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LES MENUISIERS EN FAUTEUILS

Une association bien digne de sympathie est celle des menuisiers en fauteuils, c'est-à-dire des ouvriers qui ont pour spécialité la fa* brication des sièges de salon. Fondée le 16 novembre 1848; elle compte actuellement trente mois d'existence.

Les déplorables journées de juin avaient suspendu la vie industrielle dans le faubourg Saint-Antoine. Chacun en était à provoquer des combinaisons nouvelles pour secouer cette paralysie qui menaçait les patrons eux-mêmes d'anéantissement. A ce point de vue, on peut dire que le décret qui ouvrit un crédit de trois millions pour rencouragement des associations fut un acte d'utilité publique. Les tentatives, qui furent innombrables, ranimèrent le faubourg. Dans la plupart des métiers, un registre d'appel fut ouvert afin de connaître les personnes disposées à travailler de concert. C'est ce qui eut lieu dans la corporation des menuisiers en fauteuils. Sur 600 ouvriers de cette profession, 400 se firent inscrire.

Les moyens d'exécution manquaient pour utiliser tant de bras. On convint donc de commencer sur une petite échelle, sauf à augmenter successivement le nombre des sociétaires, en tirant au sort les noms inscrits sur le registre d'appel. Ceux qui avaient le plus de foi et d'ardeur formèrent le premier groupe. Chacun fut invité à faire son apport tant en espèces qu'en outils. Dç compte fait, et après avoir vidé toutes les bourses, il se trouva une valeur de 369 francs en outils et 135 francs 20 centimes en argent. Voilà le point de départ : capitajl social : 504 francs 20 centimes !

On répartissait à cette époque les trois millions votés en faveur

U» mmUlSIBIlg BN FADTIDU^. 61

des associations d'ouvriers. La demande des menuisiers ne fut pas admise , et ils en sont aujourd'hui à se féliciter de cette rigueur. Dans plusieurs entreprises, les ouvriers, pourvus inopinément d'un capital, ne résistèrent pas à la tentation de se monter sur un grand pied. Les menuisiers, au contraire, condanmés à vivre au jour le joar, firent un rude apprentissage qui leur a porté profit. Le bon goût et le bon marché dans l'exécution, l'exactitude dans les four* nitures; élargirent peu à peu les débouchés , si bien que l'association est aujourd'hui un grand établissement. Son existence était assurée, lorsque l'État lui tendit la main. Elle reçut en deux fois une avance de 25,000 francs, remboursables en quatorze ans, et à rair son de 3 fr. 75 c, dont 3 fr. pour l'État et 75 c. pour frais d'inspection. La société avait demandé 30,000 fr. Or, la loi du 5 juillet 1848 a prescrit qu'au-dessus de 25,000 fr., l'argent prêté aux associations porterait 5 OiO d'intérêt. Les ouvriers, réunis en assemblée générale, ont déclaré ne vouloir pas emprunter à plus de 3 OiO, comme les grands banquiers, et ils ont réduit leur demande.

Le personnel de l'établissement comprend actuellement i90 à 90O employés ; mais tous ue sont pas encore admis définitivement. Les sociétaires en titre sont au nombre de 108, savoir : 90 menuisiers, iS sculpteurs, 6 mouluriers; mais une dizaine d'admissions nouvelles vont avoir lieu. On occupe, en outre, une classe flottante d'environ 80 auxiliaires employés temporairement : ce sont des scieurs de long, des sculpteurs, des tourneurs et une vingtaine de Ternisseuses qui travaillent à domicile.

La direction est élective : elle se compose d'un gérant, dont le nom représente la raison sociale, et d'un conseil de huit membres entre lesquels les fonctions importantes sont partagées. La distribution et la surveillance du travail dans les ateliers sont confiées à des contre-maîtres également choisis par leurs pairs. 11 y a un eontre-maltre pour trente hommes. Le personnel de la direction a subi peu de changements jusqu'à ce jour. L'association a eu le bonheur de rencontrer, dès l'origine, des membres assez intelligents et assez désintéressés pour qu'il soit difficile de leur contester l'autorité. Le moyen de refuser sa confiance à des hommes qui déploient plus d'activité, disons le mot, plus de génie industriel qu'il ne leur en faudrait pour assurer leur fortune dans les conditions ordinaires, et qui pourtant se contentent d'un salaire égal à celui des ouvriers leurs collègues ! Au surplus, si le zèle désintéressé est un mérite, il

6S Utt ASSûGUTIOBIft OIIVRIW]».

y # de la ptrt des simplas «ooîétoife» qq màrite noi) mND& riiriB à donner reBLemple de la déféeence «ntre éf^xnx*

Le travail eit payé aiix pièces, d'après àm ^9Mihli^^^i^ ^a ^ semblée générale. Les prix sont €X)inbiiiés de Mie wA^ ({^ ^ salaire peut Tarier entre 3 et€ tente p«r jopr, m}W ïk^Js^^^^ ^ Faflsiduiié dit tnmjUeiir. La moyonoe géoériÂ^ d¥ «alftif^, pou^ tons les employés iadtstinoleiMnt, tetemes o« et^torpcis, ^at <^ 33 fr. per (fuiasaine ; mais ks hommes as$(K^ toHfjnwt inayeDr aem«it4i5fr.,goit Sfr.nie., p» i^r é'mënté.fkmm s'eng^igei fotirniir iao heures par quioBaine : c'est h moyenne de iO h^m par jour. Gba^ue heure de défteîA i«ii^de9spii»$ M mui^^i pns^erit, et «Me excuse valable, reodledéKiKtuantpaflsiblQ.d'mQfraeQdedi i& cent, par heure ajtNlesaoïis de trente heurm, «t de 45 cent quand les absenees de la qainicûae dépessent la valeur de troii jouns^ H^serail permis de compléter la quiniMioe en traw|Qa«it mu heures par jow; mais, muMà de cette Uesite, le hn^nail ne copopt^ plus pour le tempede préH^nee» U feut voir dans oeMe pAplîe M rèflenKssAïune henneiiee iteniaUite pow abehr te» bmeste babttude du hmiu

On jugi^a du dévefctppement^ qu'a pris l'eissMtetion pari- e«Q place* ment qu'elle eicoupe dt^à^^quiofe h:iif9u{8t pas^wsece^La eité labo»rieuse 4iu'4)n eppelle «padestei^^eiiiit te» coar j^oitTtosapb ( i) deesiB» un parâ)l^gmi«me^dieint te piwl^ng^ment «et ceto^déRaUe c il eif égdîim fvof(mAm^ awdewitens de te oeur diA LçwHrie* Kh bîeal les menuisiers en fauteuils peijiiiieiiit laîvele to«r du bfttkneet sans spBtir de teîui^ ateUers et de teu);s migasim. Us payent^d^ prè^de 5,B<M){r. d^ lajier, et on entrevoit 4e pr^oebaips déneloppammite' L'ambUipii de te société s^^ de l9H)e eonair^wre un batoe^t spé* cial, disposé de manière à réunir plusieui» asseetetiens. On a ^^ m\é quf réc;onointe sar les loyers amiorljratt, dans une pémdc as^K cowte, les avances pour la constru^Hoa^

Nous avons ¥u que l'apport e^ outils .de^ pr^f9À$»S «^eooiés a éM ^tmé à 369|F^jQ£^. ^jourd'bMi (38 niai imi), tenwblériel d'explo^ talion app-sM^ten^nt k l'établisseoient et fiiisant paiiie de l'avoii; sor ciel s'élève à 5,713 fr., au prix coûtant; mais, a>mme eea ustensiles opt été acquis successivement, et en pro^aAt au j wr le jour

(1) Boe de QiaroBfde, 5, fiuboarg SaintnAiatoifte.

LE8 KflHIHSlRlIft KH CA»n01I«, 63

des boiiii68 oecasiûBft, on aaftpcMi que w matériel reiiré^aoie Moe valeur eCfeoliyt d'aq méim 10^000 fr.

Le damier iaveataire, ayrèté en data 4m t^ janYÎer 49KI» A v^ sente à Faotif les résultats auivaBla :

Caisse. %im M

Mirokandlaat géaémles. 991,99^ a

Blaiéi^l , . . . , 5>W^

E|Çet9 à recouTrer 1,775 S5

Comptes impersonnels 1,S79 40

Débiteurs divers ta,e45 75

Le passif se décomposait amsi :

Effets à payer 3,393

Crédits divers 11»891 88

Dettes impersonnelles (fonds d^association» cvôanees

de l'Étal, retenues, oaiise <te ^efipiirs) 97,119^ 41^

^ l^élM^A^e neit qnoDtalt dppc à S(9,17|i 7P

U airait éité payé en outre, à des sociétaires <{ui s'étamA rétines aYant ceite époque, une somme d'imiûrpii i,iOO tts, égate«ient prélevée sur les bénéfices.

La progression parait devoûr se soutenir pendant Yn^^fciç» courant. Le compte de sortie des marchandises, pour les quatre premiers mois de lfi5i , s*élè.ve à 66,849 fr. 65 c. Pendant cette mâme période, il a été distribué en salaires^ 48^14 (v. 30 cent La paye de chaque quinzaine exige un déboursé Mêh 7,A0O francs.

Les ehiffres du salaire et la chance â'uae i^nbetpàtion. an é wntualités heureuses ne sont cependant pas m qui séduit le plu^ Toa* vrier. Le fléau delà plupart despr^fessioiiis, c'est )ç chdfnage» pendaot lequel le salarié dévore tristemm»t ses épargnes ou contracte des dettes qui engagent son avenir. C'est surtout contre cette fatalité du chômage que l'association a été dirigée. Eh bien, les m^ujisiers en fauteuils, qqi chômaient habitueUement pendant trois wm de l'année, n'ont pas connu de morte saison depuis qu'ite >$a «sont associés. Trois mois de travail et de salaire, c'est pour cbaqv^ Wénage S130 à 300 fr. de plus par année : mieux encore, ic'ost la r(^g^larité dans les hahiiLudes, le calm^ de 1 f^prit» la sai4é.

Les menuisiers en fainteuils, wvi» oo^stato^S le lait> sont if^mw. qui ont le plus contribué à résoudre le problème qui désespère les économistes. L'instinct de la conservation personnelle a été plus clairvoyant que la science. Dans les conditions ordjinaires, le chef

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industriel, faisant valoir un capital qu'il se procure à grands frais, travaille le moins possible à l'avance. Un très-petit fonds d'assorti^ ment lui suffit, et il attend les grandes commandes, sur lesquelles roule sa spéculation. Lorsque arrive ce qu'on appelle en termes d'atelier une poussée, il recrute tous les ouvriers disponibles, allonge la journée, force le travail. L'important pour lui est de faire livraison dans les délais voulus. Pendant ce temps, l'ouvrier s*épuise par un surcroit de fatigues et de besoins qui absorbent ce qu'il y a d'exceptionnel dans son salaire. A mesure que s'achève la période des expéditions, l'activité se ralentit : on commence à congédier les ouvriers. Alors il s'établit entre ceux-ci une concurrence qui tend à l'abaissement des salaires, tout en ne préservant de l'inaction qu'un très-petit nombre d'entre eux.

Une association d'ouvriers qui n'a pas pour but d'enrichir exclusivement le capital, travaille sur d'autres bases. En possession d'un fonds de réserve qui s'augmente sans cesse par la capitalisation d'une partie des bénéfices, le moyen le plus sûr et le plus lucratif de le faire valoir est de préparer, pendant la morte saison, le travail des bons mois. C'est ce que font les menuisiers en fauteuils. Ils traversent les mauvais jours de chômage à débiter et à dégrossir les bois, conduisant chaque pièce à un degré d'achèvement convenable pour rester maîtres, quand il sera temps, de terminer les meubles dans le dernier goût. Il y a double avantage dans ce système. Nonseulement on entretient dans les ateliers une activité régulière, mais, quand les commandes arrivent, on est en mesure de les remplir, sans exténuer les hommes, avec une célérité qui a été jusqu'ici une des conditions du succès.

Résumons les faits. Des ouvriers qui n'ont pu réunir en s'associant, il y a vingt-deux mois et demi, que 504 francs et 4 sous, occupent actuellement un loyer de 5,500 francs. Ils ont travaillé constamment, à des prix dont ils sont satisfaits, sans subir, comme précédemment, trois mois de chômage, ce qui a augmenté le revenu de chaque famille de 250 à 300 francs. Enfin, si la liquidation était faite aujourd'hui, les bénéfices nets, tant en outils et en matériel qu'en argent, produiraient une somme de 35 à 37 mille francs, à partager au prorata des services rendus (1).

(1) On remarquera que dans le passif du dernier bilan, les ouyriers sont créanciers sur eux-mêmes d'une somme d'environ 12^000 fr., qui serait ajoutée au bénéfice net en cas de liquidation.

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