LE SANATORIUM-HOPITAL
A dire vrai, la démarcation n'est pas toujours nette entre hôpital, sanatorium-hôpital et sanatorium. La conception du sanatorium-hôpital varie selon les auteurs. Les uns voient en lui un instrument essentiellemnt prophylactique, les autres surtout un établissement de cure. Les uns souhaitent la création de petits hôpitaux canto-
naux pour tuberculeux sous la surveillance d’un praticien de la région ; d’autres demandent la création d’immenses établissements draînant tous les tuberculeux dans une « cité interdite ». |
Pour notre part, considérant la nécessité d’un diagnostic très précis, l'importance croissante des méthodes thérapeutiques nouvelles médico-chirurgicales, nous pensons que l’armement antituberculeux devrait comprendre, outre le dispensaire, centre de diagnostic, de prophylaxie et d’aiguillage, les trois échelons suivants
Le service hospitalier urbain, centre thérapeutique d'urgence et d'observation ;
Le sanatorium-hôpital destiné à recevoir tous les tuberculeux justiciables d’un traitement quelconque, vaste et parfaitement équipé, et constituant un centre hospitalier médico-chirurgieal pour tuberculeux ;
Enfin, le centre de réadaptation et de placement pour tuberculeux guéris.
De lhôpital, nous ne dirons rien, si ce n’est qu’il importe avant tout de placer les phtisiques dans des salles isolées ; il est en effet déplorable de constater qu’aujourd’hui encore les tuberculeux, même dans des hôpitaux importants, sont placés en salle commune.
Quant aux centres de réadaptation, nous avons consacré à leur étude un chapitre spécial.
Il nous reste donc à établir les caractéristiques du sanatorium-hôpital, et tout d’abord à nous demander où placer cette catégorie d’établissements. C’est aborder le problème des climats dans la tuberculose pulmonaire.
Climats et Tuberculose pulmonaire. —— James-Alexander MILLER, dans un numéro récent du Tubercle, a consacré à cette importante question, un long et remarquable article où il rappelle tout d’abord un certain nom-
ide
bre de règles de bon sens que l’on a trop tendance à oublier.
Tout transport fatigant est contre-indiqué chez les fébriles, les hémoptéïiques, les cachectiques. II ne faut pas envoyer à la légère un malade dans une station climatique s’il n’a pas les moyens matériels d’y rester un temps suffisant ; s’il ne peut y trouver les soins, la nourriture et le logement que nécessite son état. En particulier, une surveillance médicale avertie est absolument nécessaire.
Aussi, s’il est incontestable que des conditions climatiques favorables rendent la cure hygiéno-diététique plus facile et plus profitable, il n’en reste pas moins vrai que les conditions de vie du tuberculeux jouent un rôle encore plus considérable et qu’en particulier, les méthodes thérapeutiques priment nettement la question du climat.
Et le point le plus intéressant de l’étude de MILLER esi celui où il affirme sa conviction que les résultats obtenus, tant immédiats qu’éloignés, sont sensiblement les mêmes, quelle que soit la région dans laquelle les malades sont envoyés. Son opinion est basée sur une statistique de 1.028 cas de sa clientèle personnelle. II a recherché le pourcentage de malades apparemment guéris, améliorés, non améliorés ou morts, d’une part chez ceux qui ont été se soigner dans des régions des Etats-Unis qui sont considérées comme particulièrement favorables ; d’autre part, chez ceux qui sont restés à New-York ou dans les environs immédiats de cette ville. On a ainsi cinq lots de malades’ d'après la région où ils se trouvent : Nord (les Adirondacks) ; Ouest (Colorado) ; Sud (Asheville) ; Sud-Ouest (Arizona) ; enfin, New-York. Or, il se trouve que les résultats obtenus à New-York sont sensiblement les mêmes que ceux obtenus dans n’importe quelle autre région.
D'où la conclusion que le climat en soi n’est pas un facteur de guérison.
Nous avons nous-même observé plusieurs fois des malades qui, toutes choses égales d’ailleurs, supportaient mieux la plaine que l'altitude.
Aussi bien, certains pays comme le Danemark et la Hollande ne peuvent offrir de cure de montagne à leurs tuberculeux ; néanmoins, la proportion des guérisons ou des améliorations y est aussi élevée qu'ailleurs. Sans aller bien loin, nous n’avons qu’à constater l’excellence des résultats obtenus dans les sanatoriums de la banlieue parisienne, tels que Bligny ou la Tuyolle.
Il n’est bien entendu pas question de faire ici le procès des stations climatiques pour tuberculeux, mais de se demander simplement si, devant l’importance des -dépenses exigées par la construction et l'entretien des sanatoriums d'altitude, une solution moins dispendieuse ne saurait être envisagée.
En un mot, vaut-il mieux réserver la cure de montagne à quelques rares privilégiés, que d'ouvrir, pour des frais à peine supérieurs, de vastes établissements pouvant recevoir un très grand nombre de malades.
Poser la question, après les explications préliminaires que nous venons de donner, c’est la résoudre par la négative, d’autant plus que la prééminence des méthodes de coïlapsothérapie sur la cure climatique est aujourd’hui admise à peu près unanimement.
CARACTÉRISTIQUES DU SANATORIUM-HoOP1TrAL
H suffit que le sanatorium-hôpital soit placé dans une zone aérée, à l’abri des poussières et des fumées des villes ; qu’il soit protégé des vents et par conséquent, de préférence dans une région boisée et vallonnée :
qu’il soit construit sur un terrain perméable et à quelque distance de tout cours d’eau pour éviter les brouillards ; que les galeries de cure, enfin, soient orientées autant que possible vers le sud-est, afin de recevoir le maximum d’insolation.
Ces conditions ne sont pas difficiles à réaliser, et toutes les régions de la France peuvent les fournir.
Si, comme nous l’avons déjà dit, la lutte antituberculeuse doit se développer dans le cadre départemental, il importe que chaque département possède son sanatorium-hôpital et que ce sanatorium-hôpital soit construit à une faible distance du chef-lieu du département ou d’une ville importante, en tous cas à une faible distance d’un nœud de communications.
Et ceci pour plusieurs raisons très importantes dont la première est de permettre aux familles des malades de venir fréquemment visiter les leurs. L’action psychologique bienfaisante de cette visite dominicale est considérable et bien connue des médecins de sanatoriums. Nous avons, pour notre part, observé souvent des malades qui n’enduraient un long séjour en sanatorium, que grâce à ce fréquent contact familial. Combien de familles, d’autre part, qui auraient hésité à envoyer un des leurs au loin, et qui acceptent aisément le placement du malade dans un établissement voisin.
Cette proximité des villes permet encore de faire bénéficier le sanatorium-hôpital des ressources médicales du centre urbain voisin. La thérapeutique de la tuberculose prenant sur la cure“hygiéno-diététique une importance chaque jour plus considérable, le sanatorium aura, outre son service radiologique et son laboratoire, sa salle d'opérations. Et sans parler d’exiger, comme nous l'avons observé dans quelques grands centres sanatoriaux allemands, la présence constante de chirurgiens
au sanatorium, la proximité de la ville permet l'accès facile d’un opérateur qualifié pour pratiquer sur place les phrénicectomies et les thoracoplasties. L’otorhinolaryngologiste et le dentiste, ces collaborateurs si utiles à l'amélioration du tuberculeux en voie de stabilisation, peuvent, eux aussi, grâce à cette faible distance, fréquenter aisément le sanatorium-hôpital.
Que dire encore des autres caractéristiques des sanatoriums-hôpitaux ? Vaste établissement unique ou pavillons séparés, galeries de cures attenant ou non aux dortoirs, autant de questions d’une importance relative et que nous n’aborderons pas ici. Souhaitons néanmoins qu'à l'exemple de l'Angleterre, de la Belgique, de la Tchécoslovaquie, de l'Italie, une commission mixte d’architectes et de médecins phtisiologues, réunie soit par le Comité National ou par le Ministère de la Santé publique, établisse des plans rationnels de constructions hygiéniques et économiques, afin d'éviter, lors de la création de nouveaux établissements, des dépenses superflues ou encore des erreurs techniques préjudiciables aux malades.
Quant aux conditions d’admission, elles peuvent être aisément établies : le recrutement, au point de vue médical, doit englober tous les tuberculeux, à quelque catégorie qu'ils appartiennent. Pour les curables, le sanatorium-hôpital offre toute la gamme des traitements médicaux ou chirurgicaux modernes et permet la cure de repos qui en est l’indispensable complément ; pour les incurables, le sanatorium-hôpital facilite l'isolement dans des conditions d'hygiène et de tranquillité morale et matérielle favorables aux malheureux phtisiques.
Au point de vue social, le recrutement peut se faire dans toutes les classes de la société : assurés aux assurances sociales ou aux assurances privée, assujettis à