Arch. de la Bastille
trer dans le logis de Bardin le policier prétendit qu'il venait surprendre des toiles peintes fabriquées en contravention des règlements et qu'on était censé y receler *. On pourrait d'ailleurs citer des bulles papales du xviii- siècle qui interdisent les assemblées de franc-maçons et prononcent l'anathème contre les adeptes d'une secte aux idées libérales et dont l'Église craint l'action sur des esprits jusque là dociles. Or, si l'Église prohiba également les compagnonnages et confrairies parce qu'elles organisaient des sociétés indépendantes elle ne put cependant jamais accuser les associations ouvrières de ne pas s'adonner à de pieuses pratiques, au contraire elle leur reprocha de les trop accomplir. Les compagnons vénéraient leurs saints patrons ; ce culte nous le savons, leur permettait de se réunir sans encourir de poursuites comme coupables de former des associations illicites. Aussi les tribunaux prétendaient-ils que cette dévotion était feinte ; l'intendant du Languedoc écrit en 1730 que « sous prétexte d'une fausse dévotion les compagnons font chanter une grande messe le jour de la fête de Sainte Anne et tous les premiers dimanches des mois dans l'église des trinitaires de Saint-Paul de la ville de Toulouse, après laquelle ils vont s'abandonner aux excès de débauche les plus extraordinaires... et bien loin que cette dévotion tende à un bien, elle provoque étant assemblez à prendre des résolutions séditieuses, c'est sur de pareilles motifs de cabale et de débauche que par arrêt du conseil les statuts des Porte Faix, des domestiques furent cassez qu'il leur fut fait défense de s'assembler en aucune manière et au curé de Notre Dame de leur dire aucune messe le jour de la fête qu'ils avaient choisis ». On interdit aux pères trinitaires de Toulouse et autres religieux de faire aucun service le jour de Sainte Anne. Cependant les compagnons ne pratiquent
1. Arch. de la Bastille. Cf. inventaire Funck Brentano au mot « Franc- Maçon ».
pas la religion par un pur intérêt, ils veulent qu'on assiste aux messes accoutumées. Un règlement pour les compagnons de Mâcon contient les articles suivant :
« Les compagnons seront tenus de faire dire et célébrer la sainte messe les jours de Sainte Anne et aux quatre fêtes annuels et les fêtes de Notre-Dame et les premiers dimanches du mois que l'on ne fera dire qu'une messe basse et distribuer un pain béni et à faute de cela payera 10 sols.
« Le rôlour invite les compagnons à assister aux messes, s'ils s'absentent ils payent 10 sols.
« Le rôleur ne se trouvant pas à la messe avec le pain bénit, paye 10 sols.
« Les compagnons payeront chaque jour que l'on fera dire la messe, la somme de 2 sols. »
A Bordeaux dans le registre des comptes des compagnons serruriers, on voit que chacun doit verser annuellement 5 livres pour les messes qui « sont de règle ' ».
11 faut aussi remarquer que tout compagnon qui n'assiste pas au service est tenu de payer une amende. Ainsi Jacques l'Angevin doit 10 sols pour avoir omis deux messes; Antoine Le Poitevin, Pierre le Barrois ; Dominique le Lorrain; Jean Pierre le Comtois, Michel le Bourguignon, Jean Pierre le Quercy, Joseph l'Allemand doivent 5 sols pour