IMPORTANCE DE LA COLLAPSOTHÉRAPIE
D'ailleurs, pour reprendre la formule de THIBAULT, la nécessité d’admettre très rapidement en sanatorium les malades en poussée aiguë trouve un argument décisif et de valeur sociale incomparable dans la sanction thérapeutique qu'est la mise en application précoce du pneumothorax.
Le professeur BEZANÇON a tout récemment traité cette question à l’Académie de Médecine avec une parfaite clarté.
Il rappelle que récemment encore, la lutte antituberculeuse comportait plus de prophylaxie par l'isolement que de thérapeutique véritable ; que le rôle du médecin praticien, une fois le diagnostic assuré, était de choisir un climat favorable à la forme évolutive du malade et de l'y envoyer rapidement ; que Île rôle du médecin de . sanatorium était, en dehors du traitement de quelques incidents aigus ou de quelques affections intercurrentes, de veiller avec tact et fermeté à la stricte observation des règles de la cure d’air et de repos. Il n’y a pas si longtemps que le médecin de sanatorium devait plus faire montre de qualités de bon administrateur, que de spécialiste en phtisiologie.
La mise en pratique des méthodes de collapsothérapie a complètement renversé cet état de choses. En présence de tout malade nouveau, la question qui se pose n’est plus : est-il curable, mais : est-il justiciable de la collapsothérapie ? Si non, il rentre dans les conditions anciennes de la thérapeutique antituberculeuse. Si oui, il s’agit désormais d’assurer la réalisation du collapsus pulmonaire dans les conditions les plus favorables. Il n’est plus dès lors question de choix d’un climat, de la recherche du grand air, mais au contraire d’un médecin capable de réaliser le pneumothorax, car il vaut mieux, selon la propre expression du professeur BEZANÇON, « un bon opérateur dans une ville, fut-elle Paris, qu’un opérateur médiocre dans la station située dans le meilleur des climats. »
Et la pratique de la collapsothérapie, nous l’avons déjà dit, n’est pas du domaine de la pratique journalière. Elle demande à la fois une connaissance approfondie de la phtisiologie, afin de pouvoir préciser dans chaque cas les indications ou contre-indications de la méthode et une technique impeccable que confère, seule, une longue pratique. Elle doit donc rester, actuellement du moins, l’apanage du médecin spécialiste, d'autant plus qu’elle ne comprend pas seulement la pratique du pneumothorax, déjà délicate, mais que celui-ci doit être souvent complété par des opérations plus complexes, oléothorax, phrénicectomie, opération de Jacobeus, voire thoracoplastie. Toutes ces opérations nécessitent un personnel compétent, un outillage complexe et coûteux, que possèdent seulement aujourd’hui quelques rares grands centres français.
Nous sommes donc très loin de la conception classique de l'établissement de cure où l’air. la chaise longue
Pres
et une table variée et abondante, sont les meilleurs traitements mis à la portée du tuberculeux.
Si, par ailleurs, nous nous plaçons au point de vue prophylactique et social, nous devons constater que l’envoi au sanatorium des malades peu fiévreux, non bacillaires ou paucibacillaires. a moins d'importance que l'isolement des malades en pleine poussée évolutive, que cette poussée soit initiale ou terminale. Enfin, à ne considérer que la récupération fonctionnelle, les considérations d'ordre pronostic et thérapeutique que nous venons de développer longuement, permettent de considérer comme trop étroites les règles qui président à la sélection du malade en vue du placement sanatorial.
Si bien que létude de tous ces faits conduit à envisager la nécessité d'introduire dans l’armement antituberculeux, un échelon nouveau, intermédiaire au sanatorium, à recrutement si sévère et au centre hospitalier réservé aux seuls grabataires.
Entre l’un et l’autre, il y a place pour des établissements de soins aptes à recevoir des tuberculeux de toutes catégories, munis de l’appareillage technique le plus perfectionné, et destinés en même temps à isoler et à traiter les tuberculeux. Cette sorte d'établissement porte le nom de sanatorium-hôpital.