LA PROPHYLAXIE ET LE DÉPISTAGE
Tout d’abord, les organismes intéressés à la lutte
antituberculeuse se sont attachés, avec cette tenacité,
avec cette minutie qui caractérise nos voisins d’outre- Rhin, à faire l'éducation du public et à répandre des idées simples et claires sur la tuberculose. Les administrations, les organes d’assurance et les œuvres d’assistance bénévoles, prennent une part égale à cette œuvre de propagande. Et cet effort n’est pas sans représenter, pour le voyageur, un des côtés les moins intéressants de l’armement antituberculeux allemand. Nous eûmes, durant notre voyage, maintes fois l’occasion d'observer l’ingéniosité et la diversité des procédés employés. Les caisses d’assurances, en particulier, dans un but de prévention bien comprise, et en raison de leurs nombreux contacts avec la population, ont une situation privilégiée pour mener à bien ce vaste travail d'éducation. Elles n’ont, pour la plupart, pas failli à leur tâche : distribution de tracts, de brochures ; organisation de conférences, de séances cinématographiques ; expositions, semaines de santé ; extrême diffusion de lhebdomadaire journal de vulgarisation Gesundheit (Santé), par l'Union centrale des Caisses-maladie, tels sont les moyens les plus communément employés.
Enfin, à tous les degrés, est prévu un enseignement complémentaire, en vue de former des spécialistes en matière de tuberculose. Pour les médecins, des cours spéciaux sont organisés dans la plupart des facultés, avec succès, puisqu'on évalue à environ 6.000, le nombre des médecins qui suivent, chaque année, un cours complémentaire de phtisiologie. De même, de nombreuses écoles d’infirmières s’attachent, par un enseignement approprié, à former des infirmières plus particulièrement aptes à soigner les tuberculeux.
Dernier trait, digne de remarque, l'hygiène est matière obligatoire d'enseignement et d'examen, dans les écoles d’instituteurs depuis la guerre. Des cours de perfectionnement d'hygiène sont organisés, chaque année, pour les membres du corps enseignant.
Outre l'éducation, le dépistage est devenu, depuis quelques années, une des principales préoccupations des autorités sanitaires allemandes. Nous avons noté, en considérant rapidement l'historique de la lutte antituberculeuse, que les dispensaires ont fait tardivement leur apparition dans le Reich. Mais ils se sont développés avec une extrême rapidité. Conçus selon des types très divers, ils prennent le nom de centres d’assistance aux tuberculeux (Tuberkulose Fürsorgestellen) et sont administrés, soit par les communes, soit par les caisses d'assurance maladie ou invalidité, soit par des associations de bienfaisance. Leur nombre exact n’est pas connu. Treize cents environ ont répondu, en 1927, à une
‘enquête du Comité,central. Près d’un tiers opérait dans
les districts ruraux ; plus des deux-cinquièmes, à la fois dans les districts urbains et ruraux ; 65 % d’entre eux, environ, possédaient un appareil de radioscopie ; presque tous recevaient des subsides des autorités ; 2.044 médecins, ne faisant, pour la plupart, pas de clientèle,
et 5.524 infirmières en assuraient le fonctionnement ; 297 examens médicaux avaient été effectués, cette même année, par 10.000 habitants dans les dispensaires du Reich. Parmi les personnes subissant un premier examen, près d’un tiers était atteint, et plus de deuxcinquièmes, suspects de tuberculose.
Voici, à titre d'exemple, le fonctionnement brièvement résumé, des dispensaires de la ville de Berlin, tel qué nous les avons vus fonctionner. Chaque dispensaire répond à un des quartiers de la Ville, au nombre de quarante. La déclaration des cas de tuberculose ouverte et des décès, rendue obligatoire par la loi prussienne,
est reçue par les dispensaires antituberculeux, qui
envoient leurs infirmières visiteuses faire une enquête à domicile. Les infirmières s'efforcent, à condition que le médecin traitant soit consentant, d'amener les membres de la famille du malade ou du décédé, au dispensaire. Elles y réussissent le plus souvent (dans 80 % des cas, dans le quartier ouvrier de Pankow). Le dispensaire, après examen, oriente les malades, selon les cas, vers les sanatoriums, les maisons de repos ou les offices de logement à bon marché. Il peut encore accorder des secours pécuniaires immédiats aux malades indigents.
Pour nous résumer sur les caractéristiques des dispensaires allemands, on peut distinguer une tendance à confier ces dispensaires à des médecins spécialistes, ne faisant pas de médecine privée ; à les doter d’appareils de radioscopie et de pneumothorax. Enfin, on s’efforce d’uniformiser les règles de fonctionnement de ces dispensaires et de les obliger, sous peine de se voir refuser des subventions officielles, à faire parvenir, chaque année, un rapport au Comité central de Défense contre la Tuberculose.
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