‹ Les aubesChapitre 2 sur 25 · LES MENDIANTS · texte numérisé non relu

LES MENDIANTS

- — Regardez donc : de ce tertre, on voit les village flamber.

— Montons aux arbres, nous verrons mieux.

Un mendiant, déjà hissé sur un chêne.

— Par ici ! par ici !

DES MENDIANTS (tournés du côté dr la ville)

— Vers la ville, l'incendie s'attise et s'agrandit.

— On entend les poudrières qui sautent.

Bruits de mitraille et d'explosion.

— L'usine de l'avant-port et les quais et les docks s'allument. Les hangars à pétrole s'embrasent. Vergues et mâts se calcinent et font des croix au bout du ciel !

DES MENDIANTS (tournés du côté des plaines)

— Au fond des plaines, toute la campagne est rouge. Le feu mord la ferme d'Hérénien : on jette, pele-mêle, les meubles dans la cour. On retire, têtes voilées, les betes de l'étable. On transporte le père malade sur son grand lit.

— C'est au tour des métayers d'avoir la mort sur les talons.

— Oh! les belles et soudaines vengeances ! Ils soi chasses ceux qui nous chassaient. Leur foule encombi les grand'routes. Tous nos blasphèmes ont porté; touti nos malédictions, toutes nos prières, toutes nos colère-

— Là-bas, des troupeaux fuient vers les marais, Des étalons cabrés cassent leurs traits

Et crient vers l'angoisse brandie,

L'un d'eux s échappe, avec de l'incendie

Et de la mort à sa crinière.

Il retourne la tète et mord la flamme

Qui dévore son cou ;

Regardez tous, voici des fous

Qui travaillent les feux avec des fourches.

— Les cloches s'affolent dans le vent. Les églises ( les tours s'écroulent. On dirait que Dieu même a peur.

— Sait-on pourquoi s'est déchaînée la guerre?

— Tous les rois convoitent Oppidomagne. On la désir jusqu'au bout de la terre.

Des gens nnxieux accourent et s'engouffrent dans le chemins, au hasard. Quelques-uns s arrêtent et crient

Les fermiers entassent, sur leurs charrettes, des meures et des hardes; ils se dirigent vers la ville; ils vont 3asser.

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