Arch. nat. ; ia
portent de l'argent. Ceux là ôtent la vie tout à la fois et les autres vous portent le coup mortel en vous ôtant l'ouvrage et laissent des familles et des enfants sans un morceau de pain. Celui qui a fait cette lettre n'a rien mangé de 36 heures, lui et ses trois enfants, après avoir cherché partout. Ainsi, je vous laisse à penser quel doit être la triste situation. Car une troupe de gens est dans la même peine.
« Ainsi, Monsieur, vous ferez part de la lettre à Monsieur le procureur du Roi et à Monseigneur l'Évêque, car Messieurs, si vous ne rendez pas la justice, nous la rendrons nous même, car c'est assez souffrir ; il est temps de se montrer. Ainsi, si vous ne faites pas expédier la lettre tout de suite, nous savons comme nous y prendrons, car le premier métier qui se tombera après la lettre vue nous agirons en conséquence. Aussi nous voulons bien vous dire que la première saisie ou assignation faite aux taffetassiers nous ferons voir de la manière dont nous savons nous arranger. Car il n'est pas possible qu'il y ait des consuls comme vous êtes; autant il vaudrait des morceaux de bois. Vous n'êtes bons à rien, vous restez dans une mollesse sans égale. Ainsi, vous devez prendre exemple à la ville de Lyon; nous serons bien autant mauvais. Je finis puisque le papier me manque et plus d'argent pour en avoir ' . »
Balainvilliers se rendit à Nîmes et, afin de détourner l'orage, ordonna d'employer les chômeurs à la démolition de la fortification des murs de la ville. L'année suivante, l'Évêque proposait la création d'une caisse de secours pour les plus nécessiteux. Plus tard, il demandera des fonds à
1. Arch. nat. Il faut rapprocher de ce texte le passage suivant des cahiers des pauvres de Pairs en 1789 : « Que les salaires ne soient plus aussi froidement calculés d'après les maximes meurtrières d'un luxe effréné ou d'une cupidité insatiable. Que la conservation de l'homme laborieux et utile ne soit pas pour la constitution un objet moins sacré que la propriété du riche. Qu'aucun homme laborieux et utile ne puisse être incertain de sa subsistance dans toute l'étendue de l'empire. » Levasseur, Histoire des classes ouvrières depuis 1789, t. 1, p. 290.
l'Assemblée nationale • dans ce même but '. De semblables moyens sont préconisés pour les manufactures de Tours, de Beauvais, de Troyes, de Montauban, de Lille et de Rennes \ Ce sont là de simples palliatifs surtout ^ pour Nîmes, car les passions politiques et religieuses s'ajoutant aux difficultés économiques les troubles se multiplièrent après 1789. N'oublions pas que dans cette ville la lutte entre protestant et catholique, vieille de plus d'un siècle, était à l'état permanent. Sur 50,000 habitants les protestants n'étaient que 12,000; mais le grand commerce dépendait de quelques-uns d'entre eux ; ils possédaient en outre les manufactures et faisaient vivre 30,000 ouvriers. Aux élections de 1789 sur huit députés, on comptait cinq personnes de la rehgion réformée. Les cathoHques voyaient avec peine cette supériorité. Et il ne faut pas oublier cet état des partis religieux lorsqu'on cherche les causes des meurtres qui ensanglantèrent Nîmes en juin 1790. Cent vingt maisons furent saccagées, et après trois jours d'émeute on évaluait les dégâts à 120,000 Hvres. Plusieurs malheureux étaient égorgés chez eux; on compta parmi eux des vieillards et des infirmes. D'autres étaient pendus sur l'Esplanade ^ Les élections de la municipalité de cette cité en mars 1791 servirent admirablement les amis du désordre ; l'Assemblée nationale, en entendant le récit des événements désastreux « dont la ville fut témoin et victime, invita les citoyens de Nîmes à se prémunir contre les