‹ Les AudranChapitre 15 sur 28 · GABRIEL AUDRAN · texte numérisé non relu

GABRIEL AUDRAN

Ce Gabriel Audran, désigné comme peintre et sculpteur des bâtiments du Roi et comme frère de Claude III Audran à l'enterrement de celui-ci, n'est cité nulle part et nous empruntons aux Actes d'état civil d'artistes français, publiés en 1873 par M. Herluison, l'acte de décès suivant qui concerne cet inconnu :

« L'an 1740,1e i5 mars, a été inhumé dans cette église (Saint-Hippolyte) le corps de Gabriel Audran, bourgeois de Paris, décédé hier, âgé de quatre-vingts ans, décédé en l'hôtel royal des Gobelins et en présence de Jean Audran, graveur, frère, de Benoît Audran et de Michel Audran, neveux, qui ont signé. »

A cet acte de décès nous joignons, vu la pénurie de documents dans laquelle nous sommes, le billet de part qui a paru dans le Bulletin de la Société de l'histoire de V art français, janvier 1877, p. 99, accompagné d'une note de M. J. Houdoy :

« Vous estes priez d'assister au convoy et enterrement de Gabriel Audran décédé en l'hostel royal des Gobelins chez Monsieur son frère, graveur ordinaire du Roy, pensionnaire de Sa Majesté et de son Académie royalede peinture et desculpture, qui se fera aujourd'huy mardi, quinzième mars 1740, à six heures du soir, en l'église de Saint-Hippolyte, sa paroisse, où il sera inhumé.

« Requiescat in pace. »

BENOIT Ier AUDRAN

Benoît Audran, né à Lyon le 23 novembre 1661, était le troisième fils de Germain Audran. Il quitta fort jeune sa ville natale pour venir se

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PORTRAIT DE BENOIT Ier AUDRAN.

mettre sous la direction de son oncle Gérard, qui était plus apte que qui que ce soit à lui donner de bons conseils et à le diriger dans la voie qu'il

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BENOIT Ier AUDRAN. LA MALADIE D*ALEXANDRE,

d'après Eustache Lesueur.

entendait suivre. Sous la direction d'un tel maître, il fit de rapides progrès et put bientôt voler de ses propres ailes.

Après avoir signé un grand nombre d'images de piété gravées avec plus de soin que ne l'est d'ordinaire ce genre d'estampes, après avoir exécuté d'après Antoine Dieu, d'après Halle et d'après Coypel, quelques vignettes destinées à accompagner un texte ou à être insérées dans des ouvrages imprimés, il mit son nom au bas de plusieurs planches qui lui assignent un rang distingué parmi les graveurs français. Le talent de Benoît Audran fut fort inégal : tantôt il chercha à rappeler le talent de son maître et à donner aux tailles de son burin un brillant et un moelleux qui n'étaient pas dans son tempérament ; il forçait sa manière et, quelque habile que soit le travail de l'Architecture d'après Boulogne et de la Peinture d'après Claude Audran, ces deux estampes ne peuvent être comptées parmi les meilleures de l'œuvre de notre artiste ; elles procèdent directement de la manière mise en honneur par Gérard Audran, mais précisément parce qu'elles accusent une imitation, elles offrent moins d'intérêt que les estampes dans lesquelles Benoît Audran laisse un libre cours à ses instincts et grave selon son goût propre, sans se préoccuper de suivre une trace quelconque. Il ne se montre véritablement bien inspiré devant des œuvres de coloristes que lorsqu'il s'attaque à Rubens. Dans la série célèbre de peintures consacrées à la gloire de Marie de Médicis, il eut mission de graver l'Accouchement de la reine et l'Échange desdeux reines. Guidé par les peintures puissantes du grand maître flamand, il se fit violence et sut transporter sur le métal l'harmonie vigoureuse des tableaux; son burin habituellement un peu timide s'enhardit devant ces grandes œuvres et, cette fois du moins, Benoît Audran se[montra le digne émule de Gaspard Duchange, de son frère Jean Audran, d'Antoine Trouvain et de J. B. Massé à qui avait été confié le soin de reproduire cette série de peintures destinées à la galerie du Luxembourgt

La meilleure planche de l'œuvre de Benoît Audran est gravée d'après Eustache Lesueur et représente la Maladie d'Alexandre. En face de cette peinture pâle et presque sans effet dont le mérite principal réside dans l'expression de chaque physionomie, dans la disposition de la scène et dans l'agencement de chaque figure, Benoît Audran a trouvé un modèle qui répondait à ses instincts ; il a traduit admirablement à l'aide d'un burin, précis sans sécheresse, et scrupuleusement correct, ce tableau excellent et il a donné dans cet ouvrage la mesure complète de son savoir.

BENOIT Ier A UD R A N . — PO RT R A I T DE MOLIERE,

d'après Mignard.

A côte de cette planche il convient encore de citer comme faisant honneur au talent de Benoît Audran les Plaisirs des jardins, reproduction d'un plafond de P. Mignard; les portraits de Jean-Paul Bignon, d'après J. Vivien ; de Fe'nelon, d'après le même, 17 14; de Jacques Le Goux de la Berchère, 1 708, d'après Boulogne l'aîné, et de Molière, d'après P. Mignard ; les deux faces du tableau de David de Volterre, David vainqueur de Goliath, et une petite planche traitée avec liberté d'après François Verdier, l'Annonciation. Dans son œuvre assez nombreux on trouverait sans doute quelques autres planches dignes d'être étudiées, nous pensons qu'on n'en renconirerait pas de meilleures que celles que nous venons de signaler; aucune, en tout cas, ne saurait accuser plus ouvertement que Benoit Audran s: trouve particulièrement dans son domaine lorsqu'il peut rendre avec simplicité un bon modèle et lorsqu'il n'a pas à lutter avec un coloris trop puissant; son burin s'accommode mieux d'une œuvre sagement dessinée que d'une peinture empruntant au clair-obscur ses principales qualités ; c'est un graveur français proprement dit, un de ces artistes ayant puisé à l'école des peintres français ce respect de l'expression et des convenances pittoresques qui n'exclut pas la grandeur, mais qui préfère la sagesse à la fougue et l'harmonie des lignes aux hardiesses de la couleur.

Nous ne saurions passer absolument sous silence un livre célèbre accompagné de planches gravées par Benoît Audran, les Amours pastorales de Daphnis et Chloé avec figures. 17 18. Les amateurs recherchent avec une ardeur peut-être excessive ce petit volume à cause des estampes qu'il renferme qui portent la signature : Philipus inv. et pinxit. iji4- Cette signature doit-elle être acceptée sans contrôle ? Dargenville affirme que le Régent peignit vingt-cinq tableaux relatifs à l'histoire de Daphnis et Chloé d'après un nombre égal de compositions d'Antoine Coypel; ce sont ces peintures que Benoît Audran aurait gravées pour cette édition. Le rôle de Philippe d'Orléans dans tout cela nous semble assez peu important. Si ce sont ses copies qui ont servi de modèles à Audran, il ne faut pas oublier que le mérite de l'invention revient en entier au peintre célèbre; de là à conclure que le Régent ne prit qu'une part assez mince au succès du livre, il n'y a qu'un pas. Les estampes de B. Audran sont habilement gravées et, quoique assez lourdes dans certaines parties, elles ne sont pas indignes d'être comprises parmi les planches les plus recommandables de son œuvre.

BENOIT 1er ALDRAN. PORTRAIT DE J. P. B1GNON,

d'après J. Vivien.

5o LES ARTISTES CELEBRES

Benoît Audran fut reçu à l'Acade'mie le 27 juillet 1709, sur la présentation du Portrait de J. B. Colbert, d'après Claude Lefebvre, et d'une Élévation de la croix, d'après Charles Le Brun, deux ouvrages qui n'occupent pas dans l'œuvre de l'artiste une place importante; il fut nommé conseiller de l'Académie le 26 octobre 171 5 et mourut dans sa terre de

BENOIT l,r AUDRAN. — TITRE DES « AMOURS DE DAPHNIS ET CHLOE ».

Louzouer, près de Montargis, le 2 octobre 1721. Il fut inhumé dans l'église de Louzouer en présence de son frère Gabriel que nous avons mentionné plus haut, mais sur la vie duquel nous ne sommes aucunement renseigné.

Un poète lyonnais, François Gacon, a adressé à son compatriote Benoît Audran une épître que nous reproduisons ici; si elle ne donne pas une haute idée du talent littéraire de Gacon, elle montre l'importance légitime que l'on accordait à Lyon à notre artiste et à sa famille :

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