LES MENDIANTS
- — Regardez donc : de ce tertre, on voit les village flamber.
— Montons aux arbres, nous verrons mieux.
Un mendiant, déjà hissé sur un chêne.
— Par ici ! par ici !
DES MENDIANTS (tournés du côté dr la ville)
— Vers la ville, l'incendie s'attise et s'agrandit.
— On entend les poudrières qui sautent.
Bruits de mitraille et d'explosion.
— L'usine de l'avant-port et les quais et les docks s'allument. Les hangars à pétrole s'embrasent. Vergues et mâts se calcinent et font des croix au bout du ciel !
DES MENDIANTS (tournés du côté des plaines)
— Au fond des plaines, toute la campagne est rouge. Le feu mord la ferme d'Hérénien : on jette, pele-mêle, les meubles dans la cour. On retire, têtes voilées, les betes de l'étable. On transporte le père malade sur son grand lit.
— C'est au tour des métayers d'avoir la mort sur les talons.
— Oh! les belles et soudaines vengeances ! Ils soi chasses ceux qui nous chassaient. Leur foule encombi les grand'routes. Tous nos blasphèmes ont porté; touti nos malédictions, toutes nos prières, toutes nos colère-
— Là-bas, des troupeaux fuient vers les marais, Des étalons cabrés cassent leurs traits
Et crient vers l'angoisse brandie,
L'un d'eux s échappe, avec de l'incendie
Et de la mort à sa crinière.
Il retourne la tète et mord la flamme
Qui dévore son cou ;
Regardez tous, voici des fous
Qui travaillent les feux avec des fourches.
— Les cloches s'affolent dans le vent. Les églises ( les tours s'écroulent. On dirait que Dieu même a peur.
— Sait-on pourquoi s'est déchaînée la guerre?
— Tous les rois convoitent Oppidomagne. On la désir jusqu'au bout de la terre.
Des gens nnxieux accourent et s'engouffrent dans le chemins, au hasard. Quelques-uns s arrêtent et crient
Les fermiers entassent, sur leurs charrettes, des meures et des hardes; ils se dirigent vers la ville; ils vont 3asser.