‹ Les Auto-Intoxications DigestivesChapitre 14 sur 20 · INTOXICATION CHRONIQUE · texte numérisé non relu

INTOXICATION CHRONIQUE

Expérience XI. — Lapine pleine, 15 à 0 jours avant la mise bas. Le 29 mai injection de 5 em* de matières d’athrepsique. Les 31 mai, 4 et 5 juin, nouvelles injections de 10 em chacune.

Le poids s'est abaissé de 4070 à 3545 gr. jusqu'au 3 juin.

Avortement de 10 fœtus avant terme le 7 juin.

Autopsie des fœtus. — Foie et rein gros et congestionnés, Intestin hypérémié dans la moitié des cas.

Mort. — Le rojuin.

Autopsie. — Tous les organes nagent dans la graisse.

Cœur hypertrophié et dilaté.

Rate grosse et congestionnée.

Rein gras, dégénéré.

Foie hypertrophié et gras.

A considérer dans leur ensemble les résultats de ces expériences, on peut dire que les intoxications aiguës entraînent surtout une rapide diminution de poids, de l’albuminurie, des congestions viscérales intenses. Dans les intoxications chroniques, les lésions arrivent à un stade plus avancé. La diminution de poids est parfois considérable, les congestions viscérales moins accentuées s’accompagnent de dégénérescence des organes, des reins en particulier ; l’anémie devient très prononcée, le cœur est oros et dilaté ; chez les jeunes sujets on observe des arrêts de développement.

Si l’on veut bien maintenant, entrer plus avant dans cette étude et examiner en détail chacun de ces accidents morbides, voici ce que l’on observe.

La diminution du poids, la perte des forces est un fait constant. Elle aboutit, dans les intoxications chroniques à une cachexie progressive analogue à celle des entérites chroniques (notamment chez les vieillards et chez les nourrissons).

La température reste normale dans tous les cas,

pos

ce qui n’a rien d'extraordinaire, puisque l’hyperthermie fait ordinairement défaut dans les occlusions | observées en clinique. Les élévations de température des infections digestives aiguës sont dues à des sécrétions microbiennes qui ne se rencontrent ni dans les matières d’athrepsique, ni dans les matières normales qu'ont employées MM. Charrin et Le Play. Quant à l’hypothermie finale, elle n’a guère précédé la mort que de 48 heures au plus. Elle ne semble pas indiquer autre chose que le ralentissement des échanges vitaux, précurseur de la mort.

L'examen des urines, dans les intoxications aiguës et subaiguës les a montrées peu abondantes, denses, colorées, riches en urates, hypertoniques, tous caractères habituels dans les entérites aiguës, l'occlusion, etc... L’albuminurie est toujours apparue, après un temps variable. Quant à l’indican, il a été rencontré dans les occlusions aiguës, de même qu’au début et à la période terminale des occlusions chroniques chez les ligaturés ; On n’en a pas décelé de traces dans les urines des injectés. L’indicanurie est donc, dans ces expériences, en rapport étroit avec les fermentations intestinales, comme l'ont déjà constaté un grand nombre d'auteurs.

Les lésions sanguines sont parmi les plus importantes. Elles consistent dans une anémie généralement très accentuée. Les globules rouges, de 4.200.000 s’abaissent en général à 3.000.000 et même 2.500.000. Le taux de l’hémoglobine, de 0,14

s’abaisse à 0,12 et 0,10, La valeur globulaire est

légèrement diminuée. Les altérations dans la forme des globules rouges sont nombreuses et accusées. Les globules blancs, sont en nombre normal. Ces constatations, qui confirment les expériences de Krasnow et de Borodouline, sont en parfait accord avec les observations cliniques de Comby chez les nourrissons dyspeptiques, de Grawitz et de Strauss dans divers cas d’anémie pernicieuse.

Si l’on aborde l'examen des viscères, on voit que la congestion prédomine au joie et aux reins, mais qu'elle s'étend aussi aux poumons, au corps thyrotde, au système nerveux, etc.

Dans les cas chroniques, cette congestion fait place à des dégénérescences de ces viscères, surtout appréciables macroscopiquement au niveau des reins. Ceux-ci, en général, sont parsemés de larges taches blanchâtres comme nous avons pu nous en assurer sur les nombreuses pièces qui ont été conservées. Les examens histologiques sont d'ailleurs commencés et viendront préciser la nature de ces lésions. Il serait superflu de rapprocher de ces altérations expérimentales, les néphrites diverses, les dégénérescences hépatiques, les œdèmes et les congestions pulmonaires, les troubles nerveux observés en clinique à la suite de certaines maladies graves du tube digestif.

Le cœur, lui aussi, est intéressé au cours de ces expériences. Sa dilatation, son hypertrophie plus marquée sur le ventricule gauche, sont surtout remarquables dans les cas chroniques. Il était intéressant d’élucider le mécanisme de cette lésion. On

yes

pouvait penser à une hypertrophie de cause mécanique due à une hypertension artérielle par intoxication, Mais MM. Francois Frank et Charrin, ayant placé un manomètre dans la fémorale d’un chien et pratiqué sur cet animal ure injection intraveineuse de matières fécales, ont vu pendant plus d’une heure la pression artérielle rester stationnaire. À moins de supposer une hypertension se produisant tardivement, il faut done plutôt penser à une action directe des poisons sur le myocarde, produisant à ce niveau des lésions de myocardite. L'examen microscopique viendra d’ailleurs bientôt préciser ce point anatomo-pathologique.

- Les altérations de la peau et des poils sont des plus constantes. Ceux-ci mats, ternes, sans vitalité, s’arrachent avec la plus grande facilité, laissant voir une peau écailleuse et ridée. Ces modifications cutanées font penser à celles qu'on observe sur la peau des athrepsiques.

C’est surtout chez les jeunes sujets, à la période de croissance, qu’on observe des arrêts de développement, des lésions squelettiques faisant penser à l'athrepsie et au rachitisme. Ces arrêts de développement sont considérables et dans la plupart des cas, On voit le poids du lapin témoin subir un accroissement double ou triple de celui observé chez le lapin injecté.

Les lésions squelettiques sont remarquables par leur intensité. Les pièces conservées montrent des

. n : . , différences de longueur qui sautent au yeux, entre

, “nf ,

les os des témoins et ceux des injectés. En outre, des courbures parfois exagérées, plus fréquentes sur les fémurs, des tubérosités plus considérables,

notamment au niveau des côtes, font tout d'abord.

penser au rachitisme. Le microscope permettra d’apprécier la nature exacte de ces lésions. Mais en tout cas, la constance et l'intensité de ces arrêts de développement et de ces déformations du squelette sont certainement plus grandes que dans les expériences analogues de Spillmann de Nancy. Il faut probablement en voir la raison dans la différence de technique décrite en tête de ce chapitre ; technique per-

mettant d’injecter des produits beaucoup plus actifs

que ceux employés par Spillmann.

Les expériences sur les fernelles pleines, en dehors des lésions de la mère, identiques à celles observées chez tous les lapins adultes, ontmontré la tendance constante aux avortements dans ces intoxications par les matières fécales. Bien plus, les fœtus, ont été impressionnés par les poisons traversant le placenta et ont présenté des lésions conwestives manifestes. |

Nous rappelerons en terminant que les résultats obtenus par les ligatures et les injections sous-cutanées sont à peu près identiques. Ce fait confirme d’une facon manifeste, l’analogie que nous nous sommes efforeé d'établir entre les désordres observés en clinique et ceux provoqués expérimentalement par les poisons du tube digestif. De ces deux méthodes ayant donné les mêmes résultats, l’une, en effet, laligature,

se rapproche autant qu'ilest possible des conditions de l’observation courante dans les cas d’occlusion, et l’autre, l'injection sous-cutanée possède au point de vue expérimental toute la rigueur d’une démonstration.

Nous signalerons encore le fait suivant quise dégage de la majeure partie des expériences réalisées. Les matières d'athrepsique se sont montrées moins nocives que les matières normales. Cette constatation paraît tout d’abord en contradiction, avec les tra-. vaux de différents auteurs, Spillmann et Hawthorn entr'autres, qui ont trouvé une augmentation de la toxicité du contenu intestinal ou des matières fécales dans les infections digestives. Mais, cette contradiction n’est qu'apparente, et, en rapprochant différents résultats, on est amené à conclure que, si dans le cas d’intégrité de la muqueuse (sujets normaux), plus de poisons s’échappent par le rectum, cette élimination toxique n’est pas due le plus souvent à une hyperproduction de composés offensifs, mais simplement à ce que cette muqueuse s’est opposée à la pénétration de ces composés dans la circulation. Quand, au contraire, il y a solution de continuité du revêtement interne (sujets athrepsiques) une partie considérable de ces principes toxiques pénètre dans l'économie, et par suite, on ne peut les retrouver à la sortie.

Il n’en est pas moins vrai qu'à l’état physiologique, des substances nocives nombreuses et variées

ca tués atteintes elle dispose de toute une série de | défenses.

Page 1