‹ Les associations ouvrières au XVIIIe siècleChapitre 53 sur 119 · Voir en appendice le document n · texte numérisé non relu

Voir en appendice le document n

pcOgnons l'attendent aux portes, le blessent grièvement, ce qui oblige Woirconsin à entrer à l'Hôtel-Dieu. Parfois les rixes éclatent entre compagnons pris de vin. Ils cassent des bouteilles ou les mettent dans leur poche ainsi que du pain, ce qui leur vaut à Bordeaux des amendes variant entre deux et quatre livres. Les lieutenants de police profitent de l'occasion que leur fournissent ces excès pour enjoindre « à tous hosteliers et cabaretiers logeants gens de pied ou de cheval, en cette ville et fauxbourgs de se transporter au greffe de l'hostel de ville à l'arrivée des voyageurs qui coucheront et séjourneront chez eux pour y faire la déclaration des noms surnoms quahtés, demeure et pays dont ils sont originaires ». Les juges du présidial de la Rochelle regrettent les excès des garçons fariniers « les anciens obligent les nouveaux arrivants sous prétexte de bienvenue de payer des dépenses considérables qu'ils font pour leur compte dans les cabarets, sinon ils les forcent d'abandonner le pays en les maltraitant cruellement en toute rencontre surtout sur le grand chemin de Marans ou ils ont même quelquefois porté les excès jusqu'à ôter aux nouveaux venus l'argent qu'ils pouvoient avoir et ensuite le dépenser dans les cabarets sans que ceux auxquels il appartenait y eussent part ; que tandis que ces libertins sont ainsy livrés à la débauche, les mulets et les chevaux qu'ils sont chargés de conduire ne causent souvent des dommages dans les vignes et dans les champs qui sont le long des domaines et chemins (lorsque les propriétaires de ces domaines veulent faire quelques représentations à ce sujet ils sont exposés aux fureurs de ces gens ivres qui dans cet état ne respectent personne sur les routes) ; qu'il arrive de laque les maîtres fariniers sont exposés journellement à payer les dommages qu'on fait leurs domestiques dont ils sont responsables ». A Chartres on « défend à tous les aubergistes, cabaretiers et autres personnes de quelque quaUté et condition qu'elles puissent être de recevoir chez eux aucun desdits garçons menuisiers au nombre de plus de

trois, SOUS peine de cinquante livres d'amende et aux dits garçons de s'y assembler en plus grand nombre à peine de prison ». A Moulins le lieutenant général de police déclare que les anciens compagnons s'emparent des Arrivants et les engagent dans des dépenses considérables au cabaret... « les maitres sont obligés pour avoir les dits compagnons de leur avancer de quoi satisfaire aux dépenses qu'ils ont faites au cabaret avant de commencer de travailler ce qui renchérit l'ouvrage et par une suite nécessaire tourne à la charge du public ».

On surveille d'autant plus étroitement les propriétaires de ces cabarets que pour la plupart du temps ce sont les « pères et mères des compagnons * ». Le Père est un ancien camarade que le mariage obligea à quitter l'association ; mais en raison des services qu'il a rendus et afin de trouver un logis où l'on puisse se réunir sans attirer l'attention de la police on le prie de fonder un cabaret. Lorsqu'on veut rédiger un règlement on s'assemble chez le Père. « Nous tous compagnons menuisiers étant assemblez dans le logis du Père pour entretenir les bonnes coutumes que nos prédécesseurs nous ont laissé... » écrivent les ouvriers de Mâcon et ils prévoient les troubles qui pourraient éclater : « S'il y a quelque compagnon qui se batte chez le père ou chez la mère ou qui s'appelle pour se battre ou qu'il prenne du vin jusqu'à le rendre par la bouche ou qu'il jure le saint nom de Dieu en présence des compagnons payera pour un de ces cas 10 sols. » A Bordeaux % on punit d'une amende de 2 livres Antoine le Piémontais qui a cherché dispute à tous les compagnons et au père dans le temps de la

1. « Ces compagnons s'avisent même de s'assembler très souvent chez la veuve Rouvière qui reste près la Porte de la Sonnerie, qu'ils appellent la Mère du Devoir. » Archives départementales de Haute-Garonne, C. 150. — A Nimes, en 1754, on défend» à tous les cabaretiers, aubergistes et gens se disant père et mère desdits garçons de les recevoir ». Arch. communales.

2. Registre des compagnons serruriers. Série C, n» 3708 des archives départementales de la Gironde.

réception ; Dominique le Lorrain doit même somme pour avoir cassé le meuble du Père ; Antoine le Picard également; « il a tiré le pistolet en chambre du Père ». Dans ce logis il doit y avoir des chambres pour les arrivants. « Un compagnon pour absence de sa chambre et qui veut y rentrer payera 10 sols. » C'est aussi chez le père qu'on prend les repas; Joseph l'Avignon de Bordeaux payera 2 hvres pour « n'avoir pas pris un repas chez le père ». Mais la pièce la plus importante du logement est réservée comme heu de réunion; c'est la chambre du secret ou chambre du devoir. A Dijon c' « est une chambre haute ayant vue sur la rue ; il y a une petite armoire en forme de placard de la profondeur d'un pied et plus dans le mur proche la cheminée de laditte chambre, dans lequel placard il ne s'est trouvé qu'un petit coffre neuf de bois de chesne de la longueur d'environ un pied et demy sur environ dix poulces de largeur, fermant à clef, garny de deux charnières, lequel coffre ledit Teinturier m'a dit appartenyr aux compagnons menuisiers de laditte ville, qu'il ignore lequel d'entre eux peut en avoir la clef; sur laquelle déclaration j'ay fait enlever ledit coffre et porter au secrétariat de l'Hôtel de ville, pour estre ensuitte pourveû sur les conclusions prises par ledit sieur Sindicq et sur les réquisitions qu'il avisera bon estre pour la manutention des règlements généraux faits à l'occasion des

attroupements desdits compagnons menuisiers, etc

« Et depuys ce jourd'huy 31 dudit mois de juillet, sur l'heure de trois, en présence de M. Baudot eschevin et commissaire deputté par dehberation de ce jour, et dudit Teinturier et Louis Mondon dit Dauphiné, compagnon menuisier, qui a représenté les clefs dudit coffre. . . ouverture a esté faitte dudit coffre, dans lequel il s'est trouvé un rolle en deux grandes feuilles et demye de papier simple contenant les noms et règlements des compagnons menuisiers, en différents articles qui doivent tous estre suivys a peyne d'amande, entre autres desquels articles il y en a un par

lequel chaque arrivant est tenu de donner quarante sols dont dix sols sont payés a la boëte des compagnons, et trente sols employés a traitter les officiers principaux de ces compagnons qui sont nommés capitaine et relieur ; — une autre feuille volante sur laquelle sont inscrits les noms de quelques compagnons qui ont encourus des amandes ; — Et une demye feuille contenant les noms de ceux qui ont rendus visitte au capitaine pendant qu'il estoit à l'hôpital ; — il s'est encore trouvé dans le coffre un ecu de six livres, une pièce de douze sols, douze pièces de deux sols chacune, et quatre Hards, le tout faisant la somme de sept livres dixsept sols, qui sont touttes les espèces et papiers trouvés audit coffre, qui a esté sur le champ fermé en présence desdits Teinturier etMondon, et les clefs remises au sieur secrétaire de la chambre, dont et de quoy le présent procès verbal a esté dressé... et s'est ledit Teinturier soussigné, n'ayant voulu ledit Mondon signer, de ce enquis. lequel a déclaré que l'argent provenant des amandes et les dix sols d'embauchage de chaque arrivant sont destinés pour soulager les compagnons malades ou incommodés et fournyr aux besoins des passants et assister ceux qui sont forcés de quitter les boutiques des maîtres et d'aller plus loin. » (Signatures.) *

A Bordeaux le coffre du secret^, contient des documents de même nature : des tables où sont inscrites les amendes que doivent les compagnons avec le motif qui les a fait prononcer ; les sommes qu'ont versées les compagnons lors de leur initiation, la hste des arrivants, des camarades embauchés, le montant des secours que les pays ont versés pour un camarade à l'hôpital ou mis en pri-

Page 1