‹ Les associations ouvrières de consommation, de crédit et de production enChapitre 4 sur 30 · LES · texte numérisé non relu

LES

CONSIDÉRATIONS GÉNtfRALKS

SI. Développement de l'iodustrie en France*.

Depuis nne quaraDtaine d'années environ, l'industrie et le commerce ont pris en France et dans le reste de l'Enrope an développement qui ne parait se ralentir par instants, que ponr reprendr bientôt avec une énergie de plus en plus étonnante. Il semble <]ue les crises presque périodiques qui les frappent oq soient que des moments ds repos pendant lesquels ils recueillent et concentrent toutes leurs forces, pour les rendre plus fécondes.

1. BMoire dtt elaueii ouvriint en France, depuia la conquMe da Jules César jusqu'à U Révolution, par H. E. Levasseur. Ouvnge couronné par l'Académie des sciences morales al politiques. ~ Paris, 1859. — GuillaumiD et Cie. — 1 vol. in-g. La seconde partie, également coaionnée par l'AcadJniie dans un autre concours, va paraître prochainement. SUa contiendia l'hisloire des classes ouvrières depuis la Hévolulion jusqu'à nos jours. Cest le seul travail complet qui ail tu lait sur ce sujet. Le livre de H. Levasseur est une des œuvres les plua considérables de notre temps. Il suppose des recberclies in-

2 ASSOCIATIONS OOVRIÈHES.

Cet accroissenHDt subit de la puissance productive de rindustrie, qui a nécessairement coïncidé avec une extension rapide du commerce, tient à plusieurs causes très-simples, mais dc^t qn songe peu à se rendre compte. Aussi n'y a-t-il que bien peu de personnes qui coptpratMiffat U nécessité et les copditions àtt h révolution qui se prépare dans le trarsil.

La cause première, c'est l'émancipation du travail, délivré par la Révolution de toutes les entraves des corporations, et surtout des réglementations minutieuses et étouffantes aoiu lesquelles l'avaient écrasé la prudence méticuleuse et la protection oppressive de l'administration. II faut voir dans h livre de M. E. Levasseur avec quel soin jaloux tous les maîtres de la France, depuis les Romains jusqu'à la Révolution, se sont appliqués à ré^ementer, c'est-à-dire à entraver le travail. Il semble qu'il s'agisse d'un ennemi à combattre. Sous prétexte de protégw le public contre les fraudes possibles de l'industrie et du comoienw, on emprisonne toute activité dans un réseau ineitricable de prescriptions insensées ou de probibiti(«8 absurdes, dont le seul effet est de rendre la fraude iaévitable et de donner lieu à une intermintble série de procès, d'amendes et de confiscations. Toute innovatiao est rigour^sement proscrite. Tous les minicb-es, bons

mensea d'autant plus difficiles que la matière était jusqu'alors à peu pris ineiplciâe, el qu'il a bUu déUirer, touiller et eoniivlsar upe feula da doeumaiOB toiiyeM inédîtsj enfoui; daiis las biÛiathÈqi^ puUiques, on daiie (es ai^vw JogÂIm, el perdus dans d'é/iNTses ' recusils de lois, nrdauoauces etiÈglement^dfLoule nature. ^ seule liste ds« oollectMWS, dea rscumls et dea uuvDagea qu'il a taiia se procnier et étudier stdHJt pour eln]r«r un JraHaUleui moios délermiii^ que M. Lev^sseur. Oa ns saurait tn>p rea^puuau^ei la lecture de cet ouvrage à quiconque voudra se ùim VBa idée £iacl@ dsa aûs^îpa et des progrès du tmniV «n France.

ÂSSOCUTIONS ûtJVBIËBSS. 3

ou mauvaU, sauf un bien petit uotabra 4'exceptiws, B'acbarpfoMwc un cèle égal k comMtr« toute twUative de jvog;rks, «t, n'^étjiit I« Qotnbre infini àe» r^)^ ments qui en rW suivent l'application impossible et leurs pari^uglle» contradùtt^ne qui le» i]4truiff^t les ua» p»F hs Autres, ^t qui forcent, par l'eW" barras où il» 1^ j^iwt, la tol^anœ 4^ gen» ^ loi et dsB aseute de l'adiuinistratioo, n'éttûent sprtuut les troublea et tes iéfoiires si fréquents jn»qH'»H f^ septi^e aièdâ, <qqi su^pend^nt l'application deis ofdonoaucee &, ies tègleatmt» et qui souvent les font oublier, il est k croire qu« l'ind^trie el le cooi' merce aur^ent fini par w lasper da cettQ lnt4e «an» trére contre l'iainUlUgence de radniinislratinp, et qu'il» seraient lanùt^ w point où nnu» les voyotu aojounl'hui e» Turquis-

La Constituante en décrétant la liberté d.u travail lui a rendu la Tîç et le niourement. Uai» Igs internûSAbies guerres dn premier Empirç, la dépopulation «t l'a^ pauvrisMtnept qui en âir«Dt la Buit«, les iaquiâtudee perpébii^s qu'<elles ^uti'^leiiaieDt âaji» les eepnts, la maaie f ^lementaqte qui fut uqo des maladiAs d« ce ràgoe, empêchèrent le «lécr^t de kûpnstitnaQte de porter ton» ses fruit». Si la liberté est la condiUiW vitale du travail, le calme ^t I4 sécurité ne Ipi sont guère moisfi ttéassaairâ! ; or <;'est c« qui lui a manqué epUr plétement j^gqu'^ 181^. Cftte date, si triste ponr la France par d'avib-e» rât^, «ut du moins cet avantage, qu^, esB l^i FiW'laBt U paix, elle lui permit d« portw vers l'iodustrie et le eeranierca son activité et sod ardeur, si atérilemeat détournés sur les champs de bâtai)^. Il ^ea^la qu'elle voulit réparer le temps perdu comai0 si Im ses oiss açcuwilés pendast ceUe loogue

I, Coo'^lc

période de guerres eussent réclamé impérieusement une satisfaction trop longtemps refusée. Cette satisfaction, ils la trouvèrent dans un prodigieux accroissement de la production. Les découvertes récentes de la mécanique mirent au service de l'industrie des forces jusqu'alors inconnues qui se substituèrent rapidement aux instruments impaiiaits dont elle avait dû se contenter jusqu'alors. L'emploi des moteurs hydrauliques, des machines à vapeur, depuis longtemps répandu en Angleterre, commença à devenir général en France dans les grandes exploitations et décupla les forces de la production. La prospérité qui en résulta pour ceux quiavaientdonnéreiemp1elerenditbient6tcontagieux, et en moins d'un demi-siècle, la France s'est trouvée couverte de vastes usines, qui fournissent chaque jour à la consommation une masse e9h>yable de inroduits de toute espèce.

Le commerce naturellement a suivi le même mouvement. A mesure que les forces mécaniques se substituaient aux forces musculaires, que les grandes manufactures remplaçaient les peUts ateliers, la boutique, l'échoppe de nos pères a fait place aux vastes magasins; le travail sur Oommande, si commode, mais si lent, a disparu ou tend à disparaître devant ia confection. Presque partout maintenant le commerce procède par grands approvisionnements. Le public veut pouvoir choisir et n'a plus le temps d'attendre.

Une autre révolution nécessairement attachée aux deux premières s'est faite dans les opérations de banque et dans tout ce qui se rattache au crédit. Les institutions de crédit, qui naguère sufGsaîent aux besoins restreints de l'industrie et du commerce, sont devenues bien vite insuffisantes pour l'énorme mouve-

ASSOCIATIONS OUTRIËRES. *

ment d'affaires qui a été la suite de la transformalion Ap l'industrie. Pour monter ces immenses établissejnentB, poor fournir à ces puissantes machines les matières qu'elles transforment si rapidement, pour approvisionner ces vastes magasins dont quelques-uns contiennmt et écoulent chaque année plus de marchandises que n'en consomment des villes entières, il faut des accumulations de capitaux qui auraient effrayé l'imagination de nos pères. Des millions ne suffisent plus, là où ils se contentaient de quelques milliers de francs. Ces millions, c'est le crédit qui en fournit la meilleure partie. Aussi la banque, l'intermédiaire naturelle de l'offre A de la demande des capitaux , at-elle pris un accroissement correspondant à celui de l'industrie et du commerce. Elle s'est faite à leur image,et pour sufSre à leurs besoins, elle a dû simplifier et accélérer ses moyens d'action , en même temps qu'elle a étendu le champ de ses opérations. De farmi- - (tables compt^ies financières se sont formées, dont l'unique fonction est de puiser dans le public tous les capitaux disponibles, de les atfirer par tous les moyens possibles de séduction, pour les mettre au service de la grande industrie et du grand commerce *.

1. Hilheureusement la banque, natoTellement indifférente à la qualité du pr£Ieut pourni que i'opënitioQ lui présente des garanties et des avantages, emploie trop souvent les puissants moyeDs d'action dont elle dispose pour mettre au service de l'État les capitaux qui seraient bien mîeui employés par l'industrie et le commerce. Ou pour mieux dire, c'est l'État lui-rnSme qui se fait banquier, et qui abuse de la garantie de la fortune publique et de tous les inoymis de séduction dont il dispose pour attirer k lui la plus grande partie des capitaux, qu'il immol>ilise ensuite dans des travaux somptueux, mais d'une utilité souvent contestable ; de là la crise financière qui pèse si lourdement sur notre pays. Elle ne cessera que quand on cessera d« détourner les capitaux de leur emploi naturel.

ASSOCIATIOIfg OUVRIÈRES.

§ U. Conséquences du développement 4e l'Industrie. '

Rien n'est plus nstarel que ces conséquences da dâ- «loppement rapide de l'industrie. Du moment que les betPOins augmentent, la production doit oognieoter. Le Commerce, qui n'est qu'an intermédlaife entre le producteur et le consommateur est incessamment entraîné dans le même mouvement, et ce progrès simultatié de la production et de la consommation doit fïttalement en déterminer un semblable dans lei Institutions de crédit.

Jusqu'ici 11 n'y a donc ni à s'étonner ni & se plaindre car nous ne voyons partout que des progrès: progrès de la production, progrès du commerce, progrès de la banque, dérivant tous également du progrès de la consommatlotl, c'est-8-dire de la satisfaction de plus en plus complète d'un plus grand nombre de besoins. Comment donc se fait-il, si tout progresse autour de* nous, que le paupérisme semble devenir de pluS en plUs ffiënâçadt et que la misère se fasse de plus en plus envahissante? Le bien ne peut-Il se développer sans que le mal se développe parallèlement, et sommes-noUs condamnés à payer un des deux progrès par l'autre ?

Ce qu'il y a de certain, c'est que k mesure que la grande industrie et le grand commerce se développent le petit commerce et la petite industrie dépérissent. Et ce n'est pas seulement ;Un fait, c'est une nécessité. Il est dair que le travail par grandes masses diminue les frais généraux, répartis «ue un plus grand nombre de produits, et que par conséquent le grand manufacturier peut, à qualité égale, livrer see produits à meilleur marché. Une grande osine, une grande machine

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à vapeur, tonte proportion gvdée, coflte moins qn'un petit atelier et qii'uti Oiotetir â'dne puissaoce médiocre; et, ce qni est moins vraisemblable à première vue, les débouchés, pour les grandes manufactures, sont plds faciles et plus sûrs que pour les petites. Les commerçants aiment mieux s'adresser aux industriels qui , produisant beaucoup , peuvent les servir par masses p!us considérables , qui les erposeiit moins, dans les moments de presse, à des délais préjbdidiables à leurs intérêts; et qoi d'ailleurs, ayant afi nom et tine réputation k soutenir, leur offrent plus de sécurité pour la qualité des produits.

La même raison assure iiix grandes maisons de commerce la préférence du public, qui (J'ailleurs y trouve l'avantage d'un choix plus considérable et d'un renouvellement plus régulier des marchandises. Le petit commerce n'a guère d'assuré que la clientèle des malheureux, auxquels il oSïe plus de facilité de crédit, ce qui eât loiti d'elfe ptiUr loi uU avantage. Ajou' téZ à cela que si le petit commerce et la petite Ihdus^ trie se trouves* par leur' position obligés d'accorder plus de crédit, ils ont à l'obtenir pour eut-ttiêmes beaucoup plus de difficultés que leurs concurrents.

De lâ, la décadence progressive de la plupart des petits étabtis!!èmetlts, et l'Obligation où se voient 1^ duits un grand nombre de petits industriels et de petits commerçants de redescendre de la condition de patron & celle d'ouvriers ou d'employés. Et Ift plu» part du temps, ils ne s'y résignent que quand ils sont à bout de ressources et complètement ruinés. De IS encore le nombre croissant des faillites, qui sont un des fléaux de notre époque.

Les mêmes causes qui minent les petits Industriels

s ASSOCUTIONS OUVRIÈRES.

et les petits commerçants établis, empêchent naturellement les empbyés ds commerce et les ouvriers de pouvoir s'établir. En leur fermant les issues, en leur àtant l'espoir du bien-être et de l'indépendance, qui les stimulerait à l'épargne et au travail, elles les livrent au découragement et par suite à la dissipation, qui produit la misère et les vices qui l'accompagnent. Que peut faire l'ouvrier isolé, rMuit à ses propres forces, sans appui, sans crédit, sans espoir en face de cette coalition d'intérêts qui tous conspirent à assurer la prédominance de la grande industrie! Un grand nombre renonce h la lutte, s'abandonne, et se laisse peu & peu envahir par la misère.

$ m. AccroisMmeat apparent du paupérisme.

Ce qu'il y a de plus terrible, c'est que la prospérité même de l'industrie se tourne en pié^ pour l'ouvrier. Tant que lesaSaires marchent et que le travail abonde, l'ouvrier habile et laborieux peut gagner un salaire assez élevé, d'après lequel il s'accoutume à régler ses dépenses. Il a de quoi se loger, se nourrir, s'habiller d'une manière convenable. Il prend des habitudes de propreté et de bien-être relatif, qui font pénétrer en lui un légitime sentiment d'indépendance et de fierté. Rien de plus naturel et de plus juste. L'homme qui vit honnêtement de son travail et qui élève vaillamment sa famille a le droit de ne courber la tète devant personne, et de se sentir fier de soutenir par ses seuls efforts plusieurs existences.

Mais l'industrie par sa puissance même de production, est sujette à des crises terribles et subites, qui lui

étaiçiit incboDaes quand elle marchait à la remorque des besoins de la consommation. Maintenant qu'elle les devance, elle est eiposée à se tromper dans ses prévisions et dans l'appréciatiOD des coucurrences contre îesquelleii elle a à lutter et qui concourent à la satiafoclion des mêmes besoins publics. Condamnée à procéder par tâtonnements et par conjectures, jusqu'à ce qu'on ait trouvé le moyen de prévoir les nécessités de la consommation ou d'élargir indéfiniment les débouchés, sans cesse aiguillonnée par la crainte de manquer les occasions et de rester en deçà des demandes, elle se trouve sans cesse entraînée à exagérer la production et à accumuler les produits au delà du nécessaire. Alors il faut suspendre ou ralentir le travail jusqu'à ce que l'équilibre soit rétabli. De là des chômages nécessairement imprévus qui viennent tout à coup surprendre l'ouvrier, et contre lesquels la plupart du temps il n'est pas sufQsammenI arméMlestsi difficile, quand tout marche à souhait, que le travail abonde, de s'imaginer sérieusement quedans quelques jours peut-être toutcela va s*arrâter, et qi^'il va falloir attendre des semaines et peut- être des mois entiers dans une morne et désespérante oisiveté I II est si difScile surtout, lorsqu'on gagne juste de quoi nourrir sa famille, de retrancher, d'épai^ner, de mettre en réserve pour les jours mauvais! L'homme volontiers s'abandonne à la chance et il

1 . Je De parle pas ici des ctiAmages réguliers gui rrippent choque année, ï époque Sie, la plupart dea mdusUiea. Par cela même qu'ils sont réguliers, ils doiveot être prévus, et par là peuvent Itre moins terdlites que les crises subites qui prennent l'ouvrier au dépourvu. H est vr&i que, dans la plupart des cas, l'effet est le même pour l'ouvrier imprévoyant. Mous verrons que la plupart des associations ont trouvi le moyen de supprimer les chflmages, ce que n'avaient jamais pu hite les patrons, qui n'y avaient aucun iulérét.

10 ASaOGIATKWS OtlVRIÈtfES.

se refuse à prévoir les misêrM, quand cette prévlslom ne s'iitiposë pas impériëuseménf. Or, dans la qDê?tldn des crises et des dhfliHageS , toufest livré au hasard, â la Métcî des caprités de I* forftine, car on n'a encore Imaginé aucun moyen de se refidre «n compte précis à un moment donné, si ce n'est dans le passé, dés nécessités de la consommation, tii par ctraséqnetit de déterminer et de distribuer l'ètToft de la pMdncfion. Voilà donc roavrier, et le plus iaborîent, stttptis an dépourvD, condamné à l'humiliation età la douleur de ne pouvoir suffire aux besoins de sa famille, obligé de laisser ses enfants maocfuer de pain, déchu enflfl d'un setil coup de tous ses sentiments d'indépendatice et dâ' légitime orgueil.

Autrefois l'industrie, dans les temps de iratiquIlIUé, ne connaissait pas ces brusqués variations, tes terribles et Soudaines ruptures d'équilibre entre le salaire et les besoins. Sa marche était pltis nAiforme et pluâ lenie î les salaires variaient peu. L'ouvrier n'était guèfe exposé â prendre l'habitude et le besoin d'tm certain blen-6tre et surtout d'un certain nombréde âentiûiènts qui maintenant lui rendent plus pénibles ces déchéances Subites. Le nombre de ceUt qui souffraient était infiniment plus considérable, mais la misère y était moins poignante, moins cruelle, parce qu'elle était btt quelque sorte répartie de façon plus régulière et pluj générale. Les malheureux n'étaient pas, comme maintenant, ballottés d'Une espèce de bien-être à un dénùment affreux, E^ravé par la comparaison amëre du passé au présent. L'œil n'était pas blessé par le contraste permanent des grandes fortunes industrielles et de l'indigence temporaire, mais terrible, des onvriers qui ont contribué par leur travail & Im créer.

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Une aotre raisoDqai contribue beaucoup h rendre le pÂTipéilsme de nàs jours plus apparent, c'est l'accamulatîon des mfsères sur un petit nombre de points. Jusqna'i la Révolution de 1789, la misère était affreuse dans les campagnes, plus eiicore que dans les Tllle3,et par Ift même elle frappait moiûs les yeUX; mais depuis le développement de l'industrie, le travail des manufactures a attiré dans un certain nombre de centres tons les braâ inoccupés dei environs, et ces accumulalions donnent au paupérisme UQe apparence formidable que dissimulait autrefois la dispersion des malheureux. On ne peut songer sans une poignante émotion à ces effroyables entassements de misérables que la pauvreté amasse dans les villes Industrielles. A Paris , sur «ne superficie de 7806 hectares, on compte 40056 ménages indigents; c'est nti nombre total de 101 570 personnes, qui, déduction faite des secours à domicile, feçoitsnt de la charité publique 4 200 OOO fr. par an, c'est-4-dire 34 ff. par an, 2 fr. 85 c. par mois, 9 c. par Jour. Dix mille six cent trente-six ménages occupent des logements de moins de 100 fr. paf an, c'est-à-dire d'inffects galetas sans air et sans lumière; 19312 ménages payent des loyers de 100 à 200 fr. ; of , au prix oh sont les logements à Paris, peut-on biep s'imaginer ^Oéllé misère sflpposent de pafeîls chiffresT Dana certains atYondIâsements, tels que le b', le 14° et le 20*, il y a Un ménage indigent sur deux; dans le 13*, presque toutes les fstnilles Sont inscrites au bureau de btenfAisaneé*.

A Troyes , sur les Si53 personnes qui composent la

IbyCOOgIC

population ouvrière, ilyena<i53i qui sont portées sur les r^istres du bureau de bienfaisance , et cette proportion est encore inférieure à celle de quelques autres villes manufacturières de France, notamment Saint-Quentin et Limoges * .

Il est inutile de chercher d'autres eiemples. Ceux qui en voudront un plus grand nombre les trouveront sans peine dans les livres de MM. Villenné, Blanqui, Louis Raybaud, Jules Simon, Augustin Gocbin, etc., etc. Ce que j'en ai dit suffit pour le but que je me propose.

<j IV. Diminnlion réelle de la misère.

Ces faits, malheureusement trop vrais, ont servi de textes à des déclamations soi-disant humanitaires, qui sertùent de nature à décourager tous les efforts et toutes les tentatives de lutte contre la misère, s'il était vrai que la perpétuité de cette misère fût une conséquence nécessaire du développement de l'industrie. On a été jusqu'à dire que si le mot paupérisme est nouveau dans la langue, c'est qu'il répond à un fait nouveau dans la condition des classes ouvrières. C'est une singulière application de la philologie à l'histoire des sociétés, comme si la principale cause de la ruine de la puissance romaine n'avait pas été précisément cet effroyal)le paupérisme, qui faisait du peuple de Rome un peuple de mendiants à la solde et à la charge des riches, d'autant plus terrible qu'il était sans remède, puisqu'il lui manquait la ressource du travail, désho-

noré et monopolisé par l'esclavage; comme si Athènes elle-même n'avait pas eu sa taxe des pauvres, de même que l'a eae l'Angleterre, longtemps avant les grands accroissements de l'industrie.

Voici quelques citations qui montreront jusqu'où est allée la misère de la population ouvrière à plusieurs époques de notre histoire. Après avoir tracé le tableau des souffrances de l'industrie au treizième et au qua-^ torzième siècle, M, E. Levasseur ajoute : • Quelque cbétive que soit son existence, l'homme s'y attache en désespéré, et plusieurs générations luttent au milieu des plus cruelles privations avant que ia faim ou la maladie aient tué tous ceux qui ne pouvaient se faire une place dans le monde. C'est ce qui arriva au quatorzième et au quinzième siècles. Le nombre des mendiants était effrayant. Les rois et les communes prenaient des mesures pour interdire le vagabondage et pour nourrir les infirmes, mais le mal était trop grand pour être ^éri par la charité 1 Les villes se défendaient contre l'invasion des pauvres étrangers qui affluaient de toutes parts'. .

■ La fin du seizième siècle n'est pas plus brillante*. Une ordonnance du 16 mars 1595 constate que dans plusieurs provinces ■ quasi tous les villages estoient

< inhabité et déserts. > L'Estoile nous montre ■ des

< processions de pauvres qui se voyoient par les rues « de Paris en telle abondance qu'on n'y pouvoit passer, » et il nous iq>prend qu'à l'hôtel-Dien il moiA-ait près de six cents personnes par mois, - la plupart de faim et ■ de nécessité. >

t. Hiitoin iet elatiet owaritrei en Priiflw. Tome I, p. 5T4. 2.Bnd., t. II, p. 134.

San» Is li?re de M. Alphonse feiliet, sur la niisÀra au tempi de k Fronde, op tromw una ^11)9 de 4tiJM^ commç Ëfilut-cit A Liujours, prà^ Paris, où U qe i»9 passa rien d'extraordioair» d« 1647 à l^âS, 1«8 oaw^ soQces dasMndeat de 3i à 19 ; pa rçy^oph^ Ipi dé^ montent d^ 3$ & 101. Opant aux namag&s, il» dinùnoeat progressiv^meul pour arrirer à ^o- Ite I§5û à 1653 on ne «I iQU'iaU plm. La statistûm^ prés^Bt<9 ailleurs à peu près les Qiême? riisul^ts.

En 1698, Vaubap, dftps 1a prâûM de,«pPr<ya(ti'uM« dûEtnâ royaU dirait ; ■ L« vie errante que je ipène de* puis (jurante ans st plus, m'ay^t donna occasion d« voir et visiter plusieurs fois et de plusieurs ffif^s U plus grande partie das provinces de ce royAgme, j'ai souvent eu occftsiou d« donnaFcairi^e à mes Féflexioo^ et de remarquer le bon et le mauvais du p^ye, i'»n ezaminar l'état et la situation, et celui de» peuples, dwt la pauvret^, ayant soijvent ^jfçHé ma compassion, m'a donné lieii d'm rach^rcbf^ la cause. H est cectain que ce mal est poissé à l'excès, «t qu? si l'on n'y remédie, le même peuple tombera dans une extrémité dont il pe se relèvera jwiaU, les grands obewdiw de la campagne ti les mes des villes et des bourgs étant pleins de mendiante que la faim et La nudité chassent à& cliep m%-

< Par toutes Les recherches que j'ai pu faire deptiia plusieurs annôee que je m'y applique, j'ai fort bien remarqué que dans ces derniers temps près d« la din^e partie du peuple est réduit^ à la mesdicit^ et œfindie effectivement; qpe d@s neuf autres piirtiee, il y ep » cinq qui ne sont pas en état de faire l'aumône 4 <;9lle'^, parce que eux-mêmes sont réduits à très-peu de chose près à celte malheureuse condition; qpe d.^ çnatre autres parties qui restent, trois sont fisrt mal alwies et

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eBibaiTa^K du deUfts et ^ ïiroc^, «t qu« iJMui la dixième, «ù j$ ffifitfl 19113 Uï g0m d'éçée, 4e rçbe, ec^

ble^sâ distiDj^u^ et Los gens en charge militaire et civJJW, Je3 b(>B< marcbaods, U» bourgeois r«ité« et les plus accommodas, on m peut pa» cpmpter «ur c«4 mille ianùUes ; et je ne crçireia pas qaentir quand j« dirais qu'il n'y en 9 pa» diï mille, erADdee ot) petites, qu'oD puiese djre liirt à leur <uEe- *

VoiÛ où ao 4tait la France soçs le glçcieui r^gae de Louis le Grand, comme cestipqe k l'appeler l'adorer tion monarchique. Je pense que cqs citations, qu'i) serait facile de multiplier, n'ont pas hesoip de çom" mfiDtaires. Il est bien évident que nous sommes mw^ tenant dASS une situation plus prospère. L'al^oudancç des prp4uits cr^ per les mediipes et par l'indu^ie perfeftionfi^ de notre temps » Mogulièremest eug^ mente le bien-être général dçp classes lahwieuses. Uais ce qui est égpieia^t vr^j, c'est que le bie«-être des classes ricbpsapriî un d^veJoppBnïent plus rapide eocoro, et que jU coQjparaison des distances ent^ les deux parties de ïa population produit «q eSe^ use illusion qui semhle douter raison ^ux pauégyristee du pitsfiê et aui^memis des progrès fofidavwB. Le se^igept de cette iuégalitâ <?^)issai)le, fésulMPt de U di^ %en£e du mouvemeqt de progressiou à^ deux cUsses, a trompé beaucoup dQ gens. C6 n'e^t pourtant qu'une erreur d'optique, seu)hla])}e à celle qui se produit, lorsque emporté par 19 rf^pidit^ dee chemins de 1er, i) uQus semble «QJr les rotures que ngus dépaseous eutreiuées en wri<Ère par une inr^e iavtsil^e, ui*lgr4 le? efforts que l4it ]« çh^vAl pour .avancer. C'est surtout às/f» les csffipaguâs que la wi^re e ^iflu4- £n

„ C^oo-îlc

rendant à la culture les biens de main-morte que té clergé laissait improductifs, en faisant tomber aux mains des paysans ces parcs immenses que stérilisait le luxe de la noblesse, en abolissant le droit d'aînesse qui s'opposait à la division des propriétés et qui immobilisait entre des mains oisives une si grande part du territoire de la France, la Révolution a transformé la condition des habitants des campagnes. Aprësavoirété longtemps les plus malheureux, les plus exposés aux pillages et aux désastres de toute espèce, ils sont devenus les privilégiés du travail, grâce à l'accession k la propriété. S'il y a encore des misères individuelles dans les campagnes, il n'y a plus de ces accumulations de malheureux et de mendiants, dont nous parlent les histoires du passé. Or, les habitants des campagnes, c'est plus de la moitié des habitants de la IVa&ce, et s'il est reconnu que leur état s'est améhoré, c'est déjà un grand progrès accompli.

Le développement de l'industrie n'a pas été inutile à cette augmentation de la richesse dans nos campagnes'. D'abord en leur demandant une partie de ses matières premières, elle a rendu plus productif le travail du paysan, en même temps que l'accroissement de la puissance productive a mis à sa portée des pror duits jusqu'edors réservés au petit nombre. Hais le plus grand service qu'elle leur ait -rendu,, ça été de leur prendre presque tous leurs pauvres. Tous ceux qui dans les campagnes avaient peine à gagner leur vie, ont afflué dans les villes de manufactures. Il en est ré«ilté une élévation sensible des salaires pour les ouvriers de l'apiculture, et un accroissement trèsmarqué de bien-être pour les malheureux qui sont venus louer leurs bras & rindustrie. On voit que dans

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le partage, les campagnes oat été les mieux traitées.

Toute leur population aisée leur est restée, la plupart de leurs pauvres lés. ont quittées et soot venus s'entasser dan» les villes. Mais' pourquoi cette émigration? Évidemment parce que l'industrie des villes leur oSJrait des ressources qui leur manquaient aux champs; Donc, malgré ses chdmages et tous les autres reproches qu'on peut lui làire, ce n'est pas l'indusbrie qui produit le paupérisme, pas plus qu'en médecine les mouches ne produisent leshumeursqu'ellesattireat au dehors. Au point de vue du paupérisme, l'industrie joue le môme rôle. Elle attire, pour ainsi dire, à la surface du corps social la misère qui lui rongeait les entrailles, elle la rend visible pour tous, elle en est à la fois-le dérivatif et le remède, elle ne l'accumule sur certains points que parce qu'elle en ptïrge le reste de la société, et en l'accumulant, elle la rend plus focUe à igiiérir'. .

L D'ailleurs il fsutse mettre en garde co reur dont on ne se déSe pas assez. Les questions sociales iQquiètaient peu Ibs hommes il y a deux cents ans, et l'on ignorait assez génâMiement ce qui se passait au delà d'un horizon fort restreiut, 11 en eit tout autrement aujourd'hui. L'esprit d'observation, l'étude des questions économiques, la statistique ont fait des progrès considérables, et mettent an service de chacun des masses de faits et de remeignements qui manquaient autrefois. Il eu résulte que, pour la ques< tien spéciale qui nous occupe, nos observations portent, non plus sur le petit nombre de bits qui se passent autour de nous, mais sur une multitude de documents qu'il nous est facile de rassembler. De là ces chiffres énormes qui nous effrayent, bien qu'ils soient singulièrement inférieurs à ceui qui, dans les siècles passés, auraient été le résultat nécessaire d'enquêtes semblables à celles auxquelles nous nous livrons aujourd'hui et qui se poursuiïent partout, grâce aux facilités d'une civilisation plus avancée, et surtout grâce aux pro gris des sentiments d'itumuiité et de compassion pour ceux qui BOUlTrent.

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ASaoCIATlOftS ODVRÏÈRfiS.

gv, RemMw aut laisùea préeent»-

Quaad je dis que l'in^sule giitii*lra )dS ifflMz qa'efl l'accuse d'avoir prodtiiU parfie qu'élis lis ft teùdtis BMaifi»tes, je ne parla pa« SènlnnOit de t'iikdii^lilft telle qu'elle «At» malB de l'iodtisti'le tëUë qtf'eOè M» âtm «D avenir certaiiiemefit peu ^o^fl. Hoai Sô^ÈteÉ en ce noment dan» tta état dé fiwijâlioa, Ht HùHs èù màAsatm» tous les Inconvénîetits. SI j'ai pn disctllper l'influMiie d'oii certain ftombre des ï-epfôches qu'où lei adressa, n n'en est pas aiaiai Cèrtaifl qa« la ptagpes^n dobieû-etre dans la classe ouvrière esttïioins rapide que dans les antres, et que, si cetCft ifté^itë est facilement explicable, ce A'est pa!f diie raison poiff que ce soit parliiHeaient normaï, et qtle ilotlS nous ^spenaiona d'eu cherdier ïe remède. D'autant plus que dafiâ les questions qui touchent d'aussi près à l'hoonnë, les réalités matérielles sont loin d'être les plus importantes. D est fadle de déœonb'er que les eonditioos ptiysrques de la vie sont meilleures Aiaintânant pour l'ouvrier qu'elles ne l'ont été dan» le passé; mais il n'est pas moles vrai que le sentiment de l'inégalité cfiDiâ^Mte qui le sépare de plus en plus des autres classes lui rend sa position plus pénible qu'elle ne semble l'étré en réalité, quand on sa contente de la comparer à ce qu'elle fut autrefois, et que cda Jîtfflt pour l'etopÉcher de jouir des progrès modernes, n en résulte que s'î) est ntoins nrisérable, il d'est guère moins midhâtirenx.

D'ailleurs, comme je l'ai montré précédemment (â n et III), il est efflrtaÎH que la subftitotioD ùk fércm mécaniques aux forces de l'homme a entraîné dans leS

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ÂSSOCtiTIONS OUVRIÈRES. 19

conditions da travail une transformation, qui pour être henrense par ses résultats généraui, a eu cependant qtielques inconvétiienis. Elle a imprimé 4 l'industrie une seconsse dont elle n'est pas encore remise, et 11 faudra encore bien du temps ponr (pie l'équilibre se rétablisse- D'un autfe côté 11 m'est Impossible da considérer comme définitif un état qui force les mères de famUle S abandonner lenre enfants pcnflant des journées entières pour aller travailler à la fabrique, et qui les entasse pHe mêle avec les tiommes dans ces grands phalanstères industriels, dont la concurrence tue le travail isolé, où le mélange dès sexes fait oublier OU oblitère d'avance le sentiment de la Ikmille, en supprimant trop souvent le mariage au profit d'une promiscuité Jitdeuse. t'homme n'est pas fait pour vivre en troupeau, et il faudra bien que de progrès en progrès on rewenne au point d'où l'on est parti. Seulement ou y reviendra mieux armé, et si la vie doit y gagner en moralité et en dignité, l'industrie n'y perdra rien. Je sais bien que cette affirmation fera sourire beaucoup de gens, qui sont convaincus que l'ùidustrie est définitivement et pour toujours établie dans ces grandes usines, et qu'elle n'y pourrait renoncer qu'en renonçant à tous ses avantages. Pour moi je ne le crois pas. On reviendra, au moins pour un grand nombre d'industries, au travail isolé et à la vie de famille, car là est la tendance et l'étemel instinct de riinmanité. Il suffira pour cela qu'on trouve le moyen de fractionner et d'assouplir ces forces immenses qui maintenant nous commandent et nous tyrannisent. Ce sont les grandes inventions modernes qui ont jeté le tixwble dtms les coilditiang normalet de l'existeAce; de nouvelles inventions plus parfaites le feront dis-

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paraître. Ce mouvement commence déjà à se manifester, comme l'a remarqué très-justement H. Honi. Voici que la machine k coudre va permettre au travail isolé de soutenir la lutte contre le grand atelier. La machine Lenoir, & gaz dilaté, bien que encore imparfaite, menace l'empire exclusif ide la vapeur, et permettra dans un avenir prochain de rétablir le petit atelier auprès de la grande usine. En Angleterre, dans la dtadelle de la grande industrie, des associations d'ouvriers ont commencé & construire des ateliers en miniature, pourvus d'un outillage à la vapeur, qu'elles louent k des individus qui les exploitent en famille, reproduisant ainsi le vieux système de l'industrie domestique, combiné avec tous les perfectionnements de la mécanique. Ces essais ont pi^Caitemeat réussi, malgré la crise cotonnière, et l'on ne doute pas que leur succès ne suscite un grand nombre d'imitateurs. Une découverte récente', due fc un manufacturier fraitcals, H. Ferdinand Him, du Logelbacfa, près Golmar, en permettant de transporter et de distribuer toute espèce de forces motrices h. des distances trte-considé-

]. Voici en qiioi consiste cette découverte. Tout le monde sait que le mode actuel de transmission des forces motrices, l'arbre de couche, thsorbe rapidement la force qu'il est chargé de transmettre. K. Him te remplace par un système de poulies, mises en mouvement par un trè»-léger clhle de fll de fer. Avec le système de M. Him, il suffit d'un moteur de la force de IZI chevaux pour transmettre une force de 100 chevaux & 20000 mètres de distance. La perte n'est donc que de 31 chevaux. Avec le mode ordinaire de transmission, il landrait pour ruire parvenir une puissance de 100 chevaux i la même distance un travail de 780 400 chevaui , et les arbres de couche qui seraient chargés de transmettre cette force devraient peser 133 700 lounes. Ia perte de force s'élèverait dans ce cas au chiffre énorme de 780300 chevaux. Ce» chiffres aonl rigoureusement établis par ie calcul. Du teste il ne s'agit pas ici d'une simple théorie. Le syatème t^édynamique deH. Hiraadéjiété appUqué dans imgrood nombre d'usines

rables, sans déperdition sensible, va donner une impulsion nouvellei cemouvement de déceotralisation industrielle. C'est !e point de départ d'une révolution procliaine dans les conditions du travail. Gomme le dit M. Hirn, jusqu'à présent la force motrice était loctdisie, désionnais elle sera mobilisée. La société Bâloise, connue sous le nom de Compagnie d'utilisation des forces du Rhin, a le projet d'appliquer cette heureuse découverte à la chute de Schaffouse, pour distribuer la force et le mouvement dans toutes les directions, à toutes les distances où des exploitations industrielles et agricoles pourront les réclamer. Désormais il ne sera plus nécessaire d'agglomérer les travailleurs autour de la machine motrice; le travail wi famille redevient possible et le Téve de M. Jules Simon, dans /'Ouvrière, cesse d'être nue utopie.

L'agriculture en profitera comme l'industrie. Mais déjà, de ce calé, le problème de la division des forces et de leur mobilisation est en partie résolue depuis plusieurs années. Pendant longtemps on avait pu croire que les machines fixes donneraient aux grandes

en France, en Allemagne, en Suisse et en Angleterre. La seule maison Steia et Cie, de Mulhouse, a construit et établi près de quatre cents appaieils de transmisaion de celle nature, et quelques-uns transportent et distribaentle travail de moteurs hydrauliques et i lapeur k des distances de 1500 mètres. L'expérience a partout confirmé les conclusions du calcul. Cette invention me paraît appelée à jouer un lOte considérable dans les destinées de l'industrie et du tra- Tail. Pour Ies détail» d'application, je renvoie à la notice écrite par H. Bim lui-même sur la tcansmission télëdynamique. Elle est accomposnée de plans très-complets, et d'un appendice où l'un de nos savants les plus distingués, H. Adolpbe Hirn, frère de l'inventeui, établit par le calcul U déperdition de force qui résulleiuit nécessairement de l'emploi des transmissions ordinaires pour une dislance de 20000 métrés, et le poids que devrai! avoir l'arbre de couche. U. Him n'a pas pris de brevet.

aa ASSOCIATIONS OUVBIÈRBS.

«KploUftUops agriodei un avanti^ qui finirait par ruiner li petite cultuD^. UiunteQïQtlalocomobiles'en va dâ cbamp «^ duûnp et de gruige ep grvige, labourer ia terre, moissopn^ les r^Uea et battre là graio du pauvre paysan aussi bien lue du grand propriétaire terrien.

Sema doute il y a egcare beaucoup à ûiire et U n'est pas temps de s'endormir, mais du moins le princip« est trouvé. 11 ne reste plus qu'à en perfectionner, en faciliter et en propager les applications Si les grandes découvertes de là science môderoe ont jeté dans U. société u» tro'uble passager et ont pu paraître mettre en péril quelques-uns des eentiment^ dont le développement importe h la civilisation, un nouvel effort de ce même géoia inventif va tout faire rentrer dans l'ordre, et par une distribution plus égale de bgs bienfaits, il donnera aux besoins moraux et physiques de ritumanité la satisfactien qu'elle a semblé un moment vouloir leur refuser. Les moralistes se sont trop pressés <|â crier anathème au progrès et de désespérer de Vavenir. Avant d'accuser la science, il fa^t lui laisser compléter son œuvre; avant de prendre le deuil de la famille dévorée par la manufacture et de l'humanité immolée au dieu coton, il eût été bon de s'aswrer que le mal était réel. Pour être si prompt à penser que le mal doive sortir d'un accroissement de forces, il famt croire que l'humanité est disposée à en faire mauvais usage, il faut la croire mauvaise de nature et étalement entraînée au mal. Pour moi, je l'avoua, je crois exactement le contraire , je suis convaincu que le mal n'est qu'une forme de l'ignorance, et que toute pabsance nouvelle est un instrument de progrès et de moralité.

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