chapitre: XXVI
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(Limousin).
La généralité de Limoges comprenait les deux départements actuels de la Haute-Vienne et de la Corrèze avec une partie de la Creuse et de la Charente ; elle se divisait en cini] élections, Limoges, Tulle, Drives, Dourganeuf et Angoulème, qui forment aujourd’hui dix arrondissements
L'assemblée i)rovinciale dont le siège était à Limoge^ devait se composer de trente-six membres. Dans les dixhuit nommés par le roi se trouvaient, pour le clergé, l’évêque de Limoges (.M. d’Argentré), l’évêque d’Angoulème (M. de Castelnau), l'évêque de Tulle (M. de Saint- Sauveur); pour la noblesse, le duc d’Ayeii, président, cl le marquis de Lasteyrie du Saillant; pour le tiers état, M. de Roulhac, maire de Limoges et lieutenant général
* î.es nouveaux chef-lieux sont Bellao, Rochechouart, Sainu Yrieix, U«sel et Kutlec.
(le la sétuicliaussée, depuis député aux étals généraux. La réunion préparatoire pour les nominations complémentaires avait été fixée au 11 août 1787, mais le 8, survint l’arrêt du parlement de Bordeaux qui défendait à l’assemblée de se réunir. L’intendant de Limoges était alors H. Meulan d’Ablois, qu’on a vu en 1782 intendant de la haute Guienne, et si malmené par l’évêque de Rodez, M. de Colbert, pour avoir voulu s’opposer à la publication des procès-verbaux. Dès qu’il reçut signification de l’arrêt du parlement, il suspendit la réunion de l’assemblée et demanda des instructions: on hésita d’abord à Versailles, mais le président choisi par le roi, le duc d’Ayen, s’étant déjà rendu sur les lieux, on se décida à passer outre, et la session s’ouvrit le 20 août par le discours habituel de l’intendant, commissaire du roi‘. M. de Roulhac, qui, comme lieutenant de la sénéchaussée, avait reçu du parlement l’ordre de veiller à l’exécution de l’arrêt, protesta en cette (jualité contre la constitution de l’assemblée ; celte formalité accomplie, il assista à toutes les séances.
La session préliminaire ne dura que trois jours. Après avoir pourvu aux nominations exigées par le règlement, l’assemblée se sépara, ni s’ajournant au 25 novembre. Cette seconde session n’eut pas lieu, et l’assemblée provinciale du Limousin ne se réunit que pour la forme. Outre l’opposition du parlement de Bordeaux, on peut
Les proces-verbaux cte l'assemblée du Limousin n’oot pas élé imprimés ; j’ai eu recours, pour les consulter, k l’obligean^'e de M. \fanrice Ardunt, arrliivistc do la Hnute»Vienne.
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sup|)Oser que la mauvaise volonté de l’intendant y tut pour quelque chose. Dans une lettre adressée au ministre, M. Meulan d’Ablois insinuait que la pauvreté et les habitudes laborieuses des Limousins leur permettraient ditricilement de quitter leurs travaux pour s’occuper d’intérêts publics, et il tint sans doute à prouver qu’il ne s’était pas trompé.
Parmi les membres désignés pour faire partie du tiers état se trouvait le procureur du roi du bureau des finances. Cette charge étant de celles qui donnaient la noblesse, le bureau tout entier se réunit pour réclamer. Beaucoup de nouveaux anoblis avaient consenti, dans toutes les provinces, à se laisser ranger dans le tiers état : il en eût été certainement de même à Limoges, si le gouvernement avait insisté ; mais cette petite difficulté étant venue s’ajouter à la grande, on laissa pour le moment tomber le tout. Une dernière circonstance achevait de compliquer ces embarras. L’ancien duché d’Angoulême avait été fort maltraité lors de la formation des généralités. Il se divisait en trois fractions : le haut Angoumois appartenait à la généralité de Limoges, le bas Angoumois à celle de La Rochelle, et l’élection de Confolens à celle de Poitiers. On se plaignait de tous côtés de cette dispersion. Angouléme surtout souffrait dans ses intérêts comme dans les souvenirs de sa réunion à Limoges et demandait à s’en séparer *.
' Eu 1789. rAnf70umoiii fut admis à former un tout, sous le nom fie s^néehniinnte d'Anqnul^me, pour nommer ses députés 1. 'li
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Ainsi fut réduite à l’impuissance la bonne volonté du duc d’Ayen, qui avait pris fort à cœur son lilre et ses devoirs de président. Fils aîné du inarcclial de Noailles et lieutenant général, le duc d’Ayen avait mérité, par des travaux sérieux de physique et par son dévouement à tous les grands intérêts nationaux, le double titre de membre de l’Académie des sciences et de la Société d’agriculture de Paris. La petite ville d’Ayen, siège de son duché, est aujourd’hui un cheflieu de canton du département de la Corrèze. Le marquis de Lasteyrie du Saillant, qui avait épousé une sœur de Mirabeau, appartenait aussi au bas Limousin ; son fils est bien connu par ses nombreux travaux sur l’agriculture et l’industrie, et surtout par l’importation de la lithographie en France. C’était un véritable malheur que cet avortement de l'assemblée provinciale du Limousin, le second que nous ayons eu à signaler Jusqu’ici. Turgol avait été treize ans, de ITÜi à 1774, intendant de cette généralité; mais son administration n’avait pu en si peu de temps guérir les plaies d’une longue oppression. On peut difficilement se faire une idée de l’état all'reux où il trouva ce pays, naturellement ingrat. Puisque nous ne pouvons parler des actes de l’assemblée provinciale, parlons au moins de ceux de Turgot qui l’avait devancée.
En Limousin, comme dans tous les pays d’élection, la taille était originairement arbitraire et personnelle.
i'tats généraux. I.’ABsetnblée constituante ne fit que confirmer celle division en l’érigeant en département.
GENthALIl'E KM I.IMKf.ES. 3'ii,
Vers le inèiiie temps qu’en Champagne, c’est-à-dire eu 1745, on avait essayé de la tarifer, c’est-à-dire de l’asseoir sur une espèce de cadastre; mais cette opération difficile, faite avec trop de précipitation, présentait un tel désordre, que la province elle-même réclamait le rétablissement de l’ancien usage.' Turgot lutta contre ces tendances irrétléchies, et parvint à force de travail et de soin à corriger les irrégularités les plus choquantes. Il fut soutenu dans cette entreprise par Malesherbes, alors président de la cour des aides de Paris. II fut moins heureux dans ses efforts pour faire diminuer le montant de la taille. Le Limousin, qui ne payait que 1,400,000 livres de taille en 1700, payait 700,000 livres de plus en 17fit, sans qu’aucune augmentation de population et de richesse justitiât ce surcroît d’impôt. 11 faut lire les avis annuels de Turgot pour comprendre l’énormité de cette charge. Il y prouvait, pièces en main, que le revenu net du sol étant extrêmement bas dans la province, l’impôt en prenait la moitié, et quelquefois les deux tiers. Le peuple ne se nourrissait que de blé noir et de châtaignes. La condition des propriétaires n’était pas beaucoup meilleure, et ce qui le prouvait, c’était la multitude des domaines abandonnés par l’impossibi- Uté de payer l’impôt. Le gouvernement accordait de temps en temps aux instances de Turgot une faible remise, mais en refusant de céder sur le principe. Ce ne fut que quand il devint ministre lui-méme que Turgot accorda au Limousin une réduction sur la taille.
Avant de rendre pour toute la France son édit sur la
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suppression de la corvée pour les chemins, il avait faK, comme intendant, l'essai de ce système. Aidé par l’ingénieur en chef de la province, il entreprit de substituer aux corvées les travaux à prix d'argent. Il rencontra de grandes difOcultés dans la résistance des paysans, qui ne pouvaient pas croire qu’on songeât réellement à les soulager. Fort de l’exemple de M. deFontetteà Caen, il réussit à vaincre ces préjugés, et put bientôt se rendre ce témoignage, « qu'il avait fait plus d’ouvrage en dix ans qu'on n’en avait fait auparavant en trente-cinq ans de corvées. » Les routes exécutées sous son impulsion et par les soins de M. Trésaguet, ingénieur en chef, eurent dans leur temps beaucoup de réputation. Le Limousin touchant au Berri, c’est sur ce modèle que se régla, quelques années après, la première des assemblées provinciales.
Nous avons déjà vu ce qu’il avait fait pour la milice, cet autre fléau des campagnes. En confiant à la maréchaussée la poursuite des réfractaires, au lieu de l’abandonner aux habitants, il mit fin à la guerre civile qui armait les paysans les uns contre les autres dans ce pays entrecoupé de rochers et de bois. En autorisant, malgré les ordonnances, la cotisation volontaire ou ce (|u’on appelait la mise au chapeau , pour payer des remplaçants, il engagea gravement sa responsabilité, mais il dépouilla le tirage au sort de ce qui contribuait le plus à le faire détester. En même temps, il supprima l’usage destructeur des corvées pour les transports militaires, en les remplaçant par des entrepreneurs aux
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frais de la province, et H fit construire des casernes pour dispenser les habitanis du logement des gens de guerre, servitude non moins nuisible à la discipline des troupes qu’à la securité des particuliers. Ces violents procédés de l’ancienne administration monarchique avaient généralement disparu en 1789, sur l’exemple donné en Limousin ; la Révolution les rétablit sous le nom de réquisUiong.
Les eHorts de Turgot pour développer ragriculture et l’industrie ne méritent pas moins la reconnaissance de la postérité. La société d’agriculture de Limoges venait de se fonder quand il arriva ; il la présida et l’anima de son esprit. Il supprima la taxe sur les bestiaux, qui mettait obslade à la seule industrie agricole un peu profitable, encouragea la destruction des loups, introduisit la culture du trèfle, et, ce qui vaut mieux encore, celle de la pomme de terre, véritable trésor de ces contrées montagneuses. £u industrie, il abolit bon nombre de règlements pernicieux, et il dirigea les premiers essais pour la fabrication de la porcelaine. Enfin, quand survint l’effroyable disetle de 1770, il préserva la province des derniers malheurs en établissant partout des bureaux et des ateliers de charité, avec le concours actif des curés et des autres membres du clergé
Ceci se passait dans les dernières années de Louis XV. On a souvent reproché aux économistes de ce temps
' Estai turV admintstralion deTingol dausia gdnrralité df Limoges, p»r M. d’Hugues,
d’avoir cherché leur point il’apiaii dans l’aulorilé absolue du roi. Pouvaient-ils agir autrement? Turgot se servait, pour faire le bien, des pouvoirs dont il était revêtu, mais il ne se dissimulait nullement qu’un homme, quel qu’il fût, n’y suffisait pas, et dès qu’il devint ministre, il songea lui-même à substituer des assemblées électives à l’administration despotique des intendants. Rien de pareil n’élait possible sous Louis XV. L’intendant du Limousin ne pouvait que se renfermer dans sa province, pour y mettre en pratique ses principes. Dix ans avant les premières assemblées provinciales de Necker, vingt ans avant l’édit de 1787, un homme qui réunissait le génie et la vertu essayait, dans un des coins les plus obscurs et les plus abandonnés du territoire, ce qui devait un jour transformer la France entière.
Ce qu’il avait commencé, l’assemblée provinciale du Limousin l'aurait certainement poursuivi, si elle avait pu s’établir et durer.