I. Roux, les papeteries du Dauphiné
ait au monde — est très intéressante et mérite bien toute la tendresse de son mari et a porté le sieur Brieu à enjoindre audit Durandeau de la respecter en le menaçant d'un coup de fusil. Le dit Durandeau l'a de plus fort provoqué en le menaçant de lui tirer un coup de pistolet * ». Il est facile
de remarquer que ce ne sont pas seulement les maîtres mais encore les compagnons qui encourent de mauvais traitements lorsqu'ils vont à rencontre des résolutions des associations ouvrières. Si le camarade est de la société il payera des amendes. On connaît les habitudes des «modes » des ouvriers papetiers. Ils imposent « dans les diverses fabriques que les ouvriers qui sont de leur choix ; en excluent les étrangers ou même les nationaux des provinces différentes, et ceux qui n'ont pas paj^é à partie d'entre eux les sommes qu'ils en exigent pour l'agrégation à leur corps ; ils imposent des amendes à ceux qui sont contrevenus à leurs conventions ou qui ont consenti à ce que leur maître exigeait sans avoir pris l'avis du corps entier; exigent diverses sommes des nouveaux ouvriers sous le nom d'apprentissage, assetage à la table, bienvenue, etc — ; prétendent avoir le droit d'introduire dans la maison de leur maître qui bon leur semble sans sa permission et malgré sa déflfense. Pour parvenir à procurer l'exclusion aux ouvriers qui leur déplaisent, ils refusent de travailler avec eux et menacent de quitter et quittent tous en même temps les fabriques dont les maîtres voudraient les recevoir et interdisent les dittes fabriques à tous ceux de ladite association. Les maîtres fabriquants qui ont passé outre et pris le parti de former des ouvriers qui fussent plus dociles, ont vu ceux de l'association qui sont employés dans les autres fabriques s'attrouper, menacer, injurier et attaquer les élèves qu'ils formaient
1, Inventaire des archives du Tarn, C.
ainsi que les ouvriers étrangers qu'ils avaient appelés ' ».
Il ne faut pas s'attendre à ce que la liberté de travail soit respectée ; l'ouvrier indépendant devra se soumettre aux volontés de l'association si elle est la plus forte, sinon encourir de mauvais traitements. Le 6 septembre 1700, on lit dans un arrêt du lieutenant-général de police du Chatelet :
« Mardi dernier Philippe Voisin, maître charpentier demeurant à la porte Saint- Antoine, qui a un atelier ouvert rue Saint-Denis à l'image saint Nicolas, où il avait trois compagnons il y en est venu une bande de compagnons armés de règles au nombre de douze ou quatorze, ont obligé violemment lesdits trois compagnons de discontinuer leur travail et les ont amenés avec eux ;
« Paul Poisson, maître charpentier demeurant à la Ville Neuve avait la semaine dernière seize compagnons ; dimanche en les payant il leur a fait entendre le contenu des règlements, ils ont tous dit qu'ils ne travailleraient point si on ne leur permettait d'emporter les copeaux et de fait ne sont point revenus
« A la place de Grève, heu d'assemblée pour trouver des compagnons et les mettre au travail, il y en a trouvé plus de soixante qui tous d'accord et d'intelhgence ont refusé de travailler à moins qu'il ne leur soit permis d'emporter les copeaux
« Défense à tous compagnons de se détourner les uns les autres du service des maîtres, de s'attrouper ni de faire aucune assemblée illicite à peine de la vie ^ »
1. Briquet. Revue de sociologie, 1891, p. 167 et 178. Voir encore Crouzei, OiJ.cif., pp. 78, 79 et 80.
2. Lamoignon, vol. 20, fol. 1089 et suiv. — Voici encore un document prouvant la fréquence des atteintes à la liberté du travail :
18 septembre 1746. — « Monsieur — J'ay l'honneur de vous rendre compte que j'ay envoyé plusieurs Mouches hier depuis 3 heures jusqu'à 8 au petit Gentilly pour y observer ce qui se passait à l'occasion des com-
Non seulement les compagnons portent atteinte directement à la liberté du travail mais ils visent encore au même but en interdisant les boutiques des maîtres qui leur déplaisent. A Toulouse « lorsqu'ils ne sont pas contents
paynons serruriers. Ils s'y sont assemblés en diffùrentcs bandes au nombre d'environ 2 ou .300, dont la plupart avaient des cannes et bâtons au bout desquels ils avaient mis des mouchoirs en formes d'étendarts et menaçaient entre eux leurs jurés maîtres et compagnons qui ne seraient pas de leur parti et que s'ils s'entendaient bien on ne leur ferai pas la loy. Il y a eu une autre assenablée à l'Arsenal où se retirent plusieurs chefs de la rébellion. Comme le nombre était trop grand jiour pouvoir choisir parmi eux les chefs j'ay pris le parti d'en faire suivre quelques-uns et de concert avec les jurés qui s'étaient faits instruire des auteurs de la rébellion nous avons été cette nuit avec le sieur commissaire de la Vergée et nous avons arrêté cinq des plus coupables, savoir : Pierre Comte dit Toulousain ou la Balafre, Louis Chevalier, tous deux mariés, demeurant dans leurs meubles.
« Ce sont ces deux particuliers et un autre qui n'est pas arrêté qui tiennent registre des noms de tous les compagnons de Paris à qui ils ont fait donner à la plupart chacun 12 sols. Plusieurs d'entre eux assurent que ce sont eux qui ont composés et affichés des placards injurieux chez les quatre jurés ; Pierre Baron dit Breton, Philibert dit la Lime, à Paris depuis un an, Antoine Bailly dit Rochefort. Ce sont ces derniers qui avec le nommé Guépin qui a été arrêté avant- hier ainsi que deux autres qui ne sont pas arrêtés qui allaient chercher les compagnons dans les boutiques des maîtres pour leur indiquer les lieux des rendez-vous et menaçaient ceux qui n'y viendraient pas de les bàtonner. Je les ay conduit dans les prisons sçavoir : Louis Chevalier, Pierre Comte dit Toulousin, au petit Chàtelet et Antoine Bailly dit Rochefort au Fort l'Evêque. Je crois Monsieur qu'il serait à propos de les faire interroger et on apprendrait d'eux-mêmes les noms de tous ceux qui ont commencé ces brigues. Je pense que notre démarche de cette nuit les mettra à la raison. Il y en a déjà beaucoup qui sur les remontrances que nous leur avons faites se sont mis à travailler et quelqu'un d'entre eux s'est même offert de venir déposer chez ledit sieur commissaire et même ailleurs s'il en était besoin. J'auray l'honneur de vous rendre compte de ce qui se passera à cet effet. » Le 10 décembre 17-16, mis en liberté. — Arch. de la Bastille — 11590. Voir encore Arch. de la Bastille 11062.
Des compagnons tailleurs d'Orléans déclarent à l'aubergiste qui les loge « qu'ils ne voulaient pas que les garçons tailleurs qu'il logeait en sa maison, et non compagnons, restassent en cette ville, qu'ils auraient de bonnes épaules, qu'ils voulaient leur donner des salades sans huile et sans vinaigre et les tuer à coups de bâton. » Arch. du Loiret, B. 1980.
Octobre 1724.— Bourguignon etLangevin, menuisiers, arrêtés pour avoir attiré un compagnon dans un cabaret et l'avoir battu et blessé parce qu'il n'était pas de la confrérie et disait que le devoir était de bien travailler. — Idem. B. 1980.
d'un maître tout d'un coup les compagnons quittent et il no leur est pas possible d'en avoir à cause des défenses qu'ils se font et s'il y en avait quelqu'un qui y contrevînt; d'abord ils prennent la résolution de l'assassiner ; c'est ce qui arrive journellement et ils mettraient en effet leur projet à exécution si ceux-là même ne se tenaient sur leur garde * ». Un compagnon d'Orléans écrit à ceux de Tours : « Je n'ai autre chose à vous marquer sinon que nous avons une boutique défendue à Orléans qui est celle de M. Barbier, vis-à-vis les Bénédictins par rapport qu'il dit comme ceux de Tours que tous les compagnons sont des fripons et des voleurs ^ » ; et une autre fois les compagnons de Tours font savoir à ceux d'Orléans que M. Bertereau, maître vitrier à Tours, doit avoir écrit à M. Frelait ou bien à M. Bataille, marchand de verre à Orléans pour avoir des compagnons. « Nous vous prions de parler à M. Bataille pour qu'il ne lui en envoie point. Ainsi, mes camarades, il serait fâcheux pour un compagnon qu'il arriva à Tours sans y trouver de l'ouvrage. Voici la façon dont le maître nous méprise : il dit que tous les compagnons sont tous des fripons, qu'ils sont tous voleurs. Ainsi nos camarades il est bien dur pour nous de nous voir traiter de cette façon. Nous pensons bien que les compagnons ne souffrent point de lâcheté pareille.
« Nous vous prions en cas qu'il y ait des aspirants de les détourner de ne point venir travailler chez lui. Il a trois apprentis chez lui actuellement (faites leur entendre) que la boutique est défendue et qu'il aurait fort à faire vouloir travailler sans la volonté des compagnons. Car ce serait un maître plus charmé d'avoir des apprentis que des compagnons. En voilà déjà trois qu'il a chez lui et lui-même leur commande de ne point soulager les compagnons qui passent. Ainsi mes camarades il faudrait bien apprendre à