‹ Les associations ouvrières en AngleterreChapitre 8 sur 24 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

La Trade-Union est avant tout une caisse permanente de chômage. Après avoir généralement payé une entrée, parfois assez forte, les membres versent chaque semaine une souscription, variant de un penny jusqu'à un et même, dans certains cas, 2 shillings (5 fr. 45 c, 65 fr. et 130 fr. par an). Il se forme ainsi un fonds de réserve, qui grossit rapidement dans les années prospères, et qui est destiné à soutenir les membres de la société lorsqu'ils chôment, soit faute d'ouvrage, soit par suite d'une grève. La souscription est égale pour tous les membres (1),

(1) Excepté dans deux ou trois sociétés qui ont deux tarifs, ot dans la société des typographes de Londres, qui seule gradue les souscriptions d'après le salaire de chacun.

et cette égalité est une des bases de Tinstitution, car elle implique un égal soutien en cas de chômage : en temps de grève, il ne s'agit pas pour Tourrier de gagner plus ou moins, il faut que T Union rempêche de mourir de faim, et pour cela sa plus ou moins grande habileté ne fait aucune différence. Le nombre de bouches qu'il a à nourrir, s'il est père de famille, peut seul faire augmenter l'indemnité que l'Union lui assure.

Cette indemnité varie naturellement beaucoup selon les industries et les ressources de chaque société. Plus d'une, voyant sa caisse se vider au milieu d'une grève prolongée, a dû diminuer graduellement les distributions qu'elle faisait à ses membres, jusqu'au jour où 'ses dernières ressources se trouvèrent épuisées. De là, pour les chefs des diverses Unions, le devoir de ne jamais se lancer dans une lutte contre les maîtres sans en avoir mûrement pesé les chances.

La société est administrée par un conseil de surveillance, ou conseil exécutif, élu chaque année par le votp secret de tous les

membres, et qui compte dans son sein un président, un caissier et un secrétaire. Le gouvernement de la société, les relations avec les patrons, les décisions relatives aux grèves, lallocation des indemnités, enfin l'admission et la radiation des membres, appartiennent exclusivement à ce conseil. A l'assemblée générale sont réservées les grandes affaires financières, telles que l'imposition d'une contribution extraordinaire sur tous les membres, si, une partie d'entre eux étant en grève, les ressources normales de la société ne suffisent pas à les soutenir.

Mais les Unions les plus puissantes, comme les mécaniciens unis, les charpentiers et les menuisiers unis, les maçons, les deux grandes sociétés des ouvriers en fer du Staffordshire et du nord de l'Angleterre, celle des mouleurs en fonte, des filateurs du Lancashire, l'Association nationale des mineurs, qui compte 35000 membres, et bien d'autres encore, ont une organisation plus compliquée, et se subdivisent elles-mêmes en un grand

iional>pe 4^ l^FWches. Cbaaue branche, ovi

loge, se compose des ouvriers habitant un même district, élit son comité, a sa caisse spéciale, qu'elle administre, mais dont elle doit rendre un compte annuel au conseil central.

Celui-ci est formé des délégués élus pour six mois par les diverses branches, proportionnellement au nombre de leurs membres, et de deux employés, le secrétaire et le trésorier, nommés directement par le suffrage de tous les membres (1).

Ce sont les loges qui admettent dans rUnion les candidats présentés par deux membres, et qui décident, en premier ressort, des exclusions, des secours et des grèves locales. Mais on peut toujours en appeler à Tautorité centrale, et la loge qui se mettrait en grève avant d'avoir obtenu la sanction de cette autorité ne serait pas soutenue par la société. Enfin, le vote des levées et Tappel d'une loge contre la décision du conseil appartiennent à l'assemblée générale. Les

(1) Parfois, sans autre élection, c'est le comité de chaque loge qui est alternativement investi du pouvoir exécutif.

mécaniciens unis comptent 308 branches, dont 1 1 en Amérique et quelques-unes parmi les ouvriers anglais établis en France et en Australie ; les charpentiers et les menuisiers unis en ont 190, les maçons 278, et une autre société de charpentiers 150. Dans quelquesunes de ces sociétés, les deux premières, par exemple, la réserve amassée par chaque branche est, à la fin de l'année, portée à une masse commune, qui est à son tour partagée entre toutes, proportionnellement à leurs membres, de manière à répartir également les dépenses sur la société entière. D'autres, au contraire, laissent à chaque branche une complète indépendance financière, sauf à la faire secourir par les autres si cela est nécessaire. Le membre d'une branche qui change de domicile se trouve, au bout d'un an, affilié de droit à la branche établie près de sa nouvelle résidence ; une simple carte fournie par la branche qu'il quitte le fait recevoir dans l'autre (1).

(1) Une couleur spéciale est réservée à ceux qui ont été renvoyés par leur patron pour cause d'ivrognerie ou de

Les radiations, qui sont très-nombreuses, et qui, chez les mécaniciens unis par exemple, s'élèvent au tiers des admissions, sont presque toujours le résultat d'une retraite volontaire signifiée par une cessation de payement.

L'ouvrier change de résidence et ne se soucie pas toujours de se faire affilier ailleurs à une autre société ; souvent même il néglige de se faire recevoir par une nouvelle loge de la même société. Bien des fois, après une grève qui a épuisé ses ressources, après avoir longtemps vécu des secours de la société, il ne veut pas ou ne peut pas recommencer à payer sa cotisation, et se retire. Il arrive aussi que la société ou la loge prononce l'exclusion d'un membre qui s'est rendu indigne ou qui a violé les règlements. Un ouvrier qui continuerait à travailler pour un patron contre lequel l'Union aurait décidé de se mettre en grève

mauvaise conduite. Ainsi la carte rouge, tout en les faisant admettre en vertu d'un droit qu'ils n*ont pas perdu, est une mauvaise note auprès de leurs futurs camarades ; la carte bleue est réservée aux membres adipis depuis moii)s d'un an ; la noire est la meilleure,

serait naturellement exclu, s'il ne prévenait cette sentence par une prompte retraite (1).

Quoique la caisse de chômage joue toujours le rôle principal dans le budget des Unions, un petit nombre seulement d'entre elles, appelées par excellence « Trade Soctelies » , limitent exclusivement l'emploi de leurs fonds au soutien des grèves. Ces sociétés sont généralement peu importantes. Les autres offrent en outre à leurs membres certains avantages empruntés aux sociétés de secours mutuels, tels qu'une indemnité hebdomadaire en cas d'accident et presque toujours aussi en cas de maladie, des frais d'enterrement, montant à 200 ou 300 francs, et souvent la moitié de la

(1) Ce n'est que pour mémoire que nous mentionnerons une société qui s'intitule l'Association des ouvriers de Londres, et qui, sous la direction de M. Potter, aspire au rôle de représentant suprême des Unions formées dans les différents métiers. Elle se compose des délégués nommés par quelques-unes de celles-ci. Mais elle paraît avoir peu d'influence, si l'on en juge d'après la manière dont les principaux chefs du mouvement unioniste en ont parlé devant la Commission. Ils lui ont particulièrement reproché d'avoir encouragé des grèves par des promesses qu'elle n'a pas pu et qu'elle ne pouvait pas tenir,

même somme pour les funérailles de leurs femmes. Quelques-unes les assurent contre la perte de leurs outils, et il y en a trois qui garantissent une retraite aux vieillards et aux infirmes.

Cette combinaison est vivement attaquée par les adversaires des Unions, taudis que leurs défenseurs la regardent comme avantageuse et même nécessaire à leur existence.

Aussi devons-nous nous arrêter un moment aux discussions qui ont eu lieu sur ce sujet devant la Commission. On adresse aux sociétés ainsi formées, dites « Unions mixtes y>, deux reproches principaux: 1** d'attirer par l'appât des bénéfices qu'elles leur promettent bon nombre d'ouvriers disposés à rester étrangers à la guerre des grèves, et de les y entraîner ensuite, malgré eux, par la crainte de perdre tous les droits que leur assurent leurs souscriptions accumulées ; 2** d'avoir établi leurs budgets de telle sorte qu'à la longue elles ne pourront, en aucun cas, faire honneur aux engagements qu'elles ont pris envex^s leux^s membres.

Au premier grief les chefs des Unions répondent que les avantages offerts par le fonds de secours attirent bien peu d'ouvriers, puisque, dans toutes les sociétés où Ton peut à son choix s'abonùer à ce fonds ou limiter ses souscriptions à la caisse de chômage., les abonnements sont fort peu nombreux. Mais, en revanche, elles offrent au public en général, aux maîtres eux-mêmes, et surtout aux ouvriers, qui sont les premiers à souffrir des grèves, bien plus de garanties d'une conduite prudente que les pures « Trade Societies^^.

Celles-ci, qui comptaient dans leurs rangs toutes les associations de couteliers de Sheffîeld, se sont toujours distinguées par leur intolérance et leurs procédés violents. Une fois maîtresses d'un fonds commun destiné exclusivement aux grèves, leur tendance naturelle est de lui chercher de l'emploi à tort ouàraison. Dans les sociétés mixtes, au contraire, toute grève entame les ressources de la caisse de secours, et l'ouvrier, qui sait que chaque jour de chômage lui fait perdre tant pour cent des i^vantages futurs sur lesquels

b^ LES ASSOCIATIONS OUVRIÈRES EN ANGLETERRE.

il compte, sera bien moins disposé à quitter le travail que s'il devait être entretenu dans l'oisiveté par un fonds spécial dont, si ce n'est lui, un autre profiterait. Les Unions mixtes n'enrôlent donc par aucune séduction les ouvriers disposés à ne pas prendre part aux grèves, mais elles offrent à la partie économe et sage de la classe ouvrière, avec les moyens de soutenir les luttes inévitables, un puissant encouragement à en restreindre le nombre et une véritable prime en faveur de la modération.

Le second reproche nous amène à examiner l'organisation financière de ces sociétés. Leur avenir en dépend, car elles ne sont qu'un leurre dangereux si elles ne parviennent pas à constituer entre les mains des ouvriers une force capable de balancer celle des capitaux possédés parles maîtres. Une longue et vive polémique a été engagée sur ce sujet, devant la Commission, entre M. Applegarth, secrétaire des Sociétés unies des charpentiers et des menuisiers, et M. Tiicker, contrôleur d'une grande Société d'assurances sur la vie,

appelé comme expert par les commissaires.

Celui-ci, après avoir examiné tous les comptes de la grande Union de M. Applegarth, elles avoir soumis aux règles admises pour le calcul des assurances sur la vie, des tontines et des secours mutuels, a prononcé contre elle, au nom de la science des chiffres, un arrêt de mort, et déclaré que toutes les sociétés organisées de la même manière marchaient à une banqueroute inévitable, et d'autant plus irréparable qu'elle aurait été différée plus longtemps.

Prenons donc cette société comme exemple, pour montrer le mécanisme et les ressources de ces grandes associations.

Elle lève sur chacun de ses membres d'abord une entrée de 5 shillings (6 fr. 25c.), puis 1 shilling par semaine , et en outre 3** (31 cent.) par trimestre; ce qui porte la contribution annuelle à 2 livres sterl. 13'^ (66 fr. 25 c). Les sommes ainsi recueillies entrent dans un fonds commun pour subvenir à toutes les dépenses, qui peuvent se diviser en trois chapitres : I. les secours mutuels; —

II. les affaires du métier (Trade-purposes) ; — ni. les frais généraux.

I. Les secours mutuels (benefits) se décomposent ainsi : 1** Secours en cas de maladie, 12 shillings (15 fr.) par semaine pendant vingt-six semaines, et ensuite 6 shillings (7 fr. 50 c.) par semaine aussi longtemps qu'ils sont nécessaires; — 2*" secours aux vieillards [super annuaiion)^ 5 shillings (6 fr. 25 c.) par semaine à ceux qui sont membres depuis plus de douze ans, 7 shillings (8 fr.

75 c.) à ceux qui le sont depuis plus de dix-huit ans, et 8 shillings (10 fr.) à ceux qui le sont depuis plus de vingt-cinq ans; — 3° frais d'enterrement d'un membre, 3 livres sterl. 10''' (87 fr. 50 c.) s'il a moins de six mois d'affiliation, et, s'il en a plus, 12 livres sterl. (300 fr.).

II. Les dépenses relatives aux affaires du métier sont : 1° Le soutien des grèves approuvées par la société ; chaque membre chômant reçoit 10 shillings (12 fr. 50 c.) pendant les douze premières semaines, et 6 shillings (7 fr, 50 c.) pendant les douze suivantes; '—

2° le soutien des membres sans ouvrage, fixé à 15 schillings (18 fr. 75 c.) par semaine, lorsque leur renvoi n'a pas été motivé par leur mauvaise conduite; — 3"* Tassurance contre la perte de leurs outils, complète, s'ils ont plus de six mois d'affiliation, sinon limitée à la somme de 5 livres sterling (125 fr.); — 4° une prime d'émigration de 6 livres sterl.

(150 fr.), ou supérieure, si les ressources de la Société le permettent ; — 5° une indemnité en cas d'accident (1); — 6M'assistance accordée à d'autres sociétés pour les aider à soutenir des grèves.

III. Les frais généraux, qui atteignent une proportion considérable, comprennent le salaire fixe des secrétaires, l'indemnité et les jetons de présence des délégués et des membres du conseil, la location des bureaux et salles de réunion, et surtout l'impression de nombreux documents.

Ces dépenses se sont élevées en 1865,

(1) Les comptes de la société font figurer celte dépense au second chapitre, quoiqu'elle semble devoir plutôt appartenir au premier.

58 LES ASSOCIATIONS OtJVRIÈHES EN ANGLETERRE.

pour les trois chapitres, à 1635 livres sterl., 2790 livr. sterl., et 2307 livr. sterl/, formant un total de 6742 livr. sterl. (168 550 fr.) environ (1). Les recettes ont été de 10 488 livr. sterl. (262 200 fr.), laissant un excédant de 3746 livres sterl. (83 650 fr.), qui est versé à un fonds de réserve destiné à faire face dans Tavenir à T accroissement des charges du premier chapitre (2).

Un peu plus de la moitié des revenus bruts est donc consacré aux charges présentes des secours mutuels, ou mis de côté pour y subvenir plus tard.

(1) En négligeant les fractions i

(2) Pour montrer l'importance relative de cfes diverses dépenses, le secrétaire de l'Union a calculé le rapport de chacune avec la somme totale du budget, en l'exprimant par des chiffres où 100 représente cfette somme; Ainsi, la part de

Fexcédant en réserve dans le hudgfet est de :

35,80 jp. 100

I Du premiet" cllapitte 15,59 —

Du second chapitre; . .' 26;6i —

Dti troisième chapitre . ^ ...... ; 22 » —

Et l'eicédant eh réserve j i*éunî aux secours mutuels actuels,

Jioiir exprimer l'ensemble des solnmës affectées aux secours I présents et futurs, est de 51, 39 pour 100, c'est-à-dire un peu

plus de la moitié des dépenses.

C'est sur ce chifiFre que se fonde M. Tucker pour conclure à Tinsolvabilité de la société. S'appuyant sur les tables dressées pour les annuités et les assurances sur la vie, il affirme qucj si la moyenne des membres était admise à Tâge de trente ans, la contribution entière de 1 shilling (1 fr. 25 c.) par semaine suffirait à peine à maintenir le premier chapitre en équilibre ; et que si cet âge moyen était quarante-cinq anS, elle devrait être double , tandis qu en réalité elle n'est que de 6*^ (62 cent.) par semaine, puisque la moitié seulement des revenus est affectée au premier chapitre* Hien n^est plus injuste, dit-il, que de faire payer à tous les membres, sans distinction d'âge, la même cotisation : le jeune homme, qui a probablement 1 rente années de santé devaiit lui avant de recourir aux secours de la société, paiera ainsi cfes secours dix fois plus cher que Thomme reÇu sur le déclin de l'âge, que la maladie frappe plus volontiers j que la vieillesse étreindra bientôt. Le danger qui menace les Unions mixtes ne peut apparaître qu'avec le temps. Formées d'abord

d'hommes sains et vigoureux, leurs premières dépenses sont faibles ; les recettes donnent des excédants magnifiques; ceux qui ont la bonne chance, si Ton pouvait parler ainsi, d'être malades à cette première époque sont libéralement secourus. Mais la génération des fondateurs vieillit : les uns meurent, et il faut payer leur enterrement ; les autres sont malades ou infirmes, il faut les soutenir. Ils ne contribuent plus aux recettes, la réserve s'épuise, et la génération qui leur succède se voit obligée de supporter une partie de ces charges. Tant que le nombre des membres va en augmentant, Taccroissement des recettes qu'il assure couvre celui des dépenses ; mais le vice radical se montre aussitôt que la société a atteint ses limites normales. Les cotisations régulières ne suffisent plus alors, et il faut des levées extraordinaires pour subvenir aux besoins de ceux qui ont trop peu payé dans leur jeunesse. Devant ces nouveaux impôts, les membres actifs se retireront, pour entrer dans une société plus nouvelle et plus prospère en apparence, mais

qui, comme la précédente, terminera infailliblement sa carrière devant la « Cour de banqueroute ».

Ces sombres pronostics ne sont pas restés sans réfutation. Parmi les défenseurs des Unions, M. Applegarth prend le premier la parole pour montrer les sources de revenus négligées par M. Tucker. Le produit des amendes imposées aux membres eu retard dans leurs payements, et qui, en 1866, ont rapporté 400 livres sterl. (10000 fr.); — la privation de tout secours tant qu'ils ne se sont pas mis en règle, représentant une économie de 250 livres sterl. (62S0 fr.); — enfin, et surtout, leur exclusion, lorsque ce retard dépasse une certaine limite, exclusion prononcée dans le courant de la même année contre plus d'un millier de membres, et qui, tant par les secours qu'elle économise sur le capital des cotisations déjà payées, que par les entrées qu'un certain nombre de membres admis une seconde et même une troisième fois ont eu à payer de nouveau, a assuré à la société un bénéfice de 2000 livres sterl.

(50 000 fr.). D'autre part, le contrôle sanitaire exercé par les ouvriers les uns sur les autres est bien plus efficace que dans une société de secours mutuels. L'Union, qui n'est pas une société de bienfaisance, mais une association de combattants, n'admet dans ses rangs que des hommes forts et valides ; les faux prétextes à secours ne peuvent se soutenir en présence des camarades d'atelier :

aussi la moyenne des maladies y est-elle trèsfaible. Enfin les dépenses de chaque chapitre ont déjà atteint leurs proportions normales, sauf celles de la caisse de retraite pour les vieillards.

Celle-là, M. Applegarth lui-même le reconnaît, peut s'accroître encore d une ma^ nière compromettante pour l' avenir ^i silWne prévient cette difficulté par une élévation de cotisations ou une réduction de la pension; Mais hâtons-nous d'ajouter que trois Unions seulement, parmi toutes celles dont la Commission s'est occupée, promettent cette retraité aux vieillards : toutes les autres échappent par conséquent aux dangers signalés par Texperti

On comprend que ses attaques n'en aient pas moins causé une grande émotion parmi les défenseurs des Unions. Aussi, malgré l'aridité du sujet, la discussion s'anime-t-elle de plus en plus.

Au secrétaire des charpentiers unis a succédé celui des mécaniciens unis. M. AUan représente Tune des plus puissantes sociétés de TAngleterre, car elle compte plus de trente mille membres, et en 1865 elle a fait 86 885 livres sterl. (2 172 125 fr.) de recettes, 49 172 livres sterl. (1 229 300 fr.) de dépenses, tandis que sa réserve s'élevait à 140 000 livres sterl. (3500000 fr.). Il invoque seize années d'expérience (1), durant lesquelles la prospérité non interrompue de l'association lui a permis d'augmenter gra* duellement le taux de ses secours, tout en ne

(1) Cette expérience remonte même bien plus haut, car la Société unie, dans sa forme actuelle, représente plusieurs associations beaucoup plus anciennes, dont elle a accepté toutes les charges. C'est pour cela que nous lui voyons payer des pensions de vieillesse dès le jour de sa formation, bien que, par ses règlements, il faille, pour y avoir droit, être membre depuis dix-huit ans.

prélevant, en 1866, sur la contribution annuelle de 2 livres sterl. 1 2''' (65 fr.), payée par chaque membre, que 8'*' 3'^, (10 fr. 31 c.) pour les malades, 3'** 2"^, (3 fr. 95 c.) pour les vieillards, 3*'' 2' '- (4 fr. 02 c.) pour les frais d'enterrement, et 1 1"^ i (1 fr. 20 c.) pour les accidents, c'est-à-dire 15'^ 2*^ ^ (19 fr.) pour toutes les dépenses du premier chapitre. Il fait tomber le reproche d'injustice adressé par M. Tucker au système de l'uniformité des cotisations, en montrant que cette égalité est compensée par l'inégalité de la taxe d'entrée, variant selon Tâge du membre et de la pension elle-même, dont le chiffre dépend du nombre d'années durant lesquelles le pensionnaire a payé sa contribution. Il affirme enfin, d'une part, que les nombreuses radiations contribuent à maintenir à un chiffre peu élevé l'âge moyen des membres, qui n'a pas varié depuis dix ans, et, d'autre part, que la moyenne de maladies etd'infirmités adoptée par M. Tucker, et sur laquelle il se fonde pour déclarer la société insolvable si elle n'a pas 1 7 millions pn caisse, est singulièrement exagérée.

Ces assertions ont été, dans le courant de rënquête, confirmées par d'autres représentants des Unions. Nous ne citerons que M. Harnott, secrétaire d'une société de maçons, qui se soutient depuis trente-trois ans, et comptait, en 1866, 17 762 membres (1).

Enfin une autorité d'autant plus grande qu'elle est parfaitement impartiale, est venue réduire à leur juste valeur les fâcheuses prévisions de M. Tucker. Dans un rapport remis à la Commission trois mois après la clôture de la discussion sur ce sujet, M. Finlaison, employé supérieur de l'administration de la Dette publique, et chargé par le gouvernement de nombreux travaux de statistique, a discuté et ramené à des chiffres précis les arguments qui avaient été avancés de part et d'autre. Comme cette question est d'une grande importance dans tous les pays, nous donnons en note les calculs qu'il a faits sur les budgets des deux sociétés modèles

(1 ) Elle offre cette particularité que ceux qui ne veulent souscrire qu'à la caisse de chômage payent une cotisation moindre, et n'ont pas droit aux secours du second chapitre.

des mécaniciens unis et des charpentiers unis. On y verra qu'après avoir pesé et formulé toutes les circonstances favorables aux Unions, il déclare qu'en supprimant la dépense des grèves, il suffirait d'élever de |sb ^ |sh ga ^1 fj. 25 c. à 1 fr. 87 c.) leurs cotisations hebdomadaires pour qu'elles offrissent toutes les garanties nécessaires de solidité. Et si le lecteur suit jusqu'au bout le calcul que nous lui offrons, il reconnaîtra que, sans renoncer à ces dépenses qui sont leur objet principal, les Unions peuvent, par un léger accroissement du chiffre ainsi fixé pour les cotisations (3*^ {, ou 32 centimes), et une réduction peu considérable (soit un huitième) des charges du premier chapitre, y faire face comme par lé passé, sans alarmer les experts les plus scrupuleux (1).

D'ailleurs les défenseurs des Unions s'élèvent au-dessus de ces calculs, et se placent sur un autre terrain. L'Union n'est pas une assurance mutuelle, aux règlements inva-

(I) On trouvera, sous forme d'appendice, à la fin du volume l'analyse des calculs 4e M. Finlaison,

riables, se bornant à toucher, pour les répartir ensuite, les contributions de personnes absolument étrangères les unes aux autres :

c'est, il ne faut pas l'oublier, le fonds commun d'une association de personnes unies par les mêmes intérêts, et qui s'en réservent toujours la libre disposition, sans jamais s'engager irrévocablement à l'employer de telle ou telle manière. Son premier usage est de faire face aux grèves et aux chômages, et si, grâce à de plus fortes souscriptions, ce fonds subvient aussi. aux besoins que la maladie, les accidents, la vieillesse ou la mort imposent à ses membres, la mesure dans laquelle il le fait est entièrement subordonnée à ses ressources du moment. Les mécaniciens unis ont ainsi graduellement augmenté le taux des secours qu'ils accordent ; mais qu'une grève absorbe une grande partie de leur réserve, et ils le réduiront de même, sans que personne ait à s'en plaindre. Ainsi ramenés à la véritable place qu'ils ont dans l'Union, ces secours sont un ressort élastique et secondaire, qui accroît la puissance de l'asso-

ciation et modère ses allures, sans les entraver ni la détourner de son principal objet.

Tel est le rôle assigné par les ouvriers euxmêmes à ces vastes sociétés dont nous venons de donner un aperçu, et qu'ils soutiennent par leurs contributions avec tant d'ensemble et de persévérance. Voilà ce qu'ils demandent au principe de Tassociation en échange de tant de sacrifices. La grandeur de ces sacrifices, révélée par les chiffres que nous venons de citer, est une preuve éloquente de la résolution et de Tesprit d'entreprise de ceux qui les acceptent. De pareilles associations ne sont pas, en efl'et, on Ta bien vu, le fait de quelques hommes d'élite, mais bien d'une population entière, qui met chaque semaine de côté une partie de son salaire pour contribuer à l'œuvre commune. On verra plus tard avec quelle énergie les ouvriers supportent les souffrances les plus cruelles, lorsque, pour une cause plus ou moins juste, ils commencent contre les patrons la guerre des grèves; alors l'ardeur du combat les soutient. Mais il faut plus de

volonté chez l'ouvrier qui gagne tranquillement sa vie pour prélever sur ses faibles moyens d'existence une somme relativement considérable, et la porter à un fonds auquel il n'aura peut-être jamais recours, et qui ne se recommande à lui qu'en faisant appel à son esprit de corps.

Chaque shilling qui entre dans cette caisse, où s'accumulent annuellement des millions, représente quelques privations imposées pendant une semaine à une famille d'ouvriers.

Ces familles sont nombreuses, en effet; les loyers sont chers ; la viande, le pain, le charbon, le sont aussi. Le mécanicien ou le menuisier qui doit, avec son salaire, faire vivre sa femme et quatre ou cinq enfants peut-être, gagne de 26 à 36 shillings par semaine. Mais en faisant son budget annuel, il faut, pour tenir compte des interruptions forcées, le réduire d'au moins un quart. Aussi peut-on calculer qu'il ne saurait s'élever au-dessus de 47 à 70 livres sterling, selon le taux des salaires (H 75 à 1750 fr.) : ce dernier chiffre est même rarement atteint, car les ouvriers

des forges, par exemple, dont le labeur est si rude, ne gagnent dans les bonnes années que 52 livres sterL (1300 fr.), moyenne assez exacte du revenu annuel de l'artisan anglais. C'est sur ces 1300 francs qu'il en prélève 6S, c'est-à-dire presque Féquivalent de deux semaines de travail, au profit de l'Union,

Les avantages qu'elle peut lui offrir sont cependant éloignés et incertains : il ne lui en porte pas moins régulièrement sa souscription, s'imposant volontiers ce sacrifice, afin d'obtenir, sinon pour lui-même, du moins pour ses enfants, la situation meilleure que leur assurera dans l'avenir l'appui d'une forte association, et cet accroissement de salaires par lequel l'Union rend parfois avec usure l'argent qui lui a été confié-

Lorsque ce capital, péniblement accumulé, ne sera plus en grande partie absorbé par les dépenses improductives des grèves, il deviendra entre les mains de l'ouvrier un nouvel élément de prospérité.

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