CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
11 faut remonter à cinquante ans dans le passé pour recueillir les premières traces laissées par l'assurance dans son évolution sociale, et c'est de France qu'en est partie l'impulsion première, mais décisive.
Il est vrai qu'au temps où nous remontons, c'est-à-dire vers 4850, le Prince-Président élaborait un programme impérial, et ses idées, plutôt démocratiques, tendaient à unir dans un même sentiment de confraternité sociale l'élu et l'électeur avec lequel, dès lors, il fallait compter.
L'État devait, d'après sa doctrine, l'appui moral et matériel au peuple travailleur, et la solution de ce problème apparaissait pleine d'heureux résultats que rendirent encore plus attrayants les longs plaidoyers des novateurs, ses conseillers, en faveur de l'État-Providence.
Cette étincelle, dont la clarté, tout à coup, s'affaiblit sans s'éteindre, reparut brillante vingt-cinq ans plus tard, en 1875, et éclaira, très intense, diverses parties de l'Europe que certaines conditions politiques et économiques disposaient plus particulièrement au mouvement social.
Aujourd'hui, l'étincelle est devenue incendie et embrase non seulement les grands États, mais aussi les petits.
La France, l'Allemagne, l'Autriche, l'Angleterre, la Russie, l'Italie, la Suisse, la Belgique, le Danemark, la Hollande, les États Scandinaves, tous ont dressé un autel à l'assurance, et lui ont décerné le titre très pompeux de science sociale.
(1) Cet ouvrage sera divisé en plusieurs parties, qui paraîtront successivement: Chômage involontaire,' — Assurances : Maladie; — Invalidité et vieillesse; — Décès; — Accidents du travail; — Agricoles; — Incendie.
Ce présent opuscule comprend : Les Considérations générales et le Chômage involontaire en Europe,
Est-ce à dire que les idées du Prince-Président ont été reprises par les novateurs contemporains telles qu'ils les avaient rêvées ; assurément non, tout est perfectible ici-bas, mais il faut avouer que les résultats de leur application, quelque modifiée qu'elle soit, ne sont pas de nature à faire percevoir que, sortie du domaine privé, l'assurance soit la panacée du genre humain.
L'analyse qui suivra sur la théorie, la législation, l'application et les résultats de l'assurance ouvrière : chômage, maladie, accidents, invalidité et vieillesse, décès, incendie, agricole, nous pourra convaincre que l'assurance est un acte de prévoyance qui, pour être efficace, ne doit pas s'écarter des limites du milieu où s'exerce la libre initiative de l'individu: au delà de cette ligne, elle est, non pas l'acte idéal de l'épargne consentie librement, mais celui de l'épargne imposée et, de ce fait, elle perd son véritable caractère.
Nous sommes convaincu cependant que l'intervention du législateur dans l'assurance aura eu un certain effet de vulgarisation ; c'est à ce seul point de vue que nous devons apprécier son intention, sa pensée n'appartenant qu'aux multiples intérêts personnels électoraux ou de gouvernement.