‹ Les AudranChapitre 17 sur 28 · JEAN AUDRAN. SAINT BENOIT · texte numérisé non relu

JEAN AUDRAN. SAINT BENOIT

d'après J. Restoiu

JEAN AUDRAN. — LE MARECHAL D EST RE ES d'après N. de Largillière.

JEAN AUDBAN — PORTRAIT DE COYSLVOX d'après Rigaud.

dont il multipliait les ouvrages, il savait se pénétrer de leurs qualités, surprendre leurs procédés, et il s'efforçait, souvent avec succès, de faire dire à son burin ce que le pinceau du peintre avait entendu exprimer. Les grandes estampes d'après Rubens que nous avons signalées plus haut, le Couronnement de Marie de Médicis entre autres, font le plus grand honneur à Jean Audran. Mener à bien des planches de cette dimension, savoir conserver l'harmonie à toutes ces figures sans en sacrifier absolument aucune, exprimer la fraîcheur des chairs en même temps que le brillant des étoffes et la somptuosité du cadre au milieu duquel la scène se passe, tout cela n'est pas une tâche facile, et Jean Audran s'en acquitta à son honneur. Il avait puisé à l'école de son oncle cette façon large de procéder, et cette intelligence des grandes compositions en même temps qu'un respect profond pour les ouvrages qu'il entreprenait de reproduire. S'il n'avait à sa disposition ni l'aisance magistrale de son oncle ni son incomparable facilité, il avait du moins une grande habileté à manier l'outil et une rare ardeur au travail. Pour se rompre à toutes les difficultés du métier, il avait copié, dans des dimensions fort restreintes, plusieurs estampes de Gérard Audran; il s'était pénétré ainsi de la manière de procéder du maître, il avait surpris ses secrets et dut amplement profiter de ces précieuses études. Outre quelques fragments de groupes empruntés aux compositions gravées par Gérard Audran, Jean Audran exécuta des copies absolument fidèles du Passage du Granique et de la Bataille d'Arbelles, de l'Entrée d'Alexandre dans Babylone et du Portement de croix. On sent, en examinant ces copies, que l'artiste n'a pas eu sous les yeux les tableaux, qu'il s'est uniquement attaché à reproduire en les réduisant les tailles du graveur, et que ces planches qui ont exigé un travail considérable étaient regardées par Jean Audran comme des études devant donner à sa main une souplesse qu'il ne pouvait acquérir sans un effort considérable.

Deux planches d'un tout autre aspect que celles que nous avons citées précédemment méritent encore d'être mentionnées: l'une d'elles, gravée un peu froidement, mais dans une gamme harmonieuse, retrace VEnlèvement des Sabines, de Nicolas Poussin; l'autre reproduit un charmant tableau de Watteau, V Automne; on ne peut imaginer plus de légèreté dans le travail et une meilleure entente de la manière du maître; Jean Audran ne grava que cette planche d'après Watteau, mais il se montra si

habile à traduire la peinture limpide et spirituelle qu'il avait sous les

yeux, qu'il faut l'inscrire sur la liste des bons graveurs de Watteau.

A l'exception des portraits de Noël Coypel et d'Antoine Coysevox qui ouvrirent à Jean Audran les portes de l'Académie de peinture et de sculpture, on ne compte dans l'œuvre de cet artiste aucun portrait véritablement supérieur. La peinture d'histoire ou la peinture de genre l'attiraient plus que la physionomie humaine prise individuellement. Il s'adressa cependant à des peintres de valeur tels qu'Hyacinthe Rigaud, Tortebat, Nicolas de Largillière, J. Vivien et Ranc, mais son burin qui s'était montré si coloré devant les œuvres de Rubens et qui avait su donner une représentation excellente du portrait du maître peint par van Dyck devenait sans accent en face de certaines toiles qui étaient cependant fort dignes de l'inspirer heureusement. On retrouve encore dans les portraits de Pierre-Clément Daffincourt et de Claude Chérir une aisance dans l'exécution qui rappelle les bons ouvrages de Jean Audran, mais il n'en est plus de même dans ceux du duc d'Antin, de Rob. Secousse, du cardinal Ottoboni, d'Adrien Baillet et de Jean d'Estrées, qui sont froids et ternes. Ces ouvrages ne semblent pas appartenir au même artiste, qui se montra à certaines heures un des meilleurs élèves de Gérard Audran ; les qualités supérieures que l'on constate dans le Couronnement de Marie de Médicis et dans Renaud et Armide se sont tellement atténuées dans ces portraits qu'on aurait peine, si une signature formelle ne venait vous instruire, à attribuer au même graveur des planches aussi peu semblables.

Jean Audran, né à Lyon le 28 avril 1607, quatrième fils de Germain Audran, mourut à Paris le 17 juin 1756. « L'an 1756, le 18e juin, a été inhumé dans cette église (Saint-Hippolyte), le corps du sieur Audran, ancien marguillier de cette paroisse, graveur ordinaire du Roy, décédé hier en l'hostel des Goblins, âgé de 89 ans passés, en présence des sieurs Benoist et Gabriel Audran, ses fils, et sieurs Jean-Baptiste Hanneu, Jean Binet et François Dumeslé, marguilliers en charge de cette paroisse, lesquels ont signé avec nous. »

Jean Audran avait épousé Marie-Marguerite Dossier, qui mourut le i3 février 17 14, en mettant au monde une fille qui fut inhumée le même jour que sa mère, comme en fait foi l'acte suivant :

« Le 14e jour de février 17 14 ont été inhumés dans l'église (Saint-

6o LES ARTISTES CÉLÈBRES

Hippolyte) les corps de Marie- Mar guérit e D'Ossier, femme de Monsieur Jean Audran, graveur ordinaire du Roy, demeurant dans l'hôtel et manufacture royale des Goblins, marguillier en charge de cette parroisse, de'cédée le jour d'hier, aagée de 38 ans ou environ, et de Geneviève- Suzanne, fille du sieur Audran nommé ci-dessus et de deffunte Marguerite D'Ossier, ses père et mère, décédée aussi du jour d'hyer âgée de i5 à 18 heures. En présence de Claude, Benoist et Michel Audran, tous enfants de la deffunte, de cette paroisse; de D'Ossier bourgeois de Paris, parroisse Saint-Eustache, frère de la deffunte; Michel d'Ossier, graveur du Roy, de la parroisse Saint-Jacques-la-Boucherie ; Gabriel et Benoist Audran, graveur ordinaire du Roy en son Académie, de la paroisse Snint-Sulpice, beau-frère de la deffunte, lesquels ont signé. »

M. Herluison a relevé sur les registres de l'état civil les actes relatifs aux enfants de Jean Audran qui sont au nombre de onze :

i° Jean-Claude, baptisé dans l'église de Saint-Séverin le 28 janvier 1697, et qui eut comme parrain son oncle Claude IIIe du nom;

20 Marie-Hélène, née le 2 août 1697, baptisée à Saint-Séverin le lendemain, et qui eut pour marraine Hélène Licherie, femme de Gérard Audran, son oncle;

3° Benoit II, baptisé le 18 février 1698, qui eut pour parrain Benoît Audran, et pour marraine Marguerite Assenet, femme de Michel Dossier;

40 Marie-Marguerite, née le 17 janvier 1699, et baptisée à Saint- Séverin le dimanche 18; elle eut pour parrain Pierre Lépaultre, architecte et graveur du Roy, demeurant alors place Vendôme, et mourut le 7 août 17 10;

5° Marie-Antoinette, née et baptisée le vendredi 22 janvier 1700;

6° Michel, né le 19 février 1701, et qui devint entrepreneur de tapisseries des Gobelins; son parrain fut Michel Dossier, son oncle maternel, graveur du roi, domicilié rue de la Vannerie, paroisse Saint-Gervais; sa marraine, Anne-Marie Bechet, femme de Pierre Drevet, aussy graveur du Roy, demeurant rue du Foin, paroisse Saint-Séverin;

70 Pierre, né aux Gobelins le 21 octobre 1708. Son parrain fut Domnachin de Chavanne, peintre ordinaire du Roi aux Gobelins ;

8° Nicolas, \né le 9 février 17 10;

90 Anne-Marguerite, née le 3 octobre 171 1, et qui eut pour marraine

sa tante Marguerite Audran, et pour parrain le graveur Gaspard

Duchange;

io° Marie-Anne, née le 10 mars 17 13 ;

ii° Geneviève-Suzanne, qui naquit aux Gobelins le 3 février 17 14, et mourut peu d'heures après sa naissance; elle fut baptisée cependant et eut pour parrain son frère Michel; sa mère mourut en lui donnant le jour.

Leblanc, dans la généalogie de la famille Audran qu'il a dressée en tête du catalogue de ces artistes, et M. Edouard Michel donnent encore à Jean Audran un fils nommé Gabriel, graveur amateur, négociant dans les îles.

Louis Audran est un artiste fort médiocre. Les planches qu'il a gravées d'après Charles Le Brun, Nicolas Poussin et Sébastien Bourdon sont presque sans valeur ; non seulement elles sont dessinées et gravées lourdement, mais elles transmettent très imparfaitement le caractère des œuvres originales. Né à Lyon le 7 mai 1670, Louis Audran mourut subitement au palais du Luxembourg, à Paris, en 171 2, chez son frère Claude Audran.

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