Villerain. Grégoire le Tata tte Pen du 25 mars
humiliantes de l’adulation orientale : «Quiconque était introduit devant l’empereur se prosternait et adorait‘. » Retiré au fond d’un palais de Nicomédie, il se fait appeler : « Votre Éternilé », titre que ses successeurs n’auront garde de négliger».
Cependant, le nombre des chrétiens croissait sans cesse. Dès la fin du second siècle, Tertullien pouvait s’écrier : « Nous n’avons qu’un jour, et déjà nous avons rempli tout votre monde, les villes, les îles, les châteaux forts, les municipes, les réunions, les camps même, les tribus, les demeures, les palais, le sénat, le forum 5. » Ce qui élait vrai à Rome, où les fouilles du Palatin nous ont montré un chrétien jusque dans les gardes de l’empereur‘, ne l'était pas moins en Gaule. En l’an 177, à l’amphithéätre de Lyon, au moment des fêtes du concilium des Gaules, sont mis à mort les premiers confesseurs chréliens*. Ce sont les premiers martyrs gaulois, et c’est aussi là la première trace authentique du christianisme en Gaule®. La nouvelle religion grandit rapidement. Sous Dioclétien, Paturin est immolé à Touiouse et Denys à Paris, alors que Cyprien a la tête tranchée à Carthage, que Théogène souffre à Hippone et Fructueux à Tarragone.
Mais bientôt le christianisme allait triompher. En 313, il obtenait la liberté par le fameux édit de Milan, accordé par
1. Chateaubriand, Études historiques, 1,1. Œuvres, t. 1, 311.
2. Paul Louis-Lucas, Vénalité des charges, t. I, p. 390, n. 17.
3. Hesterni sumus el vestra omnia implevimus urbes, insulas, castella, municipia, conciliabula, castra ipsa, tribus, decurias, palatium, senatum, forum. (Tertullianus, Apologeticus, XXXVIT. Opera, édit. Migne, t. I, p. 463.)
&. G. Boissier, Promenades archéologiques, p. 102.
5. Eusebius, Historia ecclesiastica, V,1. Opera, édit. Migne,t. LI,
6. Valesiana, p. 161. Lenain de Tillemont, Mémoires pour servir à l’histoire ecclésiastique des six premiers siècles, t. TITI, p. 1.
7. Chateaubriand, Etudes historiques, I, 1, Œuvres, t. 1, p. 310.
8. Lactantius, De mortibus perseeutorum, XLVIIL. Opera, édit. Migne, t.Il, p. 267,
Licinius et Constantin, « sorte de charte qui devait donner à l’Empire la paix religieuse! », et qui permettail aux chrétiens comme aux païens de suivre librement leurs croyances ?. Dès lors, il fallut harmoniser l’état social avec le nouveau principe, et notamment permettre aux chrétiens de ‘faire partie des assemblées provinciales sans y être blessés dans leurs convictions. Or, deux causes écartaient les chrétiens des assemblées provinciales : Jd'adoration idolâtrique de l'empereur et les cérémonies païènnes qui en accompagnaient les réunions. C’est à faire disparaître ces deux motifs d’éloignement que s’appliquèrent les empereurs. L’abolition du culte de l’empereur fut l’objet d’une série de mesures. D'un côté, on démarqua pour ainsi dire les honneurs que l’on rendait au souverain; de l’autre, on sécularisa les fêtes qui accompagnaient les réunions du concilium. On démarqua d’abord, pour ainsi dire, les honneurs que l’on rendait au souverain. Au lieu d’honneurs divins et de vénérations religieuses, on ne lui rendit plus que des témoignages de respect social et politique. Nulle part peutêtre mieux qu'ici on ne voit comment s’opéra la mélamorphose de l’univers antique, nulle part on ne pénètre mieux Ja manière dont le monde païen se transforma en monde chrétien. Ce fut une évolution bien plutôt qu’une révolution. « Vainqueur (au pont Milvius), dit le P. Lacordaire, Constantin mil beaucoup de mesure dans l’expression de ses senliments ; il ne se proclama pas chrétien, mais il ne parut ni au Capitole, ni dans les temples, ni à aucun sacritice en l’honneur des dieux. » Celle réserve, l’empereur l’observe encore à l'égard des temples dédiés à sa divinité. Les habitants d’Hispellum en Ombrie, après 326, sollicilent de lui l’autorisation de lui élever un temple; il y consent, mais en accor-
1. Henri Chantavoine, Compte rendu de La fin du paganisme, de Boissier (Journal des Débats du 22 avril 1891).
2. Plocque, Condition de l'Église dans l'Empire romain,.p. 25.
3. L'Église et l'Empire. romain au 1v° siècle (Correspondant du 25 septembre 1856, p. Hu
dant la demande il en modifie l’objet : s’il permet de lui élever un monument, c’est en prescrivant que l'édifice dédié à son nom ne sera pas souillé des erreurs d’une superstition contagieuse’. Cet exemple n’est pas unique. Constantin permit qu’un sacerdoce fût institué en Afrique en Fhonneur de sa famille?, Et ce sacerdoce se perpétua, car il est mentionné dans une inscription de la fin du 1v° siècle’, comme dans une inscription de 340*. On a signalé ce fait comme une contradiction de conduite : « Étrange bizarrerie de l’esprit humain! dit Dureau de Lamalle ÿ. Ce prince, propagaleur zélé du christianisme, qui porta même jusqu'au fanatisme les croyances religieuses, ce même prince qui dans la Grèce et l’Asie fermait les temples, abattait les idoles, Constantin, établissait dans une partie de son empire pour lui, pour la sainte Hélène sa mère, pour le pieux Constance son père, une véritable idolâtrie; il agissait en Asie comme un apôtre du Christ, en Afrique comme un enfant de Vespasien. » Celle contrariélé d'actes n'est qu'apparente. Ces instilulions n'avaient dû être fondées, comme le pensent M. Guiraud‘ et M. l’abbé Beurlier’, que sous des conditions et avec des restrictions analogues à celles imposées au temple d’Hispellum, et qui ne leur laissaient qu’un caractère purement civil.
D'ailleurs, il ne faut pas se le dissimuler, même dans les
1. Ædem quoque Flawiæ, hoc est nostræ gentis, ut desideratis magmifico opere perfici, volumus ea observatione præscripta ne ædis nostro momini dedicata cujusquam contagios{ale superstitionis fraudibus polluatur. (Wilmans, 2843.)
2. Per Africam sacerdotium decretum Flaviæ genti. (Aurelius Victor, De cæsaribus, XL, 28.)
3. Orelli-Henzen, 3672.
L. L. Aradio Val. Proculo v. c. Auguri Quindecemviro sacris faciundis pontifici flaviali C.1.L. VI, 1690.
5. Colonisation de l'Afrique septentrionale par les Romains, édit.in-8, p. 27, 28.