‹ Les associations ouvrières de consommation, de crédit et de production enChapitre 19 sur 30 · AS80CUTIONS ODTBIÈRES. SOI · texte numérisé non relu

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celles qui n'ont rien obtenu ou n'ont rien demuidé, il en subsiste onze en pleine prospérité.

Les quatre qui ont réussi, malgré le subside gouvernemental, sont les bijoutiers en doré, les menuisiers en fauteuils, les tailleurs de limes et les imprimeurs associés sous la raison Remquet et Gie. Nous avons déjà parié des deux premières. Nous allons maintenant donner quelques détails sur ]es deux dernières, et cbercherdans leur constitution la raison de leur succès.

L'association des ouvriers typographes s'est constituée en 1848, dans des conditions presque eiceptionnelles. A la suite de la crise de février, une des imprimeries de Paris les plus connues et les mieux achalandées, l'imprimerie Renouard se trouva forcée de liquider, et de vendre son fonds et son brevet. M. Remquet, prote dans cetle maison depuis longtemps, choisit parmi ses collaborateurs ceux qu'il jugeait les plus capables et leur proposa de s'associer pour reprendre à leur compte l'étaMissement. L'association se composa de quinze membres. Pour acheter l'imprimerie, dont le prix était de 90000 fi*., ils s'adressèrent à la commission chargée de répartir le crédit voté en faveur des associations. Après bien des difficultés, ils obtinrent une subvention de 80000 fr., à des conditions très-onéreuses. La durée de l'association devait être de dix années, mais elle pouvait être prolongée de deux ans, dons le cas où la dette envers l'Ëtat ne serait pas remboursée à la fin de la dixième année. Pour acquitter cette dette, remboursable par annuités, chaque ouvrier s'engageait à abandonner un quart de son salaire pendant toute la durée de la société, plus les intérêts que cette retenue devait produire ; plus eniin les bénéfices de l'exploitation. Les som-

SOI ASSOCIATIONS ODTRIBBBS.

ma qui resteraient en caisse après ce remboursement devaient coostlluer un capital social, destiné à être partagé, proportioanellemeot aa travail fourni, entre tous les associés, au moment de la liquidation, laquelle ne pourait avoir lieu qu'après les dix années expirées. Les ouvriers auxiliaires (dont le nombre a é\A en moyMine de trente) avaient droit à une part des bénéfices, à la condition d'avoir b^vaillé dons l'imprimerie an moins trois mois.

A l'époque de la liquidation, en 1858, après avoir remboursé à l'État les 80 OOO fr. emprunt, l'associatioa s'est trouvé en possession d'un capital de 166 000 fr., dont le partage a produit en moyenne lOk 11 mille francs pour chaque associé, 7000 fr. en mioimom IBOÛO en maximum. Ainsi donc, comme le remarque M. Cherbuliei, quinxe pauvres ouvriers, rédnita & emprunter jusqu'au matériel et aux outils de leur profession, malgré les circonstances commerciales les plus défavorables, résultant de la atuation politique du pays, sont parvenus en dix ans k- se faire diacon une fortune variant de 7000 k lBO0O,c'est-à-direà s'élever de la condition détendante et incertaine de |Ht>létaires à celle de capitalistes indépendante ti maîtres de leur avenir I

Ce succès s'explique par le bon esprit des associés et par leur confiance dans leur gérant. Le projet de statuts qu'ils présentèrent au comité d'encouragement renfermait un article qui contrastait singulièremoit avec les défiances trop ordinaires des autres associations. Le voici tel que l'avait voté l'assemblée générale :

' Le gérant est titulaire du brevet; à ce titre il ne

ASSOCIATIONS OUVRltlBBS. S03

peot âtre soamis à réélection. Ses pouvoira sont des plus étendus. It ne peut y avoir de CHiflit entre lui et un individu, ou un pouvoir quelconque. Pour formuler ie plus netlemeot possible la nature des pouvoirs du gérast, OD reoonaatt en fait i^u'il possède tous ceux du patroo, dans leur plus grande étendue, sauf en ce qui porterait atteinte à la oonstitution fondimenlde de la Société. >

C'est par cette précaution que l'association, qiioùfoe conslituëe en nom collectif, a pu échapper à toutes les compétitions et à tous les dédiirements intérieurs, qui en ont ruiné tant d'autres. Elle a eu tous les avantages de l'unité de direction, tout en conservant tous les stimulants matériels et moraux qui font la supériorité du travail associé sur le travail isolé. C'est un enseignement qui peut être utile pour l'avenir, si l'on veut en profiter.

L'association fraternelle des ouvriers en limes,fondée le 28 août 1848, comprit d'abord quatorze associés, qui parvinrent à réunir un capital de 8280 fr. «n matériel et de 500 fr. en argent. Elle reçut 10 000 fr. du ConsMt d'encouragement, qui en échange lui imposa, ainsi qu'à toutes celles qui reçurent un subside, l'obligation de se constituer en nom collectif. La préférence systématique dn comité de répartition pour cette forme de société s'explique assez difficilement, car, outre tes frais dont elle charge l'association, elle a l'inconvénient grave d'affaiblir l'autorité du gérant déjà trop faible dans la plupart des associations ouvrières, et par suite de préparer des ferments de discorde en donnant une apparence de l^alité aux prétentions des membres qui, ' ayant tous un titre égal, peuvent se trouver d'autant

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plus portés à s'exagérer leurs droits, et à vouloir s'ingérer dans radniinistration.

Les ouvriers en limes paraissent avoir compris le danger, et ils ont su y échapper par un ensemble de précautions auxquelles ils ont dû leur prospérité. Aucune association n'a attaché une égale importance à la rédaction et au vote de ses statuts et de son règlement d'atelier. Les moindres dispositions ont été discutées et votées solennellement dans des assemblées générales. Tout a été prévu et réglé d'avance. Peut-être y at-îl en tout cela un peu de luxe, mais avant de le condamoer, il faut bien se rappeler que le défaut de discipline a tué plus d'une association, et que celle-ci a dû à la sévérité et à la prudence do son règlement intérieur la paix et la prospérité dont elle jouit depuis 1848. Je transcris ici une partie de ce règlement.

REPHBLIQUB FR^MÇAISE.

ASSOCIATION DES OUVRIERS m UNES.

Règlement général dans TUelier.

L'association des ouvriers en limes est fondée sur les principes de la liberté, de l'égalité et de la fraternité. En conséquence, et pour établir une société perpétuelle, i'orrfre pco'fait devra toujours régner dans la liberté; la justice la plits intègre dans régaliti et la plus cordiale affection dans notre fraternité réciproque.

Art. 1". L'exécution de toutes les mesures d'ordre et de tous les moyens amiables est confiée à tous et à

chacun en ce qui coocerne la bonne harmonie qui doit toujours régner entre bons citoyens, et surtout entre les associés en limes réunis sous cette devise : Unité, solidarité morale.

Art. S. Néanmoins et sans détruire la disposition qui 'précède, il y aura un chef ouvrier. Ce chef sera chargé plus spécialement du bon ordre et de la surveillance en ce qui concerne la bonne confection de l'ouvrage et la conservation des outils et ustensiles de l'association. Le citoyen gérant s'adjoindra un membre, par lui désigné alternativement, pour vérifier tous les soirs l'ouvrage rendu dans la journée. Ils devront en faire leur rapport au conseil tous les huit jours.

Art. 3. Les hommes à la journée seront tenus de venir faire marquer tous les jours au bureau leur arrivée, leurs absences et leur départ.

Art. 4. Le chef ouvrier a la surveillance sur l'ouvrage confectionné par les associés et les supplémentaires. Si quelque pièce n'était pas bien faite ou conforme au modèle, elle sera ref\isée pour être réparée. Si elle ne pouvait l'être, elle serait déposée au bureau de la gérance, qui la soumettrait au conseil, lequel statuera, Pow la liberté et riTnpwrlùtlité de ses membres, le nom de l'ouvrier facteur de cette pièce restera inconnu iusqu'à parfaite décision du conseil.

Art, 9. A l'ouverture de l'atelier, et à tour de rôle, tous les ouvriers sont tenus de balayer l'atelier. Il est loisible à celui à qui c'est le tour de le faire la veille, après ses travaux. Chaque semaine il sera pris huit noms sur la liste. Les citoyens dont ce sera le tour, devront le lundi nettoyer les fenêtres et pendant cette même semaine opérer la fermeture complète de l'aelier.

«00 AS80CUTIOH3 OUTIllilBBS.

Art. 10. Chaque ouvrier doit tous lee jours tenir •a place le plus pnjrB possible ; il doit la rainer complètement toos les samedis.

Art. 11. Les membres du conseil et le chef oa- Trier veilleront k ce que les ânvrien qui se tromeraient en état d'ivresse ne contimient pas leurs travaoi, et surtout ne restent pas dans l'atelief , s'ils sont nisceptibles de troubles- l'ordre.

Art. li. Tout associa qui se serait porté à des me^ aaces avec voies de fait sur n'importe quri camarade sera immédiatement renvoyé.

Art. 13. Les sociétairesoa supplémentaires qnipeoseraient que l'on commet une injustice à leur égard seront k même, à la un de leur jonmée, da rôclaoïer au ccHiseil.

Art. 14. Tout sociétaire qui exécutovh mal ses travaux, recevra du consul une première, puis une deuxième lettre. S'il n'arrivait à on meilleur résultat, une exelnsion pour iDcapacité serait proposée en assemblée générale.

En 1857 cette association occupait 34 ouvriers, dont 17 associés en nom collectif et 17 auriliaires. Le capital, comprenant les bénéfices de la société et les retenues tarées sur les salaires, s'élevait à «6000 fr. et la moyenne du chiffre de ses aiSbires étaK de 80 000 fr.

En 1864, le nombre des associés est de 19, celui des auxiliaires de 29, presque tous travaillant aux pièces. Le capital est maintenant de 190 000 fr., et le chlffiiv d'aflïilres s'élève à une somme égiale.

iv.Cooi^lc

ASSOCIATIONS OUVBIËHBS.

S VIL A«ge)«tiiRis non subtentiaiut4«.

Aaooûtioa des ttctann de pianos.

Les associatloQs libres, fondées sons la Répnbliqge et subsistant aujourd'hui, sont au nombre de douze. Je yeux parler àe celles qui, u'ayant rien demandé ou n'ayant rien datenu, n'ont pas eu à se conformer aux prescriptions du comité de répartition concernant la constitution en nom collectif et l'obligation d'un fonds de relenae indivisible, ou qui du moins par cela mêiM qu'elles étaient libres, ont pa modifier lem-s statats et corriger leurs erreurs. Mais ce qui surtout constitue à mes yeux le vrai caractère et l'aTantage réel des associations non subrentionnées, c'est la difficulté de leurs commencements. L'hcKnme ne se pénètre réellement de sa foi k ses idées qae quand il a souffert poar elles. M. Anatole Lemercier a remarqué, sans se l'expliquer, que les associations secourues avaient en gé* néral conservé peu de foi au principe de l'association, tandis que les autres lut étaient restées beaucoup plus Sdëles. C'est que les unes n'ont eu qu'à se laisser porter et gâter par la faveur du gouvernement, tandia que les autres ont combattu et laltë et souffert longtemps avant de réussir. Les premières n'ont pas appris h leurs dépens à connattre tontes les ressources et tous les bonheurs de l'association, lorsqu'après une longue série de souffrances, la persévérance reçoit eofin sa récompense, et. que l'assodation fleurit et progrosse par la conspiration de tous les eflbrts. Tout an contraire, leur plus beau moment est à leur naissaneci et depuis lors elles n'ont guère fait qae décliner, emr

a08 ASSOCIATIONS OUVBItmES.

barrassées par la charge d'une lourde dette à payer, fatiguées et gênées par l'ingérance de l'administration gouvernemeotale, eotravées surtout par la mollesse et par le vague de leurs convictions que n'ont pas trempées les misères d'une dure expérience. Elles se sentent descendre, tandis que les autres ne peuvent que progresser. Chaque petit succès devient, pour les dernières, un bonheur, parce que c'est un progrès, et que ce progrès n'est dû à personne autre qu'aux a£sociés euxmêmes. Les premièrfis, g&tées par la possession prématurée d'un capital presque mendié , n'ont plus de tes joies qui soutiennent les autres et qui les remplissent d'ardeur pour le travail.

Une de celles pour qui ce baptême de la misère fUt le plus complet et le plus salutaire, c'est celle des ouvriers fadeurs de pianos. Elle avait d'abord essayé de se fonder dans des conditions différentes. En 1648, cinq cents cinquante ouvriers et patrons s'étaient réunis pour constituer une vaste association. En calculant le salaire de chaque travailleur, patron ou ouvrier, à 21 francs seulement par semaine, et en supposant que au bout de six mois l'association serait en état de se sufSre, ils demandèrent à l'État de leur avancer 300 000 francs. Le comité de répartition, effrayé du chiffre, refusa.Les associés se rabattirent à demander seulement 140 000 francs, qui furent également refusés. La grande association disparut du coup. Quatorze membres seulement persistèrent et se décidèrent à fonder, sans subside, l'association qui subsiste encore aujourd^'hui. Alors com- ' ménca pour eux une série d'épreuves et de souSrances héroïquement supportées. Quelques-uns d'entre eux, qui avaient travaillé à leur compte, apportèrent daas l'association 2000 francs en outils et en matériaux. Pour

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le fonds de roulement , chacun fournit à grand'peine 10 francs. Quelques ouvriers étrangers à l'associalion lui donnèrent quelques francs. EnHn au 10 mars 18^9, ayant complété une somme de 229 fr. 50 cent., ils se constituèrent en association régulière.

Mais le moment n'était pas favorable pour faire des pi^aos. Il fallut rester deux mois sans toucher de salaire' Qu'on s'imagine, si l'on peut, tout ce que ces mots représentent de souffrances pour des ouvriers, presque tous pères de famille, obligés pour vivre et pour donner du pain à leur femme, à leurs eafants, de mettre au mont-de-piété leurs vêtements, leur lit même. Enfin ils trouvèrent un peu d'ouvrage, dont ils touchèrent le prix le 4 mai 1849. Le dividende était par tête de 6 fr. 61 cent. Chacun reçut 6 francs à valoir sur son salaire, et le reste fut consacré à un repas fraternel qui réunit les femmes et les enfants. La plupart n'avaient pas bu de vin depuis un an. La dépense pour chaque ménage fut de 32 sous. C'est ainsi qu'ils célébrèrent lé premier succès de l'association, et ce souvenir est encore pour eux tout plein d'émotions.

Cependant le succès étaitlotn d'être bien assuré- Pendant un mois encore, il fallut se contenter d'un salaire de cinq francs par semaine. E:njuin,'un boulanger leur commanda un piano de 460 francs payable en pain. Les salaires restèrent axés à cinq francs par semaine, mais chacun put prendre chez le boulanger le pain nécessaire pour sa famille et pour lui- Gepeodant la supériorilé de leur fabrication attira les acheteurs. En août, te salaire monta à lOfr., à 12 fr. 50, à 20 fr. par semaine; mais il n'était pas payé en entier, car chaque samedi, on commençait par prélever sur la recette la somme nécessaire à l'acquisition des matières pre-

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migres. Les associéB se partageaient ce qui restait, et le salaire attribué à chacun était complété par un bon à valoir.

A la fin de 1850 les associés étaient au nombre de trente-deux, ils possédaient un fondi de mardiandises de 40 000 fr., et ils payaient 2000 fr. de loyer pour leur atelier.

En 1853, ils se divisèrent an deux sociétés, ^dont l'une subsiste encore. Son capital de roulement était, «1 1654, de 56000 fr. Sa situation se trouva un peu eomproDoise par la crise ÎDdustrieUc de I8&6,mai8 ellA en triompha et en 1863 nous la trouvons établie dans une vaste usine qui lui ^partient en propre, qui marche à la vapeur et qui est pourvue de routillage le plus perfectionné. Le capital de l'association était alors de 163 000 fr., et elle avait fait, en 1863, pour 205 000 fr. d'affaires.

H. Cherbuliez raconte, d'après M. Hnber, un trait qui montre combien ces ouvriers se rendent un compte exact des avaoti^es de l'association. M. fluber faisait observer à l'un des associés combien il serait cruel pour eux, si leurs affaires venaient à mal tourner, de perdre d'un seul coup le fruit da leurs épargnes et des longues privations qu'ils se sont imposée. -C'est vrw, lui répondit l'ouvrier, ce s«*ait, raa foi, dur, bien dur! mais après tout, «ans l'association nous n'aurions jamais rien mis de cOté ; nous aurions foit comme tes autres, et mangé bien ou mal ce que nous gagnions. Donc, vous voyez bien, ce serait mangé pour mangé. Et puis, diable I nous n'aurions pas le temps d'y penser. Faudrait du courage et la main à l'œuvre plus qae jamais. >

C'est ce qu'ils firent lors de la crise de 1858, et

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jnaintenant l'associalion est plus prospère que jamais.

J'ai longuement inaislé sur l'histoire de cette association, parce que c'est une des plus intéressantes, et )'une de celles qui montrent le mieux qu'il m tkat pas que les ouvriers en «'associant s'imagiiwnt qu'ils n'auropt plus qu'à se laisser aller. 11 n'y a pas d'asK»daticHi possible, si l'en n'est bien décidé à lutter avec énergie et persévérance contre les difficultés des commencements et contre les crises qui peuveat survwiir.

S VUl. ftfisociation des ferbltntiars- lampiste». Du Uniraeurt ea chaiits. — Des maçoas.

Dès le 12 mars 1848, les fefWnnliers-lampistes, aa nombre de dnq cents, s'occupèrent de fonder une association. 4?omme' les facteurs de pianos, ils voulaient que l'association comprit les patron* et les ouvriers. Mais on ne put s'entendre, et cette première tentative d'association ne survécut pa^ aux journées de juin. Elle se reforma le 11 janvier 1849, entre quarante ouvriers, qui, n'ayant pu obtenir de subside de l'État, durent commencer leurs opérations avec un capital d'outils et de matériaux en partie emprunté , valant à peu près 400 fr., et avec 300 fr. en argent. L'assoclâtion une fbis installée dans un très-modeste local de la rue du Faubourg-Saint-Denis, dont le loyer était de 500 fr-, il lui resta en caisse pour capital de roulement, 10 fr. Le travail manquait complètement. La première commande, et la seule pendant plusieurs semaines, fut celle d'une lanterne de 12 ft-. Il n'y avait pas de quoi les rassurer sur leur avenir. Ils conlinuè-

rent à atleodre, les bras croisés, qu'oa vint leor demaDder leurs services : personne ne vint. Aussi, à la lÎQ de 1849, l'association était-elle réduite k trois membres. La faim avait ctiassé les autres.

A la fin cependant, le travail vint. Ea juillet 1849, le nombre des associés remonta à quatorze, et le capital était de 710 fr. en argent. Tout faisait croire que les moments difficiles étaient passes, < lorsque par un nouveau malheur, ces chères économies, si péniblement amassées fuirent volées, et l'association se trouva de nouveau sans ressources. Cette nouvelle épreuve, si peu méritée, émut les autres associations ouvrières. Elles se cotisèreot pour venir en aide aux ferblantiers lampistes, et leur envoyèrent environ trois ou quatre cents francs. Cet argent si nécessaire fut accepté à titre de prêt et rendu jusqu'au dernier sou. >

Cette association est une de celles qui ont le plus souvent et le plus profondément remanié leurs statuts, k mesure que l'expérience leur en montrait les défauts. A la fin de 1855 elle a liquidé, afin de se refonder sur des bases plus solides. •Cependant sa situation antérieure était loin d'être mauvaise, puisque, après six ans, ces ouvriers qui avaient dû recourir à l'emprunt pour commencer leurs opérations se sont trouvés, toutes dettes payées, avoir à se partager une somme de 74 891 fr.

Elles'est reformée avec quarante-six membres. Chaque sociétaire doit fournir un apport de lOOO fr. et verser au moins 200 fr. à compte dans le courant de la première année. La retenue pour le fonds indivisible est supprimée, ainsi que la caisse spéciale d'assistance. Les secours aux malades (2 fr. par jour) sont compris dans les frais ^néraux. Le travail est aux pièces, et

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par conséquent l'inégalité des salaires est de r^le, mais par une innovation peut-être pins généreuse qtie prudente, les nouveaux statuts ont introduit l'égalité dans le partie des bénéfices. La raison alléguée pour cette mesure est que l'ouvrier ne saurait être responsable que de sa bonne volonté, et qu'il serait cruel de punir la faiblesse. Rien de plus juste en morale; reste à sar<Mr si la même règle peut être applicable en industrie.

Quoi qu'il en soit, l'association des ouvriers ferblantiers est en pleine prospérité. Son capital est de 90 000 tr. , et le chiffre de ses affaires s'élève de H oooo à is&ooofr. L'association est en nom collectif pour le gérant, en commandite simple pour les autres. C'est du reste la meilleure combinaison el celle qui semble prévaloir partout.

Les ouvriers tourneurs en chaises avaient eu aussi dans le principe, comme beaucoup d'autres corps de métier, la pensée de fonder une grande association qui embrasserait tous les ouvriers de la même partie. Cette combinaison n'ayant pas réussi, quinze d'entre eui seulement s'associèrent le U octobre 1848 avec un fonds social de 318 fr. en argent, et de 150 fr. en outils. Malgré les débuts les plus pénibles, ils n'ont pas voulu recourir au crédit de l'État. > Nous avons voulu, disent-ils, ne rien devoir qu'à nous-mêmes et rester libres. * C'est pour eux un sujet de légitime fierté, et il est à regretter que dans le nombre des associations fondées à cette époque, il y en ait si peu qui aient compris que la réforme ne pouvait être sérieuse qu'à la condition d'être faits par l'initiative et les efforts personnels des ouvriers eux-mêmes.

Us eurent la ctiance, fort rare, de trouver un pro-

tu ASSOCIATIONS 0DTBIËIUS9.

[Hlétairequicaïueiilit à ne pas se faire payer d'araoce, d« «me qu'ils parent concaerer tout leur argent à tcbeler le bois nécessaire à leur tniTail. Les premiers mois œpeodant Aireol extrêmement mdes. C'est tm refrain ordinaire, que nous retroDToas as comniencement de tontes les associations libres, tandis que pour les autres, si Von en faisait l'histoire, il se trou^ verait plus ordinairement à la fin. Depuis le l<i octobre 1848 jusqu'au milieu de février 1849, lei associés durent Iravailler h journées réduites, foute de pouvoir i acheter assez de bois pour occuper tout leur temps. Mais, comme presque toujours, le succès fut la réeotnpense de leurs efforts. Au mois de juin l8St>, l'association quitta son pauvre atelier de la rue Amelot, pour s'installer dans un magnifique et vaste local, rue Popincourt 32, où elle est encore. C'est alors qu'elle McoDstitua légalement. Mais dèb le 20 novembre 1851 elle eut la sagesse de reviser quelques-uns des articles de ses statuts, entre autres celui qui, sans admettre l'égalitâ absolue des salaires, établissait un maiimonn d'inégalité entre les bons et les manvafs ouvriers. La différence jusqu'alors ne pouvait pas être de plus de ^quante centimes ; seulement on laissait à ceux qui fondraient en user le droit de signer leurs pièces au moyen d'une estampille particulière. Ce moyen d'émulation ne fut pas sorfîsant, et l'on se décida à revenir à un mode de rémunération moins arbitraire, et calculé exactement d'après la valeur des produits. L'article 15 des statuts de 1851 porte simplement que le mode du travail sera aux pièces et à la journée.

La société fut constituée en nom collectif à l'égard de sept ouvriers, signataires de l'acte de constitution, et en commandite à l'égard de tous les autres. L'ad-

ASSOCIATIONS OBVRISkBB. fi 15

mlnistration fQt confiée h un conseil composé des sept usociés en dooi collectif, et contrôlée par deux comités qtii prirent le nom de conseils de survelllatiof et de famille. Chaque assodé devait fouFOir un apport de 500 fr. en oulila ou en argent, à son entrée dans l'assoeiition, ou consentir à la retenue des parts qui lui reviendraient dans les bénéfices jusqu'à complément de l'apport réglementaire. On ne pouvait entrer dans l'association qu'après ua noviciat de trois mois, pendant lesquels on n'avait aucun droit aux bénéfices. Sur le travail de chaque sociétaire devait être prélevée une retenue de 15 pour loo destinée à subvenir aux frais de toute naiure. Dans le cas où l'on n'aurait pas de quoi payer les salaires complets, la somme disponible devait être partagée proportionnellement au chiffre du salaire nominal de chacun, et le surplus devait être payé lorsque l'état de la caisse le permettrait. Cette prévision de pertes possibles est une exception dans les statuts des associations de cette époque. Dans leur inexpérience des affaires commerciales, elles n'ont jamais voulu prévoir que des bénéfices. Les bénéfices devaient se partager, pour les deux tiers, entre tous les associés, proportionnellement au nombre des heures de travail fournies par chacun; le dernier tiers était destiné à fonder une caisse de retraite et de secours pour les associés. En cas de dissolution de la société, ce qui resterait après toutes les dettes payées devait être partagé en deux parts égales, dont l'une serait versée dans une caisse de secours mutuels entre ouvriers, et l'autre dans la caisse de celle des associalions, dont les statuts se rapprocheraient le plus de celle des tonmeurs en chaises.

A la même époque, ils rédigèrent un règlement d'a-

telio*, qui prononçdt des amendes ssws fortes contre les violences et les voies de faits, les. injures, les (aux rajgMrta, l'iyresse. Un article assez remarquable est le suivant : « Tout associé qui aura tracé sur les murs des ateliers des images obscènes sera puni pour la première fois d'une amende de 50 o^itimes, et pour récidive, sera rappelé à son devoir en présence de tous les associés; il en sera de même pour tout associé qui, durant le travail , aura tenu des propos licencieux ; toat acte contraire aux bonnes mœurs commis dans l'iotérieur des établissements donnera lieu aux mêmes pénalités. ■ Toutes les amendes étaient versées dans la caisse de secours.

Par un nouvel acte du S4 février 1855, ils modifièrent quelques-unes des dispositions précédentes, entre autres, ce qui se rapporte à l'administration et à l'apport des associés. Au lieu du comité des sept, on nomma deux gérants responsables, ayant la signature sociale, avec un mandat illimité, révocables seulement par l'assemblée générale. Les autres sociétaires ne sont plus que commanditaires, et complètement étrangers à la gérance. Quant à l'apport social , il est fixé à 1000 fr. Mais on a conservé le fonds indivisible ; c'est lui qui fournit les secours nécessaires aux malades, ce qui en atténue les inconvénients. — En 1857, il s'élevait à 14 000 fr. — Le capital social est maintenant de 50000 fr., et le chiff"re d'affaires est de 150OO0 à 200000 fr.

La plus considérable des associations ouvrières de Paris est celle des maçons et des tailleurs de pierre. Nous n'en dirons que peu de chose parce que son histoire n'offre rien de particulier. Fondée en 1848, par 17 ouvriers, sans aucun capital, sans aucun secours

du gouvernement, elle est parvenue à une pro3périté sans exemple. Mais comme toujours elle a eu à traverser de rudes épreuves. H a fallu, pour acheter les matériaux nécessaires à leur première entreprise, que les asaociés missent au mont-de-piété une partie de leurs vêtements, que leurs femmes engageassent leurs bagues, leurs boucles d'oreilles. Comme toutes les associations qui ont réussi , celle des maçons a eu le bon sens de réformer ses statuts à mesure que l'expérience en faisait voir les déikuts.

Le tableau suivant donnera une Idée des résultats

«d'affaire».

DiTidEiida

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