CHAPITRE VII
Contrôle des gouverneurs par les assemblées provinciales.
Outre le droit d'adresser des vœux au pouvoir central, les assemblées provinciales avaient encore la faculté de donner leur avis sur la conduite du gouverneur, elles pouvaient lui voter des louanges ou le mettre en accusation.
Les gouverneurs étaient ainsi dans une certaine mesure responsables de leur gestion devant les provinciaux. Sans doute, cette responsabilité était dans bien des cas illusoire: à la fin de la République, Verrès, détesté de toute la Sicile, put se faire voter des statues non seulement pour lui-même, mais encore pour son père. Sans doute il fallait que les maux fussent bien insupportables pour qu’on se décidât, soit à rompre avec le gouverneur en lui refusant des actions de grâces ou des témoignages honorifiques, soit à intenter contre lui une accusation, mais, quelque délicat que püût être l’usage de ces droits. ils n’en étaient pas moins reconnus aux assemblées provinciales dans toute leur plénitude.
Ces deux droits et surtout le dernier ont paru exorbitants à quelques auteurs. Pour M. Boissier!, la conquête par les provinces du droit d’accuser les gouverneurs fut le terme final d’une série d’usurpations et d’empiétements successifs. Nous ne saurions admettre cette opinion. D’un côté la
1. La religion romaine d'Auguste aux Antonins, 2° édit., t. I, © p. 159.
plaque de Narbonne semble nous montrer l’institution des assemblées provinciales sortant tout armée de la pensée d’Auguste comme Minerve du cerveau de Jupiter et non formée par la lente alluvion de conquêtes infimes, d’un autre un passage de Tacite‘, sur lequel nous reviendrons bientôt, nous montre dès le règne de Néron, en 63 après Jésus- Christ, les provinciaux, c’est-à-dire sans doute ici les assemblées provinciales, investis du droit de récompenser par des louanges ou de mettre en accusation les gouverneurs. Enfin ce large contrôle conféré aux assemblées s'explique parfaitement. Il n'avait rien de dangereux pour le prince et ne pouvait que servir la politique impériale. « Tout ce qui rendait ces assemblées, dit M. Jullian?, compatibles avec la monarchie, ils (les empereurs) l’ont permis. Ce furent d’admirables instruments pour contrebalancer l’autorité trop puissante du gouverneur; elles lui faisaient équilibre. Les empereurs S’arrangèrent merveilleusement pour que l'équilibre ne füt brisé ni au trop grand profit de l’imperium du légat, ni à l’avantage de l’autonomie provinciale; l’une et l’autre chose eussent gêné également le preslige de la monarchie. » Ne voyons-nous pas de même l'Angleterre, dont l'empire colonial offre de frappantes analogies avec l’Empire romain, dispenser dès qu'elle le peut aux établissements qu’elle a semés dans le monde entier un régime largément représentatif; et cela non seulement dans les colonies comme l’Australie, où dominent ses nationaux, mais encore dans celles, comme l'Inde, où l’élément indigène est prépondérant et où elle commence à organiser pour chaque présidence des conseils formés de fonctionnaires britanniques et de notables indigènes.
Nous étudierons successivement les remerciements adressés et les procès intentés aux gouverneurs romains.