien qu'il faut moins s'étonner de l'état rudimentaire où restèrent ces assemblées que de leur existence même et de leur longue durée. Il est peut-être regrettable qu'un système sérieux de garanties politiques ne soit pas sorti de là. Mais il ne paraît pas que l'idée en soit venue à personne. Ni les empereurs ne songèrent à la réaliser, ni les populations ne souhaitèrent qu'elle le fût. Les esprits ne concevaient pas un autre mode de gouvernement que celui qu'ils avaient sous les yeux, et l'on ne voyait pas dans l'extension de la liberté le remède aux maux qu'on subissait. C'est du prince que l'on s'obstinait à tout attendre, et l'on ne se plaignait guère que de la difficulté où l'on se trouvait d'élever ses doléances jusqu'à lui.
I. De la religion considérée comme principe d'union dans l' antiquité.
Elle sert de lien aux membres des familles, des phratries,
des dèmes, des curies, des tribus i
Comment se formaient les villes : Athènes , Rome 3
Comment se fondaient les colonies h
Les confe'dërations en Grèce et en Italie 6
Raisons religieuses qui favorisèrent la conquête romaine .... 9