‹ Les Assemblées Provinciales De La Gaule RomaineChapitre 156 sur 324 · Ass, prov., p · texte numérisé non relu

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ciaux se trouvèrent plus indépendants que ne l'avait été le sénat, et les précédents de la jurisprudence finirent par établir la justice la moins capricieuse que les Romains eussent encore connue dans ces sortes de causes.

Nous avons achevé l’histoire des variations de compétence et de procédure qu’eurent à subir les procès intenlés par les assemblées provinciales de la Gaule romaine. Il est assez piquant de remarquer que la justice française présente dans son développement historique une évolution analogue. Si la juridiction du sénat, représentant de l'aristocratie romaine, est absorbée par celle de l’empereur, à laquelle se substitue un corps spécial présidé par un haut magistrat, ne voyons-nous pas en France le roi succéder à la cour des pairs, organe de l'oligarchie féodale, et remettre la justice aux mains du parlement composé de ses anciens assesseurs.

Ainsi se trouve terminé le tableau des concilia provinciæ sous le Haut-Empire. Nous ne dissimulerons pas les lacunes qu’il présente. Les auteurs gardent un silence presque absolu sur les assemblées provinciales : seules les pierres ont parlé pour nous en révéler quelques détails, et, comme on l’a remarqué, c’est presque exclusivement à l’épigraphie que nous en devons la connaissance. Mais quelle était au fond l'importance de celte institution ? Quel rôle jouait-elle dans l'administration des provinces romaines? c’est ce qu'il est difficile de dire. Assemblée religieuse et assemblée administrative, confrérie du culte de Rome et d’Auguste et tout ensemble conseil provincial chargé de faire connaître les vœux des habitants comme de contrôler la gestion du gouverneur, elle rappelle ce souverain fabuleux de la Chine que les habitants du Céleste-Empire représentent avec un corps de serpent, une tête de bœuf et des dents de tortue.

Il n’est sans doute pas impossible de rendre compte de cette diversité d’aspects. On peut d’abord expliquer par le

1. A. Bertrand, La Gaule avant les Gaulois, d'après les monuments et les textes, p. 15.

caractère originel de ces concilia l'influence qu’on leur avait laissée : leur dévotion à la divinité de l'État romain rassurail sur les velléilés d'indépendance qu’eût pu éveiller en eux l'étendue de leurs pouvoirs. D'ailleurs les empereurs trouvaient autant d'avantages que les provinciaux dans la bonne gestion des gouverneurs, et celte identité d'intérêts rend raison du concert qui s'établit entre eux et de la bonne harmonie que nous ne voyons jamais lroublée entre le pouvoir central et les concilia provinciæ. Seule l'existence au sein des concilia de velléités séparatistes eût pu altérer ces cordiales relations : or on n'en trouve nulle trace. De semblables tendances ne se manisfestèrent que bien plus tard, et c’est seulement à la fin du Bas-Empire que les provinces désaffectionnées de Rome aspirèrent à l'indépendance.

Sans doute aussi on peut dire que le calcul est étranger à la naissance et au développement de cette institution et que l’absence de toute représentation suffit à faire du concile régional d’un culte d’ailleurs politique l'organe officiel des vœux de la province.

Sans doute encore on peut voir dans l'importance des attributions de ces assemblées la manifestation de la puissance de l'esprit local, et enfin on peut penser que ces assemblées, sans aulres droits que ceux laissés dans le domaine commun, sans autres attributions propres que le culte d’un Dieu-État, parvinrent par leur seule habileté, en jouant adroilement de l’éloge et du blâme, de la flatterie et de la menace, favorisés d’ailleurs par la complicité secrète et la sympathie latente d’un gouvernement central toujours jaloux de ses agents, à se tailler un rôle dans l’administration provinciale.

Mais, si plausibles que puissent être quelques-unes de ces hypothèses et si séduisants que soient quelques-uns de ces systèmes, nous n’osons nous y rallier. Préciser l’idée que pouvaient se faire des concilia les contemporains de Tibère, d’Adrien ou d'Alexandre Sévère, c’est, au moins dans l’état actuel de nos connaissances, chercher à résoudre un pro-

blème dont trop de données nous échappent. Nous n'avons pas même la ressource d’attribuer notre ignorance au défaut d'importance des concilia. Le mulisme des auteurs, le laconisme des monuments, n'indiquent pas nécessairement que le rôle de ces assemblées ait été médiocre : de même que tel mot pouvait être fort usité chez les Romains dont il ne reste qu'un seul exemple et qui n’a pour lui que l’aulorité d’un écrivain peu recommandable', de même une institution pouvait être un organe important de l'administration des provinces qui ne nous estconnu que par un petit nombre de vesliges. Supposez qu’un cataclysme semblable à celui qui a englouti la civilisation romaine détruise notre organisalion française, que la plupart des lois aient disparu, qu'un petit nombre d'auteurs éminents aient seuls survécu au naufrage : l'érudit, qui, la tourmente passée, s’efforcerait de déterminer à l’aide de fragments législatifs ou d’allusions littéraires la composition et les altributions de nos conseils généraux, serait-il plus heureux que les archéologues qui s'efforcent de reconstituer le personnel et de pénétrer le fonctionnement des concilia provinciæ sous le Haut-Empire? On voit près de Missolonghi un marbre qui représente une jeune fille déchiffrant, à travers les hautes herbes, le nom à demi effacé de Botzaris. C’est le symbole parlant des antiquaires qui cherchent à retrouver les traits de l’obscure institution des assemblées provinciales et qui en ont à peine encore pu reconnaître les premiers linéaments.

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