PORTRAIT DE LOUIS XIV JEUNE
artistes », cela nous paraît dépasser un peu la mesure. Charles Audran, qui signait souvent aussi Karle Audran, aurait étudié à Paris non loin de Pierre Daret que cela ne nous surprendrait en aucune façon ; sa manière rappelle celle de cet artiste; à côté d'un dessin suffisant et d'une assez grande indifférence pour le caractère dans les ligures et pour le style
CHARLES AUDRAN. — PORTRAIT DE CLAUDE DE MESMES, COMTE d'aVAUX.
FRONTISPICE POUR « LA GALERIE DES FEMMES FORTES ». D'après Piètre de Cortone.
dans les draperies, il grave avec propreté; son burin ne vise jamais à l'effet, mais il est loin d'être maladroit. Charles Audran travailla assez longtemps en Italie et se montra plus attentif à s'inspirer des estampes de Corneille Cort, de Martin Greuter et de Corneille Bloemaert qui y étaient répandues à profusion et fort en faveur, qu'à chercher à imiter les ouvrages de Marc-Antoine ou de ses élèves immédiats. Est-ce préférence ? Est-ce « mauvaise fortune » ? Charles Audran a presque toujours gravé d'après des artistes très secondaires; Piètre de Cortone est le seul peintre de valeur qui lui ait confié le soin de multiplier ses œuvres, encore aurions-nous quelque déplaisir à ranger ce fécond et habile décorateur parmi les vrais maîtres.
La plus grande partie de l'œuvre de Charles Audran se compose de frontispices de livres, de vignettes, de thèses ou d'estampes de dévotion. Quelques portraits, ceux de Claude de Mesmes, comte d'Avaux, de Gaston- Jean-Baptiste de Renty et de Pierre Seguier, celui surtout de Louis XIV jeune dans un médaillon ovale entouré d'attributs, accusent une réelle entente de la physionomie ; devant la nature, Charles Audran se sentait mieux à l'aise que devant les peintures ou les dessins de ses contemporains; il trouvait là un stimulant nécessaire, peut-être aussi une force que ne lui donnaient pas les compositions que ses éditeurs lui demandaient de reproduire. L'allégorie, si fort goûtée en Italie au xvii^ siècle, accapara pendant une longue période les artistes qui n'avaient pas en eux-mêmes une valeur suffisante pour s'imposer autrement ; forcés de vivre, ils se soumettaient aux exigences de l'usage, et Karle Audran passa la plus grande partie de sa carrière à reproduire froidement les inventions sans caractère d'Alexandre Vaiani, d'Antoine Pomerance et d'André Sacchi. Lorsqu'il faisait des infidélités momentanées à ces peintres, c'était pour se mettre au service des libraires. Le nombre des titres de livres au bas desquels se lit son nom est considérable; aucun n'offre au point de vue de l'art un intérêt réel.
Faut-il attribuer à Karle Audran quatre figures nues gravées à l'eauforte, au bas desquelles on lit les lettres K. A. accompagnées de la date 1634? Le graveur au burin froid et monotone aurait-il accidentellement usé de la pointe et aurait-il cherché à témoigner de son savoir comme dessinateur ? La chose est probable : ces quatre planches n'ajouteront rien à la réputation de l'artiste, mais elles ne sont pas sans valeur. Elles rappellent les estampes gravées dans l'école de Simon
LES AUDRAN g
Vouet et, bien que dessinées sans grande ampleur, elles doivent être signalées dans l'œuvre de Karle Audran au moins à titre de tentative.
En somme, Charles ou Karle Audran, — il orthographie son prénom de ces deux manières, — qui naquit à Paris en 094 et qui mourut dans la même ville en 1674, eût couru grand risque d'être absolument oublié s'il n'avait porté un nom illustré par plusieurs de ses parents et par son neveu Gérard principalement. Les planches qu'il a signées semblent dues à un ouvrier adroit plutôt qu'à un artiste expérimenté. Sur ses ascendants on est fort imparfaitement renseigné; on sait seulement que son père Louis, né vers 1 568 et mort au siège de La Rochelle en 1628, avait été un des principaux officiers de louveterie d'Henri IV et que son grand-père Adam Audran, né vers i52o, était maître paumier à Paris. Encore ces renseignements auraient-ils besoin d'être contrôlés : ils sont donnés par Moreri sans aucune pièce à l'appui; on ignore si c'est d'après une tradition ou d'après un document que l'historien avance ce fait. Ces mémoires sur les Audran que Moreri signale à la fin de l'article consacré à ces artistes seraient-ils uniquement le résultat de conversations avec le ou les survivants de cette famille; sur l'origine même des Audran, il n'est pas impossible qu'il n'ait eu d'autre information qu'une tradition transmise de génération en génération ?
CLAUDE Ier AUDRAN
A côté de Claude Audran, Charles Audran paraît presque un artiste de haute valeur; quelque peu remarquables que soient en effet les ouvrages de celui-ci, ils de'notent toutefois une connaissance du dessin et une volonté de transmettre au métal le caractère des dessins originaux que Ton ne retrouva pas chez Claude Audran. A peine si son œuvre contient deux ou trois pièces qui ne soient pas complètement dépourvues d'intérêt. Une Sainte Famille et le Portrait du pape Innocent X sont parmi les pièces que nous connaissons de lui les seules que l'on puisse signaler. Le graveur, guidé par des dessins ou par des peintures dus à des hommes de talent, a, malgré son inexpérience et son ignorance, transporté sur le cuivre quelques-unes des qualités renfermées dans les œuvres qu'il avait à interpréter. Elève de son frère Charles Audran, Claude 1er ne fait aucun honneur à son maître; comme lui, il grave des titres de livres, des thèses, des armoiries et quelques portraits, mais, en aucun cas, il ne fait acte de véritable artiste. Né à Paris en i5q2, selon Mariette, ou en Ô97, selon Moreri, il travailla peu dans sa ville natale; plusieurs de ses gravures sont datées de Lyon où il s'était établi d'assez bonne heure, et c'est dans cette ville qu'il passa la plus grande partie de son existence. Il y mourut le 18 novembre 1677, laissant trois fils, Germain, Claude II et Gérard, le plus célèbre artiste du nom d'Audran et un des plus grands, sinon le plus grand graveur de l'école française.
JX •$*
CLAUDE Ie1' AUDRAN. — SAINTE FAMILLE
CLAUDE Ier AUDRAN. — PORTRAIT DU PAPE INNOCENT X