INTRODUCTION
La question de l'influence de l'attitude sur les bruits du cœur est loin d’être neuve en pathologie. Elle a même été très étudiée, et depuis longtemps. Cela ne paraît pas, il est vrai, à voir le peu d'usage que lon fait en chnique des variations d’atlitude pour le diagnostic des lésions cardiaques.
À quoi tient cette anomalie singulière? D'autant plus singulière que les maîtres en auscultation recommandent toujours d'examiner les malades dans diverses positions avant de se prononcer. Nous crovons, comme nous le montrera l’histoire, que l'abandon d’un procédé si utile provient de absence d'une méthode. On a fait de nombreuses recherches sur le sujet dont nous allons nous occuper, mais Sans esprit de suite, sans but, plulôt pour annoncer une simple curiosité physiologique ou pathologique. On n'a pas étudié avec règle les conditions des modifications des bruits du cœur, surtout on n’a pas généralisé la portée de l'influence de l'attitude. De tout cela, du manque de l’idée directrice que l’on constate chez tous ou presque tous les auteurs, il est résulté que l’on sait qu’en effet l'attitude modifie beaucoup les bruits cardiaques, et c’est tout. Mais d'indication pratique générale, de procédé nouveau dans l'atütude, de méthode, en un mot, il n’en est pas question.
C'est l’idée directrice qui nous a amené par de longs détours, il ést vrai, à trouver en dehors de tout hasard une nouvelle attitude, et à proposer une méthode d’auscultation et de diagnostic par les positions du corps du malade.
Etant dans le service de M. le docteur. Empis, à l'Hôtel- Dieu, nous avons eu l’idée, pour rechercher le pouls capillaire chez les insuffisants aortiques, d'arrêter la circulation
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dans la radiale ou l’humérale à l’aide du doigt pendant cinq à dix secondes, puis de cesser brusquement la compression. Pendant toute-celte manœuvre, nous regardioas l’ongle du pouce ou d’un autre doigt. Tant que durait la compression, le pouls capillaire, s’il étaii net auparavant, ne se voyait plus ; dès que l’on cessait de comprimer lar- ‘ère, les fluctuations de couleur pâle et rose ou rouge se faisaient violentes et plus étendues qu'avant toute manœuvre. Le pouls capillaire était ainsi bien plus manifeste. Aussitôt nous eûmes cette pensée : Puisqu'un pouls capillaire net devient ainsi plus fort, plus marqué, un pouls capillaire faible, à peine perceptible, deviendra par décompression de l’humérale plus fort, plus apparent. Ce raisonnement était-si juste que la manœuvre employée dans
des insuffisances aortiques à pouls capillaire peu ou pas
visible, chez des “hlorotiques, des saturnins, des brightiques, nous révéla l’existence de ce phénomène.
Fort de ce résultat, nous imaginämes de comprimer l'artère crurale en amont et en aval du point où était le stéthoscope pour la recherche du double souffle de Durozier, si fréquemment inaperçu. Les résultats ne furent pas constants.
Un malade atteint d'insuffisance aortique très nette présentait le signe de Durozier à une crurale et non à l’autre. Ce fait singulier, et la théorie qui suppose que le deuxième souffle prévient du retour du sang vers le ventricule ouvert, nous firent penser à la manœuvre suivante :
Puisque c’est par le retour du sang que se produit ce deuxième souffle, il nous suffira d'élever le membre infé-
rieur où nous n’entendons rien que le premier soufflet,
pour activer par la pesanteur le retour du sang as
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rendre du même coup le deuxième souffle plus Et àse produire. La jambe une fois levée, nous entendions, en È effet, un premier souffle devenu un peu plus fort a un
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4 Société de SH 26 mars Ps
PSN De
second souffle aussi, net. que dans la crurale de l’autre
jambe. Nos recherches portèrent alors sur d’autres insuf-
fisances aortiques, toujours.avec le même résultat. Où on avait entendu un double souffle faible, nous entendions un, double souffle fort; où,on n'avait rien trouvé, nous trouvions. facilement le phénomène. Mais bientôt les inconvénients de ce mode de faire nous apparaissaient. 11 fallait ausculter’ pendant que le malade ou un aide déplaçait le membre inférieur; ce qui changeait la place du stéthoscope el obligeait à des tâtonnements pour retrouver l'artère; puis. à un moment donné on avait la tête prise entre la cuisse.et l'abdomen du malade, ce qui
__n’avait rien de bien commode. Comment éviter ces ennuis
tout en obtenant le même résultat? Si au lieu d'élever le membre que nous devons. ausculter, nous le laissons horizontal, et qu'au contraire, mettant le malade bien sur le dos avec la tête seule soutenue par un coussin, nous faisons élever les trois autres membres, le résultat sera le même quoique par un procédé inverse, Dans ce cas, nous obligerons, une très grande masse de sang à passer par dérivalion par la crurale du membre hori-
zontal, Les capillaires, surpris par cette masse sanguine
inaccoutumée à la façon des capillaires, soys-unguéaux
à la suite de la décompression brusque de l’humérale,
vont rentrer en, spasme, plus. violent à, chaque systole du cœur, et. le. sang: refluera vivement et: avec intensité
dans le ventricule, gauche ouvert. Les phénomènes. furent tout. à fait ce que, nous, les avions prévus, sauf pour: le
premier souffle. Celui-ci était devenu d’une intensité très
a grande. Plusieurs personnes en furent frappées.et en firent
la: remarque (a Pourquoi, nous, disions- nous, alors, le
premier souffle est-il devenu plus. intense ? Est-ce parce
que la masse du sang qui passe par la crurale, est plus
ii et plus violente? ou Parce. que le cœur ayant un.
(LEFT vor (M
al ) Société de Bloloie. 9 avril 1802. LB te A AE NAT
Re effort plus grand à effecteur pour pousser le sang artériel jusqu'aux extremités des membres élevés, expulse son contenu avec plus d'énergie? Nous mettons l'oreille au niveau de l’orifice aortique et, à n’en pas douter, les bruits étaient devenus au moins deux fois plus forts. — D’autres insuffisances aortiques donnérent toujours ces mêmes résultats, tant au cœur qu’à la crurale et aux ongles.
Par ton nos recherches se portèrent sur les lésions mitrales. Là les effets de l’attitude des quatre membres élevés, le malade étant horizontal, sur les signes révélateurs furent encore plus surprenants. Puis sur les souffles exira-cardiaques, la péricardite sèche, où l’attitude imaginée par nous avait une action renforcatrice des plus évidentes.
Pendant toutes ces recherches, les modifications de la fréquence du pouls nous parurent si constantes que nous eûmes alors l’idée d'utiliser le ralentissement du cœur, l’allongement de la systole et de la diastole pour le disc gnostic (1).
On voit, par ce que nous venons de rapporter, l'influence de l’idée drrebtrids sur la généralisation de la recherche du souffle crural. On voit aussi quelle est l’importance de l'attitude sur la production de bruits pathologiques, leur renforcement ou leur atténuation, comme nous le verrons plus tard. Ce sont là des éléments de première
valeur dans le diagnostic des maladies du cœur: car ce sont des conditions d'un phénomène quelconque, souffle, frottement, dédoublement ou tout autre bruit anormal. £t l’on sat que plus on a de conditions variées d’un phénonène, plus on approche de la connaissance intime du phénomène lui-même. L'essentiel est de savoir utiliser les
conditions, les FREE d’attitude, à propos et avec
méthode.
(4) Séance de l’Académie de médecine du 10 mars 1892 et Union médicale du 11 juin 1892.