I.ES «THÉHS COBSéQUBNS. z
» de l'^olouTbir, an Ja braviiat : Si vous se si'eus- » siet. pas réduit au -désespoir, lui dis'je, vous » ne, séries pottit ici ; je pe voiis demaudois que » de la cQnipas^iofi , de l'amiùé^ des conseil......
w Non, interrompit-elle, celui qui ëtoît capable » de trahir le frère le plus vertueux , celui qui , » s*ab,)iDdonnoit h une paniôn incestueuse , au- » roit raéptïAé le& conseil» de la religion et de » l'amiiië ; et toute femme doit n'accôrdèi- au- >• tiiH tfSmoignage d'iDléFât à rhomme qui ose » lui déclarer ua aûioUr adultèi'e; Aujourd'hui j . » pour»u)t-eIle» j'ai trënt&Kleut ans; je suis eu- » fetmée pour jamais; je ne vous reverrai plus; *i je puis me permettre ce deruie*" entretien ;. » partez , qu'ave^-vous à me dite? je vais vous M écouter , et je vou^ rijpondi^î . té calme avec »' lequel Adeliae prtmooça ee discours, acheva u de m'aiterrer ; tes. beaux yeux n'étoie&t poiut u baissés; j« Irouvots ses regards bien plu» afiUu geans que s'ils eussent été sévères; ils esprir
» moient une tranquille indiffénenco I du
u moins autrefois elle me i^outoit, et la craiote » qu'oAiêspire diminue toujours l'humiliation » du méprifidoutonest l'objet. Accablé, anéanti, » je ne trouvai d'autre moyen de merelevenr un » peu de nette iibjeCtiDn , qu'en me livrant à tout 'i TemportemËnt de kt colère : je lui dis tout ce
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l88 LES ATHÉES COKSÉQtlEKS.
» que j'imaginai qui pourroit exciter la sienne; " je blasphémai contre la Providence : Voyez » donc , poursuivis-je , à quoi vous ont servi vos M scrupules et vos supn^titions ! je triomphe , » je me suis vengé; vous êtes pour jamais pri- » sonniére dans cette lugubre maison , et moi je « vis avec honneur dans le monde, et tout m'a «réussi. Vous oubliez, repartit Adeline , que n vous n'avez pu me corrompre, alors même que t> j'étois sans défiance : ainsi donc, Dieu veilloît usurmoi; il m'a préservéede tous vos piégés.— » S'il existoit , il n'eût jamais permis ma ven- » geance. — Connoissez-vous les secrets de sa » sagesse? D'ailleurs, vous n'êtes point venge. » — Comment? — Je soufire , mais avec espé- M rance, elj'ai d'ineffables consolations ; pour- II riez-vous endireaulant? Cette question acheva » de m' exaspérer ; je tombai dans une vCTilable » frénésie , et je la menaçai , de bonne foi , de M me tuer à ses yeux ! Â ces mots , pour tonte » réponse , elle se jeta précipitamment à genoux, " et levant au ciel des mains suppliantes :
» mon Dieu! s'écria-t-elle , prenez pitié de cet » infortuné ! vous à qui tout est possible; des^ » sillez ses yeux, daignez toucher son cœur; que » ma résignation , que la foi qui m'anime , ob- » tiennent pour lui un rayon de la lumière di-
J.,:,l,z<»i:,.,G00glf
LOS- ATHÉE& COIfSÉQUERS. 289
» vine I Sou désespoir est un hommage h la » vertu , qu'il veui en vain mécoimoître ; le re- B pentir, en purifiant son aine , en apaiseroit le a trouble affireux. Dieu de miséricorde , j'ose » vous demander un miracle; mais vous ayez ■> promis à vos plus fotbles créatures de tout ac- >. corder à la ferveur de leurs prières. . .
a Tandis qu'elle parloit avec l'air et le ton » d'une véritable inspiration , j'éproUvois le » mouvement le plus extraordinaire et le plus a nouveau pour moi ; j'admirois avec enthou- . » siasme la vertu, l'innocence et, la piété! Mes » genoux fléchirent, mes larmes coulèrent, les » ,vœui.de cet ange furent exaiicé». Ma sœur, D luidis-je, vous entendrez parler de moi, allez » à l'église r^nercier Dieu !... — O mon frère, a mpn cher frère, diuelle, oui , je vais remer- » cier Dieu ! il parle à mon cœur comme au » vâtre, il m'assure qu'il vient de me rendre » un frère I En proférant ces paroles, elle s'é- » lança vers la porte , là elle se retourna, tendit » encore les bras au Ciel , en me regardant avec » l'expression la plus pathétique. Etre céleste ! » m'^riaî>je ', c'en est fait , je me consacre à ja- B mais au Dieu qui t'inspire ! AdeUne joignit les •> mains avec transport , ensuite elle disparut, » et je sortis du parloir, irrévocablement dé-
390 LÎSS ATHÉES ConsÉQUEIfS.
u cidé à m'unir hel\e par des liens indissolubles , B étemels, c'est-à-dire par les sentimens, la >i croyauce et l'hcfoisme des actions. Mon âme u pa&sionoée , mon ardente imagination , . ne » pouvoientm'inspirer des desseins modérés; je u n'étois pas de caractjère à quitter la route du » vice pour entrer firoidement dans celle de la » vertu ; j'avois besoin d'exaltation , et je comu pris enfin que la seule heureuse etraisonnable » est celle que donne la religion.
B En rentrant à l'auberge , j'.écriyis'à Adeline u le billet suivant :
<t Ma chère sœur sera complètement justifiée. » Des réparations à faire it ma voiture me retiendront ici le reste du jour; envoyez-moi u sur-le-champ , s'il est possible , votre oonfes- » seur ; je partirai demain de grand matin.
o Adieu , ma chère sœur , je ne vous reverrai u plus, mais priez toujours- Dieu pour moi. »
» J'envoyai ée billet ; Adeline me fil repondre » verbalement qu'elle feroit-^vec zèle tout ce » que je demandois. Une demi-heure après, on a m'annonça un ecclésiastique , et je jouis intén rîeuremeutde l'impression que produisit sur » moi sa 'physionomie douce et vénérable; il me » présenta, de la part d'Adeline, un livre inti- » tulé iei Confeutons de sainf Augustin. Je
j,=,i,z<,d=vGooglc
LBS ÀTHÉBS C0NS£QUEMS. 3g 1
> m'inclinai aven respect en le recevant, je le 1 pressai contre mon cœur , ensuite je le posai
> sur une table, et je tombai aux pieds du saint » prêtre j je commençai ma longue et terrible '> osnfession! A mesure que je parloïs, il me " seml>lc»tque je me débarrassois d'un horrible •> fardeau; chaque ûveu guérissoit une plaie de mon cœur ,' je rt^renois une vie nouvelle , je » renouois avec le Ciel , avec la terre , tous les u.lienssacrcs qnëj'avois rompus, et je promis, » avec aatant àè joie que de sincérité ,. d'expier n tous mes crimes par les plus éclatahs sacri- , » fîces. Le prêtre, en me quêtant, me dit ; » Mad. de BervîUe saura ce soir que je suis amsi » sûr de voire converûon qoe'je l'ai toujours été » de sa parfaite innocence.
» Je me retrouvai livré à moi-méiiie, non- » seulement sans terreur, mais avec ravisse- » ment. Tous les sentimens généreux étoient » rentrés dans mon âme; j'en sentois "doublen ment la douceur ei le charme, en songeant » que je devois cette heureuse métamorphose à » la vertn sublime, à la piété, à la foi, aux i) prières de l'ange que j'àvois voulu séduire ! " Duraat un grand nombre d'années , j'avois » Ëiit tous mes efforts pour l'entraîner dans on B abîme, et c'étoit elle qui tout à coup, par un ^9- .
j,=,i,z<»i.vGoogk'
293 hB3 ATHÉE$ COtSSÉQOESS.
» élan de- la fitus héroïque charité, m'avoit n élevé jusqu'au Ciel! Je jetois avec horreur 'u mes yeux sur le passéj je «e pouvois plus « cùncevoir les crimes et les folies dont jel'avois • souillé, et dont je n'avols retiré que d'hu'mi- » liantes confusions et des tourmens inexpria mablesj je reconnoissois enfin que le bon- • » heur, même sur la terre, n'est donné qu'à la n vertu, qui n'est jamais réelle ci solide que » lorsqu'elle est fondée sur la religion. £n effet , » quelle destinée eAt été plus heureuse que la » mienne, si, dèsmapremiéte jeunesse, j'eusse » été convaincu de ces éterflelles vérités! Cesré- » ilexions sans dpute m'arrachoient des larmes , >' mais des larmes expiatricës; et celles-là, loin n d'être amères , élèvent l'âme et la consolent.
>' Il y avoit dans l'hôtellerie un grand jardin; » aussitât que la nuitfut tout-à-fait tdmhce , j'y » descendis, afin d'y méditer à la face du Ciel , » dontjenecraignoisplusl'aspect. Oh! combien » ilmefutdoux decontempleravec admiration 1) celte voûte céleste , ce marche-pied du Très- ■ o Haut,-<\in naguère, dans le parc de Fontea nay, avoit produit tant de désordre dans u mes idées! Je priois, je voyois Dieu!.... Les ' u nuages légers suspendus sur ma tâte n'étoient » jH)ur moi que des voiles transpapens , qui , sans
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LES ATHÉES CORS^QUEirS. 3g3 -
u me cacherlaDïTiniié, tempéroïe'nt seulement » sa lumière radieuse ^ dontles jeux d'un foible « mortel n'auroient pu soutenir l'éclat éblouîs- » saut. J'enteodoissa.Toix'puissaDte prononcer » des paroles divines de miséricorde et de pair ! u Et, comme Âdeline autrefois , je répétois avec » ravicsement ces vers :
Ls) cieui: inslruisent la terre A réiérer leur auteur.
» La nouveauté de ces- sensations en redou- » bloit le charme , surtout quand je comparois » celte rêverie délicieuse ( la seule qui puisse » réunir ensemble l'exaliation au plus haut de- " gré et le calme parfait \ ) à cet état plein d'agt- N talions dévorantes, de remords et de cruelles '» inijuiétudés , danslequel j'âvoissilong-iemps u vécu. J'ét(»s d'autant plus heureux, que je » saitois profondément foule la folie et ï'kbjec- » tion de l'athéisme. L'année de mon noviciat » à U Trappe s'est écoulée dans cet enchante- M ment , que rien ne peu t détruire , lorsque nous » nousylivronsentïérement, parcequcrèspritj » ,Ia raison , le cœur , l'observation du spectacle » sublime de la nature , la maintiennent ^ale- » ment.
u Je passai le reste de la nuit à former dans
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3^4 l'es ATBÉES COirSBQDESS.
» ma té(e le plan que je devcos suivre pour la » complète justincatiou d'Adeline : il éloit né> » cessaire, pour l'exécutioa de ce plan, aie me u sacrifier, et cepefidaot jamais projetséducteur » et crimineLne m'a caust! de plusdouces-émo- » tiens! J'allois tout réparer! Cette idée dûmi- » Dante m'pccupoit seule ; j'allois sortir de la » fange du vice pour m'élever à tout ce que la » justice, le repentir et le courage peuyentpro- » duire de plus noble et de plus héroïque. En- ' » fin j'allois dédommager ma victime des ntaux M affreux qu'elle avoit soufferts, jelui prcparois » un triomphe digne deson incomparableverto, » «t j'étois certain que désormais elle uepense- " roità moi qu'avec attendrissement!
» Je partis, à la pointe du jour, peur Paris. » Aumomenloù j'arrivai chez moi , l'on mere- » mit un bitfei de Mad. de Temy, qui me de^ » "biandoit d'aller la voir; je me readi'6 sur-le^ ». champàcette invitation. Son mari étoii mort, » comme je l'ai déjà dit, et je la trouvai dans le » plus déplorable état de santé et oondamnée- » par tous les médecins à n'avoir pas trcHs mots » à vivre. Aussitôt que je fus assis, «île me parla » de sa fin prochaine et de ses remords, en » m'annonçant qu'elle étoit décidée à déclarer u' dans son tesument que Cléophas ctoit son fils.
LES ATHEES. eonsÉQUEirs;. ig'S
n Je rio.WFrompÎ8 pour l'instruire de ma. con- «Tersiou et de mes nouveaux projets, et je la » conjurai de ne point souiller à jamais sa mé- » moire par des aveux inutiles. Le crime de M .l'échange sera connu de mon frère , lui dis-je , B,Adeline s»^ parfaitement justifiée; seul je » suis véritablement coupable , seul je dois me . u déclarer tel. J'irai demain m'ensevelir à la » Trappe; tJiargez-vous.de parler h mon îrère » et de l'instruire, vous m'épai^nerez la plus » pénible enirévue. L'innocence d'Adeline sera » mis^ dans toute son- évidence, mais ne faites » point d'écrit îuridique, noua- n'en avona pas » besoin. Mad. de Temy m'exprima , dans les » termes les plus loucbans, la conaolàtion que » lui causoit un discours auquel elle s'altendbit » si peu ; nous admirâmes ensemble les secrets^ » si long-temps impénfkrables de la Providenoe » et ses desseins sur nous. Mad, de Terny- » croyoit que la fîUo d'Âdelitie n'existoit plus; » je lui appris que eetteenfaniétoit cette jeune B Idalie dont les talena et la beauté avoient'fait s.Uut de bruit, et que mou frère, pensant » quielle étoit le. fruit d'un adultère de sa » femme, s'étoit.emparé d'eUe, êtl'avoit mise »' dans un couvent près-de son château. Mad. de «Terny se chacgea, d'écrire» le-jour môtoie, »■
396 LBS ATSrÉBS COITSBQUSNS.
u mon frère, pour lui demander ÏDstamipeQt , » de sa part et de la mienne , de venir sans délai » à Paris; elle me promit d'envoyâr ce billet u par un courrier. De mou côté, je fis no écrit » que je laissai \ Mad. de Terny, et par lequel » je l'autorisois k tout révéler; j'ajoutais, dans » cet écrit, que j'allais m'enfermer dans un » cloître, pom- y prononcer des vœux irrévo- » cables; que, pendant l'année du noviciat, a j'écrirDis,sansaucun d^uisement, toDlemon )> histoire ( mais sans désigner Mad. dé Teniy ), » et que je ferois parvenir à mou' frèi-e ce dé- » plorable récit aussitôt que j'aurois proiioncé » mes vœux. Mad. de Terny me répondit que » non-seulement elle me donnolt la permission » de la nommer dans ce récit, mais qu'elle me » l'ordonrioit, parce qu'il falloit ne rien cacher « et ne rien omettre dans une telle déclaration, - » afin que la justification d'Adeline eût toute »■ la claite désirable. N'emportons point, con- » tinua-t-elle , des secrets d'iniquité, vous dans » un cloître, moi dans la tombe^ Tout étant » ainsi convenu , je demandai «icore à Mad. de » Teray de ne point dire h mon frère le nom au » monastère où j'allois me consacrer à Dieu, » parce que je ne voulois correspondre avec lui n qu'à la fin de mon noviciat; j'ajoutai qu'elle
LIS ATHÉES comÉQXsnm. 397
•> pourroit m'écrire à l'abbaye de la Trappe, » sous le nom àe frère Augustin : c'étoit le > aom de religion que j étois décide h prendre , » non que j'osasse, d'aucune manière, me com- *> parer h ce grand saint; mais j'affectionnois » particulièrement ce nom, par reconnoissance » du beau présent qu'Adeline avoit daigne me » faire, en m'enroyant les cortfessions de l'un » de nos plus célèbres pères de l'église.
» En sortant de la maison de Mad. de Temy, » je me rendis chez mou notaire ; je fis mon tes- » ument, dans lequel je donne à Qéophas tout » mon bien , c'est-à-dire une jolie terre de detix » cents mille francs. Je lui laisse en outre tous »■ mes bijoux , à l'exception d'une belle épingle » de diamans, que je lègue à Mlle de Linanges, » comme une ^pèce d'expiation de l'aversion " insensée que j'avois jadis pour el|e. Je charw geai le notaire de remettre ce testament à mon » frère , lorsqu'il arriveroit à Paris. Ayant ainsi » terminé toutes mes affaires, je partis pour la » Trappe; on m'admit au noviciat. J'obtins du » révérend père-abbé la permission d'écrire, » chaque jour , quelques lignes de ce mémoire, » que je fis double , afin d!en envoyer une copie » à Mad. de Temy j car je savois qu'elle existoit » encore. Une de ses lettres m'apprit,- il y a.
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39^ L£S ATH^S GOirsÉQITEns.
» quelques mois, que, par des aveux sincères, » elle avoii justifié ma belle-sœur aux yeux de u son mari, et qu'enfin Âdeâine éttât revenue à » Paris; qu'elle habitoit sa maison avec mon » frère et Mlle de Ljnanges; que, du reste, » rien n'avoit encore éc^té publiquement. Sa y lettre ne contenoit point d'antres détails^ mais » il me suffisoit de savoir qu'Âdelîne étoii Teia~ » trce dans tous ses droits d'épouse fidèle et ver- » tueuse. J'emploierai le reste de ma vie i pi'ier » pour celle qui a si efficacement prie pour moi. ' n Je désire que cet écrit soit imprimé et rendu » public, et que ta peinture fidèle de tout ee » qui se passe dans le cœur corrompu de l'impie » puisse donner à tous ceux qui liront cet ou- » rrage la juâte borreur et le profond mépris » que doit inspirer l'athéisme. «
Je voudrois vainement essayer de décrire les ' cruelles impressions que produisit sur moi cettp - désastreuse histoire. Après beaucoup de réflexions, je me décidai à ne point comifluniquèr cet écrit au malheureux Cléopbas ; il me sembla qu'Adeline et mon beau-frère dévoient seuls lui dévoiler son sort. Je jouissois avec transport du bonheur de reprendre non-seulement tous mes anciens sentimena pour ma sœur, mais de pouvoir y joindre encore de nouveaux sujeta.d'ad-
U,r„,z<»i:,G00gli;
LES ATHÉES COIISÉQCBR&. 299
nâratioa. Cependant j'éprouvois une vive douleuF* en songeant à son affectien pour Cléopliiis et an bouleversement de destinée de eet intéressant, jeunehomme; jevoyojs, avec un chagrin mortel , cette Idalie brillante de talens* et de beauté , mais élevée dans des principes si différens des nôtres, et coquette prématurée, venir prendre la place de notre aimable et sensible Gléophas; enfin, je ne prévoyois pas ,curAre quel pourroit être le dénoûment de toutes ces étranges aventures.
En revoyant Cicopbas, je lui dis seulement qu'Isidore m'avoit appris que tout étoit ^accommodé dans notre famille, et que nous trouverions k Paris ma sœur et ma tante à l'hôtel de Berville , et réunies à mon beau-frère. A cette nou-
' velle, Gléophas devint réveiir et prît aussitôt un air sombre qui me frappa H nous tut impossible d'avoir des chevaux de poste pour partir le jour même, comme je le desiroîs; il fut décidéque noua partirions le lendemain matin k six heures : le soir, Cléophait , toujours triste et silencieux , jne demanda la permission de ne point, souper et d'aller se coucher. En effet, i) se redi-a aussitôt dans sa chambre , et on vint me dire , un
' quart d'heure après , qu'il s'étoit mis au Ut : inquiet de sa sant^, j'allai le voir; U m'assttra qu'il
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30O LES ATBÉBS C0n5:É<}TTEIirS.
n'étoH nullement malade , et il ajouta : 'Mon âme seule est abattue. J'attribuai cet abauemeiit h la tristesse que lui iqspiroït le' parti qu'avort pris Isidore , et je pensai avec douleurau déchrrementdecœnr qu'il ëprouveroit, en apprenant le secret de sa naissance. ''
Le lendemain matin à cinq heures et demie, j'appelai mon valet de chambre, et je lui ordonnai d'aller savcàr desnouvrfles de Cléophas; il me fit attendre long-temps la réponse de cette commission ; enfin il revint/ et je fîis effrayé en jetant les yeux sur son visage; il me déclara que CTéophas et son jeude élève Valentin ,.
étoient sortis de la maison la veille, h neuf heures et demie du soir; -que Cléophas avoit dit que, ne pouvant dormir, ilaQoit prendre- l'air pendant une demi-heure devant l'auberge sur la grande route; que l'hâte s'étoit couché & dix heures, croyant, par un mal-entendu, quils étoient rentrés ; mais qu'il venoit d'apprendre que ni l'un ni l'autre n'avoient reparu. Cette nouvelle me plongea dans la plus profonde affliction; je volai aussitôt à sa chambre, j'y trouvai sa malle toute pleine encore ; il n'avait emporté que les vétemens nécessaires pour s'habiller et sa montre; et Yaleniin de même avoit laissé tout ce qui lui apparteuoit. J'allois sortir
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lES ATHÉES CONSÉQUEBS. 3oi
^ la chambre r lorsque je me rappelai que ÎË n'avois pas regai:dé .dans le tiroir de sa table à ~ iîcrire ; j'ouvris ce tiroir et j'y vis, avec la plus vive émotion, un billet de sou écriture, qui m'ctoit adressé; je saisis cet. écrit d'une main tremblante, et j'y lusce qui sait :
«MON CHEBOHCLE,
"Je vais vous affliger, niais désormais consau cré au nialheur, tout doit éïre amertume et n-chagrinsdansma vie! Je me voue à lobscuri- K.té, en attendant que je puisse, comme moH "■ onclelsidore, m'cnsevelir pour jamais dans u» 1 cloître : tous les sentimeus de mon cceur ne
"servfiDt aujourd'hui qu'à mon supplice Ne
. » me regrettez point, car il n'est plus possible
» que je puisse être beureui dans ce monde
» Je dis à ma famille un étemel àdieu^ jede- « mande à, genoux la bénédiction des auteurs de » mes joursct la vôtre , mon cher onele ; daignez « croire que je m'en rendrai digne, en ne m'é-- « cartant jamais des piincipes religieux que i'âi - reçus. ~ , ' .
» Mon fidèle ValenttB veut me suivre et par- «^ tagerenipm ma destinée f
» Vous verrezj par les pleur» qui baignent cet « ^crit , combien ilm'en CQÙte de -fous quitter f » ,
Celte étrange eâ. touchante lettre me conster-
,.,l,z<»i:,.,G00gIf-
3oa LBs' ATHÉES .coirséQUBns.
na; mais, san& perdre de temps , j'envoyai mon valet de chambre , sur un cheval de poste , à la poursuite du cher et malheureux fugitif; et moi-ûaéme, suivi d'un autre domestique,') 'allai, par des chemins différais, faire les mêmes recherches dans tous les environs ; je passai toute cette>joumée en courses, mais inutilement ; je ne découvris rien , et je sentis alors que les deux jeunes fugitif, ayant surnous l'avance d'une nuit et d'une journée, étoieut beaucoup plus difficiles à trouver'; je mis Tabbé de la Trappe dans ma confidence , il se chargea de prendre toutes les informations possibles; en outre, j'écrivis à mou ami, voisin de ma terre dont j'ai déjà parlé^ pour lui donner la même commission; et , le cœur navré de douleur , je me déterminai à ne {^us différer mondépart pour Paris, puisque j'étcHs porteur de ta justification complète et . détaillée de ma sœur. Cléophas étoit devenu ma pensée dominante ; je me trouvois responsable
, de tout ce qui pouvoit lui arriver de funeste , et j'étois sûr que ma sœur seroit inconsolable, en se représentant cet enfant ciiérî, h peine âgé de seize ans , seul avec un autre enfant, sans expérience, sans protecteur, saqs conseils et sans ar-
, gent, abandonnant sa destinée aux caprices du hasard. Je me creusois en vain la télé pour de-
,,...<». .vGc^oglf"
viner ses projets ; son souvenir me poursuivbit dans tous les momens ; je voyoîs toujours son visage avec une physionomie souffrante , exprès* sion beaucoup [4us touchante dans la première .)eun,essequedan3râge mûr. Hélas! aoussommes
" nés pour souffrir : quel être sensible, à trente ans, -et mémeà viagt-cin^, n'a pas éprouvé de véritables douleurs I mais à quinze ans , peuton même les prévoir !
Malgré le deùr extrême que j'éprouvois de revoir et d* embrasser ma sœur, je |i'osai d'abord me présenter h elle sans Cléophas : elle savoît qu'il n'étoit point so» 61s; mais elle l'avoit allaité, élevé, en se croyant sa mère, et elle l'avoit
, toujours regarde comme l'enfant le mieux né et le plus digne d'être aimé. Nul événement ne peut effacer du cceuruntel sentiment. Ainsi, en arrivant à Paris, je descendis dans une auberge; de'là , j'écrivis à mon beau-frère , pour lui demander un entrelien secret ; il vint sur-le-» tJianip ; je m'enfermai avec lui dans un cabinet^ et je m'empressai de lui remeittre le. manuscrit d'Isidore; il ai lut aussitôt le préambule , et ce fut avec autant d'attendrissement que de joie. Il avoitdéjà vu Mad. de Terny, Adeline élmt justifiée; mais il ne coiuioissoit pas tous les d^-
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3o4 LES ATHÉES OOîlSÉQUEl(S.
tails de l'histoire d'Isidore; il m'attendoit ;, Mad . de Terny avoit annoncé que j 'ctois charg» de lui remettre les Mémoires d'Isidore , oà se trouToient touslesëvénemens desa vie , et principalement tout "ce qui s'étoi: passé entre ma sœur et lui ; le marquis alloit-me conter toutes les circonstances de sa réunion avec sa femme , lorsque je l'interrompis pour l'instruii-è de la triste aventure de Cléophas ; il en fiit aussi touché qu'auroit pu l'être un bon père. Hélas !
s'écria-t-il , c'est moi qui suis cause de ce malheureux coup de tête. Le pauvre jeune homme, précoce en tont , n'a pu vaincre une passion qu'il croit incestueuse. 3e ne vous l'ai confié , poursuivit le marquis j queparce que j'avois alors la même idée ; il étoit éperduement amoureux de la jeune Idalîe , ne voyant en elle qu'une étrangère ; je le découvris, et, pour le guérir de cette folie, je.lui, déclarai un jour qu'elle ctoit sa sœur, et que je n'étois point son père : je vous , conterai une autre fois les détails de ce funeste incident ; ne nous occupons aujourd'hui que du soin de retrouver ce jeune infortiiné.
. Ce peu de mots me fit connoitre le secret douloureux deQéophas etla cause de son mortel chagrin; il n'avoit pu ni se résoudre à revoir nne
J.,r,l,z<»i:,.;G00glf'
LES ATHÉES GOHSâQUEHS. 3o5
fnère coupable <^u'il avoit admirée avec enthousiasme, ni à s'exposer au danger de rencontcer l'objet d'un amour incestueux.
Je rendis compte au marquis de toutes les démarches que j'avois faites pour retrouver ses traces; îl'pensa avec raison que, s'étant enfui, . comme uu en&jit sans prévoyance , et n'ayant point d'argent , il étoit impossible qu'il fût trèséloigné du lieu où il m'avoit quitté, et qu'il falloit faire d'exactes perquisitions dans tous les environs à dix ou douze lieues à la ronde de la
, Trappe, sans omettre un seul vidage. Nous écrivimesen conséquence un grand nombrede lettres dont noits cbai^eâmes cinq courriers que nous fimes partir sant délai ; il fut convenu entre mou beau-frère et moi qu'^i attendant leur retour , je resterois caché dans l'auberge où j'étois. IVons
■ venions de faire tant de chdses jMur retrouver Otéophas, que nous ne doutâmes point du~succés .de nos démarches ; ce qui dissipa presque entièrement mes cruelles inquiétudes sur ce jeUne homme.
Le lendemain , mon beau-frère revint à sept heures du matin ; il me devoit un récit intéressant qu'il fît à peu près dans ces tomes '
«J'ai passé la nuit, mon cher chevalier, à >'4ire le manuscrit que vous m'avez apporté ; je
Xnfi LW atbéss Qoasàqnjsss.
„ oonooistoi» âé}k la parfaite innocence d«
i„<»Biparable sœur ; mais)ugeZ'dçce que
■'.j ili] ressentir, en Uaani le deuil de son ad-
^lable conduite ! Mod malheureux frère a
^t expié aux yeux de Dieu et même aux
ujsiens, puisqu'ila justifié Adeliae; cependant,
■ il a rempli hhhi âme d'une douleur qui m'étoit H incoimue, celle d'éprouver les plus cuisaiw V remprda : j'ai caldmuië , outragé la venu ; j'ai » pu croire Adeline criminelle, je l'ai accusée u d'adultère et de la plus vilehypocmie; «t voilà
» où m'a conduit, par ses déte»tal>l«B artifice, ^ » un frèrequç j'aimois, que j'estimois^ quipos- » sédoit toute ma confiance, et qui, sous le " masque le plus trompeur, cachait l'épouvau- >i (ahle dépravation d'un athée livré aux passions
-» les plus violentes Ici le marquis s'arrêta
» pour donner un libre cours à ses pleurs. £n- » suite Teprenant la parole :
» Je dois commencer, dit-il, par vous apw prendre tout oe qui, a rapport à Cléophas.
B 3'étoisd'autaniplusirrttédelapréten<iueper>
■ fidie d'Adeline, que je lui ayois offert un gé- » néreux pardon , et que même je l'avois assur-
. » rée que, si elle ne vouloit pas. faire un aveu » sincère de son crime, j,e me contanterois des jt phis mauvaises^ raisons qu'dlie .me donneroit
uea ATHEES COH^QUENSi 5o7
» poUr le nier. Son obstiné nlence et $qn im- » pcrturbable tranquillité me poussèrent à bout; a j'arrachai de ses bras la jeune Malîe t sa résis» » tance et la douleur (jrt'elle montra dans ce mo> u nient auroient sufEt pour me prouver qu'elle » étoit sa mère. J'envoyai peu 4e temps après » cette jeune personne dans une abbaye située » près du château où je voulols fixer ma rlJsidenee, » et j'emmenai CHoj^ias avec moi. Le* tatens et » beauiç d'Idalie la firent' bientôt remarquer , » même danscettc solitude; on lui fît chanter » plusieurs motets ;. on l'aperçut plus d'une fois M de l'église exwSfienre , lorsqu'on tirbit le ri- V deau de la grille des religieuses ^ quand » elles slloient pixicessionnollement commu- » nier. L'abbesse étoit prévenue que je ne lui » avbis confié cette jeune personne que poar la u soùstraireàuneédùcationpemiGÎeuse, et que » j'avois eu le droit de m'emparer d'elle ( hélas ï > j'ignorois combien ce droit étoit sacré! ). Je » recommandai surtout aux soins de l'abbesse » son éducation religieuse^ que je supposas ab- » solumeot^iUlle, et je nemetrompoispas, cap » on ne^ui avoit pas donné la moindre notion . » àcet^ard, L'abbe^e meditqu'elleavoitune » âmesensibleetdeladouoeur, maisl'espritdéià » gîté par les idées les plus mondaines et les
,l,z<,i:..,G00gIf
3bd LES ATHÉES COITSÉQUENS.
» ^lus fausses. Comme elleétoit très-séduisante B par sa jolie figure, ses ta]ens etmémeparses M bonnes qualités naturelles , die étoit géne'ra- » lemcnt aimée dans le couvent; mais, par l'ina térét même (ju'elle inspiroit, l'abbesse me u promit de la surveiller ayec toute la vigilance » dont elle étoit capable. En effet, elle décou- » vrit qu'une servante nouvelle , gagnée par un » jeune homme du dehors, lui remettoit furti- » vement des lettres; -et, peu .de joiirs après , « tandis qu'Idalie étoit dans les jardins , l'ab- » besse entra dans sa chambre , força laserrure u d'une petite armoire , y trouva des lettres » d'amour , dont elle fit un paquet , ipi'elle » m'envoya sur-le-champ. Mon étonnementfut » extrême &a. reconnoissant l'écriture de CLéo- » phas, qui, dans sa dernière lettre, aussi ex- >• travagante que passionnée, lui promettoit de « l'enlever, pour. la soustraire, disoit-il, à la » cruelle tyrannie qu'on exercoit contre e|le. » Furieux autant qu'affligé de cette découverte, » je fis appeler Cléophas, et je lui montrai ses » lettres, en l'accablant de reproches. Pour la u première fws , je lui trouvai avec moi de l'im- » pertinence et le ton de la colère ; il me répon- » dit que nul espionnage ne pourroit l'empé- <• cher d'aimer jusqu'au tombeau cette jeune
LES ATHÉBS COR^QUraS. So^
» personne, pour laquelle il avoit une passion » invincible. Misérable! m'écriai-J6, emporté ' » par un premier mouvement , cette infortunée . u est ta sœur, et je ne suis pas son père i.^., A » ces mots, Cléopbas, perdant toute son a^ro- » gaiite assurance t pâlit, devint tremblant, et » fut obligé de s'appuyer sur une table; je le » forçai de s'asseoir, et alors lui parlant avec » douceur : Tu dois «muoitre à présent , lui » dis-je, k quel point je suis malheureux! Tu » pourras seul me consolée par ton affection et >) ta bonne conduite. Que veux-tu que je de- » vienne, si tu ne réalises pas cet espoir? Pour » tonte réponse, Cléophas embrassa mes genoux, » en répandant un déluge de pleurs. Un senti- » ment incestueux lui fiaisoit horreur ; il répé- » toit , à dbaque insunt , avec l'accent du déses- >> ' poir : Ah ! quel malheur affreux pour moi de » l'avoir vue etd'avoir ent^du sa voix!... Mes » lettres ont séduit son coeur ; il faut lui ôier cet » amour monstrueux, quo j'abjure, et je ne » puis lui révéler un horrible secret qui avec le » temps pourroit seul lui rendre la tranquillité j> que je lui ai ravie!
» Cependant il écrivit, sous ' mes yeux, à a IdÀlie pour lui mander qVun obstacle insur- > piontabléle séparoit d'elle saiis retour, qu'elle
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5i.O L£» XTBÉM COMSÉQOfiSS.
V jj'cBteadfoit jamais {taxler de lui, ettjuSl )s M conjuiFoitilerovblier. Je fis remeib-e ce billet H ii Idalje,qui, ajvès l'avoir lu, momra la |:du« w vive douleur , ce <^\ie Je laissai i|;norer à Gléo^ ■> pbas. Maia, de scm côté, ce malheuFeux jeune » homme éprouva une lâlle afflictiou, qu'il en ». toinba malade, et son état me causa , pendant « plusieurs jours, les plus déchirantes inquié- » tudes. Il gémiasoit à la fois sur le sacrifice de ' u ^es idées romanesques , sur mon infortune, et >> su.r le crime dont il croyoît sa mère coupable. » Néanmoins il reprit la santé , mais je vis u bien qu'il oonservoit toute son affliction. Au » reste, il se livra avec plus d'ardeur que ja' » -mais À l'étude I et Sa conduite fut, à tous » égards, inrépEochable. Cependant tous ces » événemens n*inIluoîent que trop sur mon ca- « ractère. LepauvreCléopbassouffritfdusd'une B fois deraltéraiion de mon humeur^ qui redoU' - » Wa encore, lorsque je m'aperçus qu'il me trou- M vo^t ÎDJustccarla sensibilité qui juge bien nos » tocts, ne nous toudié presque jamais, J'ëprou- > » vaiunegrandeconeolationjquandvousm'écrj- » vîtes pour me proposer de le ]M«ndre avec » vous, et je vous l'envoyai avec joie, en peu- ,» sant qu'un long voyage pourrait »e»lle dia- » traire elle co.n6oler} et, au moment de notre
). séparation , jâ Sentis mon ccear ie dédùrer. ■ » Il s'étoit armé décourage, et la fermeté de'son
> maiiifien mè parut de l'ingratitude, et de la » dureté. Le ressenti oieot se joignit àmon af- ) flictioD , je le congédiai avec usé extrême sé- B cheresse. II partit, et, sans pouvoir s'en dou- 9 ter , il me laissa au- désespoir^ Après soa dé-
• part , je passai de bien tristes ymis dans mon
• exil. Je voulus revoir cette jeune Idaliej causé 3 innocente du plussrand malheur de ma vie ,
> coHUDC elle l'étoit de mes derniers chagrins; • » jela revis, et, malgré ïna funeste erreur, ma
■ jalousie et mes préventions, die m'intà-essa •> -vivemeitt.'ËUeprenoitdëssentimensreligieux; » je lui prêtai qudques liwes , qu'elle lut ajec a fruit. A mesure que srai esp^t s'éclairoit , son n âme s'élevoit , et l'onvo^^oit, chaque jour, se B développer 'en -eHé les vertus les plus atta- B <jiantes. Peu h peu elle {»it pour moi une vé-
■ ritaUe afièction,' j'y répondis de mon câté, » malgré Textrénie bizarrerie de ma situation. a J'avoîs pour elle un sentiment, ind^oissable; » je lui trouTCHS avec Adelinedes rapports £rap- V pans-, qui tantôt m'attendrissoiiéat , en me » perçant le cœur , et tantât me causoient une » sorte d'irritation qni m'âoignoit d'elle. De-
• puis qu'elle avoit pris ivn maintien modeste et
,l,z<»i:,.,G00gIf
5ia LES ATHéBS CfHfSÉQnEKS.
' » calme et l'expression d'une doucemélaiicolie, » elle i-essembloit beaucoup plus Ji sa mère ; elle » a le son de sa voix, et souvent, lorsqu'elle me » parloitavecsensibilibSetquejenelaregardoi»
n pas, je croyoisentendre Adeline!.. Ënfiojje » trouvois toujours auprès d'elle un charme In- » coucerable, mêlé de souvenirs amers et de » peines toujours renaissantes. J'en étoisvenu à n nepouvoir plus me passerd'elle : elle aggravoit » mes tounnens ; mais elle occuppit mon cœur , » elle pr^ervoit ma languissante existence de » l'ennui et de l'insipidité.
» J'étois mécontent d'Isidore, qui m'avoit X entièrement négligé depuis quej'étoisdans ma » retraite ; il m'écrivmt assez souvent , mais il » ne me parloit que de prétendues affaires qui -, » disoit-il , absorboient tout son temps. A.u fond » je desirois peu le revoir ; je pëasois qu'il » m'avoit éclairé sur mon déshonneur; mais » cette espèce de zèle que je lui supposois me » rendoit si malheureux , que je ne pouvois lui » en savoir gré , et mon amitié pour lui étoit na- »' turelleméut très-refroidie. Tout à coup il cessa » de m' écrire, et, pard'autres lettres de Paris, » j'appris qu'il étoit parti sans mettre personne u dans la confidence de ce voyage.Ge singulier "mystère me frappa; je me rappelai mille
XES A.TBÉES COSSÉQUETTS. 3l3
» .<ju»e$, que j'avois jadis trouvées simples, et »'qtu, de souvenir, cessèrent de me paroîire ■ » telles. Sam soupçonner la vërité, j'entrevis » confusément que j'avois eu eu lui une con- ». fiance trop avGUgle. Ces pensées me tourmen- •u tûient d'autant plus, qu'elles ne pouvoient » m' éclairer. J'e'lois dans ces dispositions, lorsu que je reçus , par un courrier, un billet de » Mad^ de Terny; sa signature seule me fitfré- » niir! Je ne pouTois de sang-^roid emendre » prononcer ce ncnn ni le voir par écrit. Elle me » mandoit, et sans aucun détail, qu'elle avoit » àme comomniquerlachosedumondela plus » i'mporiante pour moi , et qu'elle me prioit de i> partir poul- Paris sans aucun retard ; sa lettre » finissoit par ces mois : // s'agit de la fust^- »■ cation complète de' votre vertueuse épouse , » et fe Vfxis donnerai à cet égard dés pr&tées M irrécusables. - .
» Ne pouvant en croire mes yeux , je relus » mille fois ces dernières lignes, et tout ce qu'il » me fut possible d'imaginer , c'est qu'on alloit w me prouver qulldalie n'étoit point la fille u d'Adeline. Mais pourqtioi ce silence obstiné? » pourquoi ne s'étoit-elle pas récriée contre une » telle calomnié?... Je meperdois dans ce déi>.dale mystérieux d'iùcidens incompréhensi-
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3l4 LE» i^TBÉBS CCHfSÉQCeNS.
« bles. Je demandai des chevaux , et je partis à n l'heure même , décidé à courir la poste nuit ■ et jour, el sans n'arrêter.
» En ai;rivant 3i Paris, j'allai descendre de » voilure chez Mad. de Teniy. Elle avoit reçu » tous tes sad-emens le matin; elle étoit enfer- » mée ayec un prêtre, et j'attendis une dèmî- » heure dans, son salon ; enëo on me fit entrer » dans sa chambre. Elle étoit -dans son lit; ma X vue U ranima , car elle avoiterânl de mourir a avant de me voir. Elle me fit asseoir i son ehe-
> vet, et, sans préambule, elle ipe conta toi» B les Jaits principaux contenus dans lemanus- » crit (jue vous m'avez remis. Presqn'à chaque o phrase, je m'écriois : Adeiine innocente ! e\ " m<N, que suis-jr donc! ghùid Die»! un bar- « barel un monstre!... La jusô&caûon d'Âde- » line m'occupoittdlement, que d'abord je ne i> fis presque pas d'attention à la perfidie dTsi- » dore; miiifi^nsuite elle m'a fait verser bien des
> larmes , quoique ses aveux déponillés de tout » artifice et son austère pénitence soient de » grandes, consolations pour moi. J'éprouvai u aussi /un véritable chagrin, en pensant que ^ Cléophas , que j'aitnoif si tendrement , n'étoit » point mon fils, çt que j'avois toujours ci»n- » bauu comme une faiblesse le sentiment se-
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LB9 t^^iaÉtX COSSÉQUBBa. 5l5
» cret que m'inspifoit Idalie- Aiosi Çléopbas, » en usurpant înnocenimeiit et mon nom et » moaaïTectiôn paternelle, ra'avoit fait m^ofip noître et repousser l'inâtinot de la nature; u mais cet enfant, ne m*en est pas moins cher , » et nous avoBs trpuvé , ma fepMne et moi , des j< moyemcertaib» d'apurer wn bonheur, en le » .ooQcihant avec la plus stricte équité. Nous ne » ferons poiift de tout ceci des déclarations ?> juridiques; je suif décidé à reqdre aux pa- >i rens de Mad. de Solis tpus' les hiens qu'elle :w m'a léguée Ces parens ne itont pas du nom de u Bersille^ qui étoitcelttideMad- de Solisavant » son mariagNG; mais ils étoient plus près que V moi. Je sais que Mad. deSolisbaUiiçpîteiftre ," nous ; et , sans la naissance de Cléophas , )• qu'elle crut mon fils; peut-être ne m'eût-cUe » laissé qu'un legs considérable. Dans, ce mo- » ment , Idalie est ma seale héritière Intime ; » elle aura, toute ma fortune personjielle, si, » par la suite, je n'ai point d'autre enfant; » mais, en la mariant sous deux ans, nous lui •> doDuerons une dot qui puisse , dans tous les n cas, lui a^arer. une grande ai«aiice<'Si je sur- - » 1)18 à mbn frère, («.^.ferai imprimer ses mé- » moires après ^.mort , en y ajoutait uue copie H du testamcntde Mad. de Teroy» quiost da'-
3l6 LES ATHÉES COnséQUEET».
u posé chez un notaire. Si )e meurs avant mon u frère, j'ai pris toutes les précautions néces- » saires pour que ces dispositions soient exécu- » tées de même, lorsqu'il n'existera plus. En » attendant, je lirai en particulier à deux ou » trois amis ces mémoires , sans leur demander » le secret; 'et, comme il J a une grande sin- » gubritédans toute cette hïstbire, je suis bien » eertainqu'ellese répandra prompiement dan* » le monde. Enfin, pour achever de comjJéter » à tous tes yeux la justification d'Adeliue, nous u uniron& ensemble dans deux ans Xdalie et Gli»>i " phâs. Ce dernier sera riche , malgré ma res- » titution&ux parensdeMad. deSolis, puisque » vous le &ites votre héritier, et -qu'il est en » outre celui de Mad. de Terny, qui lui laisse, » par testament , plus de ScjOOO fr. de rente, 'u dont sa belle terre en Franche-Comté fait 1% » plus grande partie de cet héritage. Cette terre » est un marquisat; il en prendra, en se ma- ' N riant, le titre et leuom, pour les transmeure » à sesenfans. D
Cette narration de mon beau-frère, qui m'auroit causé la joie la plus vive et la plus pure , si Cléophas eût été avec nous, ne fit que ranimer . mon chagrin ; je repris même toutes mes inquiétudes; car lorequ'Mî ne voit à l'idée d'un
J.,r,l,z<»i:,.,G00gIC
LES ath£bs coirséQVEvs. 5ty
^rand bonheur qu'an seul obsiade , cet obstacle paroît promptement insurmontable à l'iinagination qui s'en exagère toutes les const^ quences.
Deux de nos courriers revinrent au bout de quatre jours, et ils nous consternèrent, en nous apprenant qu'en dépit des plus exactes recherches , ils n'avoient rien pu découvrir. Je me décidai à ne pointattendre nos autres courriers, à. partir moi-m^e pour Dieppe, supposant que Cléophas , voulant profiter du voisinage de la mer, se seroit peut-être embarqué; cette idée m'arracha des larmes ; ma tendresse pour ce 'jeune honime s'cxaltoit à mesure que s'augmenttnent mes inquiétudes et mes craintes , un petit accident arrivé à ma voiture me força de m'arréter ii midi , à trois lieues de Dieppe ; le maître de la poste , pour me désennuyer, me douna la Gazette du jour, en me prévenant, sans -entrer dans aucun détail qu'elle contenoit un article fort iutcressant, et qui causoit beaucoup de joie dans le canton. Je déployai ce^ papier avec assez d'indificrence , mais en le parcourant nonchalamment; je tai tout h coup saisi d'épouvante etd'horr^ar, en lisantî'artîclo suivant :
«On sait' que, depuis quelques mois, les
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3l8 L«S ATHÉES GO?iSÉQUEHS.
u pajsatuf de ces enrirons sont harcela et tour- • meqlés par une jeùite bande de volèura , dont »le plus vieux et Içchef, u*'a pas , dit-on, plus » de vingt ans ; ces jeunes brigands n'assassinent » point , mais ils se rendeiit trés-reâoatables par «leur sublilitë, leurs vols iBûltipliës , de tout «genre, leur adresse à échapper à toutes les re- » cherche* de la justice et leurs recrutemena » c(»itinuels , car ils débauchent et enrôlent >> pAnni eux tous les ntauvais sujets de leur âgej » qui sont mécontens. dé lenv sort ou ^e leur
■ Êimille; enfin on vient d'en prendre deux, «bien convaincus de vols trâs-considërables;
» le plus âgé, qui n'a pas diz-sept ans /est fort . B remarquable par sa belle taille et sa ^lîe fi- B gure; on les a mis l'un et l'autre au cachot , m et l'on espère qu'avec la promesse de leuràc- » corder la vie, ils donneront d'utiles lumières
■ sur cette bandeinquiétante de voleurs de grand »chemio, si déterminés et si précoces. »
Après avoir lu cet article, je fus saisi d'un soupçon si terrible , qu'à l'iustaiit ' même, je courus à l'écurie de la poste ; et , sans attendre une voiture^ je sellai un cheval, et je me rendis à Dieppe ii franc ëtrier &. avec toute la vitesse demoncheval; j'allai ,-sans perdre uneminnte, à la prison de la ville ; là je pris désinformations
J.,r,l,z<»i:,.,G00gIf
I^S AIXnES COSSÉQUBnS. 3iCi
sur les jeunes prisonniers; tout ce que j'avois la dans la Gazette me fut confirmé ; je demandai, en frémissant, leurs nom4> cequinem'ap* prît rien, ces noms m*étoient Inconnus, mais ye n'en fus pas plus rassui-é ; il u'étoit que trop facile d'imaginer qu'ils eu avoient pris de sup-' posés. J'avois ccntlouis sur moi, j'en donnai dix, an geôlier , ce qui joint, k ma crois de Maltlie^ me gagna toute sa confiance; il me conduisit^ comme je le desirms,. dans le cachot de oee deux infortunés ; j'entrai dans ce sombre caveau ' avec un affreux tremblement!... Mon pressentiment n'étoU que trop fondé ! . . . A la lueur de ta lampe que tenoit le geôlier^ je râomaus, au moment même, Gléophàs 01 Valentîn- du^* gés de fers , et couchés sur de la paille à càté l'un de l'autre!... Je-pouseai un cri la'meniable qui partoit du &nd d'un oœur véritaîjlemênt déchiré ; Valentinqaidonnoit,se réveilla, et, k ma grande surprise, il se mit' en fureur ^ en m» reconuoissant : Fi , Monsieur^ s'écria-t-il ,. c'est inÛme de nous avoir- fait arrêter ceeiioe d«s ntaUaHCurs, et meiue au cachot ksfer^ aus pieds et aux mains! tenez, vojez ce que tous y gagnez, mon pauvre maître, mon cher parrain ' est mourant , il a perdu la tête de honte et de douleur, en entrant ici ^ il perdra bientôtla visj
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, -iiO 1X5 ATHÉES COUrSÉQCBVS.
et j'espère bien que je ne lui survivrai pas!... Au lieu de r<5poo(ire à ce discours, je me ioutnai vers le geôlier , je lui donnai encore de l'argent, en lui demandant de mettre ces deux jeunes gens sur de bons matelas, et d'envoyer à l'instant cbercher un boa médecin ; il me pi-omit d'exécutée toutes ces choses, et, d'après son' indication, je courus chez le premier juge dje la ville, que-je trouvai heureusement dans sa maison; U j'appris que les deux fugitif avoieot été dénoncés par le 'cabaretier d'un village à six lieues de Dieppe , auquel ils s'étoient présentés comme de pauvres orphelins villageois sans ressource, qui se rèndoieot k Dieppe, pour s'y engager sur des vaisseaux marchands ; que le cabareti», qui se déBoit de tous lés gens de cet âge , à cause de la jeune bande de voleurs, prit, sur plusieurs petits indices, quelques' soupi^ns contre eux; qu'en conséquence il fit , secrètement avertir le juge du lieu ; que cet homme étoit venu , le lendemain matin , questionner les deux fugitifs , et que, peu content de lenrs réponses, il voulut savoir ce-qu'il» portoient sur eux , et que sur leur rehis positif, il appela main forte; qu'on les fouille avec violence ; qu'on avoit trouvé dans leitrs poches des bijoux d'un' très-grand prix; ce qui j>arut
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LES ATHÉES COSSB'qU^SS. 321
Uconfirmatioa ta plus complète ducrimQdoot DQ les avoit soupçonnés. Malgré toutes leurs protestations ^ on les conduisit k Dieppe , sous bonne escorte ; là on les déposa comme détenus dans un corps-de-garde , on alla faire des dépositions juridiques, dont le résultat fut de leur mettre les fers aux pieds et aux mains et de les conduire dans un cachot; on ne leur donna aucune explication ; on \etlr annonça seulement qu'ils seroient interroges le lendemain matin. L'infortuné Cléophas, en se voyant traiter ainsi, éprouva un tel saisissement qu il s'évanouit en entrant dans le cachot, et qu'il ne reprit l'usage de ses sens qu'avec une fièvre brûlante et un délire, affreux. Qu'on se figure l'effet que produisirent sur moi les détails de cette horrible aventure ! On ajouta qu'on avoit déposé au greffe les bijoux qu'on leur avoit enlevés , et sur-le-champ, pour prouver leur innocence , je dépeignis ces bijoux , en disant que l'un des deux (qui étoit mon neveu) avoit dû avoir sur lui une montte enrichie de diamans , ornée d'un camée , représentant le profil de ma sceiir, copié d'après uqe miniature que j'avois sur une tabatière , et que je montrai ; je fis une description aussi exacte des autres effets déposés au greffe , et je dis encore, ce qui étoit vrai, que
J.,r,l,z«i:,.,GoOgIf
3a2 LES ATHÉES COHSÉQDEMS-
i'avois fait présenta mon neveu de la plus grande partie de toutes ces choses. Je connoissois heùreusementà Dieppe deux personnages très-considérës dans la ville , qui , agissant de 'coucert avec moi , me firent rendre une entière et prompte justice; je me hâtai de retourner à la prison, j'y trouvai Clfîophaset Valeniin sur un matelas, et un médecin qui avoit déjà prescrit une ordonnance; j'étois muni d'un ordre de mettre les prisonniers en liberté , et plusieurs gens de justice, qui m'accompagnoient, nous a^ dèrent à ôterleursfers et itransporier Cléophas dans une chambre saine et aérée, où se trouvolt un bon lit, car Cléophas cloît dans un éiat léthargique , qui ne permettoit pas de le conduire hors de renceinte de la prison ; ses yeux étoient fermés , il n'avoit aucune espèce . de connoissance. Valentin.se désoloit et m'accàbloit des plus sanglaus reproches, croyant toujours qu'on les avoit arrêtés par mon ordre ; uniquement occupé^ de mon cher Cléophas , je ne faisois nulle attention i ses discours; le médecin pe me cacha pas qu'il voyoit un grand danger, surtout si cette léthargie se prolongeoit^ d'aprèsle désir qu'il me montra, j'envoyai chercher d'autres gens de l'art, qu'il attendit , nous avions déjà une garde; je passai le reste du jour.
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LES ATHEES GOnSÉQUEHS. ' 3aâ
!et la nuit suivante auprès du malade, et daus des angoises inexprimables; enGn tous les remédes administrés successivemeni , commencèrent au point du jour, à produire d'hrureus effets, et à huit heures du ma Lin, Cleophas reprit du mouvement et duvrit les yeux; ilme reconnut en tressaillant > et aussi tât il tourna la tête du câté de sa ruelle , Valentin désahusé de sa cruelle erreur-, et instruit par moi, lui dit : Vivez, mon maître, vivez, car nous àlloigistous être heureux. Cela est impossible, répondit Cleophas d'une voix languissante: Vivez, répéu Valentin, vivez, mon cher pai:r3in, vous apjprendrez des choses surprenantes et qui feront votre bonheur. Ces paroles ranimèrent un peu Cleophas, quoiqu'il lût loin encore d'y ajouter foi; i) alloit parler^ mais les médecins l<ii impo^ sèrent silence , il obéit-; on lui lit prendre une jKttiou , et une heure après, on m'annonça formellement qu'il éloithors dedanger; jefoudis en pleurs, et je remerciai Dieu avec le mouventent de joie le plus passionné que j'aie <5prouvé de ma vie.
Envoyant mes transporta et ceui de Valentin,
le malade fit un profond soupir : Ah ! mon
oncle , me dit-il, m'avoir fait arrêter avec tant
d'ignominie , et me retirer ensuite du tombeau
3,â,i,;t!dbïGoogIe
524 l'Es ATUIÎES COMSÉQUESS.
quelle double crùautc!.. A ces molSj nous nous récriâmes, Valenlin et moi, etCIéophasful enfin convaincu que je ii'avoîs aucune part à son arrestation ; je lui promis de lui fournir à ■ce sujet tomes lés preuves, de lui donner tous les cclaircîssemeiis qu'il pourroit désirer, et de lu: apprendre des nouvelles quîlerendroient par-faitement heureux , mais j'ajoutai que jf voutois attendre qb'it eut repris des forcés, afin de ne pas tisquéi- de lui causer de dangereuses émotions; ces paroles le rendirent véritablement h. la vie ; il essay'a vainement d'oblenir de moi une petite •explication préliminaiiv , je lui répondis qu'il en âuroit une complète, lorsque le médecin mepermettroitdeïui parler un peu longuement, mais qu'en attendant , il pouvoit.- se livrer à toute la douceur des plus chères espérances; CIcopbasse soumit à cette décision avec sa douceur naturelle ;' de ce moment, la fièvre le quitta, sa lé te se dégagea entièrement, et le lendemain il îuten état de se lever; il ne lui restoit de ce cruel accident que la foiblesse , suite inévitable d'une telle secousse. Nous l'établîmes dans un bon fauteuil, jeme plaçai à côté de lui ; Valentin assis sur u'n petit tabouret, se mit à ses pieds, car il m'avoit coujifré, à mains jointes, deliii permettre de rester dans la chambre.
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LES ATHÉES COMSÉQOEHS* 320
pendaut Feocplicatiçn , afin, me dit-il, âc ne rien perdre de l'étonnement et de la joie de son parrain j aussi pendant tout mon récit, eut-il consumment le» yeux fixés sur lui , et sa phy- ^ionomie, pleine de mouvejnentet d'expression» etoit un miroir qui réûéchissojt fidèlement toutes les impr^ions q(ii se peignoiest sur le visage de Cléophas; je commençai par annoncer qu'Idalie n'étoit point sa soeur, et que l'intention de mon, beau-frere et de sa femme ëloit do la lui donner pour épouse; à cette déclaration Cléophas se jetta daiis mes bras; il ftïspiroità peine, et je fus obligé de faire une assez longue pause avant de continuer mon récit, i 'acJievai , en peu de mots, de vive voix, l'histoire intéressante d'Adeline; Cléophas fit une exclamation douloureuse, en awrenant qu'elle n'étoit point " sa.mère et qu'il devoit une naissance illégitime au coupable Isidore! mais je m'empressai de lui protester, que ma soeur et son mari l'aimcroient et le traiieroient toujours comme leur enfant, et qu'il le devi endroit en effet, el par leur choix, puisqu'il épouseroit leur fille; alors Cléophas ne sentit plus que le bonheur de leur appartenir toujours par un lien sacré, et celui, de reprendre tous ses premiers seutimens d'acî-. miratiou pour Adeline.
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526; LES ÀTHÉBS CONSËQOEM.
Qéopbaâ ctaot en clat de quitter la prison »
nous en SM-tîmcs d'une manière triomphante^ carie premier magistratde la ville, accompagné . de plusieurs personnes , vint lui-même nous chercher pour nous conduire dans nn beau logement <jue j'avois fait arrêter près du port. Qcophas me demanda quelque argent pour délivrer deux pauvres prisonniers délenus seulement pour dettes ; nous donnâmes encore quelques témoignages de reconnoissance au geôlier et à sa femme ; et combles des bënédiciîoris de toute la maison, nous allâmes nous établir, pourdeux ou trois jours , dans l'appartement qu'on nous avoit préparé; on imagine bieii que le magistrat s'empressa decons rendre lous tes bijoux si injustement déposés au greffe : les émotions violentes que Cléophas venoit d'éprouver, quoiqu'elles fussent en général heureuses, lui causèrent encore un petit mouvement de fièvre ; il brûtoit du désir de retourner à Paris ; il me répe'toit avec raison que c'étoit là seulement que poiUToil se calmer et se dissiper la vive agitation de son cœur et de son esprit. En effet, je le voyois tourmenté par une succession rapide d'idées tristes, de sentimens pénibles et d'espérances incertaines; il répétqit sans cesSe : Le Ciei m'enlève à la fois une naissance û/ustre^
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LES ATHÉES CONSEQUEHS. 827 .
un père vertueux, une mère parfaite et chérie t Eh comment pourrois-je transporter t affection que j' avais pour tun^t pour l' autre ^ au persécuteur, au calomniateur de Mad. de Bervdle !
Il ne parloit pa» moins souvent d'idal îe ; tantôt il craignoitd'enétre oublié, uniôtildoutoît que mon frère eût promis sérieusemeat de l'unir à celle jeune personne; je pafvenois toujours ^l'apaiser , mais deux heures après , ilfalloit écouter les mêmes plaintes, et toujours avec un grand reddublemenl d'amertume. Je supportois avec patience toutes ces inégalités , en songeant que si , après la leclure des Mémoires d'Isidore , je lui avo's seulement annoncé que sa passion n'étoit point incestueuse , et qu'il seroit pleiuementsatisfaitdudénoûmentde toute cette aventure, il n'auroit songé ni à fuir, ni a me quitter; mais je n'avais trouvé de l'inj ustice à ne, me réserver de cette confidence que ce qu'elle avoit d'agréable ; et la résolution de remettre à ses vrais bienfaiteurs le soin de lui déclarer son sort, m'avoit paru fondée surunc délicittcssc très- naturelle et même sur un devoir positif.
Durant le petit délai de notre départ, Cleophas me conta qn'iJ ne m'auroit point aban- , donné, si j'eusse continué mes vovagès, mais, qu'éiantpersuadé que le retour d'Adeline à l'avis
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328 LES ATHÉES COKSÉQUEM.
n'étoit <{uele résultat d'un généreux pardon ûé M.deBerville, ilavoiiseniiqu'îlseroitau-dessus de ses forces de la revoir déchue , avilie , et sans doute informée de son amour incestueux pour Idalic. Ses projets, en se séparant de moi, avoient été de se rendre à Dieppe k pied , d'y vendre tous ses bijoux , et de s'embarquer avec Valentin comme volontaire sur le premier vaisseau partait pour les Indes. Eii6n, Cléophas possédoit 160 fr. en partant de la Trappe , et cette petite somme leur avoit suffi pour leurs frais de route. J'avois expédié uh courrier à Paris , aussitôt que je vis Cléophas hors de danger ; on ne communiqua ce message à ma'^œur qu'à la réception d'un second courrier qui confirn^a la nouvelle de l'entière convalescence de Cléophas : nous le rencontrâmes quelques heures après avoir qu^ité Dieppe, à neuf lieues de cette ville:
Cléophas baigna de larmes celte lettre dont il reconnut l'écriture chérie ; il y trouva ces paroles :
<t Reviens, cher enfant , reviens sans trouble » sans inquiétude , ton cœur n'a rien perdu , tu » retrouveras le meilleur des pères et la mère la » plus tendre. Idalie est à Paris au couvent des « ilrfinlines; je l'ai revue, elle est charmante; " mon,eiccellenjLe tante s'est enfermée avec elle
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LES ATJtéBS CpKSÉQUESS. 329
» pour six mois; elle veut biett préparer le plan 1 du reate de son édacation , afiu de la rendre » digne de devenir, dans deux ans , l'épouse de » Cléophas^ Viens, mon chec fils, répète-toi " » bien que tu n'as rien perdu.
» Adeje-iwe-Berville.»
Ce billet étoit terminé par ces deux lignes de mon beau-frère :
«Je sens du fond de l'âme tout ce qii'Adeline » exprime. Reviens , mon cher iils ; si la santé » ne te le permetloit pas encore, envoie-nous «un nouveau courrier, et nous irons sur-le- » éhamp te revoir.
» Le Marquis de Behville. »
Cléopbas éperdu , après avoir lu ces deux billets , m'emJjrassa mille fois , en répétant que désormais il étoît le plus heureux de tous les hommes; il «ouloit y répondre sur-le-champ; . mais je lui reprâentai que n'ayant plus qu'un courrier, nous ne pouvions pas nous en sépacer ; il obtint de moi que nous irions jusqu'à Paris sans nous arrêter, car j'étois bien sûr qu'en couchant dans line auberge , il n'y. ferméroit pas l'œil un moment. A toutes minutes, Jl mettoit la tête à la portière pour presser lés postillons , etValentin, à cet égard, le secondoit de toutes
S3o ■ LSS ATHÉES CONSEQDEITS.
ses forces; leur impatience nous mit plus de' vingt fois en danger de verser ; nous en fûmes quittes pour une soupente cassée, ce qui modéra uu . peu leur impétuosité.
Eu apercevant les clochers de Notre-Dame , Clëopbas tira de sa poche un crayon et des tahlettes , et il écrivît cinq ou six ligues passionnées, adressées à ma.6œur et à son mari ; je donnai Tordre de porter , en toute diligence , ces tablettes h l'hôtel de Berville; Cléophas promit au domestique le^our boire le plus magnifique, s'il s'engageoit à faire ventre à terre ce message , ce qui fut promis el exécuté'
L'un des plus heureux moqiens de ma vie fut celui où je déposai notre cher fugitif entre les bras de ses bienfaiteurs. 11 y a dans la vie des instans d'une joie si pure, si ravissante, qu'ils pourroient^ dédommagâr des plus longues souffrances, et celui-là fut de ce nonabre. Nous passâmes toute cette délicieuse soirée à nous interroger mutuellement , à répéter mille fois les mjémcs questions, sans nous lasser d'écouter les réponses ; mon frère nous interrompit souvent .pour peindre h ma sœur les remords déchirans qu'il éprouvoitde ses injustices passées. Helas ! lui répondoit Adelîne, dans tous ces tragîquos événcmens, j'ai commis ui^c grande faute que p
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LES ATHÉES COSSÉQÏJESS. 33 1
me suis souvent repiochée depuis , c'est d'avoir fait le ferment imprudent et terriWe que m'arraclia ma tendresse pour Cléophas. On me parloit de sa sAreté, de soti bonheur, de sa destinée; on m'assuroit qu'en connoissaut ce redoutablesecret, je pourroîs prévenir des maux affreux suspendus sur sa tête ; on ne me laissa pas le temps de la réflexion ; je promis ^ et sur l'Evangile , comme on l'êxigeoit, de ne jamais révéler cet impéuéti-able mystère : il a fallu tenir parole, et ihe laisser calomnier, déshonorer, sans articuler un seul mot pour ma défense. Si j'avois eu le courage de refuser k de telles condilions une révélation si effrayante et faite par un homme, qu'à celte époque je ne pouvois plus estimer, je n'aurois rien éprouvé de tout ce que j'ai souffert. Et ma foiblesse, ma curiosité maternelle et mes craintes vagues dans cette occa-" sion , m'ont' fait manquer à la-pi-omesse que j'avois faite h ma tante de ne jamais lui rien cacher. O mon enfant! poursuivit Adeline, mon " cher 'Cléophas , souviens - toi toujours que , dans la jeunesse, malgré la pureté des sentimens et des principes, il est impossible de se passer d'un guide éclairé et vertueux. Jusque-là j'avois été irréprochable , et même aux yeux Pftlins dii monde , parce que ma confiance ea
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552 LES ATHÉES CO^tSÉQUENS.
ma tante j çt ma docilité à suivre S:es couseîls , m'ayoient préservée de toute étourdjçrie et de toute fausse démarche; je me suis dcmcolie sur ce point un seul instant ; voua avez vQ les suites de'plorabtei de cette faute.
Ce discours porta au plus haut degré d'exaltation la recpnuoissanoe de Cléophas pour Adeline, puisque sa tendre&se pour lui avoit seule été cause d'une si fatale imprudeaiçe. La conversation fut interrompue par le souppr, où nous retrouvâmes Vatentin que Cléophas avoit déjà présenté, et qu'on avoit traité comme l'élève et l'ami du fîls de la maison : ce jeune homme avoit . deniaiidé de coucher dans la chambre de Cléophas, alln, dit-il, de pouvoir causer avec lui toute la huitf il plut extrêmement à ma sœur par sa naïveté , sa vivacité remplie de grâces, et par son affection passionnée pour Cléophas. En sortant de table , on reprit l'entretien qui se prolongea jusqu'à deux heures après minuit; nous ne pouvions nous résoudre à nous coucher; le sommeil n'étoilpournousqu'unesuspension du bonheur.
Jedemandai à Ina sœur quelques détails sur sa situation et sur cequ'elle avoit éprouvé durant son séjour au couveiit. Il fallut , me répondit-elle, supporterdès les premiers momensménje beaucoup d'humiliations. Les histoires scandaleuses
DiailizodbvGoOglc;
LES ATHÉES COffSÉQUEHS. 533
circulent promptement , et toujours avec de calomnieuses augmenuiions. Je nefuii d'abord reçue que froidenient, on n avoitencore contre moi que de légères préveotioûs ; maïs les lettres de Pai'is me peignirent soUs des traits si (Mlieus, que je devins bientôt l'objet du mépris de toute la commuaautéj je redoutoisles jours de poste, car je voyoîs clairement que les lettres de Paiis, reçues par trois ou quatre dames retirées dans ce monastère , redoubloient la malveillance dont on me donnoit journellement tant de preuves.
Quand j'allois me promener dans le jardin, toutes. les pensionnaires m'ëtitoient "avec soin , souTOUt même avec afectation ; lés religieuses , en passant près de moi , s'inclinoient avec cette politesse cbrétienne qui ne les abaridounejamais, et en mente temps elles baisscient les yeux et précipitoient leur marche. Je n'élois bien qu'à l'église , mais lorsque je m'y trouvois seule , car je ne pouvois nie défendre d'un Sentiment pénilde , en pensant qu'on ne m'y regardoit que comme ane hypocrite. Ma fantesouflroit^ncoils plusijue moi de toutes ces injustices; elleciïerçhoit à m'en dédommager, en me donnant pnbliquement, en toute occasion , les marques les plus touchantes de tetHlresse et d'estime ,- maïs au fond de l'âme ^ elle étoit persuadée qu'un
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534 LES ATHÉES COITsiQtlÈIIS.
mioment d'^aremont et d'eii-éur m'ayoit per; due.
Un jour qu'elle reuouvetoit ses questions avec plus de vivacité que jamais, je m'assis vis-à-vis d'elle, et, saisissant ses deus mains, je fixai mes regards sur les siens, en lui disant : Regardezmoi bien. Elle ouvrit de toute sa force ses grands yeux; je crus en voir sortir un trait brillant, aigu, ou, pour mieux, dire, une question muette, niais pressante, attentive, qui pénétra jusque dans les replis les plus profonds de mou coeur. Une indéfinissable sympathienous éclaira l'une et l'autre ; nos âmes étoient pu rcs , elles s'entendirent enfin : la sienne m'interrogea , la mienne répondit. Tout à coup ma tante fondit en larmes, en s'écriant : Un sermeM religieux te lie ; ô comment a-t-on pu le l'arracher ? Je ne répliquai rien, mais je pleurai; c'éioit lui dire qu'elle avoit deviné.
Depuis ce jour, elle ne m'a jamais fait une seule question , même indirecte j elle conserva . de la mélancolie ; mais elle n'eut plus d'agitation et d'anxiétés. Nos entretiens ne rouloient que sur la patience, la résignation, le mépris des jugemens du monde ; ce n' étoient point pour . nous de vaines dissertations, c' étoient de délicieuses cojifidences, et qui me reudoiefit d'autant
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LES ATHÉES GOSSÉQUENS. 335'
plus heureuse , que ma tante terminoit toujours ces couversaiioDs par les plus tendres assurance» desonatTectionpourmoi: lorsque lesouveairdouloureuxd'unépousrévéréetdedeuienfans chéris veaoit Iroubler mou imagination , je priois Dieu, ï'invoquoisavec toute la confiance de la foi le Juge supréniedes actions humaines elle protecleur paternel des âmes innocentes et soumises; alors l'espérance ranimoitet-releroit mon courage; jejetolsavectcansportleayeuxsurl'éternelaverùr, et je n'ealrevoyois que des consolations et des dédommagemens dans le rapide -avenir de la vie. Enfin , en pensant h mon cher Cléophas , com^ bien je m'applaudissoisde l'avoir allaité! J'avois acquis prés de lui le litre touchant de seconde mère, rien ne peut me l'ôter, puisque je suis sa nourtice... Que dites-vous, s'écria Cléophas en se préci pilant dans ses bras? vous êtes et vous Serez toujours dans mon cœur, ma véritable , ma seule mère! Et toi, mon Cléophas, reprit Adeline en le pressant contre son sein , tu seras jusqu'à mon dernier soupir mon fils , mon enfant biei^ aimé !
Ce dialogue inléressant fut interrompu par nos exclamations et les sanglots de mon beaufrère. Nous avions déjà plus d'une fois suspendti ainsi le récit de ma sœur. Après avoi r épvis^
336 LES ATHÉES GONSÉQCEHS.
sur ce sujet toutes les réflexions qui pouvoient Rehausser la gloire d'A/leliae , Cléof^as osa parler d'Idalie; les réponses à ses questions le . channèrent. Idalie , parfaitement instruite de la religion , ayoit pris des manières et des seniimens nobles; elle étoit sensible, spirituelle; elle avoit une mémoire heureuse , et l'on éloit assuré qu'elle joindroit à ses talens enchanteurs des connoissances utiles et solides. Avant d'aller se mettre au lit , Cléophas s-'agepouilla devant ma sœur et son marï , en demandant leur bénédiction , qui lui fut accordée avec les plus tendres effusions du cœur. Le lendemain, à huit heures du matin, je trouvai Qéophas et Valentih debout; ils avoient en effet pa^ la plus grande partie de la nuit à causer; ils n'avoieitt dormi que deux ou trois heures , en se jetant tout habillés sur leurs lits. A déjeuner, Valentîn rôçut des présens chariïiaos du marquis de Berville et d'Adeliné ; une belle écritoire , une ^trentaine ' d'esceltens volumes bien reliés, ou étui de mathématiques et une belle montre. 11 étoit si enchanté des livres, qu'il trouva bien gênant le respect qui l'Apêchoit d'en commencer surle-champ la lecture en notre présence.
■ Je savois que Mad. de Terny , à l' extrémité , n'avoit pas deux jours à vivre; elle m'envoya à
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IJ6S ATHÉKS COMSiqUENS. ^'J
ntidi son homme d'affaires, pour me conjurer de lui meuer Qéophas. C'étoitlui proposer une entrevue bien douloureuse ; mais comment résister aux désirs d'ime mère infortunée , prête à
exhaler son dei-oiersoupii-! Nouspartimesà
l'instant pour nous rendre chez elle; elle versa un déluge de pleurs , en apercevant Cléôpbas. mon fus , lui dit<^}e , plaignez une mère coupaBle , et ne rejetez pas sa bénédiction ! Songez - que la mort et l'aveu de ses crimes lui rendent 'le droit de vous la donner. Chcris$ez la vertit , dont l'exeipple de votre mère adoptive vous offre le plu$ parfait modèle, et que mes remxirdsvous fass,eitt eonnoître que les plus gi-aqds maux de cette vie ne sont causa que par rl'oubli, de- la religion et des devoirs qu'elle prescrit!... Cléophas^ à genoux au chevet de son lit, an'osoitses mains de larmes, et ne lui répondoitquepardes sanglots. Cette scène de douleur acheva d'épuiser ses forcer; une heure après , elle expira dans les bras de l'^clésiastique qut-li(i avoit administré les derniers sacremens.
Peu de jours après , on ouvrit son testament , pat lequel elle instituoit ipa sœur légataire de tous ses biens. Elle étoit bien sâre de l'usage qw'Adeline ferojt de cette fortune, qui montoit à 46,opp fr. de. reveûu. Dans un autre éQrit
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338 LES ATHÉES COKSÉQUBHS.
sigtid par elle et par quatre témoins , elle faisoit l'aveu le plus formel et le plus dëlaiUé de l'échange des deus enfans. Cet écrit, passé en outre devant notaire , étoit en forme de lettre et adresse' h ma sœur ; le début en est si touchant; que je crois devoir le transcrire ici :
«Cet écrit. Madame, qui contiendra avec >s une scrupuleuse vérité le récit de tous mes » crimes, sera en même temps l'éloge le plus » parfait de votre conduite etdevosvertus. Cette » pensée peut seule m'inspirer la hardiesse de »' vous l'adresser, en implorant de vous, Mail dame, un généreux pardon, que votre âme » religieuse ne refusera point au malheur et au » repentirl Mes égaremens me plongèrent dans >t un goufii'e épouvantable , où je vous enlraî- » nai; mais vous fûtes précipitée dans cetabîme j> avec l'innocence qui vous fît goûter toutes les H consolations stfblimes que peuvent offrir une ■I conscience pure et une véritable piété, -et moi » je n'y trouvai que des remord» et tous les » genres de tourméàs! Une lueur long-temps » vacillante, mais toujours terrible, me fit en- » trevôir , dés les premiei-s momens de mes ei> ■> reurs, toute l'énormité de mes fautes; je oe » repoussai jamais le repentir : c'étojt le seul a lien qui m'attachât enco're à la vertu I Je n'ai-
. .■.,;...Ce
LES ATHÉIS COHSÉQUEBS. SSg
> jamais vu qu'avec désespoir Gléophas dans yO»
> bras; il y avoit dans tous mes senlimens au- 1 tant Ae bizarrerie que d'amertume : voire " affection pour cet enfant m'attendrlssoit , je
> vous chërissois comme sa bienfaitrice , et
> néanmoins les caresses qu'il vous prodiguoit " m'inïtoient toujours , en me causant uae in-
> surmontable jalousie. J*employois tous mes
> soins à tromper l'époux vertueux que j'outra-
> geois, et eu même temps sa profonde sécurité
> m'accabloit , elle me rendoil abjecte à mes
> propres yeux! Je vis promptement sans illu-
• sion celui qui avoit corrompu mon cœur et
> mes moeurs, je n^avois plus de passion pour » lui , il avoit même cessé de uie plaire , et ce-
> pendant il cooservoit sur moi un funeste as-
> cendant. Je ne prenois plu^ de part à sa joie « presque toujours criminelle; mais je .parla- •>. geots encore ses chagrins , s'il en éprouvoit de
> violens; ses soufii-ances.me faisoient mal. Je I me râppelois alors k quel point je l'avois
> aimé.'... Ainsi mon passage sur la terre n'a été 1 qu'une. suite rapide de tourmens^ non-seule-
> ment sans consolation , mais que chaque ré- ) flexion rcndoit.plua déchirans encore; et,
* pour en âter toutes les peines , il eût suffi d'en
> éviter toutes les erreurs! Ah! Madame, dai-
J.,r,l,z<»i:,.,G00gIf
54o ' LES AtHÉIS CDinéQUEire.
•a gnez rae fiardoiiner vos nu^eors ; ils. m'ont » coûté dtes lanncs amèees que tous nVvez jît- » mais dû répandre! Vous avez ^é victime de » nia foiblease , mars j'ai éié mille fois plus à » plaindt-e qne tous! Au moment de paro^tre » deraut le juge suprême, je ne-puis diss^M^r » les terreurs qui m'assiègent qu'ien m'aoîusapt w de tous mes crimes! et wlle est l'horrevg: de « mon sort , que ma première et ma seule conû solation soit de désbonorei^ à jamais -ma mé- » nuii-e !... etc. » . . ■ .
'Rien né peint mieux que ce préambule toutes les angoisses et tout le désordre que )e vice peut fêter daûs les destinées bumainés., Mais combien cette malheurense femme étoit moins cou- -pable que son suborneur ! et , dans les idées reçues dans le grand monde, un séducteur n'est point désbcmoré !... Cependant c'est loi qui, par toutes Sortes d'artifices , poursuit et entraîne celle quSi veut corrompre. Toute femme née dans dei senlimens honnêtes a du moinseu le mérite de r^ister long-temps j et le m^pvîs pn- -blic ne tsmbe que sur la victimBl.., Voilà de sotset d'odieux pr^ugés, dont une orvilisatimi parfaite nous délivrera sans doute un jour.
' Monbean-frère, comme jeTaidéj&'dit, confia dans sa société intime 'cette dédharetion et les
mémoires d'Isidore, et bientôt tous ces événe* mens furent parfaitement connus daiisle monde; et comme, àla même époque, :lé manjuis rendit âuspârensdeMad.deSdlis tous les biens qu'elle lui avoit légués , et' qu'il déclaira que Qéophas dêVoit épouser Idalîe, eette conduite sage et généreuse obtint l'-approbatiou utiîverselle. Ma . ' ïtEéur alloit au laotns ti-oîs fois par semaine au couvent des Ursulines , pour y voir sa lonte et sa lille; elle neput se défendre , au bout de quel-qftes visites, de rarttre ïdalie dans 1« secret de son ittarîage. Cette annonce çomblia tous les Toeâx timides dfr son cœur; elle redbiibla d'émulation , et , au bout de dix mois , quelques jours avant dé la retirer du cOuventj on lUi procura sa première -wîtrevue avec Cléop^as, qui fut induit à son parloir, ^es deux jeunes amans ' montrèrent dans cette oacasîoij une réserve, 'H'ne ^élioatesâe , uœsensibiliisé, qui nouscbar<ttièrent tons. Malgré leur impatience mutuelle de former le lieu dbéri qui dievoit les uitir , l'année qui s'écoula depuis l'établisâementd'ïdaliè (fanà'la nlaison paternelle fut us véritable 'enchantement. Nous aimions, à voir le dévelop- ^itoeotdeces jetmes cœurs, dontrinnoccDCe, îa mbdestie et la piété i-endorent les mouveinens si tbuchans'ët-lftsprojetsslpurs!.^. Le plus beau
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342 LES ATB^ COflSÉQDEHS.
jour de leur vie arriva enfin ; nous les cQndmsimes à l'autel : Gléophas étoit ivre de joie, et Valeatin n'étoit pas le moins heureux de la famille. Il tînt le' poêle sur la tète des jeunes époux avec un ravissement -qui se peignoit sur toute sa personne. X)q imagine bien que ma soeur fit h Gléophas une donation en bonne forme de l'héritage de Had. de Temy; je lui assurai de même tout ce (|ue je possédois. Nous nous occupâmes aussi du sort de Valeniin : ce jeune hommeétoit devenu aussi intéressant par son instruction et ses ulens que par ses qualités morales; il av<Ht appris l'italien et l'anglais, il possédoit un talent partietdier pour la peinture, qu'il communiqua à Gléophas, qui fit en peu de temps d'étonnans .progrès dans cet art.
L'impiété levant sa tâte audacieuse menaçoit depuis long-temps et le trône et l'autel ; des inr Bovations extravagantes, un esprit d'indépendance répandu daus toutes les' classes , les efforts constanset multipliés des encyclopédistes contre toutes les saines doctrines , leursiutrigues, leurs flatteries et leurs libelles, et jusqu'àl'incompréhensible inconséquence de leurs ouvrages , dans lesquels chacun pouvoit trouver des passages à son gré; enfin lés sarcasmes, les obscénités, les blasphèmes de Voltaire, le ton sentimental ou
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LES ATHÉES ÇOBSÉQUENS. 3^3
tranchant de J.J. Rousseau, IVveuglement des souverains de ce temps ; tout concouroit à préparer le plus épouvaniable bouleversement universel ; mon beau-frère le prévit parfaitement , et prit SCS précautions en conséquence; il vendit des terres , dont il fit passer l'argent en Angleterre ; , j'imitai cet exemple, et lorsque nous fïkmes entraînés par le torrent de l'émigration ^ nous retrouvâmes assez d'aisance dans les pays étrangers pour être en état de rendre de grands services à nos compatriotes malheureux. Le bon Valentin fit une fortune à Londres , sa jolie ligure , ses talens, son excellente réputation tournèrent la tête d'une veuve aimable et riche qui l'épousa. Mon beau-frère, GIcophas et moi , nous servîmes dans la brave armée de Condé, et ce fut avec toute l'ardeur, avec tout le zèle que peuvent inspirer les sentimens religieux et le vrai royalisme , toujours fondé sur l'honneur et sur la fidélité^ aux sei-mens qui sont d'accord avec toutela pureté des principes moraux. Au retour d'une campagne , Cléophàs voulut aller en Suisse , où s'étoient réfugiés les religieux de 1$ Trappe, afin d'y prendre des informations sur sion coupable père; il apprit qu'Isidore avoit suivi le sort de ses frères, et que pour cea pieux cénobites l'expatriation n'étoit qu'un chauge-
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344 i'BS- ATHÉES COHSÉQtlENS-
ment d'air, car ils n'y perdoient DÎ société, ni les pompes de la fortune, ni l'orgueil des prétentions; ilsétoientaussi calmes et aussi heureux dans cet asile hosp)ialiei-'<[ué dam leur ancieu cloître; et bannis, proscrits,, ils àuroient prié avec la même ferveur aux extrémités de l'ui^ivers pour tous les hommes en général , et en particulier , pour leur pat^i^ et leur^ persécuteurs. Cest d'un père de la Trappe qu'on pevit dire justement t^u'il porte tous set biens avec bii! car la. foi , la résignation et l'espérance donnent les seuls trésors qui soient impérissables. Cléophas revit Isidore et lui demanda sa bénédiction; l'humble et saint religieux ne la ' lui donna qu'avec une pieuse cantrition et en se mettant à genoux à^câté d,e lui !.... Cléophas déposa k ses pied» quelques, secours dont noiis l'avions chargé et sa propre offrande pour la communauté des pères , dont les yçrtus touchantes Et sublimes inspiroient tant d'admiré- ' tjon au bon peuple qui lesavoit reçus, qu'on nomma i» P'aUée Sainte, le camon qu'on leur avoit qédé. Il est arrivé que des hommes . se sont honorés de porter le aom d'une ville ef que, dans des Etat« naissaus , d'autres aient pris le noiq de leurs fondateurs j o& n'avoit point encore vu de^ homme» ohsours, sans le-prestiga
tES ATHÉES CONSÉ<)UEKS. S^ïf
4es Actions d'édatetdes exploits guerriers, obtenir, par le seul exemple de leur vie , la gloire de changer le nom d'uue cputrée et de lui Ëiire donner celui qui exprime la perfection de toutes les vertus, et uniquement parce qu'ils ont se'journé dans cette vallée !. ..
Nous éprouvâmes dans l'émigration un grand chagrin , celui que nous causa la perte de Mlle de Linanges, qui mourut sur le sein d'Adeline , aussi saintement qu'elle avoit vécu. Ma sœur et moi nous consacrâmes son souvenir et notre douleur par toutes lesactions decharité chrétienne que notre situation nous permit de faire.
Je ressentis ejicore unje peine trés-vive qui me futparticulière;la dispersion denosvaillans chevaliers de Malte me pénétra de douleur!
La commanderie que j'avois obtenue n'entra pour rien dans mes regrets, mais je déplorai, du fond de l'âme, cette perte immense pour la religion et pour la sûreté du commerce el des mers; je me représentai en gémissant ces intrépides ennemis du brigandage et de l'avarice, qui, depuis si long-temps, n'entreprenoient de longs voyages que pour la défense de la foi et pour punirlaférocitédes corsaires, forcés eux-mêmes de fuir de toutes parts, en abandonnant la patrie
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