PASSIF
Règlement en circulation 33,2 i5 95
Créanciers par comptes 12,390 20
Créances des sociétaires 21,588 40
Loyer 2,369 08
Capital social 9,794 25
ToUl du passif 79,387 88
Le capital social s'est augmenté, en 1851, de 1,800 fr. par l'ad* mission des 18 nouveaux membres. Les créances des sociétaires proviennent de la capitalisation des bénéfices, des retenues quotidiennes sur les salaires, des cotisations des adhérents, non employés et, par conséquent, non salariés. En outre , quelques sociétaires sont créanciers de l'établissement pour des sommes qu'ils ont prêtées volontairement et auxquelles un intérê t de 5 0(0 est attribué. Ces diverses sommes constituent le fonds de roulement. Bien qu'elles figurent au passif, elles ne sont pas des dettes effectives, puisque les sociétaires se les doivent à eux-mêmes. Elles sont, au contraire, leur bénéfice accumulé. En résumé, l'avoir collectif, qui, au début, était inférieur à 6,000 fr., doit représenter actuellement une valeur de 40,000 fr., consistant en matériel, marchandises et créances commerciales.
Le personnel administratif se compose de trois commis aux ventes et achats, d'un caissier, d'un teneur de livres et des chefs
LES GOREOYEUES. 93
d'atelier. On n'alloue aux chefs d'atelier que la moyenne de ce que gagnent les ouvriers soumis à leur direction, et aux administrateurs que la moyenne de ce que gagnent les chefs d*aielier. Les élections, pour le choix de ces fonctionnaires , ne sont pas périodiques, suivant le mode en usage dans la plupart des autres associations. Nommés pour un temps indéterminé, ils sont immédiatement révoca* blés. 11 suffirait du mécontentement d'un associé pour provoquer une réunion d'atelier, et Tatelier, s'il, appuyait la plainte, convoquerait une assemblée générale dans laquelle le remplacement serait prononcé, s'il y avait lieu. Depuis vingt-neuf mois que la société existe, les mutations ont été très-rares.
Une crise qui aurait pu devenir une occasion de ruine n'a servi, au contraire, qu'à montrer la vitalité de cette organisation. On remarquait, il y a de cela huit à dix mois, qu'une dizaine de sociétaires cherchaient à s'assurer d'une majorité dans le but probable d'usurper l'influence. On coupa court à leurs menées en leur adressant de franches interpellations en assemblée générale. Les opposants déclarèrent qu'ils n'étaient pas d'humeur à subir des remontrances publiques, et qu'ils préféraient sortir de la société. On les prit au mot. Leur avoir social, qui s'élevait déjà à 9,000 fr., leur fut immédiatement remboursé. Depuis ce moment, l'association a retrouvé sa liberté d'action, et son harmonie fraternelle.
Toutefois, la société resta longtemps sous l'émotion de ce regrettable incident, et, pour en prévenir le retour, elle introduisit dans ses statuts deux modifications importantes. Il fut décidé que les membres sortants, soit qu'ils fussent expulsés , soit qu'ils demandassent leur retraite, ne pourraient exiger le solde de leur compte avant un délai de six mois; et, pour neutraliser les cabales, on institua un conseil de famille , composé de sept membres actifs et de deux membres supplémentaires, qui prennent séance une fois par semaine. Jusqu'alors, la société des corroyeurs avait cru pouvoir se passer d'une magistrature disciplinaire.
Une question importante, celle de l'apprentissage, va être mise à Tordre du jour. Beaucoup d'ouvriers se souviennent d'avoir coûté à leurs familles une assez forte somme, et donné cinq années de leur temps pour apprendre leur métier. Il n'en sera pas de même dans l'association des corroyeurs-selliers , où l'oa professe le principe de l'éducation gratuite. Lçs jeunes apprentis, fils de sociétaires, travailleront sous les yeux de leurs pères et seront payés aux pièces, suivant le tarif commun. Us atteindront ainsi la majorité sans avoir
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été à charge à leur famille , et avee un capital suffisant pour les exempter du service militaire. — Après les fils des sociétaires, Tassociation étendra aux enfants d'étrangers le bénéfice de lapprentissage gratuit.
Jusqu'ici laitance n'a eu d'autre règle que Teffasion du sentiment frciterneU l^'état de la cai^e a été \^ véritable mesure des secours^ Ainsi , dernièrement» un sociétai^^ ^^wi péri par accident, une somme de 100 fr. a été votée pour la veuve, en attendant qu'on avisât ^x nlOïep^ d'assurer son sort.
Il n'est pas étonnant que le grand problème des secours mutuels préoccupe moins les corroyeurs que les autres ouvriers associés. L'avenir n'a rien de mena^mt peureux. Pendant que leurs bénéfices se capitalisent, ils trouvent moy^n d'augmenter leur salaire» déjà fort convenable, en appliquant à l'achat des* vivres le système de l'association. Chacun fait à tour de rôle les fonctioifô d'économe. Les denrées sont achetées à des prix qui permettent d'offrir deux repa^ solides et une collation , avec un demi^litre de vin à chaque fois, pour 1 fr. 40 c. par jour. Les célibataires font table comoaune au nombre d'environ ii : les hommes mariés obtiennent à prix coûtant le vin et la viande qu'ils consocnment dans leurs ménages. Tout est facultatif dans cet arrangement, et chacun, bien entendu, reste libre de se gouverner selon son intérêt ou son caprice.
Au retour de notre dernière visite chez les corroyeurs Msociés, . •— sous l'impression qu'avsdt faite sur nous cette famille laborieuse, épanouie, flère de Taisanee et de la Hborté qu'elle a au conquérir, impatiente d'app^er d'autres travailleurs au partage de son bienêtre, *«-il nous revint en mémoire qu'au siècle dernier, pour deven nir corroyeur à Paris, il fallait d'abord acheter un fonds privilégié, comme on achète une étude de notait^, et ensuite payer au roi 660 livres, pour obtenir des lettres de maîtrise. Le mattre ne pouvaM engager qu'un seul apprenti à la fois, et comme l'apprentissage était de cinq ans, il ne formait dans toute sa carrière que quatre ou cinq compagnons : le nombre des ouvriers se trouvant ainsi limité à i|ualre ou cinq par maison, le titre d'ouvrier devenait à son tour un privilège. Pour conquérir ce droit si simple et si juste d'améliorer son sort par le travail, il n'a pas fallu moins que deux grandeis commotions sociales, et deux assemblées constituantes, en 1789 et en 1848 1 Avouons que les révolutions n'arrivent pas sans cause, et qu'elles ont leur bon côté.
ASSOCUTIOM POUR IiA VIE A BON MABCPÉ.
Pendant que les bonuncs d'État péf^reol et que tes théomao» difcut^nt sur le^ réformes réclamées par la sodété» d'obscofs et modestes travailleurs, sans autre ambition que celle d'améUarer leur sort, ont accompli en ces derniers mois une expérience sans précédents, une sorte de phénomène dans l'ordre économique et commercial.
Les sociétés de secours mutuels sont très multipliées à UUe^ on en compterait plus de cent, dont quelques-unes ont une origine très-ancienne. Fondées sur le type généralement connu, elles ont pour but principal Tassistance réciproque en cas de maladie : rare* ment elles ont le moyen de venir en aide, d'une manière permanente, aux infirmes et aux vieillards. Au lendemain des grands jours de Février, ces sociétés comprirent instinctivement que le cercle de leur action devait s'élargir. Les citoyens zélés et intelligents qui les dirigeaient se rapprochèrent pour élaborer divers projets d'amélioration. Une idée qui fut chaleureusement accueillie fut. celle de centraliser les petits achats des pauvres, afin de les faire participer au rabais et aux remises qu'obtiennent, en achetant en gros , les maisons riches et lès établissements publics. Celte Iut spiration donna naissance à la société de IffwnaniUi qui fut déclarée constituée au mois de mai 1848, entre une vingtaine de travailleurs.
La pensée dont le germe avait été fécondé en Février ne devait pourtant donner que des fruits tardifs. Le premier traité fait avec un boulanger date seulement de janvier 4849. A cette époque, la cotisation hebdomadaire nécessaire pour solder les frais généraux était trop faible pour alimenter le fonds de roulement, et, si faible que fût cette cotisation, elle était encore trop forte pour que des ménages peu nombreux fussent dédommagés par leur part dans les imperceptibles bénéfices que réalisait alors l'associaLion*
Cependant, à la longue, le fonds social se trouva assez fort pour qu'il fût possible de tenter une expérience décisive. Des citoyens