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peine, s'imposer à6i efforts dont on ne profitera pas? thi moment que l'ouvrier actif, laborieux, Iiabile ne doit pas être mieux traité que les autres, il est bien clair que le plus grand nombre ne soi^ra plus qu'à donner le minimum de trarail possible.
La première association qui tenta de s'établir sur ces bases fljt celle des ouvriers menuisiers. Elle tut fondée le 10 septembre 1831, et ses slatuts forent rédigés par M. Bûchez lui-m^e. L'administration était confiée à un comité composé de cinq associés, élns par tous les membres de la société, et -renouvelé chaque année; le travail à la tâche était proscrit, le capital devait être indivisible, l'association perpétuelle, et tous les ouvriers du même métier pouvaient y être admis, s'Us présentaient des garanties morales suffisantes, sans apporter autre chose dans l'association que leurs outils. Une seule de ces conditions eut suffi pour rendre toute association impossible. Qu'on juge de l'effet qu'elles devaient produire par leur réunion I Aussi malgré les efforts de M. Bûchez et de ses collaborateurs, malgré la bonne volonté et l'énergie des ouvriers menuisiers, la société ne put jamais s'établir d'une manière sérieuse, et l'on peut dire qu'en réalité, elle n'a jamais fonctionné.
Plusieurs autres associations tentèrent encore de s'établir dans des conditions analognes, mais sans plus de succès. Une seule a survécu, celle des ouvriers bijoutiers en doré, fondée en ïS^k. Elle ne comprenait d'abord que quatre associés ; ce nombre s'éleva un moment jusqu'à dix-huit; mais en 1851, il était retombé à douze, et aujourd'hui il n'est que de huit. Quand ils se sont établis, ils ont limité la durée de leur association à trente années, pour se conTormer k la
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loi qui ne pennettaît pas de société k dorée illimitée. L'article 2 de leurs statuts règle i^, mu bout des trente ans, le fonds social sera vendu et que le prix en sera remis à l'autorité municipale ponr servir à la fondation d'une salle d'asile, destinée aux enfant^ des ouvriers; mais si la loi est modifiée avant l'expiration des trente années, et si elle reconnaît aux associations la droit de perpétuité, les deux premiers articles des statuts seront supprimés; l'association deviendra de fait indissoluble et son capital sera indivisible et inaliénable. Ce capital est formé : 1° des donations faites à l'association pour commencer ses opérations; 2° d'un prélèvement d'un cinquième sur les bénéfices.
Les journaux démocratiques du temps ont beaucoup célébré la générosité des associés, renonçant au partage du capital social, enfin d'en faire le noyau d'une association permanente et comme une sorte de dotation pour toute la série de ceux qui devraient plus tard faire partie de la même société. Pour moi, je l'avoue, cette constitution de main morte me répugne, d'abord parce qu'elle est contraire k toutes les notions d'économie sociale, et ensuite parce qu'elle constitue, en somme, pour les générations futures, une aumône, qui, comme toutes les aumônes, ne peut avoir que des résultats funestes, en énervant l'action et l'initiative personnelle, en désarmant les hommes de l'effort, qui seul féconde et moralise le travail.
. Les statuts, tels qu'ils sont maintenant, attribuent i un gérant la signature sociale, mais ses pouvoirs semblent assez vaguement déSnis; ce qui aurait pu être dangereux dans une association d'bommes moins décidés à fîure leur devoir. Un fût à remarquer, c'est que le journal l'ÀkUtr^ rédigé par des ouvriers, exa-
iDinaDt ces articles, à l'époque où ils tarent publiés, demande que le 'gérant ne reçoive qn'nne Journée d'onnier, 5 ou 6 fr. C'est toujours ce même préjugé que nous aurons tant de fois à signaler et qui a été si funeste à tant d'associations. Les ouvriers ne veulent p«0 comprendre que le gérant est la cheville ouvrière de l'entreprise et qu'il est de la plus vulgaire justice et en même temps de la plus simple prudence de payer plus cher les services plus considérables.
Ce qui reste des bénéfices aets après le prélèvement du cinquième, destiné à grossir le capital social, est partagé entre les associés, au prorata du nombre de leurs journées de travail.
Cette association, ainsi constituée, est aujourd'hui florissante. Elle possède dans Paris quatre succursales. Son capital est de plus de lOQOOO fr., son chiffre d'af- &ires est très-considérable et le dividende que reçoivent annuellement les associés monte à environ SO pour 100.
Il n'en est pas moins vrai que ce n'est pas un modèle à imiter, car, malgré toute la prospérité de l'association, les associés peuvent fort bien être misérables. Ce qui dans les associations constitue le plus clair du bénéfice des associés, c'est leur part du capital ; ce qui seul suffît pour condamner l'usage des associations à trop long terme. Ce que l'ouvrier reçoit sous forme de salaire est presque toujours dépensé en entier pour les besoins journaliers de la famille. Les ouvriers rangés et prudents font fructifier leurs divideodes; mais bien souvent ces dividendes prennent le même chemin que le reste. C'est le droit à une part du capital qui en fait vraiment des propriétaires et qui les met à l'abri de la misère pour leur vieillesse. Les ouvriers en doré.
ASSOCIATIONS OUVHlÈaES. 185
en se refusant h eux-mêmes cet espoir, ont donné un exemple qui heureusement ne sera pas suivi, car leur pratique, en se généralisant, enlèverait à l'association un de ses principaux stimulants.
Ce qui explique que ceux-ci aient réussi, malgré la mauvaise constitution de leurs slatuts, c'est le caractère des associés.
Ce sont des hommes profondément religieux qui trouvent dans l'exaltation de leurs croyances une compensation aux stimulants moraux qu'ils se sont enlevés. Voilà pourquoi ils se résignent à rester dans un état voisin de la gène, pendant que l'association prospère et que la communauté s'enrichit. On voit donc bien que ce ne peut être là un modèle à proposer auxautres associations, qui ne peuvent pas toutes être composées de sainls, et que si celle-ci n'est pas depuis longtemps disparue, cela tient à des conditions tout à fait exceptionnelles.
Même avec ces ttnditions, ils ont été obligés de renoncer au comité dirigeant, qui dans le principe était chargé de la gestion. Quoiqu'ils soient tous associés en noms collectifs, et que par conséquent ils aient droit à une autorité égale, ils ont fini par comprendre la nécessité d'une direction unique; depuis 1843, ils ont remis l'administration à un seul gérant. Il est bien probable que sans cette réforme, malgré les sentiments religieux des associés et malgré le bon accord qui règne entre . eux, ils n'auraient pu échapper à la ruine.
ASSOOIAIKHffl OUVRIËBES.
i III. Associatios entre ptUrons et ouTiiers.
Une autre forme d'associatioD que nous trourotu aussi établie avant la révolution de Février, c'est l'assodation entre patrons et ouvriers. Dans un certain nombre de déparlements, les propriétaires ruraux font cultiver leurs terres par des fermiers avec lesquels ils partagent les récoltes. Dans la plupart des maisons de commerce, quelques employés, les plus intelligeuts, ceux dont on veut s'assurer tes service en stimulant leur zèle» sont intéressés à la prospérité de l'établissement par une participation déterminée aux bénéfices. Cet usage existe également dans un certain nombre d'usines, et j'en ai vu plusieurs temples dans des centres manuCacturiers, particulièrement k Tliann et & Guebwiller. Des patrons intelligents attribuent àleurs ouvriers des primes proportionnellflti à la somme des ' salaires reçus, c'est-à-dire aux services qu'ils ont rendus à l'établissement, puisque, le ^avail étaot à la tflcbe, le salaire se r^le uniquement par la somme des produits fournis par l'ouvrier. Ce système des primes est une véritable participation aux bénéfices. n a l'avantage d'intéresser l'ouvrier à la prospérité de la maison, de soutenir son attention et ses efibrU, et il aeprétesanspeineàd'ingénieuses combinaisons qui ont pour résultat dliabituer l'ouvrier & l'épargne sans qu'il ait rien à retrancher de son salaire quotidien. Il a de plus un très-grand avantage pour le patron, c'est qu'il le dispense d'élever le salaire de ses ouvriers sans que ceux-ci y perdent rien. Le salaire est par sa nature une chose qui se prête mal aux variations de la pro-
ASSOCnATIONrf 0UVWÈBB8. 187
dnctioQ indostrielle. L'oanier, réglant tout DatUreUement sa vie et sa dépense d'après ce qu'il reçoit régalièrement, ne peut sans soaârance réelle s'accommoder d'une paye irrégulière. Un patron qui* par un esprit de justice exagéré, Toudrait sans cesse tenir les salaim au niveau exact de son chiffre d'affaires, outre les difficultés de comptabilité que présenterait ce système dam l'application, rendrait à ses ouYTiers un fort maarwB service, et serait parfaitement sûr de ne pas obtenir leur reconnaissance. Ils s'habitueraient vite & considérer le taux supérieur comme le chiO^e normal du salaire, et toute diminution comme une atteinte à leurs droits. Au contraire, la prime n'entrant pas dans le calcul des dépenses quotidiennes, puisqu'elle n'est déterminée qu'à la fin de chaque aanée, i«6te par cela même pour l'ouvrier une sorte de boni presqna ines^ péré, et bien que par ce système il ne touche ni plas ni moins en fin de compte que pu- le système précédent, i! est cependant certain qu'il en retire une foule d'avantages qui ne sont représentés dans l'antre que par des inconvénients. Même en supposant la marche de l'industrie uniforme et le chiffre d'affaires toujours ' égal, ce qui dt une supposition impossible, II vaut encore mieux pour l'ouvrier comme pour le patron, au point de vue de l'amélioration physique de l'ouvrier comme de son développement moral, que le Salaire reste à un niveau inférieur, réglé à peu près strictement par la somme des besoins réels de la vie quoti'* dienne, et qu'une prime proportionnelle aux salaires ou aux bénéfices s'acctunnle entre les mains du patron, de manière & servir à l'ouvrier de capital dans les cas accidentels.
Voilà ce que j'entends par l'association du patroit
IBS ASSOCIATIONS 00VRIËRE3.
avec les ouvriers. Il oe peat pas être questioo ici de cette égalité diimérique de droits, qui avait séduit tant d'esprits en 1848. Je ne vois pas trop comment il serait possible de calculer même approximativement quelle doit être, en toute équité, la part du patron qui fournit les capitaux, l'outillage, les débouchés et dont l'administration fait souvent toute la prospérité de l'entreprise. II est évident que c'est lui, et lui seul, qui peut déterminer la quotité de la prime qu'il peut servir à ses ouvriers. Si cette combinaison doit se généraliser, il est bien évident que le patron sentira le besoin de s'assurer le concours des meilleurs ouvriers en leur servant la prime la plus élevée qu'il lui sera possible dans la condition de son industrie.
Les exemples de cette forme d'association sont assez rares cependant. Ceux qu'on cite le plus souvent sont la Papeterie du Val-Vemier, l'Imprimerie de M. Paul Dupont et surtout la Compagnie des cbemins de fer d'Orléans, que j'ai déjà eu l'occasion de mentionner. Voici quelques chiffres qui feront comprendre combien cette méthode est avantageuse aux ouvriers. En 1844, 60 468 fr. 50 c. ont été partagés par la Compagnie entre 719 employés; en 1852, 1 149 491 fi-. 63 c. ont été partagés entre 2800; en 1853, 1770320 fr. 50 c. entre 3365; en 1854, 1 387471 fr. 68 c. entre 4397; en 1855, 1 668029 fr. 54 c. entre 4837.
Cette forme élémentaire de l'association ne produira jamais tous les effets de l'association complète ; mais aussi elle n'en a ni les difficultés ni les dangers. Son principal avantage pour les patrons comme pour les ouvriers est de ne pouvoir jamais entratner de perte, puisque la répartition ne se fait que sur les bénéfices. Un certain nombre de patrons commencent à en appli-
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quer le priacipe, et il est probable qu'elle prendra un plus grand accroissement quand on en aura reconnu l'utilité.
Du reste, je n'ai pas à y insister ici, parce que tout utile que puisse être cette combinaison, elle a le tort de dépendre uniquement de la bonne volonté du patron. Or ce que je me propose surtout dans ce travail, c'est de faire comprendre à la population ouvrière que son sort dépend surtout d'elle-même, et de lui montrer les moyens qu'elle possède pour l'améliorer par sa propre initiative. Il faut que les ouvriers sachent qu'ils peuvent se sauver par eiix-mémes de la misère; quand ils le sauront, la bienveillance et l'aide des patrons ne cesseront pas d'être désirables pour eux, mais elles ne leur seront plus nécessaires.
§ IV. Les associations en 1848.
Tout le monde se rappelle le bruit que produisit la publication de la brochure de M. Louis Blanc sur l'organisation du travail. Ce document est important, et par le caractère des doctrines qu'il contient , et par l'influence qu'ileut sur le développementde l'association en 1848. Voici le résumé qu'en faisaiten 1850 le jour" nal l'Âtelm- :
« La société actuelle est constituée d'après un système économique absolument faux ; c'est le système de la diversité des intérêts, d'où naissent toutes les misères sociales.
■ C'est du système contraire seulement que peuvent sortir l'ordre, l'harmonie générale, le bonheur du
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peuple. Donc , il faut Arriver i fpodre ea un intérêt unique et commun tow les intépêts privés. Cette fusion s'opérera progressivement par l'assoàation, c'e»tà-^ire par l'agrégation successive dans un n^âme centre d'activité de tous les travailleurs «t de tous le» travaux.
< En d'autres termes : la c(»icurrence, c'est le mal ; l'association, c'est le remède ; U fusion générale des intéiétj, c'est le but.
c Pour la mise en œuvre immédiate;
■ L'État faciliterait l'établissement de quelques ateliers sociaux, où seraient appelés à titre d'associôs tous les travailleurs nécessaires. Tous ce3 ateliers sociaux devraient être unis par les liens de la plus étroite solidarité, conformément au priBdpe de la fusion absolue des intérêts.
> Chaque ouvrier serait payé h raison de cinq francs par huit heures de travail.
« A la fin de l'année, le compte exact des bénéfices serait dressé, et la somme des bénéfices serait ainsi répartie :
< Une partie servirait au remboursement des avances faites à l'association par l'État ou par Is crédit privé. Une ftria le remboursement opéré, la môme part continuerait à être prélevée et constituerait, avec les instruments déjà acquis, le capital social inaliénable.
< Une autre part serait affectée au soulagement des malades, des infirmes et des invalides; une dernière part serait distribuée annuellement et également aux travailleurs.
< Telle est ta théorie et tels sont les moyuis pratiques. ■
..ibïGoOQlc
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Nous retrouvons dans ce résumé ce qui &it en effet le fond du livre, la baine de ta concurreDee, qui n'eA' pourtant autre que la liberté de l'industrie , et qui est tout aussi néceaaaire aux associations qu'aui industries particulières, à m<Hns qu'on ne suppose tons les ouvriers d'un même métier englobés dans une association unique; l'intervention de l'État, l'égalité des salaires, le capital social inaliénable, comme conséquence de la perpétuité de l'association, l'égale participation de tous aux bénéfices, n y a 1& tout ce qu'il faut pour assurer la, ruine de toute assodation qui se fonderait sur ces principes. Du reste à ce moment il y avait bien peu d'hommes parmi le peuple qui se rendissent un compte exact de ce qu'est le salaire. Un écrivain que je regrette de trouver parmi ceux qui n'ont dans l'avenir de l'association qu'une foi médiocre, mais qui a suivi d'un œil attentif les phases de la révolution sociale de 1848, a parfaitement exposé l'erreur à peu près générale des écoles socialistes sur le salaire :
' Au lieu de voir, dît-il, dans le salaire la part naturelle de l'ouvrier déterminée par le prix même des choses et à l'abri de toute éventualité , dominée d'ailleurs, soit en bien soit en mal, par la grande loi de l'industrie, la concurrence, l'esprit de secte n'a voulu y reconnaître qu'un mode de rétribution arbitraire , humiliant, oppressif, bien inférieur au service rendu, hors de proportion surtout avec les bénéfices qui en résultent pour l'entrepreneur. Be là ces sorties virulentes contre le régime du travail manufacturier, de là ces ferments de jalousie et de haine répandus dans le cœur de l'ouvrier et ce terrible mot d'exploitation.
qui devait, à un jour donné, servir de ralliement aux
colères et ikux convoitises déchaînées'. >
Il faut avouer cependant que s'il y avait exagération dans la haine qui animait alors la population ouvrière contre le principe du salaire, elle avait cependant quelque raison de se plaindre de la loi économique qui préside à sa répartition, puisqu'elle ne tend à rien moins qu'à les dkuinaer indéfiniment, sans qu'on puisse assigner à cet abaissement d'autre limite que les nécessités absolues de l'existence. Il est parfaitement démontré que le développement de la grande industrie, le perfectionnement des machines , et l'association des capitalistes doivent avoir pour conséquence d'accrottre sans cesse le nombre des salariés en fermant toute issue à la plupart des ouvriers et même en rejetant dans le salariat beaucoup de ceux qui, à force d'énergie et de persévérance, avïdent cru pouvoir lui échapper. Or, l'accroissement seul du nombre des ouvriers cherchant ua salaire entraîne à son tour l'avilissement du salaire, en permettant aux patrons de n'employer que ceux qui, sous la pression du besoin, consentent à louer leurs bras au plus bas prix possible. Cette double conséquence, pour élre fatale , n'en est pas moins terrible pour l'ouvrier forcé d'opter entre la faim et la dépréciation de son salaire , et si la situation générale de l'industrie ta rend facilement explicable d'après les lois économiques les mieux constatées, il ne s'ensuit nullement que cette situation doive être étemelle. Toute la ques-
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tion est de savoir si la condition, d'où natt tout le reste, ne peut pas elle-même être modifiée. Ceux qui ne croient ni à la possibilité ni au succès des associations sont parfaitement logiques eu précbant aux ouvriers la résignation ; mais les ouvriers qui croient que l'association des petits capitaux et que leurs efforts individuels peuvent seuls leur permettre de soutenir la lutte contre les grandes compagnies et la grande industrie, ne sont pas moins logiques en cherchant à s'associer, et de plus, à mon avis du moins, ils ont sur leurs adversaires l'avantage d'avoir une vue ptos exacte de la situation réelle et des nécessités présentes. Aussi, malgré les erreurs et les tâtonnements inséparables des commencements, malgré les nombreux écbecs qui en ont été la suite , ont-ils eu grandement raison de ne pas renoncer à toute tentative nouvelle. Je suis convaincu que le succès est bien près de récompenser leur persévérance. Ils se sont instruits par de douloureuses expériences, et c'est dans ce sens qu'U est intéressant de comparer les premiers statuts des associations de 1848 et I8b9 avec ceux qui régissent maintenant celles des associations qui ont eu le bon esprit de les modifier, à mesure qu'elles en dé* couvraient les défauts.
Nous dirons quelques mots des principales associations fondées à cette époque, pour tâcher de faire comprendre la cause de leur échec ou de leur succès.
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i V. S* qne^M* «rreun dus l'trgtBinUaa àtâ ^aùètn
Dm trois cents associatioDs mviron qui se fmdèreDt k Paris senlMiKitt de 1848 à 1851, il n'wi subsiste que quinie. Il ; alà de quoi effrayera première rue sur l'avenir del'association; mais quand on y regarde de phi» près, on 36 sent bien vite rassuré. Eq effet parmices associations, il 7 en eut beaucoup qui n'étaient pas sérieusw, et qui n'avaient guère d'antre raison d'être que le désir de prendre part aux trois mUlions votés par la Gcmstituante. Un grand nombre d'iodnstriels^ ruinés par la crise de l S48, crurent trouver là une occasion de rétablir leurs afiaires, et simulant des associations ponr avoir droit de participer à la subvention de l'État. D'autres, après s'être soulmoes quelque temps, furent dispersées et d^mites par les soseeplibllitéa ombrageuses de la police. Quelques-unes, qui auraient pu prospérer par l'économie si elles avaient été réduites à leurs propres ressources, dnrent leur mine à la libéralité même de l'État. Elks se trouvèrent trop riches dès le commencement et n'apportèrent pas dans leurs opératimis la réserve et la praâeiice qoi pouvaient seules en assurer le succès. B'aâlleurs la condition singulière, imposée â toutes par le comité de répartition, de se constituer en nom collectif et de former un fonds de réserve indivisible, n'était pas de nature à les faire prospérer. A cela, il faut ajouter le nombre généralement trop considérable des associés, qui rendait à peu près impossibles le bon accord et l'harmonie indispensables à toute entreprise de ce
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^Qre, le peu 4e soin qu'ils meltaient à chniir leurs géroDtJ, presque toujours peu respectés et mal ritribDÉa, riaterveatiOQ perpétuelle de la Société dans les choies de pureadmiDistràtiôn, et par suite rabsenee de direction réelle et d'unité dans l'action; et pouf quiconque t quelque expérience des aâaires, il deviens dra facile de comprendre, que, à moins de miracle, il était à peu pris impossible que la plupart des associations ne périssent pas.
Ce miracle cependant s'est produitpour quelquesunes. L'association des ouvriers es bijoux dorés a prospéré malgré le vice de ses statuts, qui lui imposent l'indivisibilité et l'inaliénabilité du fonds social et qui proscrivent le travail aux pièces. Mais nous avons vu que ce succès tient à des causes toutes personnelles, et qui De peuvent être considérées que comme des exceptions.
L'association des menuisiers en fauteuils avait débuté en 1848 avec 400 membres, et un capital de 504 fr. 30 t., dont 869 fr. en outils, et 13b fr. 20 c. en ai^nt. Mais die ne put se maintenir dans les conditions où elle s'était foroiée. Après beaucoup de déchirements intérieurs, elle se reconstitua en 1849 entre vingt associés senlement, et avec un capital de 29 tr. Elle reçut du gouvernement un subside de 25000 ^. Le nombre des associés s'éleva un moment à 112. En 1854, lorsque M. Huber la visita, il n'était plus que de 70. Le capital était de 31800 fr., et l'association faisait annuellement pour 400 000 fr. d'affaires, arec un gain de il 000 fr. ei) moyenne. La brochure de M. le vicomte Anatole Lemercier, publiée «1 1657 nous donne les mêmes chiffres. Cependant le nombre des associés n'était plus que de 68. L'apport
social était resté âxé à lOO fr., comme il l'avait été dès le comoiencement, et ces apports figuraient dans le capital pour une somme de 6800 fr. , qui , jointe à la subvention de 26û00'fr. , constituait le total de 31800 fr. La répartition des bénéfices donnait, pour les neuf années écoulées, 3000 fr. pour les plus anciens associés, une moyenne de 1300 fr. pour le plus grand nombre , et 500 fr. pour les derniers venus. L'association occupait alors plus de lOO auxiliaires.
Parmi les associés, 8, y compris le gérant, étaient en nom collectîf;les 60 autres étaient associés participants. Celte situation anomale avait donné lieu à de grandes difficultés, et avait longtemps menacé la prospérité de l'entreprise. Pour échapper au danger, le gérant, M. Antoine, s'était emparé du pouvoir absolu, de même que John Musto, dans l'association des con.strucleurs de machines & Londres. Du reste il ne s'en cachait pas : « Eh bien, oui, disait-il k M. Huber, j'ai fait mon petit coup d'État tout comme un autre. Et pourquoi ne l'aurais-je pas fait, puisqu'ils tournent si bien, les coups d'État? Ce qu'il nous faut en toutes choses, k nous autres Français, c'est une bonne et forte autorité. ■ Nous ne devons pas dissimuler à nos lecteurs, ajoute M. Cherbuliez à qui j'emprunte ces détails, que M. Antoine a depuis lors déserté l'association dont il était le gérant, et qu'il s'est enfui on ne sait où, avec des circonstances à ce qu'il paraît peu édifiantes. Les hommes qui sont capables de coups d'État sont aussi enclins aux eoi^s de tête.
Cette fuite du gérant a livré l'association aux conséquences de son organisation. La présence de 8 associés en nom collectif, et par conséquent ayant des pouvoirs égaux, l'a fait tomber dans une sorte d'anarchie,
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tant il est vrai qa'il suffit d'une seule erreur dans la constitution d'une société pour la mettre en péril, et pour triompher des meilleures volontés. Le nombre des sociétaires est réduit maintenai)t h 50, celui des auxiliaires à lO, et bien que le capital ait augmenté et soit aujourd'hui de 90 COQ fr., par suite de l'augmentation de l'apport social, qui est maintenant de 2000 fr. le chiffre des afiaires annuelles est tombé de 400 000 fr. à 300 000 ft. L'association ne se relèvera que quand elle aura trouvé un gérant énergique, et qu'elle l'aura investi de tous les pouvoirs nécessaires pour lui assu- . rer ce qui lui manque, l'unité de direction.
Une autre association qui semblait devoir réussir, celle des tailleurs, connue sous la dénomination de Carat et C", est sur le point de se dissoudre par suite d'une seule erreur d'économie industrielle.
Je ne sais si l'on se rappelle une théorie de M. Proudhon, qui dtiis le temps (it assez de bruit. Il soutenait, que en principe les produits n'ont d'autre valeur que la quantité de travail qu'ils ont coûtée, que tout autre mode d'évaluation est arbitraire et porte atteinte au droit du consommateur ; d'où suit que tout bénéfice, étant nécessairement fait aux dépens de l'acheteur, est strictement une spoliation, un vol, et que en conséquence l'équité interdit rigoureusement au producteur de chercher dans son industrie autre chose que la rémunération exacte de son travail. Sans m'arréter à discuter cette doclripe, qui au fond est beaucoup moins claire et précise qu elle n'en a l'air, je reconnais qu'elle L'St parfaitement logique en partant du point de vue absolu où se place son auteur ; mais il est également vrai que, à s'en tenir à la réalité des faits, elle entraîne purement et simplement la négdtion de l'industrie et
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du comoiercs. Lei tailleara associés d'après ce principe doivent maintenant savoir à quoi s'en tenir sur ceqn'il Tant. Ils n'ont pas voulu faire de béndfiœs. Bu conséqnenoe ils ont décidé que l'apport social ne porterait pas intérêt. Haia ils ont réussi au delà de lenri esp^ rapces, ils ont fait des pertes. G'itait U seul résultat qui ne pouvait leur manquer. Toute opération commerciale ou industrielle est nécessairement aléatoire dans Qoe certaine mesure, plus ou moins indéterminée. Si les opérations qui réussissent ne lussent pas après ' elles un bénéfice capable de couvrir les pertes résultant de celles qui ne réussissent pas, il est bien clair qu'on devra nécessairement aboutir à un déficit. Une pareille entreprise ne saurait se soutenir qu'à la condition que chacun payera einctement tous ses achats et qu'il les payera comptant. Si un seul se trouve dans l'impossibililé de le faire, pour une cause ou pour une antre, quel moyen restera-t-il aui associés de faire fare à cette perte, à moins de prendre sur leur propre capital? Les bons payent pour les mauvais; c'est le principe du commerce ; s'il n'est pas absolument juste, il n'en est pas moins nécessaire, et je ne vois pas que jusqu'à présent on ait rien trouvé pour le remplacer.
Si une chose m'étonne, c'est que l'associatioD des tailleurs ait pu vivre jusqu'à ch jour, et je ne sais ce qu'il faut le plus admirer, de la persé^rance des assodés dans une entreprise sans avenir, ou de l'honnêteté de leurs clients, qui leur a permis, d'échapper pendant si longtemps aux conséquences probables de leur Imprudence.
La conclusion h laquelle aboutit cet examen me parait loin d'être décour^eante, car il en résulte que quelques associations ont pu survivre malgré des