‹ Les associations ouvrières de consommation, de crédit et de production enChapitre 23 sur 30 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

tenant il se fonde en Angleterre de grands joumaui, de vastes associations, qui se donnent pour mission de travailler à établir une entente fraternelle entre les classes industrielles de l'Angleterre , de l'Europe, de l'Amérique et des colonies, et de mettre leurs efforts et leur influence au service des populations ouvrières du monde entier , sans distinction de nationalités ni d'opinions politiques et religieuses. T^eur but serait de faire disparaître ces haines de nations à nations, tristes legs des Ages passés S et de briser ces barrières commerciales qui sont aussi fune^s & la bonne entente qu'à l'Industrie des pqiples.

C'est une utopie peut-être, mais c'est beaucoup déjà qu'elle ait pu se produire et qu'elle réunisse dans une même illusion un grand nombre d'hommes aussi distingués par leur esprit que par leurs sentiments. Ce sont les utopies de catte nature qui poussent en avant la société et qui arrachent les hommes à l'immobilité âe l'égoïiinâ- En supposant qu'elles ne puissent pas se réaliser caipplétement, du moins elles jettent dma tes esprits des réflexions qui les élèvent et le^ civUisent, et c'est ainsi que se Ibnt les progrès. Quand, $.^ lieu

duit dam l'année pour 31 000 ^. de coton et une abondante lécolte de mais. Les sociétaires fdgerly ont réalisé sur la vente de leur colon des bteéfioes assez considéraUes pour que toutes les familles aient pu se bàlîr & la Gn de l'année de conTorlables cottages et faire en outre cadeau d'une balle de coton de 1500 fr. i un ami, M. Hitchcock, qui les avait beaucoup aidés dans l'aigantsatioa de leur société. Toutes ces associations sont assez i leur aise pour payer leurs proprei écoles, et en ce moment elles s'occupent de fonder une société de seeouis mutuels pour les vieillards el les infirmes.

1. Si les peuples songeaient que les guerres, dont les Boirrvaits les diiiient, leur ont toujoun été imposées par l'ambitioa de Icuia pnnces, et nullement par leurs propres intérêts, ils cesseraient bien Tila de prendre pour du vrai patdolisme ce qui n'est le plus souvent qu'une haine sans raison contre te voisin. '

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de réconcilier tous lei peuples, tiQ|| D'auraieBt pour effet que de convertir quelques hommes , de calmer quelques haioes, de dissiper quelques-uns de ces préjugés sauvages, qui n'aspirent qu'à la guerre et au carnage, cela ne vaudrait-il pas mieux que cea tristes utopies à reculons, qui, en repoussant l'avenir dans l»pB8sé, voudraient nous condamnep à repasser par toutes les.misëres dont, grâce au progrès, il ne reste plus que le souvenir. Ils oublient, tous ces revenants d'un autre âge, tous ces apologistes du patronage seigneurial ou religieux, que le temps a fait justice de leurs illusions, et que ces institutions, qu'ils nous vantent comme une panacée universelle contre le mal, n'ont jamais eu le pouvoir qu'ils leur attribuent. Y revenir, ce serait doQc se condamner à repasser par toute la série des misères dont l'histoire nous a conservé le tableau. Car enân pourquoi ne les ont-elles pas empêchées, si elles avaient en elles le pouvoir de les prévenir? St, si elles ne l'avaient pas, pourquoi nous condamner à recommencer une expérience qui a si mal réussi? Qu'on nous traite tant qu'on voudra d'utopistes ; les véritables utopies, ce sont cflllQs qui prétendent supprimer les leçons de l'histoire, ce sont celles qui ne veulent pas comprendre que les mêmes causes ramèneraient les mômes conséquences, et que si les institutions du moyen âge , même quand elles étaient acceptées par tous, n'ont pas eu l'efGcacité qu'on leur prête, à plus forte raison seraient-elles impuissantes, aujourd'hui qu'elles ne rencontreraient partout que défiance et hostilité. Le temps du patronage esta jamais passé; les populations ouvrières sont I98se3 d'être tenues en tutelle et de compter pour l'amélioration de leur sort sur la bonne volonté de

SSO ASgOCUXIONS OUVRIÈRES,

prétendus bienfajjtkars, dont trop souvent il faut mériter les bienÊiilspardes humiliations et dont l'impérieuse chu-ité exige avant tout le sacrî&ce de toute indépendance et de toute fierté.

L'association du moins n'impose aucune humiliatioD. Elle n'exige de celui qui se conâe h. elle que le sacrifice des penchants mauvais et des habitudes condamnables, le plus souvent engendrées par la misère ellemême. Aussi, malgré les inquiétudes de tant de gens qui ne peuvent regarder sans défiance le mouvement croissant de l'esprit d'association et qui raillent ses espérances, moi, je ne puis qu'y applaudir, parce que j'y vois, pour les ouvriers, le moyen d'échapper à U situation précaire et aux souffrances dont la menace pèse toujours sur eux,et, pour la société en général, U garantie de sa sécurité et d'un avenir prospère.

g II. Conseils aux ouvriers.

Je sais bien que les ouvriers ont encore à triompher de plus d'un obstacle. Pendant longtemps encore ils seront entravés dans leurs tentatives d'émancipation par des préjugés et par des ignorances qu'ils doivent à leur situation présente. On l'a dit souvent, et ce reproche est malheureusement fondé , ils ne savent pas assez respecter les autorités constituées par eux-mêmes ; ils s'habituent difûcilement , malgré les droits de l'élection , à considérer comme leur ctief l'homme qu'ils ont choisi eux-mêmes pour les diriger. Il semble qu'ils regardent la discipline comme une atteinte au principe d'égalité. Ils oublient que si, au point de vue de la vie civile et poli-

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tique, tous les citoyens sont égaux, il n'es est pas moins vrai que les fonctions doivent revenir à ceuz qui sont le plus capables de les remplir, et qu'il serait parfaitement ridicule à un conscrit de vouloir prendre le commandement d'une armée sous préteste qu'il est l'égal du citoyen général. Oui , il le vaut comme homme et comme citoyen; il ne le vaut pas comme général, parce qu'il n'a ni les mêmes connaissances, ni probablement les mêmes aptitudes. Ce doit être la même chose dans l'atelier. Il faut que chacun y fasse ce qu'il sait faire, sans se croire humilié de ne pas savoir tout faire à la fois. Est-ce que le lampiste est humilié de ne pas savoir faire des chaises, et penserait-il qu'on attente à son droit et au principe d'égalité parce qu'un camarade prétendrait lui en remontrer sur ce point? Ehl bien, il en est de même pour les diverses fonctions de l'association. Les uns ont le talent d'administrer, comme les autres ont celui de faire des fauteuils, et ii est de l'intérêt de l'un comme de l'autre que chacun reste dans sa spécialité. Qu'y a-t-il là de blasant pour l'égalité! Sans doute il serait humiliant d'être obligé d'obéir aux ordres du premier venu qui prétendrait imposer sa volonté à ses égaux et les forcer de le servir. Mais dans l'atelier, dans l'association il n'y a rien de semblable. Il n'y a que des égaux travaillant en vue d'un but commun , l'intérêt de tous; mais pour que ce but soit atteint, il y faut, comme dans toute société, une loi qui fixe les droits et les devoirs de chacun, et par conséquent des agents qui fassent respecter cette loi, et qui, par une discipline plus ou moins sévère, empêchent le caprice, l'égoïsme ou la paresse de quelques-uns de nuire à l'intérêt général. S'il s'en trouve panni les associés

aSK ASSOCIATIONS om^ifiiuss.

qui ne vmîllent pat comprendre eette néeeaiité, ils ont

un moyen bien simple de s'y soustraire, c'est de se

retirer.

Un autre préjugé, malheureusement trop répands parmi la population ouvrière, c'est que chaque association doit être ouverte à tous les ouvriers du mime métier. Quand ils voient uns association restreindre le chiffre des admissions et enrftler des auxiliaires, ils ne manquent guère de crier à l'exploitation , i ' l'égoïsme. Avec un peu de réflexion, ils Terraient sans peine combien ces reproches sont injustes- Enl84B, on a essayé de ces grandes agglomérations. Toutes les associations qui tentèrent de se fonder alors annoncèrent l'intention de comprendre tous les ouvriers de même profession. Hais l'eipérience les força bientAt de renoncer à cette utopie. En effet, raiEonnonsunpeu. Quel est le but de l'association? C'est de travailler 1 l'amélioration du sort de ses m tition plus équitable des salairt pour qu'il y ait des salaires i qu'il y ait du travail. 11 est doi tion devient plus nombreuse qi ■es affaires, elle ne pourra fc ses membres, ou qu'elle sera ; salaires insuffisants. Le bel avi Cié, pour se trouver dans une situation pire que oelle qu'on a quittée I Qu'elle prenne des auxiliaires paar les moments où le travail est abondant, c'est-à-dire pour le temps où elle peut leur fournir du travail, rien de mieux ; mais sielle se les associait définitivement avant de pouvoir leur procurer une occupation permanente, ce serait une duperie, et c'est alors qu'on aurait droit desepUindre. D'ailleurs Ufoutbiencomprendrequ'au-

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cim moyen ne serait meilleur pour rainer tontes les aesociations, et parce qae le nombre des associés en s'ezagérant augmenterait les chances de dissensions intérieures et les difficultés de la gestion, et parce que les débouchés constants n'étant pas en rapport avec ce nombre croissant, bientôt tous les membres se trouveraient réduits à une misère commune. Que voulezvous que devienne une association qui, n'ayant de travail que pour occuper et faire vivre vingt-cinq associés, en recevrait cinquante? Belle fraternité vraiment qui, par crainte de mériter le reproche d'égoisme en faisant vivre vingt-cinq familles, en condamnerait cinquante^ mourir de faim l II ne faut pas se lasser de répéter à ceux qui se plaignent de l'égoïsme des associations : Au lieu de crier à l'exploitation , que ne voua associez-vous vous-même? Les associations qui existent, instruites par l'expérience des affaires, refusent de se ruiner et de vous ruiner, en s'adjoignant un trop grand nombre de membres! Eli bienl fondez, vous aussi, des associations nouvelles, faites comme ont fait les autres, unissez vos économies et vos efforts, et quand vous l'aurez fait, vous apprendrez à votre tour qu'une association ne peut s'ouvrir à tous, si elle comprend que le premier de ses devoirs est de réussir, c'est-àniire de donner k ceux qui ont mis en elle leur confiance le moyen de vivre, eux et leur famille, h l'abri du besoin.

Une autre erreur, sur laquelle j'ai déjà eul'occasion d'insister, el qui persiste jusque dans la plupart des dernières associations, -est relative au traitement des gérants. Au point de vue de la justice comme àoeluide l'intérêt des associations, il faut que le gérant trouve dans sa position des avantagea sérieux et capables de

su ASSOCIATIONS OUVRIÈRES.

Stimuler vivement son activité. Cestlui qai représente l'association devant la loi et qui supporte la plus grande part de responsabilité. Si l'affaire tourne mal, ses coassociés ne risquent que la part engagée par eux dans l'entreprise, tandis que le gérant peut y perdre tout ce qu'il possède. Je ne me plains pas que sa responstbilité soit plus grande ; rien n'est plus naturel du moment qu'il s'est chargé de la gestion; mais s'il peot perdre plus que les autres, ii me semblerait naturel aussi qu'il pût gagner davantage, et que son traitement fût proportionnel aux bénéSces comme le seraient ses pertes en cas de désastre. Cette mesure me paratt essentielle pour la prospérité des associations, et c'est mal connaitre les hommes que de supposer qu'un traitement fixe et souvent dérisoire , eu égard à l'importance du service rendu, puisse tirer d'un gérant ces prodiges d'activité et de ressources d'esprit qni peuvent être nécessaires dans certains moments décisifs. Jusqu'à présent le dévouement des gérants n'a pas manqué, maïs c'est une folie que de faire entrer'la permanence du dévouement en ligne de compte et de le considérer comme un des éléments naturels du calcul. SI les associés restent unis, c'est que chacun y trouve son avantage; il faut que le gérant soit dans le même cas, ou bien les associations doivent se résigner à n'avoir que des gérants médiocres.

Voilà les préjugés spéciaux qui pourront entraver pendant quelque temps la marche des associations et sans doute en faire échouer quelques-unes. A cela il faut ajouter une ignorance des faits économiques, qui est toute simple chez des gens qui n'ont eu ni le temps ni les moyens de les étudier, et qui éclate encore si clairement dans les rapports des ouvriers délégués ù

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l'exposition àe 1S62, par exemple, en ce qui coDceme la fixation des salaires et la concurrence.

Mais tout cela n'a rien de bien grave, parce que ces erreurs sont précisément de celles que fera nécessairement disparaître la pratique de l'association- Puisque d'eux-mêmes les ouvriers se sentent portés vers l'association et ont confiance en elle, il n'y a qu'à les laisser faire. Ils seront bientôt éclairés par -l'expérience, que rien ne remplace.

§ III. Avantages moraux de l'associalioii.

Je n'ai pas besoin d'insister sur les avantages matériels que présente l'association à ceux des ouvriers qui en sauront remplir les devoirs. J'en ai déjà parlé souvent, et, après ce que nous avons vu des associations anglaises, allemandes et françaises, il n'est besoin de rien ajouter.

Hais il n'en est pas de même des avantages moraux, que contestent encore ceux qui n'osent plus, en face des fûts, nier les autres. Ils veulent bien reconnaître que les ouvriers pourront devenir moins misérables, que même le sentiment de l'intérât personnel, mieux stinjulé, pourra les rendre plus actifs, plus prévoyants; mais ils ne veulent pas que cela sufSse déjà à détruire en eux une grande partie des défauts qu'où leur re- . proche. Pour eux l'ouvrier est incorrigible. Ils ne comprennent pas que ce sont les conditions d'existence qui, dans la plupart des cas, forment les caractères, et que si, jusqu'à présent, ta classe ouvrière apu paraître incorrigible, c'est qu'on n'a jamais employé à son égard que les prédicalioos, les conseils et les palliatifs

SB6 ASS00IÀTI0N3 OUTRIËÏIES.

souvent fiiaestes de l'assistance et de l'aumône, sans rien faire pour change sa situatiou. Les mots u'oot guère d'influence sans les faits.

Mais ceux qui mettent en doute la transforinatioa possible delà population ouvrière oublient ouigm^ent l'histoire. Ils n'ont qu'à se regarder eux-mêmes pour voir quelle peut 4tre l'influence des conditions sodales sur le développement de l'Ame. Ils ne songent pas que cette bourgeoisie, si flëre de sa supériorité intellectuelle, ne se compose en somme que de âls d'ouvriers émancipés depuis un temps plus ouïnoins long, grâce à des circonstances plus ou moins favorables. Les ancêtres de la bourgeoisie, ce sont ces ouvrierii énergiques qui» au moyen âge, ont conquis sur leurs maîtres la liberté du travail et qui ont fondé les oommanes. Leurs seigneurs aussi les considéraient alors comme une race inférieure, incapable de s'élever au-dessus âe sa position présente^ condamnée à la misàre et i l'obéissance. Une pareille prétention ne n(ras parait plus qu'une ridicule insolence. Eti '. que font donc ceux qui refusent d'admettre la possibilité du même progrès pour la population ouvrière t Nous rions de cette morgue superbe qui ne voyait dans les hommes de» ccunmunes que des manants révoltée, et qui n'avait que des dédains pour cet obscur héroïsme auquel le monde moderne doit sa naissance. Pourquoi ne ririons- ;iou8 pas également de ces parvenus d'hier qui prétendent tirer l'échelle après eux, qui déclarent que tout est désormais pour la mieux dans le meilleur des mondes possibles, parce qu'ils se trouvent contents de leur sort, et qui traiteraient d'utopistes leurs propres pères, s'ils m devaient à ces utopies leur supériorité préBMiteî

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ASSOdUTlONS OUVRIÈRES. S87

PoOT moit je l'avoue.difBsé-je m'exposer à lenrs sarc^ameSf le mouvement que Je vois commencer dans toute l'Europe me parati jplus, grand, plua fécond que celui même qui, au moyen âge, a créé les communes et qui a fondé sur le travail la liberté politlquedu tiers-état. Dans ces aspirations, qui partout se révèlent parmi les populations ouvrières, je vois le commencement d'une révolution immense, d'autant plus admirable qu'elle est pacifique et qu'elle ne coûtera à personne ni larmes ni sang. Par elle sera transformée l'industrie) par elle le travail deviendra vraiment fécond et rémunéreteut* pour l'ouvrier. Par elle surtout disparaîtront les vices qaj perpétuent la misère à laquelle ils doivent leur naissance. L'ouvrier, réconcilié avec sa condition, rassuré sur son avenir, soutenu par l'espérance jusqu'alors trop souvent refusée à ses efforts, trouvera dans ce sentiment une jouissance bien supérieure à ces eicitations grossières qu'il cherche maintenant dans l'orgie pour endormir ses soucis. La famille, délivrée des souffrances terribles et des inquiétudes plus poignantes encore qui irritent, exaspèrent les meilleurs naturels^ retrouvera le calme qui lui est nécessaire, et les affections, trop souvent étouffées par les exigences d'un égoîsme irrité par les privations, reprendront leur place dans le cœur des ouvriers. Eus aussi peuvent aimer leurs femmes et leurs enfants, tout comme les bourgeois, et si quelques faits isolés semblent autoriser . le préjugé contraire, c'est que les préoccupations qui les assaillent, c'est que la gène et les souffrances dont ils ont sans cesse le spectacle sous les yeux, c'est que les plaintes de leurs femmes et les cris de leurs enfanta qui leur demandent du pain, unissent par leur rendre odieux leur -pcofra intérieur. Ah I parmi ceux qui lei

288 ASSOCIATIONS OliVI^BB.

accusent, qui leur reprocb^nt'le plus sévèrement leurs colères et leurs impatiences, combien y en a-t-il qui «apporteraient mieax d'aussi cruelles épreuves? Il est doux d'avoir un intérieur, une famille quand on n'y trouve que les jouissances intimes du foyer, quand on n'y est accueilli que par des sourires et des baisers, mais quelle terrible chose, s'il fallait y trouver sans cesse la misère et la faim I N'y a-t-il pas là de quoi briser les plus fermes courages, de quoi lasser les affections les plus dévouées ? On se fatigue à la an de n'entendre que des plaintes, on se décourage de lutter sana cesse contre des impossibilités sans cesse renaissantes. Voilà ce qui chasse l'ouvrier de che^lui ; voilà pourquoi il s'en va chercher au cabaret l'oubli de ses tourments, et que parfois même il s'enfuit au loin, abandonnant sa famille à des misères qu'il se sent incapable de soulager. L'indignation est facile & ceui qui n'ont pas vu ces spectacles. Si l'on y songeait quelquefois, on serait moins prompt à condamner. Il faut songer aussi que la plupart de ces malheureux n'ont reçu aucune éducation, et que les exemples qu'ils ont eus sous les yeux dès leur enfance n'ont guère pu leur inspirer les vertus dont on leur reproche si amèrement l'oubli. Voués dès leur naissance & des luttes de tous les instants contre les tentations, les entraînements, les impatiences de la privation et de l'envie, trompés par toutes les ignorances et par mille préjugés, qu'on n'a jamais rien fait pour détruire, qu'y a-t-il d'étonnant si parfois ils se trompent, s'ils s'oublient et se laissent entraîner, étant si peu armés pour la défense? Ne devrions-nous pas au contraire admirer qu'il y en ait un si grand nombre qui, malgré tant de causes de démoralisation et d'abaissement, aient su se

maintenir debout et repousser loin d'eux tous les conseils de la faim et du désespoir?

Grâce aux associatloos de toute espèce qui commencent à se multiplier, les ouvriers, sauvés de la misère, ne seront plus contraints de faire de leurs enfants des machines à produire et d'user d'avance leurs forces dans des travaux au-dessus de leur âge.

Plus que personne ils comprennent ce qu'a de déplorable cettv nécessité de ruiner l'avenir pour subvenir aux besoins du présent. Partout, en Angleterre comme en Allemagne, le premier soin des associations, dès qu'elles ont l'argent nécessaire, est de fonder des écoles, des bibliothèques, des salles de lecture ; partout eUes dimùment le nombre des heures consacrées au travail manuel pour laisser à leurs membres le temps de s'instruire, de lire, d'assister aux cours du soir; partout enfin elles comprennent que l'instruction double, triple leurs forces, que le développement de l'intelligence, en facilitant le travail, le rend plus productif; qu'il ouvre à la pensée de l'homme des horizons nouveaux; que, en élevant son esprit et son cœur, il met à sa portée mille jouissances dont il n'avait nul soupçon, et que le sentiment de légitime fierté qu'il éveille en lui sufât pour le mettre au-dessus des atteintes des tentations honteuses et des grossières passions. Voilà ce que le grand nombre commence à comprendre, et ce fait seul est à mes yeux une garantie suffisante pour l'avenir.

S90 ASSOCIATIONS OUVBIÈHES.

Je sais bien qae tout le monde ne sera pas de mon avis. Depuis quelques années la statistique s'applique à démontrer que l'instruction n'est pas une garaotie suffisante de la moralité, et que le nombre des gens qui apprennent à lire ne diminue pas nécessairement celui des crimioela. Je le reconnais; la théorie est trop souvent démentie par les faits. Mais h. quoi tient cette apparente contradiction? A deux causes parE^tement simples. L'une, c'est que l'instruction, telle qu'on la donne aux enfants des pauvres, n'a rien de moralisant, rien d'efOcace par elle-même. On leur apprend à peu près à lire, à écrire, à compter- Le bel avantage vraiment, si à cela rien ne s'ajoute I C'est un instrannent qu'on leur me\ entre les mains, à l'aida^uquel ils pourraient à la rigueur s'instruire, s'il ienr restait ensuite le temps de lire et d'apprendre. Mais c'est préàsément ce qui leur manque. A peine sortis de l'école, il faut qu'ils aillentàratelier, qu'ils yrestent cloués les jours entiers à pousser une lime ou un rabot, et vous voulez qu'après douze heures de cet exercice, ils trouvent la force et le loisir de s'instruire l Loin de là, un grand nombre oublie le peu qu'il a appris et qu'U a à peine su. Les autres se jettent tout naturellement sur la pdture grossière qu'offre k leurs esprits k peine dégrossis une littératuK malsaine et corruptrice, la setUe qu'ils puissent comprendre, parce qu'elle ne leur présente guère que les idées et les tableaux qu'ils ont trop souvent sous les yeux, parce qu'elle remue en eui des passions qui ne sont que trop puissantes au fond de leur cœur. Pour sortir de ce milieu malfaisant, pour s'instruire dans le vrai sens du mot, pour s'attacher à des lectures qui les élèvent et qui les moralisent, il leur faudrait la plupart du temps des connais-

ASSOCIiTIONS OUVRIÈRES. 291

sances qui leur manquent et des goûts qu'où a*a rien ' fait pour développer en eus. On leur a mis entre les mains un outil, sans leur apprendre à s'en servir utilement, et ils eu profitent tout naturellement pour se procurer les jouissances qui sont le plus conformes aux tendances de leur esprit. Voilà à quoi se réduit . pour un grand nombre l'utilité de l'Instruction pri- ;maire, telle qu'elle est donnée chez nous.

L'autre objection, pltm spécieuse à première vue, est celle-ci. Si l'instruction primaire est trop bornée et si l'on peut expliquer par là l'insuiBsance de ses résultats moraux, une instruction plus complète n'at-elle pas aussi ses dangers? D'où vient que nous voyons croître chique jour le nombre de ces hommes qui, pour avoir reçu une instruction plus complète, se trouvent déclassés, jetés hors de leur voie, condamnés à errer entre la classe ouvrière d'où ils sont sortis et où ils ne veulent pas rentrer et les professions libérales où ils ne peuvent se faire une place? Ne seraientils pas plus heureux d'être moins instruits î Ne vaudrait-il pas mieux pour eux, comme pour la société, qu'ils ne fussent [jamais sortis de l'atelier et qu'ils se fassent contentés, comme les autres, de l'instruction primaire, tout insuffisante qu'elle puisse être?

Je le reconnais encore; mais d'où vient le mal? de l'iostructiou î non pas. Précisément parce qu'une instruction un peu complète est rare chez nous, elle constitue une sorte d'aristocratie, et ceux qui sont parvenus à se bisser tant bien que mal dans ses rangs n*en veulent plus sortir. Ils croiraient déroger en occupant leurs mains. Ils aiment mieux mendier que de travailler. Leur ambition, surexcitée par le développeoient de leur intelligence, est comme un démon qui

leur souffle que, s'ils ne sont pas aux premiers rangs, malgré leur mérite, la faute en est aux iniquités sociales, et leur vanité souffrante peut les pousser jusqu'aux dernières violences. Ce n'est donc pas l'instruction qui leur nuit, c'est la pensée que, pareils, lisse distinguent de la foule et qu'ils sont au-dessus du grand nombre; c'est si ' " - - eignements

scolaires et des perpétuent

soigneusement d le malédic-

tion lancéesur 1( lupart d'en-

tre nous en sont douter par-

fois, que le travai l'humanité

et que l'exercice d'un métier est une déchéance. Gbei nous, l'enfant, dès qu'il peut comprendre quelque ctiose, se pénètre de cette sottise; il n'y a pas de mère taut soit peu bien élevée, qui ne tremble et ne s'indigne à la pensée que son ûls puisse être condamné à exercer une profession manuelle. Puis, quand il est bien préparé par cet enseignement domestique, on l'envoie étudier les livres des peuples paresseux des pays chauds, où l'homme, amolli par le climat, a de bonne heure trouvé moyen de se décharger de son labeur sur les épaules de l'esclave, en se réservant le noble privilège de piller «t de massacrer ses voisins ou de les forcer à travailler pour ie nourrir. Il n'y a pas de plus belle gloire dans l'antiquité; le mérite des héros se mesure àla quantité de sang qu'ils ont versée, au nombre des hommes libres qu'ils ont réduits en esclavage, à l'étendue des territoires où ils ont porté la dévastation et la misère. Voilà ce qui fait les grands hommes d'autrefois. A l'esclave de cultiver la terre, de récolter les moissons, de faire patire les troup^ux, d'exen:er toutes les professions utiles et productives. Aussi le

Iraviul y est-il méprisé comme l'esclave auquel il est imposé par la force, et le signe de la noblesse, c'est de ne rien faire,

C'est ce préjugé stupide qui se retrouve au fond de presque toutes.les doctrines de l'antiquité. Il en résulte que bien souvent, au sortir des études classiques, il reste enfoncé dans les esprits assez profondément pour que nulle expérience ne puisse l'en faire sqrtir. C'est lui qui, en écartant des professions industrielles et commerciales la plupart des jeunes gens qui ont fait des études, les précipite dans les fonctions publiques. Par point d'honneur, par vanité, par mépris du travail, ils vont glorieusement se mettre aux gages de la hiérarchie administrative; il faut absolument qu'ils soient surnuméraires, fonctionnaires, et quand ils manquent ce but de toutes leurs ambitions, ils resteat incapables de rien faire; ils sont déclassés, misérables, irrités contre la société qui n'a pas voulu de leurs services.

Ce n'est donc pas l'instruction qu'il fautaccuser. Son impuissance contre les vices provient uniquement ou de son insuffisance, ou de sa mauvaise direction. L'enseignement primaire, tel que nous le donnons, ne peut avoir d'effet moral sur les âmes ni sur If^^onduite de la vie; notre enseignement secondaire, faussé par de funestes préjugés, livre les esprits à des erreurs pleines de dangers. Mais l'instruction proprement dite, celle qui, en développant Içs puissances de l'esprit, le rend capable de s'approprier tous les moyens de perfectionnement physique et moral,qui le rend plus inventif, ■ plus ingénieux, plus réfléchi, plus apte à comprendre et à agir, h saisir les rapports logiques des choses, les nécessités de l'organisation sociale, et par conséquent

l'obligation du travail pour tous et la réci^-ocilé des deroirs; celle qui l'amèue & concevoir que la première garantie du droit pour chacun, c'est le respect du droit d'autrui, et que cela constitue la seule liberté posàbleet durable; qui, en lui donnant l'intelligence des lois économiques qui régissent le travail et toute la TÎe, supprime toutes ces causes profondes d'irritatioD qui soulèvent les hommes avec, des nécessités dont ils ne se rendent pas compte, et tes mettent fatalement aux prises les uns avec les autres; celle qui, en armant l'ouvrier de connaissances positives, le met en état de gagner sa vie et de nourrir sa famille, et par là le soustrait à toutes les tentations qui l'assiègent : celle-là , qui osera dire qu'elle soit impuissante à moraliser les esprits et à les détourner de ces perpétuels recours à la force, dont l'unique résultat n'est trop souvent que d'aggraver les souffrances qu'elle a prétendu guérir? Voiià ce que j'appelle l'instruction *, et c'est celle qui sortira nécessairement du développement des associations. Les ouvriers comprendront bien vite que l'instruction primaire ne sufGt pas pour les préparer au rôle qu'ils seront appelés ijoaer, et la réhabilitation du travail qui en résultera aura pour consé^ence de restreindre la manie qui pousse

1 . C'est à cette pensée que répond en partie t'iusUtutioD récente de l'enseignement proressionnel. On peut critiquer bien des détails, mais l'idée en elle-même esl eïcejlente, et le ministre qui en a asseï bien compris la portée pour en poumuivre opinifttrément l'application malgré les préjugés universitaires, aura fait taire un graud pas à la - Téritalhle réhabilitation du travail. Je sais bien qu'en principe personne n'oserait plus soutenir que le travail manael sait dégradant, mais combien j en a-t-il en fait qui, parce qu'ils sont huissiers ou commis, ne se croient pas infiniment au-dessus des ouvriersT voilï le préjugé qu'il s'j^it de détruire. Le développement de l'instruction professionnelle peut seul en avoir raison.

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vers l'enseignement secondaire tout enfant dont la famille est assez k l'aise pour en payer les frais. Par l'association, l'ouvrier, content de sa situation, qui satisfera à la fois et aux uécessités matérielles de J'existence, et aux sentiments de fierté et d'indépendance qui se développent de toutes parts, cessera de se considérer comme une victime de l'état social, et ses fils pourront, sans se croire humiliés, continuer l'œuvre de leur père. Le modèle de ce genre d'instruction est tout trouvé; nous n'aurons guère qu'à imiter les Anglais, qui nous ont devancé en ceci comme en beaucoup d'autres choses. A la lecture, à l'écriture^ aux éléments d'arithmétique, il suffira pour les enfants de joindre quelques leçons d'hygiène, quelques notions tout à fait élémentaires de droit civil, de morale, d'histoire, de physique et de géométrie, un peu de dessin ; et, dans les campagnes, quelques-uns des enseignements les plus essentiels aux professions agricoles. Ce sera assez, non pas pour leur donner des connaissances pratiques, mais pour élargir les horizons et pour ouvrir les esprits. Une fois avertis par ces premières notions, il sera facile de les attirer ensuite à des cours du soir, ouverts pour les adultes, où ils trouveraient plus développés les enseignements ébauchés précédemment, et où il serait possible de leur donner en plus une connaissance assez détaillée de la l^slalion industrielle et commerciale*, et des principes

1. Je ne sauraîa trop recommander auiouvriets,désireui d'acquérir cette connaissance si indispensable à toute aasociatioD, l'étude d'un livre écrit sur ce sujet par un avocat qui est en même temps professeur d'tùstoire, M. Bloo^et, Il est intitulé : Cours de legitlation aeluelle et Séeonomie rurofe, comToerciale et indutirietle (Paris, Belin). La connaissance de l'histoire et celle du droit s'y prêtent un

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de l'économie sociale. A cdté de ces enseignemeots l^^nérauz et nécessaires à tous également, il sera bon d'établir des cours particuliers, variant avec les localités, et combinés de manière à être spécialement utiles aux industries propres à chaque contrée. Tout celi existe en Angleterre, et ne tardera pas à s'établir ea France par la force même des choses, si l'administration, comme on peut l'espérer, veut bien se relâcher un peu de ses rigueurs et de ses déQances, et si elle laisse le champ libre à l'initiative des associations. Ge ne seront pas les hommes qui manqueront pour cette œuvre, si la liberté ne leur manque pas. ■ Le caractère urgent et obligatoire de l'œuvre étant admis, peu importe le point de vue particulier sous lequel chacun l'envisagera. Que les natures de senliments'y dévouent par sympathie pour les classes souffrantes, par devoir de fraternité humaine , pour donner un noble but k leur besoin d'action, et pour employer dignement leurs talents ou leur fortune ; que les esprits positifs songent à prévenir les explosions qui couvent au fond de ces misères comprimées et fassent de la bienfaisance la prime d'assurance de leur propre bien-être; que les politiques voient dans la diffusion de l'aisance une question de stabilité pour le gouvernement ou d'accroissement de recettes pour le budget ; que les utilitaires éclairent les intelligences obscures comme ils éclairent les rues, par raison de sécurité; qu'ils ouvrent à l'idée morale les consciences malsaines comme ils aèrent les quartiers insalubres, par mesure d'hygiène publique ; qu'ils économisent par l'instruction

mutuel appui, et le livre est cotaptet sans cesser d'Être élémentaire. L'auleui est parvenu à concilier ce« deux qualités à force de clarté et de méthode.

byCOO'^IC

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sur les frais de police, et bâtissent de petites écoles pour n'avoir pas à bâtir de grandes prisons : je ne me chargerai pas d'établir un ordre de mëfîte entre toutes ces manières de voir et toutes ces raisons d'agir. Aa point de vue de l'application, régolsme intelligent qui s'élève à la hauteur d'une vertu, et la bonne œuvre qui aboutit à une bonne affaire se valent à peu près. Et loin de penser qu'un noble sentiment soit compromis pour marcher de compagnie avec un grand intérêt, je regarde au contraire comme le caractère distinclif du vrai actuel et pratique cette confusion du mobile utilitaire et du mobile désintéressé, cette pénétration réciproque du juste et de l'utile venant coïncider sur le même point et aboutir à la même conclusion en acte'. ■

En somme qu'est-ce que l'intelligence sinon la force qui met en mouvement la machine humaine et qui dirige son effort? Nier que le développement des facultés intellectuelles puisse influer sur l'énei^ie et sur la direction de l'activité, autant vaudrait prétendre que la puissance d'une locomotive n'augmente pas avec la quantité de vapeur comprimée, et que, pour la conduire, il est inutile que le mécanicien ait appris son métier. La puissance de l'inteUî^Bnce, comme celle de la vapeur, est indéfinie, et, pour l'une comme pour

1. L'aisocialion dans lei classes ouvrières par M. R. de Fontenay. Revue nationale du 10 nov. 1864, p- 17. Cet article, qui D'est que le commencement d'un travail plus étendu, renferme un grand nombre de vues aussi justes que récondes. Je doute que ceux qui le liront sans aToir un parti pris absolument irrévocable contre les associations, puissent se soustraire à l'évidence de ses raisonnements. Je regrette de n'avoir eu connaissance de ces articles que quand mon travail était achevé. J'y aurais trouvé de quoi compléter et èclaircir bien des parties de mon livre, dont ils m'ont ' •■ ■ rinsuTfisance.

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l'autre, l'avenir sans doute nous résore bien des sar-

prises.

Il serait impiudeot de s'aventurer dans des prophéties qui pourraient paraître fantastiques à beaucoup de gens; mais je crois que, sans s'exposer au reproche d'utopie, on peut prédire que la misère diminuera à mesure que diminueront tes causes qui la font naître et qui la perpétuent; que les préjugés anti-sociaux et anti'économiques reculeront à mesure que s'étendra la connaissance des conditions nécessaires de l'état social et du travail; que les crimes et les vices deviendront moins fréquents à mesure qu'un plus grand nombre d'hommes seront soustraits aux tentations de la misère et aux suggestions du désespoir et de l'ignorance; que les hainesde classes s'atténueront à mesom que disparaîtra l'opposition des intérêts j et que le danger des bouleversements s'affaiblira à mesure que seront supprimées les causes de mécontentement: c'està-dire, ce qui est la même chose en d'autres termes, que la moralité se développera avec le besoin de l'ordre et le sentiment du droit, les affections de famille avec la facilité de nourrir une femme et des enfints, la sécurité pubHque avec la satisfaction d'un plus grand nombre dftbesoins, l'activité avec l'intérêt à agir, la production avec l'accroissement des forces productrices, la perfection des produits avec le perfectionnement des intelligences.

AS&OCUTIOHS OUVRIÈRE.

§ V, NéMisilé ds développer l'enseignemeot primaîra

Une seule chose m'inquiète, c'est l'infériorité relative où lat^t l'agricultiire. Pendant que l'industrie multiplie ses forces par les machines, que la population ouvrière des villes s'apprête à doubler par l'association sa puissance de travail, l'agriculture, qui fournit h la plapart des industries leurs matières premières, reste en arrière du mouvement, et menace d'entraver, par la rareté et la cherté de ses produits, ce merveilleux élan des énergies industneiles. Il y a là un danger sérieux, dont on ne se préoccupe pas assez. Il faudrait ponvoir secouer cette torpeur des campagnes. Je sais bien que cet obstacle tend à disparaître chez nous par les traités de commerce qui d^èvent de presque tous droits i'entrée des matières premières fournies par les contrées étrangères, par l'emploi chaquejour plus fréquent des machines agricoles, par le mouvement même que doivent communiquer à l'agriculture l'élargissement des débouchés et les profits du commerce agricole. Mais ce progrès est bien lent, comparé à celui de ]a production industrielle. 11 faudrait, pour l'activer, multiplier partout les moyens de transports, développer le crédit agricole, vulgariser les meilleures méthodes de culture, mais surtout donner aux paysans les moyens d'acquérir les connaissances qui leur manquent. Four eux, comme pour toute la population ouvrière, il n'y a de salut que dans l'instruction largement répandue. C'est là surtout ce qui leur manque, bien plus encore qu'aux travailleurs des villes, qui, la

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plupart du temps, groupés en nombre considérable et en rapports journaliers avec des hommes plus ou moins instruits, trouvent dans leur condition des moyens de s'éclairer qui font défaut aux habitants des campagnes. Aussi a-t-6n toujours remarqué couihien la tradition, l'habitude, ou pour mieux dire la routine y est impé* rieuse. Le seul moyen de la vaincre serait un système d'instruction spécialement combiné en vue de ce résultat- C'est ta surtout que devraient tendre tous les efforts du gouvernement, puisqu'il est en possessioD de l'enseignement primaire. On a déjà fait quelques essais dans ce sens. Espérons que l'on y persévérera et que l'on se hâtera de les compléter. C'est en combattant dans l'esprit des enfants l'influence de l'inertie paternelle, c'est en leur apprenant à connattre les méthodes les plus fécondes, en les familiarisant avec l'idée des progrès accomplis dans d'autres pays, en déradnanl dans leurs esprits celte superstition de la routine, en secouant cette apathie qui immobilise chez noos l'agriculture et qui ferme dos campagnes à tous les efforts du progrès, c'est par là seulement qu'on donnera h notre industrie k puissance de lutter contre la concurrence étrangère. L'avenir commercial et industriel de la France est en grande partie entre les mains du ministre de l'instruction publique '.

I. Il faut ajouter, pour être juste, que M, Duruy semble le comprendre. Quelques-unes de ses plus récentes circulaires permettent de présager un ensemble de réformes qui auront pour résultat de relever renseignement primaire et de lui donner une influence plus efficace ' sur le développement intellectuel des campagnes. Malheureusement l'argent manque, et il est à craindre que l'insurfisance de son budget ne paralyse ses bannes intentions. Ou ne comprend pas asseE en France que les éconoBiies siu' l'instruction sont des économies

A ce moment où le prestige de la force et de la supériorité militaire commence à pâlir devant la gloire plus pure de ia supériorité dans.le travail, et où l'attention publique se détourne des triomphes sauvages du sabre etdu canon vers les vrais triomphes de la civilisation, représentée par tous les arts où se déploie le génie des temps modernes, c'est à celui qui dispose de l'instruction primaire de décider si la ÏVance pourra conquérir dans les luttes de l'industrie le rang qu'elle asi longtemps tenu sur les champs de bataille'.

Nous sommes arrivés à un moment qui peut être décisif dans notre liistoire. L'avance que nous avons laissé prendre sur nous n'est pas telle encore que nous ne puissions ressaisir la victoire, et l'élan qui emporte notre population ouvrière vers une transformation des conditions du travail me parait de nature à justifier toutes les espérances. Mais il faut nous hâter, et prendre bien garde que les lenteurs de notre agriculture ne nous condamnent définitivement à une situation secondaire , en nous interdisant tout moyen de lutter à armes égales^ il faut prendre garde surtout qu'une réglementation minutieuse et tracas-

1. Il eal bien reinB.rguab1e que le mâme mouvement qui multiplie si rapidement chez les peuples civilisés les awociatioQS de cousommaiion, de erédît et de travail, imprime une impulaion analogue au développement de l'instruction. Partout on fonda des cours du soir et des bibliothèques, La France, qui s'est laissé devancer sur ce point, comme sar (anl d'autres, semble commencer à se sentir humiliée de son infériorité. Dans un grand nombre de villes, surtout dans les déparlements du nord-est, des associations se sont formées ou se forment pour travailler au développement de l'instruction populaire , et l'émulation commence à gagner les communes rurales. Espérons que c« mouvement ne as ralentira pas, et que la furia dont nous sommes si Hors sur les champs de bataille ne nous fera pas dé&ut dans la lutte intellecluelle que nous entreprenons avec les autres

' sière, trop ordiDaire dans nob-e pays, ne Tienne reihûdir l'ardeur qui éclate parmi ia populatton oavrière et ne fosse avorter les germes qui lèvent de toutes parts. Espérons que l'administration, mieux inspirée qu'elle ne l'a été pendant ces quinze dernières années, ne voudra pas entraver cet essor. Bien qu'elle ne se soit pas encore prononcée, son silence seul à l'égard des associations est déjà d'un favorable augure. Puisqu'elle les tolère, on peut supposer qu'elle veut, avant de prendre parti pour ou contre elles, attendre qne l'expérience soit plus décisive. Pour moi, je l'avoue, elle me parait suffisamment complète. L'exemple de l'Angleterre et de l'Allemagne me semble être en leur faveur un ai^mentdifficile à réfuter, et jen'hésite pas àsaluercegrand mouvement comme l'aurore d'un avenir plein de promesses et d'espoir. Ceux qui doutent encore me paraissent ne pas se rendre un compte exact de la situation réelle de notre industrie ni des nécessités nouvelles qu'elle impose au travail. Le moment est critique et notre sort futur va se décider. Si nous marchons résolument en avant, tout est sauvé et l'avenir est à nous ; si nous reculons, si seulement nous hésitons à entrer dans la voie où tout nous appelle, nous manquerons notre destinée, et nous perdrons peut-être pour toujours le rang auquel nous avons droit de prétendre.

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