ACTIF
Caisse el portefeuille 933 70
Matières premières et marchandises fabriquées
(estimées avec déduction d'uD dixième). . . 1S,997 S2
Outils et mobilier l,3it iO
Débiteurs étrangers (commerce). 2,544 15
— • sociétaires (cotisations) 394 05
Si,31i 12 PASSIF :
Effets et loyer à payer 1,685»
Créanciers par comptes 3,39i iS
Créanciers sociétaires 1,587 12
Caisse de secours 6t7 50
L'excédant de l'actif sur le passif fait donc ressortir un capital net de i 6,977 fr. 08 c.
Pour trouver le bénéfice partageable, il y a à défalquer de cette somme ; i" le montant des apports des sociétaires, jusqu'au 34 décembre, à raison de 30 fr., soit 2,220 fr.; — 2« un sixième destiné à Taccroissement du fonds social, 2,459 fr. 51 c; — 3* un autre sixième, attribué à la caisse de secours, soit encore 2,459 fr. 51 c. Après ces défalcations , il reste une somme de 9,838 fr. 06 c. à répartir entre les bénéficiaires, au prorata des journées.
Or, depuis la création de la société jusqu'au !•' janvier 1851, le total des journées de travail s'élevait à 24,981 jours et 4 heures, y compris 386 journées de maladie. Tout compte fait, le dividende at-
86 LES ASSOClATIOlfS OCYRltREg,
tribué à chaque journée a été réglé à franc 39 centimes 381 millièmes de centime, ÂTinventaire est annexé le tableau nominatif des ayants droit) avec le conf>pte des journées de travail fournies par chacun. Ce« faits ressorteot d'une comptabilité tenue, en main courante, piir Tun des gérants, et, en parties doubles, par un employé spécial qui est sociétaire. Nous ne croyons pas que Tart de la comptabilité commerciale ait jamais été poussé plus loin.
Depuis c€lt« époque, la progression ne s'est p^s ralentie. L'inventaire du i«' semestre de i851 présente à l'actif un total de 37,1S(5 fr. iâ c^^En décomposant le passif, on trouve que les dettes envers les tiers s'élèvent seulement à i0,6% fr. 09 c. L'excédant, c'eit-àdire une somme de 26,539 fr. 04 c, représente les économies réalisées et le capital acquis à divers titres.
Nous avons sous les yeux un nouveau relevé des opérations des cinq premiers mois de i85l (janvier-mai inclusivement). Pendant celte période, le nombre des journées, ou plutôt des heures de travail, s'est élevé à 9,162 jowr^ et une heure, et la somme des salaires payée pour ce travail à 26,433 fr. 34 c; c'est une moyenne de 2 fr. 88 c. et 1/2 par journée, somme qui, étant gagnée sans interruption, sans chômage, dépasse probablement ce que les ouvriers ordinaires ont dû réaliser avec un salaire plus fort, mais irrégulier. Pendant cette période de cinq mois, on a vendu 9,317 chaises, et on vient d'acheter pour 14,005 fr. de bois d'approvisionnement. La cour, encombrée de grands arbres, avait dernièrement l'apparence d'un chantier.
L'outillage se complète et se perfectionne chaque jour. On parle de faire construire certaines mécaniques qui simplifieront le travail. Contraste bien remarquable I l'ouvrier, qui a horreur des mécaniques quand elles lui font concurrence au profit d'un patron, commence à apprécier ces mêmes mécaniques lorsque, dans Fassociatîon, elles travaillent à son profit.
Nous nous attendons à une objection. «Malgré les beaux résultats que vous signalez, va-t-on nous dire, les bons ouvriers travaillant dans une entreprise particulière gagnent plus que ceux qui sont associés. » Ceci demande éclaircissement.
Les ouvriers travailiaut aux pièces chez les patrons pourraient gagner jusqu'à 5 et 6 fr. ; mais cela n'arrive qu'exceptionnellement, dans le coup de feu des fortes commandes, à la condition de travailler quatorze ou quinze heures, et avec la perspective de voir bientôt réduire les prix ou congédier une partie des ouvriers. — Dans
LBS tOORlfKCHS EN CHAISES. S7
rassociation, on nt gagne, jusqu'à présent, que i fr. 50 ou 3 fr., mais on ne travaille que dix heures, on ne craint pas le chômage, on a des secours en cas de maladie, et on participe aux bénéfices nets, dont les deux tiers doitent augmenter les salaires quotidiens.
Actuellement, ces bénéfices ne donnent pas lieu à partage, parce qu'on les immobilise pour améliorer le fonds commun ; mais quand le matériel et les approvisionnements seront au grand complet, le dividende en espèces augmentera notablement le revenu de chacun. Ajoutons d'ailleurs que le tarif des journées sera élevé dès qu'on croira pouvoir le faire avec prudence.
Les membres des conseils de famille et de surveillance ne sont pas rétribués extraordinairement. Les gérants, entraînés à quelques dépenses par leur contact avec le public, reçoivent 3S c. par jour, en sus du maximum de la journée. L'expérience a démontré que cette allocation était insuffisante; mais la société, craignant d'établir un mauvais précédent en modifiant ses statuts avant l'époque de la révision légale, accorde provisoirement une petite rétribution mensuelle que les gérants se partagent.
Quant à la discipline des ateliers, ce que nous en pourrions dire ne traduirait que faiblement l'impression qui nous en est restée. Mieux vaut laisser parler les faits. Il suffira de transcrire trois articles d*\iïïrêglement d* intérieur, délibéré et voté en assembléegénérale:
Article tO. « Topt associé qui se sera rendu coupable de violences ou d^ Vjpies de fail envers un ou plusieurs des associés, sera passible d*une amende de 1 à 5 fr. Les cas de récidive pourront entraîner Texclusion. Tout associé qui aura injurié an de ses camayades sera puni d'une amende de 19 cent, à i iV. »
A-t-on eu occasion d'appliquer souvent cet article du règlement? — Pas une seule fois.
Abticlb II. « Tout sociétaire se présentant en état d'ivresse, sera passible d^ttae ameiide de 1 franc pour la première fois, et de 2 francs pour la seconde. Di^ cas de condamnation entraîneront Texclusion de la société. »
Y a-t-'il eu, oon pas des exclusions, mais seulement des amendes prononcées pour fait d'ivresse? — Le fait est sans exemple.
Aeticlb 12. «Tout associé qui aura tracé sur les murs des ateliers des Images obscènes, sera pnni peur la première fois d'une amende de 50 centimes, et, par récidive, sera rappelé à son devoir, en présence de tous les associés. «*- Il en lerà de même pour tout associé qui, durant le travail, aura tenu des propos licencieux; tout acte contraire aux bonnes mœurs, commis dans Pinlérieur de rétablissement, donnerait lieu aux mêmes pénalités. »
Il n*y a pas encore eu une seule condamnation pour des faits de ce genre l
On remarquera le sentiment de haute moralité qui, dans Téchelle des peines, met la simple réprimande au-dessus de Famende pécuniaire. L'aristocratie disait autrefois : a Noblesse oblige. » Les ouvriers, qui se donnent entre eux le titre de citùyens, sentent vivement à quoi oblige cette noblesse démocratique.
Parmi des hommes en qui le sentiment de la dignité personnelle se développe à ce point, une des principales préoccupations devait être Torganisation des secours en cas de maladie, afin d*éviter la triste perspective de Thôpital. Pendant la misère des premiers jours, on ne put établir aucune règle. Quand on annonçait la maladie d'un sociétaire, on faisait la quête dans les ateliers, et chacun donnait ce qu'il pouvait. On exerça ensuite des prélèvements réguliers, et de plus en plus forts, sur les salaires. Enfin, le i**' janvier 1850, on inaugura un système normal de secours. Une caisse tenue par le conseil de famille reçoit des cotisations mensuelles et obligatoires de 4 fr. 50 c. de la part de ceux qui gagnent â fr. 50 c. par jour, et de â fr. de la part de ceux qui gagnent 3 fr. On y verse en outre le sixième des bénéfices sociaux. Les secours sont distribués également malgré l'inégalité des cotisations.
Au moyen de ces ressources, on procure au malade la visite du médecin, les médicaments, et, de plus, un minimum de â fr. par journée de maladie. Ce n'est là qu'un minimum, disons-nous, car le conseil est autorisé à prendre en considération le degré d'aisance et les charges de famille, et il augmente les secours quotidiens suivant les besoins présumés des malades. Or, ces gratifications ne sont pas sans importance, la moitié des sociétaires étant mariés et chefs de ménage. Â l'heure où nous écrivons, la caisse de secours, malgré l'assistance qu'elle a donnée depuis le l*"" janvier, possède, en espèces, 4,824 fr. 51 c. Nous avons dit que lorsque l'association s'est formée, il y a deux ans et douze jours, elle n'a pu réunir, en tout, que 313 fr. Quelle leçon dans le simple rapprochement de ces deux chiffres I
Voilà, certes, des résultats bien beaux, bien rassurants pour l'avenir! Comment les a-t-on obtenus? Sans s'en douter, un des gérants a laissé échapper le grand secret devant nous : a On ne peut mener les hommes à bien qu'en les prenant par le cœur. »
rx.
LES GORROYEURS.
Nous avons vu jusqu'ici des associations se former au sein des professions où la main-d'œuvre domine, et qu'on peut exercer, à la rigueur, sans des avances de fonds très-considérables. Les détails que nous avons à donner en ce moment concernent une industrie à gros capital, un genre de fabrication qui ne peut prospérer qu'à la condition d'être combinée avec un courant de spéculations commerciales sur les matières premières.
L'industrie des cuirs et peaux occupe, dans le département de la Seine, environ 5,000 ouvriers. Cette importante corporation se subdivise en quatre groupes : les tanneurs, qui font passer les peaux brutes à l'état de cuirs ^ les mégissiers, qui livrent au commerce les peaux basanées; les maroquiniers, et les corroyeurs, qui préparent les cuirs à l'usage de la cordonnerie et de la sellerie. Cette dernière spécialité, aussi nombreuse que les trois autres, occupe environ 2,500 ouvriers. On y pourrait compter 200 patrons, si l'on comprenait dans ce chifiTre une foule d'ouvriers patentés qui spéculent sur le labeur d'un ou deux auxiliaires; mais il n'y a qu'une vingtaine de manufactures dignes de ce nom, entre lesquelles on distingue quelques maisons placées en première ligne dans l'estime du commerce parisien.
Les corroyeurs, à ce qu'il nous a paru, ont eu moins à se plaindre que la généralité des ouvriers. Peu nombreux, par rapport aux besoins que leur industrie doit satisfaire, ils ont su résister à l'abaissement des salaires ; les mortes saisons, qu'ils traversent deux fois par an, ne leur infligent pas même des chômages complets. Il est à noter, toutefois, que l'année i847 a été exceptionnellement désastreuse pour eux, comme pour la plupart des autres corporations, et. que le commerce des cuirs ne s'est relevé qu'en 4848, en raison des grands équipements militaires ordonnés par le Gouvernement provisoire.
Après le vote mémorable du 5 juillet, un assez grand nombre d'ouvriers corroyeurs et selliers se concertèrent pour demander un subside de 50,000 fr. sur les fonds votés par l'Assemblée constituante. Un refus sec et net, tel fut leur lot, comme celui des associa-
90 LBS ASSOCIATIONS OUVRIÈRES.
lions qui devaient le mieux réussir. On n'abandonna pas pour cela les projets d'émancipation. La graftde affaire fut mise à Tordre du jour et y resta depuis le 13 septembre 1848 jusqu'à la fin de Tannée. Les adhérents, dont le pambre «'élevait alors à 5 ou 600, se réunissaient le dimanche en assemblée générale. Un comité nommé au scrutin devait siéger quatre fois dans le cours de la semaine, avec mission de communiquer à Tassemblée suivante le résultat de ses études. Les bases d'établissement ayant enfin été admises, une société se déclara constituée à partir du i*' janvier 4849, et prit le titre A* Association des manufacturiers des cuirs et peaux de Paris.
II est de tradition, dans la corroierie, que le capital de fondation doit être, au minimum, de j,000 (r. par ouvrier. Or, il n'y avait peut-être pas, parmi les adhérents, un seul ouvrier qui pût disposer de celte somme. On abaissa donc l'apport social à 100 fr., soit en argent, soit en outils. Ce premier fonds n'étant pas suffisant pour occuper tous les fondateurs, il fut convenu que la plupart d'entre eut resteraient dans les maisons particulières jusqu'au jour où les développements de rassociatton permettraient de les utiliser. Les associés fondateurs, au nombre de 74, ne purent pas tous compléter leurs cotisations. Ils ne parvinrent à réaliser qu'environ 3,300 fr. en outils, et 2,700 fr. en espèces. Mais, à défaut d'argent, chacun d'eux apportait les vrais instruments du succès, la foi dans l'avenir, r énergie au travail, la confiance réciproque.
Les frais d'installation et les achats indispensables ayant absorbé immédiatement Targent qu'on avait en caisse, on essaya de vivre au jour le jour par la vente au détail. A peine a-t-on répandu quelques adresses dans le voisinage, qu'un pauvre cordonnier accourt sans autre besoin que celui de vider sa poche pour aider l'entre^ prise nouvelle. Le peu de marchandises qu'on a n'est pas encore vendable. Il n'importe : le cordonnier ne veut pas se retirer avant d'avoir étrenné l'association, et il insiste pour qu'on lui coupe, dans une peau à peine préparée, un morceau de cuir qu'il paie 33 sons. Voilà le point de départ. Ce brave homme a le droit de croire aujourd'hui que son étrenne a porté bonheur. L'association a fait. Tannée dernière, pour 323,000 fr. d'aflïiires, et elle se flatte d'arriver, pendant Texercice courant, à un chiffre beaucoup pins considérable:
A cette première époque, quatre sociétaires seulement trouvaient à s'occuper. Bientôt après, on commença le cambrage des tiges, et il y eut de la besogne pour huit personnes de plus. Peu à peu on
Lis êoRJ&oniits. %î
àffgâfiisa des ateliers pont la fftbricàtioh des cuirs vernis : à ces opératioi^, qui sont le fond du métier, on adjoignit le commerce dès gros euirs, et même la confection des principaux articles de sellerie et de bourrellerie. Au surplus, le meilleur moyen de faire apprécier le mouvement progressif des affaires est de mettre sous les yeni du public le relevé des ventes trimestrielles depuis Torigine de rétablissement :
TbrTCS 1»C L*AffIféE 18i9 tS50
Premier trimestre 14,081 iO,6îlS
Deoiième trimestre. 39,^60 iftaSi
Troisième trimestre 36,979 . ef),54i
Onatrième trimestre 44,531 66,SdS
Total des ventes de 1849 1«4,851
-^ deisso Mi,
Les bénéfices nets et partageables, en 4850, se sont élevés à 3,693 fr. 79 cent.
Défiant toutes les concurrences pour la qualité des produits, assurée d*un crédit qui lui permet de profiter des éventualités favorables, Vaseociation espère que la progression se soutiendra, et jusqu'à présent, les premiers mois de 1854 n'ont pas démenti ses espérances.
La société a pour siège principal un immeuble de bonne apparence (1), qu'elle loue en totalité, au prix de 2,000 francs. On n'y sent déjà plus la pénurie d'une création récente et laborieuse. Une petite maison, sur le premier plan^ renferme les magasinset les buremn* Au-delà d'un jardin se développent d»ux ailes de bâtiment qui se rejoignent à angle droit : ee sont les aielters. On a fait con** stroire, en outre, un petit laboratoiro pour les vernis.
La forme commerciale adoptée est celle de k société collective. Tous les associés sont réciproquement responsables. Toutes les dé-« daîons sont prises à la majorité des vdIk.
Le nombre des associés, tant corroyeurs que selliers , était dernièrement d'environ 80 : il s'est trouvé réduit à 68, à la suite d'un incident dont nous parlerons plus loin. Au mois de janvier dernier, l'admission de 48 sociétaires nouveaux a fait remonter le nombre de$ membres à 86. Tous les titulaires ne sont pas occupés constamment dans l'établissement. Il en est quelques-tuns qui, de temps eq temps, travaillent pour d'autres maisons, sauf à reprendre leur place dans les ateliers de la société, quand l'intérêt général l'exige.
(t) Ateliers à Balignolles-Monceaux, rue de la Terrasse, it>, et dépôt à Paris, rue du Renard-Saint-Sauyenr, 7.
92 LES ASSOCIATIONS OUVRIÂRES.
Le travail est rétribué selon les usages et les tarifs des mdlleures maisons. Certains ouvriers , payés à la journée, gagnent 24 fr. par semaine ; d'autres , payés aux pièces , peuvent élever leur salaire jusqu'à 6 fr. par jour.
Les bénéfices sont attribués indistinctement, par portions égales et par tête. Jusqu'ici , les salaires et les béùéflces n'ont pas été touchés intégralement. Chaque travailleur a dû régler ses besoins sur l'état de la caisse, en restant créancier de la société pour le surplus de son contingent. 11 a fallu se contenter, pendant les premiers mois, de 12 à 15 fr. par semaine. On touche actuellement le salaire complet, moins dix pour cent, retenus pour l'enrichissement du fonds social.
L'inventaire arrêté en date du 31 décembre I8S0 a présenté les résultats suivants :